Le rugby, sport de contact par excellence, est régi par des règles strictes pour assurer la sécurité des joueurs et le fair-play. Lorsqu'un joueur commet un acte d'anti-jeu, l'arbitre doit sévir, ayant deux options à sa disposition : le carton jaune, synonyme d'expulsion temporaire, ou le carton rouge, synonyme d'expulsion définitive. Pour aider les arbitres dans ces décisions cruciales, le concept du "bunker" a été introduit. Cet article vous explique en détail ce qu'est le carton jaune bunker, comment il fonctionne et quelles sont ses implications.

Qu'est-ce que le "Bunker" ?
Il va falloir s'y habituer : la Coupe du Monde de Rugby a été "dotée du 'Bunker' (Foul Play Review Official)". Après plusieurs mois d'expérimentations qui ont visiblement convaincu l'instance, World Rugby a "approuvé la prolongation de cet essai sur l'ensemble des 48 matchs en France, en opérant depuis le Centre International de Diffusion situé à Paris", a annoncé l'instance en août dernier.
Communément appelé le "Bunker", le centre a fait siège sur le site de Roland-Garros dans le 16e arrondissement parisien. À l’intérieur de celui-ci, un "full play review officer" statue sur l'action litigieuse.
Expérimentée depuis quelques mois, la règle du "bunker" a été maintenue pour la Coupe du monde. Cette nouvelle possibilité laissée aux arbitres a déjà été utilisée à plusieurs reprises depuis le début de la compétition. Le grand public a découvert cette nouvelle règle lors du Mondial des moins de 20 ans, au terme duquel les Bleuets ont (encore) été titrés, et lors du premier match de préparation du XV de France contre l'Écosse (25-21), le 5 août dernier.
Depuis, elle a déjà été utilisée à plusieurs reprises lors de ce Mondial. L'ailier Né-Zélandais Will Jordan en a fait les frais après son geste dangereux contre la France, lors du match d'ouverture. Puis ce mécanisme a été actionné pour deux autres joueurs, Tom Curry et Santiago Carreras, à quelques minutes d'intervalle, lors d'Angleterre-Argentine. Et il a débouché sur une expulsion définitive du troisième ligne de u XV de la Rose.
Fonctionnement du "Bunker"
L'appel au bunker permet aux arbitres de sortir de l'urgence temps, mais aussi de la pression de la décision à prendre. Le bunker, ce n'est pas une nouvelle règle. Nous pouvons dire que la mise en place du bunker permet de ne pas perdre de temps dans l'analyse précise de l'action à réviser.
Concrètement, comment fonctionne-t-il ? Si le juge de terrain croise les bras avec un carton jaune à la main à destination d'un joueur, celui-ci est temporairement expulsé, comme la règle le stipule. Or, ce geste particulier de l'arbitre signifie que la sanction n'est pas arrêtée. Elle est donc potentiellement amenée à évoluer en défaveur du joueur. Dès lors que l'arbitre effectue le mystérieux mouvement , cela signifie qu'il fait appel à l'aide d'un mystérieux centre, situé dans un lieu très connu du grand public.

Un délai de dix minutes pour ajuster, ou non, la sanction
Le principe est simple : après un avertissement (synonyme d'expulsion pour dix minutes en rugby) consécutif à un geste dangereux, l'arbitre peut laisser la main à d'autres juges spécialisés. "Si l'équipe d'arbitrage n'est pas en mesure de déterminer si un incident justifie un carton rouge, mais qu'il remplit au moins le critère du carton jaune, l'arbitre croise les bras, signalant ainsi la nécessité de son évaluation formelle", écrit World Rugby, qui précise que les phases de jeu éligibles sont "un choc à la tête et tout autre accident lié à une faute grave".
Le bunker a huit minutes pour réviser la décision initiale du carton jaune, pour la maintenir, ou élever cette dernière par un carton rouge. Durant ces minutes d'analyse, le bunker, assisté de techniciens vidéo, accède à tous les angles de caméra qu'il souhaite. Il y a aussi un accès à la précision de la technologie, comme le ralenti ou le zoom sur une partie de l'action. Le bunker peut même revoir plusieurs fois les angles les plus opportuns. Il est constitué de deux experts en arbitrage.
