Cette biographie retrace le destin tragique de Césaire Levillain et de sa famille, victimes de la barbarie nazie pendant la Seconde Guerre mondiale.
Shoah : des lycéens des Pays de la Loire au cœur de l'horreur [Episode 1]

Carte de la France occupée pendant la Seconde Guerre mondiale
Les Débuts d'une Famille
En 1934, Nesea est marchande ambulante à Bois-Guillaume. Le 4 août 1937, elle se marie. Le 31 janvier 1938, à Mont Saint Aignan, elle et Georges ont leur premier enfant, Betty. Puis, le 17 mars 1939, la famille s’agrandit à nouveau avec la naissance de Michèle, à Rouen. C’est au cours du mois d’octobre 1940, que Nesea et sa famille emménagent au six bis rue Girot, à Bois-Guillaume.
Le 25 janvier 1941, la petite Annie naît. On les retrouve toutes les trois, au printemps ou à l’été 1942, assises sur leurs petites chaises de jardin, Betty et Michèle encadrant leur jeune sœur, Annie, que l’on voit croquer dans une pomme. Le bonheur de la famille est palpable sur une autre photographie les rassemblant tous les cinq. Georges est assis avec la petite Annie sur les genoux et Michèle debout, tout contre lui. Nesea est assise sur une chaise, Betty debout, à ses côtés.

Étoile jaune imposée aux Juifs
L'Engrenage de la Persécution
Mais, le 1er septembre 1939, l’Histoire rattrape la famille lorsque l’armée allemande envahit la Pologne. L’armistice signé le 22 juin 1940 débouche rapidement sur la collaboration et l’adoption de mesures antisémites. Dès le début du mois d’octobre 1940, Nesea doit se faire recenser, puis on lui demande de se déplacer pour faire apposer un tampon « JUIF » sur ses papiers d’identité.
En juin 1942, il devient obligatoire pour Nesea de porter un insigne spécial : une étoile noire sur fond jaune avec l’inscription « Juif ».
La Rafle et la Déportation
À l’automne 1942, le malheur frappe à leur porte. Le 9 octobre, une rafle de Juifs étrangers est ordonnée et Nesea est arrêtée avec ses trois filles âgées de 4 ans, 3 ans et 18 mois. Elles se retrouvent au centre de regroupement de la rue Poisson, où elles sont, la plupart du temps, obligées de rester dans le dortoir. Betty est la plus jeune des six enfants français détenus dans le centre.
Pendant ce temps, Georges, parvient à prouver que Nesea est Hongroise par son mariage, une nationalité pas encore « déportable ». Mais le répit est de courte durée. En pleine nuit, le 15 janvier 1943, ils sont tous les cinq réveillés par une rafle nocturne. C’est la plus longue et la plus importante menée à Rouen. À partir de vingt heures, en plein couvre-feu, des inspecteurs de police judiciaire et des gardiens de la paix souvent par deux, se présentent au domicile des personnes recensées comme juives et leur lisent un ordre d’arrestation. Tout est minutieusement préparé et exécuté. Il est 3h40 lorsque la famille arrive au centre de regroupement de la rue Poisson.
Lors de leur arrestation, Nesea et Georges ont dû remettre à un fonctionnaire de police tout ce qu’ils possédaient : clefs, argent, bijoux et objets précieux. Ils sont 165 à être conduits, sous bonne escorte, à la gare rive droite, dont la plus jeune est la petite Annie, tout juste 2 ans. Tôt le matin du 16 janvier, en plein couvre-feu, ils montent à bord du train de 5h45 à destination de la gare Saint Lazare.

Entrée d'Auschwitz
L'Horreur d'Auschwitz
La famille reste un mois dans le camp de Drancy, un mois à avoir faim, à avoir froid et à redouter le pire, surtout pour les enfants. Des convois partent du camp pour une destination inconnue. Ils sont emmenés à la gare du Bourget/Drancy, où ils doivent monter dans un wagon de marchandises. Leur convoi a traversé l’Europe deux jours durant, entassés à 40 ou 45 personnes, avec pour tout confort un seau d’eau pour boire et un autre pour satisfaire leurs besoins. Les trois petites filles grelottent.
À leur arrivée au camp d’Auschwitz, vers 22h, ils sont brutalement séparés par les SS. Nesea est dirigée avec Betty, Michèle et Annie sur le camp de Birkenau.
L'Assassinat
Le 13 février 1943, Nesea et ses trois filles, Betty, Michèle et Annie, sont assassinées, gazées.
Le Calvaire de Georges
Pendant ce temps, Georges est conduit au bloc 18 du camp, dépouillé de ses effets personnels, rasé. Il devient le matricule 102165. Affecté aux travaux de terrassement, il se retrouve plus tard à trier les bagages des déportés. Puis, il travaille à l’installation électrique des chambres à gaz et des fours crématoires. Entre octobre 1943 et juillet 1944, on le retrouve à Varsovie où il doit déblayer les ruines et les cadavres du ghetto.
Georges est ensuite dirigé à Dachau puis à Kaufering, une de ses annexes. Jusqu’en avril 1945, il y est contraint de travailler pour l’entreprise d’électricité AEG. Sa libération par les troupes américaines intervient enfin, le 1er mai 1945.
| Nom | Âge | Date de décès | Lieu de décès |
|---|---|---|---|
| Nesea Levillain | Inconnu | 13 février 1943 | Auschwitz-Birkenau |
| Betty Levillain | 4 ans | 13 février 1943 | Auschwitz-Birkenau |
| Michèle Levillain | 3 ans | 13 février 1943 | Auschwitz-Birkenau |
| Annie Levillain | 18 mois | 13 février 1943 | Auschwitz-Birkenau |
Un Devoir de Mémoire
Si nous sommes ici aujourd’hui, c’est pour que les témoignages laissés revivent par nos voix car nous ne laisserons pas cette longue nuit traversée par l’Europe sombrer dans l’oubli.