Fonctionnement des Centres de Formation de Football en Arabie Saoudite

Depuis un an et demi, le football saoudien est au centre de l’attention grâce à l'arrivée de stars mondiales telles que Cristiano Ronaldo, Sadio Mané, Karim Benzema et Riyad Mahrez dans la Saudi Pro League. L'objectif de cet afflux de joueurs talentueux est de faire du championnat l’un des meilleurs au monde et une place forte du football international. Puisqu’il est presque impossible de développer un championnat sans améliorer la formation de ses jeunes talents, l’Arabie saoudite essaie aussi de devenir une puissance mondiale dans ce domaine.

Un Football Saoudien Historiquement Lié à Sa Formation

La formation a toujours été un élément important du football saoudien. La première génération dorée a émergé au début des années quatre-vingts, portée par deux jeunes attaquants formés à Al-Nassr : les légendaires Majed Abdullah, meilleur buteur de l’histoire des Faucons Verts, et Mohaisen Al-Jamam. Pendant plus de vingt ans, ce football a dominé l’Asie, formant et enchaînant les grands joueurs.

Karim Benzema en Arabie Saoudite, un bon choix ?

Ces joueurs portaient également le championnat, en faisant l’un des plus relevés d’Asie.

Ces temps dorés ont commencé à s’essouffler dans les années 2000, les deux victoires consécutives d’Al-Ittihad en Asian Champions League étant les derniers moments de gloire du football saoudien avant une décennie de morosité durant laquelle le championnat est devenu vieillissant, peuplé de joueurs étrangers venus toucher un dernier gros chèque avant leur retraite. Et même si le football a continué de se populariser, le pays a chuté au sein même de la confédération asiatique.

Cette crise a mis en évidence plusieurs problèmes, dont certains persistent encore aujourd’hui :

  • Le championnat n’est pas attractif sans d’énormes salaires.
  • Le cadre de vie saoudien est peu attirant.
  • Les clubs dépensent sans réel projet sportif.
  • Très peu de coachs locaux sont formés et les intervenants étrangers sont priorisés.
  • Les académies deviennent archaïques, tout comme les infrastructures.
  • Le nombre de licenciés est trop faible pour assurer un héritage.

En 2023, le pays comptait 90 000 licenciés sur une population de trente-quatre millions d’habitants. À titre de comparaison, la France, pays de soixante-huit millions d’habitants, en compte presque deux millions et demi. Alors, depuis un peu plus d’une décennie, la fédération et les clubs essaient de corriger ce manque et développent des centres de formation.

L’Évolution des Académies

Certains clubs saoudiens ont toujours excellé dans la formation des joueurs, comme Al-Hilal, Al-Ittihad et Al-Ahli. Même des clubs plus modestes comme Ettifaq ou Al-Taawoun arrivent à être performants dans ce domaine. Depuis quelques années, la fédération et le ministère des sports accompagnent les clubs pour le développement de leur centre de formation. Cela passe par une modernisation des infrastructures et un élargissement du scoutisme. Pour cela, de nombreux dénicheurs de talents sont formés, afin d’augmenter le nombre de jeunes dans ces académies.

Le ministère des sports s’inspire beaucoup du modèle d’Al-Hilal, qui possède des écoles de foot dans plusieurs villes saoudienne et qui est le seul club suffisamment armé à l’heure actuelle pour permettre une progression efficace de la U12 au premier contrat professionnel. Des clubs comme Al-Nassr, très ambitieux, se lancent désormais dans une course pour le rattraper.

L’autre alternative trouvée par le ministère des sports a été la création d’académies dépendantes de la fédération et de l’État. La plus célèbre est la Mahd Sports Academy, qui accueillera des milliers de jeunes de six à douze ans. Récemment, Mike Puig, ancien directeur de la Masia, a été nommé vice-président de cette structure et de nombreux partenariats ont été passés en Espagne. Même si le fonctionnement n’est pas le même, cet immense projet n’est pas sans rappeler l’Aspire Academy du Qatar, qui a formé la génération dorée championne d’Asie 2019. C’est justement ce que veut l’Arabie saoudite.