Le cas échéant, "le joueur quitte le terrain pendant 10 minutes, conformément aux règles en vigueur relatives à la délivrance d’un carton. L'officiel chargé de l’examen du jeu déloyal a alors jusqu'à huit minutes pour analyser l'incident en utilisant toutes les images produites par le diffuseur hôte indépendant et la technologie, y compris la technologie du zoom et de l'écran partagé Hawk-Eye, afin de statuer sur l'issue de l'incident", détaille la Fédération internationale.
L'arbitre maintient le carton jaune ou inflige un carton rouge
Passé ce délai, l'officiel spécialisé communique ses conclusions à l'arbitre principal et à ses assistants. Dès lors, deux possibilités existent : "l'arbitre maintient le carton jaune et permet au joueur de revenir sur le terrain ou inflige un carton rouge, ce qui signifie que le joueur reste hors du terrain et ne peut pas être remplacé". L'arbitre avertit les capitaines des deux formations de l'issue de ce délibéré.
Point positif pour les spectateurs, "toutes les décisions seront communiquées sur l'écran géant des stades et par le biais d’infographies lors de la diffusion", assurent les dirigeants du rugby mondial.
Par exemple, le corps arbitral a considéré, lors de France-Nouvelle-Zélande, que l'avertissement constituait une sanction suffisante pour le placage en l'air de Will Jordan. En revanche, la charge tête contre tête a été rédhibitoire pour Tom Curry, ce qui n'a pas empêché les sujets de sa Majesté de l'emporter contre les Pumas en infériorité numérique (27-10).
Lors de la rencontre entre l'Angleterre et l'Argentine le 9 septembre, Tom Curry en avait fait l'amère expérience. Le troisième ligne avait écopé d'un avertissement temporaire avant de finalement voir l'arbitre central, transformer la sentence en une exclusion définitive, après consultation du fameux bunker.
Il s'agit avec cette règle de fluidifier le jeu en évitant de recourir trop longuement à l'assistance vidéo. La première décision de l'arbitre peut être confirmée ou alourdie après un nouveau visionnage des images, sans que cela ne créé pour autant de longs temps morts.
"L'objectif est d'accélérer le jeu tout en contribuant à la précision de la prise de décision", confirme Stuart Berry, consultant à l'arbitrage vidéo, dans une vidéo.
En d'autres termes, il s'agit de décharger les officiels d'une certaine forme de pression dans des moments clés tout en maintenant, le plus possible, la dynamique des matchs.
Hormis le dispositif du "Bunker" expliqué précédemment, l'arbitre peut solliciter un autre membre du corps arbitral, nommée TMO (Television Match Official). Celui-ci est installé dans le stade, près des cars-régie. Il analyse des situations litigieuses lors des essais et peut interpeller l'arbitre sur un "jeu déloyal" (fautes dangereuses notamment).
Carton Rouge de 20 Minutes
Si son officialisation n’est pas encore actée, le carton rouge de 20 minutes pourrait entrer dès novembre dans les mœurs du rugby mondial. Une révolution qui ne signifierait pas pour autant la fin des expulsions définitives "à l’ancienne" !
Au vrai, quand et comment ces cartons rouges de vingt minutes seront-ils distribués, et qu’impliqueront-ils ? Première chose à comprendre, ceux-ci ne seront pas distribués directement par l’arbitre central, mais systématiquement à l’issue d’une décision au terme d’un "bunker". Si, après les dix minutes dont il dispose pour prendre sa décision, le TMO chargé du bunker décide de transformer un carton jaune en carton rouge, l’équipe du joueur fautif évoluera à 14 pendant dix minutes supplémentaires (soit vingt minutes au total) avant de pouvoir procéder au remplacement du joueur exclu qui, lui, ne pourra plus revenir en jeu.

