Le football japonais a connu une ascension remarquable sur la scène internationale, et au cœur de cette progression se trouvent des figures clés : le capitaine de l'équipe et le sélectionneur. Ensemble, ils incarnent le leadership, la stratégie et l'esprit d'équipe, éléments essentiels pour naviguer dans les compétitions de haut niveau comme la Coupe du Monde.

Hajime Moriyasu : Un Sélectionneur Passionné à la Tête des Samurai Blue
Hajime Moriyasu, le sélectionneur du Japon, s'est fixé une mission claire : conjurer l'histoire. Il espère effacer le cuisant souvenir des éliminatoires du Mondial 1994, qui avaient eu lieu à Doha. À l'approche des huitièmes de finale, il a sobrement annoncé : « Je veux que l’équipe contrôle au maximum le jeu pour marquer des buts ». Toujours tiré à quatre épingles et réputé pour son humilité, Moriyasu a su insuffler une dynamique positive à son équipe.
Ses Samurai Blue ont passé le premier tour au Qatar en dominant deux sélections de poids, l’Allemagne et l’Espagne. Leurs succès ont enflammé les fans et pointé la capacité de l’entraîneur à changer de tactique pour renverser des situations mal engagées : mené à chaque fois 1 à 0, le Japon a fini par s’imposer 2 à 1.
Certes, le revers contre le Costa Rica (0-1) a suscité des critiques. Le sélectionneur doit aussi gérer le casse-tête des blessures et des cartons qui ont décimé la défense. Mais Hajime Moriyasu reste positif, malgré un bilan mitigé en Coupe du monde face à la Croatie, déjà affrontée lors des phases de groupes en 1998 et 2006 (une défaite, un match nul).
Maya Yoshida : Le Capitaine Courageux Face aux Défis
L’ancien défenseur de Southampton, Maya Yoshida (34 ans), sera le capitaine de l’équipe et disputera sa troisième Coupe du monde. En septembre dernier, le capitaine nippon Maya Yoshida a accusé jeudi les supporters saoudiens d'avoir commis des « gestes discriminatoires » à son encontre après la défaite du Japon en Arabie saoudite (1-0). Suite au revers concédé à Jeddah en qualifications pour la Coupe du monde 2022, le défenseur central s'est emporté contre une partie des supporters saoudiens, qui se seraient moqués de lui pendant une interview d'après-match.
Sur des images filmées avec un téléphone portable, on voit le joueur de la Sampdoria se diriger vers la barrière séparant les supporters de la pelouse, les montrer du doigt et les réprimander. Yoshida, 33 ans, s'est ensuite éloigné après avoir été maîtrisé par des officiels japonais, mais est revenu plus tard pour expliquer sa réaction aux journalistes.
« Il y a eu des gestes discriminatoires, a déclaré l'ancien joueur de Southampton aux médias japonais, sans préciser la nature de ces gestes. C'est difficile à accepter. C'est aussi arrivé lors des dernières qualifications. C'est très décevant ».
Saki Kumagai : Une Joueuse de l'Ombre au Cœur du Jeu
À Lyon, il y a les joueuses qui prennent naturellement la lumière comme Ada Hegerberg, Wendie Renard ou Amandine Henry. Et puis il y a Saki Kumagai « une joueuse de l'ombre » comme la décrivent tous ceux qui parlent d'elle.