Plusieurs jeunes qui ont participé à cette belle épopée ont ensuite été appelés par Hervé Renard pour la Coupe du Monde au Qatar. Même si les Saoudiens n’ont pas réussi à passer les phases de groupes, la victoire face à l’Argentine, future championne du monde a permis à certains jeunes de se faire un nom, en particulier Saud Abdulhamid, Firas Al-Buraikan et Hassan Tambakti.

Les Défis Actuels

Malheureusement, ce coup d’éclat n’a pas duré et l’Arabie saoudite vit depuis un an et demi une période plus compliquée. En 2023, les jeunes Faucons Verts ont été éliminés en phase de groupes de la Coupe d’Asie U20, perdant contre le Japon et même contre la Chine. Début 2024, les hommes de Roberto Mancini ont été éliminés dès les huitièmes de finale de Coupe d’Asie seniors par la Corée du Sud après une campagne assez terne. Enfin, quelques semaines plus tard, les Saoudiens de Saad Al-Shehri ont vécu une autre déconvenue, avec une élimination dès les quarts de finale de Coupe d’Asie U23.

Il faut dire qu’aussi talentueux soient ces jeunes joueurs formés en terres saoudiennes, ils se heurtent ensuite à un problème majeur : le faible temps de jeu en club. Ces dernières années, les quotas de joueurs étrangers en Saudi Pro League sont passés de six à huit, puis de huit à dix, avec deux joueurs de moins de vingt-trois ans. Conséquence, cela laisse de moins en moins de place aux joueurs locaux, encore moins aux plus jeunes. Même d’immenses talents comme Musab Al-Juwayr, Abdullah Radif ou Saad Al-Mousa, jouent peu.

Tableau : Temps de jeu des jeunes talents saoudiens

Joueur Club Temps de jeu (2023/24)
Abdullah Radif Al-Shabab 24%
Musab Al-Juwayr [Club] 30%
Yaseen Al-Zubaidi Al-Okhdood 18%
Yousef Haqawi Al-Fayha 6%

Saudi Future Falcons

Comme souvent en Arabie saoudite, la première impulsion est venue des hautes sphères. Séduit par cette génération qui gagne, le ministère des Sports décide de miser gros sur cette tranche d'âge. Dans l'esprit des décideurs, tout est clair : la formation locale est capable de produire des joueurs talentueux mais à qui il manque quelque chose. Ce petit quelque chose, il faut aller le chercher ailleurs, en Europe.

La première année de ce centre de formation délocalisé est prometteuse mais interrompue par le Covid. La deuxième, 42 joueurs font partie de l'aventure, celle-ci se passe plutôt bien, mais un constat s'impose : « On a réalisé que le groupe était un peu trop étoffé et, surtout, que les garçons stagnaient au bout de quelques mois », résume Felemban.

La Al Abtal International Cup était née. Le tournoi réunit en moyenne entre quinze et vingt équipes par an et semble désormais s'approcher du niveau de la Youth League, la « Ligue des champions U19 » de l'UEFA. Il n'en a pas le prestige, mais le nom des équipes inscrites cette saison impressionne. Real Madrid, Juventus, Benfica, Monaco...Les meilleurs centres de formation du football européen répondent à l'appel.

L'encadrement comporte 19 membres qui émanent de tous les continents et n'a rien à envier à celui de certains effectifs professionnels. Du petit déjeuner aux soins du soir, en passant par les cours de langue ou les séances en salle de musculation, aucun des ados saoudiens ne manque de conseils à récolter.

Vers un Avenir Prometteur ?

D’autant que le football saoudien est aujourd’hui à un tournant décisif. Beaucoup de pays en Asie, en particulier l’Irak et l’Ouzbékistan, émergent par la qualité d’une jeunesse qu’ils forment depuis des années et qui se fait les dents en clubs. Pour rester un grand du continent, l’Arabie saoudite va devoir rivaliser sur ce plan. Les investissements intelligents et conséquents peuvent laisser optimiste, mais il faudra trouver des solutions pour permettre aux joueurs locaux d’avenir d’obtenir le temps de jeu nécessaire à leur progression une fois leur formation terminée.

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