Le 21 mai 1995, à Reykjavik, en Islande, l'équipe de France de handball, surnommée "Les Barjots", entrait dans l'histoire en remportant le Championnat du Monde face à la Croatie (23-19). Ce fut le tout premier titre mondial pour une équipe française dans un sport collectif.

L'équipe de France célébrant sa victoire historique.
Un Parcours Semé d'Embûches
L'équipe de France débute timidement ce Mondial. Après la victoire inaugurale sur le Japon, les Bleus subissent deux courtes défaites (sur la Roumanie et l’Allemagne) et remportent deux victoires étriquées (sur l’Algérie et le Danemark). Les Bleus, troisièmes du groupe C derrière l’Allemagne et la Roumanie, se qualifient in extremis pour les huitièmes.
Avant son huitième de finale face à l’Espagne, l’équipe de France est pourtant très loin de son premier titre mondial. L'ambiance est tendue. Le contenu des matches est brouillon, la moindre remarque peut enflammer le vestiaire, composé des sept joueurs évoluant à l’OM Vitrolles (Delattre, Munier, Quintin, Gardent, Perreux, Richardson, Volle) et des autres.
Les « Barjots » atterrissent le 15 mai à Akureyri, la veille d’un huitième de finale de championnat du monde au cordeau, face à l’Espagne. Ils partent de Reykjavik, où ils sont établis depuis une semaine marquée par une phase de poules laborieuse.« C’était une atmosphère spéciale, surréaliste même, mais, finalement, tellement propice à la situation de l’époque », se souvenait quelques années plus tard Daniel Costantini.
La Réunion Décisive à Akureyri
À Akureyri, l’expérimenté Denis Lathoud, « barjot en chef », convoque ses coéquipiers à une réunion dans une des salles du petit hôtel en bois où ils logent, sans en parler à leur entraîneur. La réunion est animée, tout le monde parle, critique, reproche, propose. On crève des abcès.
La fameuse réunion de Reykjavik avait porté ses fruits et l’équipe de France apparaissait transfigurée. « On a mis les choses à plat. La première semaine, on se tirait un peu dans les pattes, on s’engueulait et quand quelque chose ne marchait pas, on rejetait la faute celui qui était à côté de soi. »

Akureyri, un lieu clé dans l'épopée des Barjots.
Le Parcours Triomphal
À partir des 8èmes c’est vrai que l’équipe de France devient irrésistible. Comme régénérée, l’équipe de France triomphe de l’Espagne (23-20). Derrière Guéric Kervadec (6 buts) et Grégory Anquetil (5), les meilleurs marqueurs, un groupe renaît. « Ce match a été le déclencheur car d’un coup on a commencé à mieux jouer et on a déroulé, se souvenait plus tard Stéphane Stoecklin. Contrairement à notre première semaine, on n’a jamais eu peur ensuite.
Victorieux de l’Espagne puis de la Suisse, les Barjots entrent en force en demi-finale et prennent leur revanche sur l’Allemagne. En quart de finale, c’est la Suisse qui tombe sous les coups de boutoirs des Français (28-18). Puis ce sont les Allemands en demi-finale (22-20). Dans les vestiaires avant la rencontre, les Bleus étaient sûrs d’eux. Une voix s’était élevée : « Une heure et c’est le titre les gars ! »
En finale, l'équipe de France a dominé les Croates (23-19). En début de rencontre, la défense autour de Pascal Mahé a pris l’ascendant sur les meilleurs Croates, les Iztok Puc, Patrik Ćavar, Goran Perkovac, Zlatko Saračević et Zvonimir Bilić. Bloqués par une défense solidaire, perturbés par Jackson Richardson, ils perdent balle sur balle. Rapidement, les Français ont pris cinq buts d’avance (8-3) et mené 11-6 à la mi-temps. Stoecklin en est déjà à 6 buts sur 7 tirs.
« Je me sentais super bien dans cette finale. Si cela n’avait tenu qu’à moi, j’aurais pris tous les ballons pour shooter, se remémorait Stéphane Stoecklin auteur finalement de huit buts contre les Croates pour un total de 48 buts sur l’ensemble de la compétition.
Composition de l'équipe championne du monde 1995
Bien que la composition exacte puisse varier d'un match à l'autre, voici une liste des joueurs clés qui ont contribué à la victoire de 1995 :
- Grégory Anquetil
- Pascal Mahé
- Jackson Richardson (élu meilleur joueur du mondial)
- Stéphane Stoecklin
- Guéric Kervadec
- Frédéric Volle
- Denis Lathoud
- Philippe Gardent
- Bruno Martini
- Christian Gaudin
- Thierry Perreux
- Laurent Munier
- Éric Quintin
- Yohann Delattre

Les Barjots, une équipe iconique.
L'Héritage des Barjots
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L'aventure humaine de cette bande iconoclaste et sa façon de gagner sans se prendre au sérieux ont marqué les esprits.