« C'est une joueuse extraordinaire, elle n'est pas capitaine du Japon pour rien, rappelle Thiney. Pour moi, c'est la plaque tournante du milieu de terrain à l'Olympique Lyonnais avec toutes les grandes joueuses qui l'entourent. Elle permet à l'équipe d'être équilibrée. »
Griedge Mbock, la défeuseure de l'OL, redit son importance dans l'équipe rhodanienne. « C'est une super fille, avec bon état d'esprit et une bosseuse, loue Mbock. Elle a de grosses qualités, souvent on l'oublie parce qu'elle fait un travail de l'ombre, mais elle est très importante pour l'Olympique Lyonnais et pour le Japon. »
Julie Debever, la défenseure de l'équipe de France, a également été impressionnée par le talent de Kumagai qu'elle croise régulièrement sur les terrains de l'Hexagone. « C'est le métronome de l'équipe, estime la capitaine de Guingamp. Elle a d'énormes qualités dans chaque domaine. C'est une bosseuse. On sent qu'elle a la culture de l'effort, elle est aussi très intelligente. On sait que c'est une pièce maîtresse de l'équipe de l'OL. J'imagine aussi qu'elle en est une aussi dans son équipe nationale. »
Avec le Japon, celle qui peut évoluer au poste de défenseure centrale et de milieu de terrain, s'est effectivement constituée, en onze ans de présence, un joli palmarès qui compte notamment un titre de championne du monde en 2011, un de vice-championne du monde quatre ans plus tard, ainsi qu'un de vainqueur de la Coupe d'Asie en 2018.
En dehors du terrain, Saki Kumagai a su sortir de l'ombre comme le confie Griedge Mbock. « Il faut se méfier des apparences, elle est chambreuse, rigole la défenseure centrale. Quand je l'ai connue, elle ne parlait pas trop, ne faisait pas trop de blagues. À chaque fois, je la chambre en lui disant "Saki tu as changé, avant tu n'étais pas comme ça" ». Elle me répond : « Non je n'ai pas changé, j'ai évolué ».
Hinata Miyazawa : La Révélation Offensive
La footballeuse japonaise Hinata Miyazawa n'avait jamais marqué les esprits en club ou en sélection avant la Coupe du monde, mais elle est désormais en tête du classement provisoire des buteuses du tournoi et fait rêver son pays en grand. La joueuse de 23 ans a déjà inscrit cinq buts en quatre matches et a désormais la Suède en ligne de mire pour le quart de finale de vendredi à Auckland.
"Honnêtement, je ne pensais pas pouvoir marquer autant", a-t-elle confié samedi dernier aux journalistes après avoir parachevé d'un but en fin de match la victoire convaincante des "Nadeshiko" (les oeillets) contre la Norvège (3-1). Vélocité, sang-froid et efficacité clinique: Miyazawa, qui évolue dans la WE League (la ligue féminine japonaise) a montré des qualités remarquables depuis le début du Mondial, alors qu'elle n'avait marqué que 4 buts en plus de 20 apparitions dans l'équipe nationale auparavant.
Ses performances en club étaient également loin d'être spectaculaires, avec seulement quatre buts en 39 matches en deux saisons pour le MyNavi Sendai. La surprise Miyazawa est à l'image de celle que réserve l'équipe nationale du Japon depuis le début de la compétition. Car le pays ne s'attendait pas à devenir cette année un prétendant sérieux au titre: championnes du monde en 2011 et finalistes en 2015, les Nadeshiko avaient par la suite connu plusieurs années de performances en déclin. Jusqu'au déclic de ce Mondial.
Hinata Miyazawa est souvent décrite comme une milieu de terrain, mais Dan Orlowitz, journaliste sportif pour le Japan Times, estime que le sélectionneur japonais Futoshi Ikeda (en poste depuis 2021) a trouvé un moyen de la faire marquer grâce à un système tactique en 3-4-3, permettant à son équipe d'être redoutable en contre-attaque.
Les buts de Miyazawa depuis le début du Mondial sont principalement survenus dans des occasions où elle arrivait lancée à pleine vitesse, après des courses en profondeur. "C'est parce que le Japon est si bien organisé en défense" que ses coéquipières sont capables de la placer dans de bonnes conditions", explique M. Orlowitz à l'AFP. "C'est un système qui est adapté à ses capacités, et ses capacités conviennent au système", a-t-il ajouté, louant la "vitesse, le temps de réaction et la vision" du jeu de Miyazawa.