Il convient ici de préciser que lesdits bunkers ne pourront être utilisés que pour statuer au sujet d’une faute purement technique, type déblayages ou plaquages dangereux.
En effet, en cas d’agression caractérisée (coup de poing, coup de tête, énorme cravate ou que sait-on) rien n’empêche encore l’arbitre central de sortir un carton rouge direct, sans passer par la case "bunker". Or, ces cartons rouges directs signifieront bien des expulsions "à l’ancienne" qui, elles, obligeront l’équipe du joueur fautif à évoluer à 14 jusqu’à l’issue de la rencontre.
Voilà pourquoi, en vue des tests de novembre, les organisateurs réfléchissent d’ores et déjà à une signalétique permettant aux spectateurs, en direct du stade, de faire la différence entre un "rouge de vingt minutes" et un éventuel "rouge tout court".
Carton Orange : Une Nouvelle Sanction
Une nouvelle couleur s’apprête à faire son entrée sur les pelouses de première (Top 14) et deuxième (Pro D2) divisions françaises de rugby. Lors de la saison 2025-2026, qui commence samedi 4 septembre pour le Top 14, les arbitres disposeront d’un troisième outil disciplinaire : le carton orange.
Concrètement, le joueur sanctionné par un carton orange quittera définitivement le terrain. Son équipe sera réduite à quatorze pendant vingt minutes, au terme desquelles elle pourra le remplacer. Comme pour une exclusion directe, le joueur concerné sera convoqué ultérieurement devant une commission de discipline, qui pourra prononcer une suspension.
La philosophie de la nouvelle sanction : renforcer la cohérence et la lisibilité des décisions arbitrales, sans affaiblir la fermeté de la sanction suprême, le carton rouge.
Les responsables de l’arbitrage tiennent toutefois à rappeler que le carton rouge conserve toute sa signification. « Le carton orange n’est pas une porte de sortie pour éviter le rouge, insiste Mathieu Raynal. Il ne concerne que des cas précis, parfois ambigus, qui laissaient arbitres et spectateurs partagés. »
Critiques et Controverses Autour du "Bunker"
Revers de la médaille, certains observateurs craignent que cet ajustement au règlement n'affecte le rôle de l'arbitre. L'ancien officiel français Joël Jutge prédisait, en avril dernier, "la fin des cartons rouges distribués par les arbitres centraux", craignant que, tout en leur faisant "peser moins de pression", cette mesure entraînait une "déresponsabilisation".
"Les arbitres resteront les principaux décideurs pendant les matchs", réfute pourtant l'organisme international en charge des règles.
Le constat est assez évident sur la compétition. Il est certain que les arbitres ne prennent plus le risque d'une erreur de décision quant à la couleur du carton.
Efforts pour Réduire l'Indiscipline
La prévention de l’indiscipline sur le terrain est devenue une priorité pour les organismes régissant le rugby. World Rugby a mis en place diverses initiatives et formations pour sensibiliser les joueurs et les entraîneurs à la sécurité et au respect des règles.
Des programmes spécifiques ont été mis en place pour former les joueurs dès leur plus jeune âge aux bonnes pratiques du rugby. Ces formations mettent l’accent sur :
- La maîtrise de soi : enseigner aux jeunes joueurs comment contrôler leurs émotions sur le terrain.
- La sécurité : techniques de plaquage sûres pour minimiser les risques de blessures.
- Les règles : une connaissance approfondie des règles pour éviter les sanctions inutiles.
Ces efforts ont pour but ultime de réduire les incidents de jeu déloyal et promouvoir un environnement de jeu plus sécurisé et équitable.
Tableau Récapitulatif des Sanctions au Rugby
| Sanction | Conséquence | Décision |
|---|---|---|
| Carton Jaune | Expulsion temporaire de 10 minutes | Arbitre |
| Carton Orange | Expulsion temporaire de 20 minutes avec remplacement possible | Arbitre |
| Carton Rouge (direct) | Expulsion définitive sans remplacement | Arbitre |
| Carton Rouge (via Bunker) | Expulsion définitive avec remplacement après 20 minutes | TMO (Bunker) |