La numéro 7 a inscrit deux doublés contre la Zambie (5-0) et l'Espagne (4-0) en phase de poules. C'est "une adepte de la contre-attaque", relève aussi le commentateur du foot japonais Sergio Echigo interrogé par l'AFP. "Elle est également très calme et ne panique pas juste avant de tirer".
Née dans le département de Kanagawa, près de Yokohama (sud-ouest de Tokyo), Miyazawa a découvert le football très jeune et le triomphe de ses aînées lors du Mondial-2011 l'a beaucoup inspirée. Elle a d'abord rejoint le Tokyo Verdy Beleza en 2018 et a fait ses débuts la même année avec l'équipe nationale, après avoir contribué à la victoire du Japon à la Coupe du monde des moins de 20 ans.
"L'équipe nippone n'a pas de joueuse vedette en ce moment", estime Sergio Echigo. Mais Miyazawa pourrait bien en devenir une, avec son mince bandeau blanc emblématique dans les cheveux, un hommage à une héroïne de l'épopée de 2011, Nahomi Kawasumi, selon le journal japonais Yomiuri.

Eiji Kawashima : L'Expérience au Service de l'Équipe
Il brille en Ligue 1 et son destin raconte en partie l’histoire récente du football au Japon. A 37 ans, Eiji Kawashima retrouve une nouvelle jeunesse sous le ciel alsacien. Il est né en 1983 près de Tokyo et il a découvert le foot grâce au célèbre manga Olive et Tom, créé son année de naissance. En japonais ce n’est pas "Olive et Tom" mais "Capitaine Tsubasa". Ce dessin animé a incité de très nombreux jeunes japonais à jouer au football et a fortement contribué à l’essor de ce sport dans l’archipel.
Eiji Kamashiwa a bien retenu les leçons d’Olive et Tom. Il est devenu le meilleur gardien de son pays et a débuté en équipe nationale en 2008. Et il a été l’un des premiers footballeurs japonais à s’expatrier en Europe. Ce qui a fait beaucoup pour sa popularité. En 2010 il part jouer en Belgique notamment au Standard de Liège, l’un des clubs les plus prestigieux du pays. Son parcours est suivi de près par ses fans. Des agences de voyage leur proposent un Kawashima Tour. Avec cette formule : une place pour assister à un entrainement, un billet pour un match et une rencontre avec le joueur.
Eiji Kawashima joue ensuite en Ecosse et atterrit à Metz puis à Strasbourg où il évolue depuis deux ans et demi. Après avoir été très souvent remplaçant en début de saison, il a retrouvé une place de titulaire fin novembre. Depuis, il n’ a plus quitté les buts strasbourgeois, enchaînant les belles prestations. Ce qui pourrait l’aider à atteindre son objectif de fin de carrière : disputer avec l’équipe nationale du japon une 4e coupe du monde consécutive.
Les Défis et les Attentes
Les supporters nippons demandent le licenciement du sélectionneur Hajime Moriyasu. Cette défaite laisse le Japon avec seulement trois points en trois matches dans le Groupe 2, après avoir commencé la campagne par une défaite surprise à domicile contre Oman (1-0) et une courte victoire à l'extérieur contre la Chine (1-0). Les quadruples champions d'Asie, qui ont participé aux six dernières Coupes du monde, doivent maintenant absolument s'imposer mardi à domicile contre l'Australie, qui vient de signer une onzième victoire d'affilée record en qualifications contre Oman (3-1).
Les supporters nippons se sont eux emparés des réseaux sociaux pour demander le licenciement du sélectionneur Hajime Moriyasu, et la presse du pays a également rendu un verdict cinglant, alors que les espoirs du Japon de participer à la Coupe du monde 2022 au Qatar sont en péril. « Avant le match, Moriyasu a dit que c'était un match à l'extérieur et il a également mentionné le climat et le décalage horaire », a ainsi écrit l'ancien joueur et commentateur Sergio Echigo dans le quotidien Nikkan Sports. « Je ne peux que penser qu'il cherchait des excuses pour sa défaite ».