Le 7 août 2024, une étoile du rugby s'est éteinte au large de Dias Beach : Medhi Narjissi, 17 ans, emporté par l’océan. C’est désormais une date gravée dans le marbre. Une tragédie sans précédent, qui résonne encore.
Le jeune demi de mêlée avait été emporté par une vague sur la plage de Dias Beach au Cap de Bonne Espérance lors d’un stage avec l’équipe de France U18. Un an plus tard, sa famille s’est rendue sur place pour déposer une stèle hommage et attend toujours des réponses et surtout des coupables.
Le jeune joueur du Stade Toulousain, Medhi Narjissi est porté disparu depuis mercredi 7 août. Accompagné de ses coéquipiers, il participait à une séance de récupération dans un bain froid, en bord de mer. Le jeune espoir, se trouvait en Afrique du Sud pour participer aux International Series.

Il est 13h30, à 1h30 au sud de la ville du Cap, quand l’équipe de France U18, en stage sur les terres des Springboks, décide de se rendre à l’extrémité ouest de False Bay. Dans le cadre d'un "bain d'eau froide", le staff emmène les 28 joueurs au cap de Bonne-Espérance.
Les Faits Tragiques
Nul ne semble prêter attention au panneau planté en haut des marches de la plage de Dias Beach, prévenant pourtant : "Attention, courants d’arrachement.
Il est 15h10. La séance de cryothérapie touche à sa fin. Jusqu’ici, tout s’est déroulé sans encombre. Les joueurs profitent des derniers instants dans l’eau malgré les vagues qui, au loin, se brisent avec une intensité grandissante. Le staff leur accorde encore cinq minutes pour "s’amuser" dans les vagues de Dias Beach.
À 15h15, une silhouette en détresse est repérée, à une trentaine de mètres du rivage. C’est Medhi Narjissi. Dans la panique, un seul joueur, Oscar Boutez, 16 ans, bondit sans réfléchir pour porter secours à son coéquipier, son ami.
Ce qui suit est une lutte acharnée contre l’océan. Oscar parvient à rejoindre Medhi, tente de le ramener. Mais les vagues, de plus en plus féroces, s’abattent sur eux sans répit : "J’ai pris une première vague, ça allait. Nous sommes remontés à la surface et je lui ai dit de respirer. Trois, quatre secondes après la deuxième vague, je me suis retourné un petit peu et j’ai vu un mur d’eau, de cinq, six mètres. Nous avons pris la vague de plein fouet. Medhi m’a lâché. J’ai été emporté un peu n’importe comment. Il m’a semblé être resté sous l’eau une vingtaine de secondes avant que je réussisse à remonter à la surface. Je me suis retourné, j’ai regardé partout, je ne voyais plus Medhi. J’ai repris des vagues et me suis fait retourner plusieurs fois.
Sur la plage, le reste du groupe assiste de loin à la scène. Le chaos est total.
Rapidement, une enquête de police a été ouverte. L'Institut national de sauvetage en mer (NSRI) poursuit ses recherches intensives en mer, dans les airs et sur la côte. Pour le moment, toujours aucune trace du jeune homme n'a été signalée.
"Dès l’alerte donnée de la disparition, les autorités locales ont mobilisé d’importants moyens pour retrouver le jeune joueur. La Fédération Française de Rugby, a aussi ouvert une enquête interne.
"Dans l’attente, en lien avec le consulat et le Stade Toulousain, la FFR a organisé la venue en Afrique du Sud de la famille de Medhi.
Réactions et Enquêtes
Il est désormais 18 heures. Jalil Narjissi, le père de Medhi, décroche son téléphone. Au bout du fil, la voix du président de la Fédération Française de Rugby, Florian Grill, lui annonce la disparition de son fils. 45 minutes plus tard, la FFR sort son communiqué : "La Fédération française de rugby vient d’apprendre avec une très vive émotion que Medhi Narjissi, joueur du Stade Toulousain, en déplacement en Afrique du Sud pour disputer l’International Series avec l’équipe de France masculine des moins de 18 ans, est porté disparu.
Deux semaines après le drame, sa famille a annoncé saisir la justice. La famille du jeune rugbyman international Medhi Narjissi, disparu au large de l'Afrique du Sud le 7 août, a saisi mercredi 21 août le parquet d'Agen en vue d'obtenir l'ouverture d'une procédure en "recherche des causes de la disparition", selon son avocat.
"J'ai demandé au procureur de la République d'ouvrir une information pour recherche des causes de la disparition qui permettra au juge d'instruction d'entendre tous les membres de l'encadrement", a déclaré à l'AFP Me Édouard Martial, avocat des parents et de la sœur du joueur, confirmant une information de Sud Ouest (nouvelle fenêtre).
Le signalement a été effectué auprès du parquet d'Agen, ville où est domicilié Medhi Narjissi, précise le journal. Il était en déplacement avec l'équipe de France U18 en Afrique du Sud quand le drame est survenu. Me Martial souhaite que le président de la Fédération française de rugby (nouvelle fenêtre) (FFR) soit entendu, ainsi que "tout le groupe de l'équipe de France U18, et notamment les joueurs qui étaient dans l'eau".
"Nous savons d'ores et déjà qu'il y a eu une faute commise, c'est-à-dire que l'on n'aurait jamais dû laisser les jeunes joueurs, des mineurs, aller récupérer sur cette plage où, ce jour-là, il y avait des vagues de trois à quatre mètres, l'eau était très froide, et surtout, elle est réputée extrêmement dangereuse", fustige le conseil des proches. Il n'y a pas eu "de signal téléphonique" permettant "de prévenir les secours dans les meilleurs délais", ajoute-t-il.
La FFR, qui a ouvert une enquête interne, a annoncé le 15 août que les missions des membres de l'encadrement de l'équipe de France U18 étaient temporairement suspendues. Une enquête interne est en cours pour déterminer les responsabilités de cette tragédie survenue lors d’une séance de récupération sur une plage dangereuse.
Selon la FFR, cette erreur de jugement pourrait constituer une faute individuelle et/ou collective ; l’enquête en cours vise précisément à déterminer les responsabilités. Les autorités sud-africaines ont précisé que Medhi Narjissi, un jeune joueur de 17 ans formé à Agen et évoluant au Stade toulousain, nageait probablement à Diaz Beach, une zone réservée au surf, lorsque de forts courants l’ont emporté.
L’ensemble du staff a déjà été auditionné dans le cadre de cette enquête, et la FFR s’apprête désormais à interroger les joueurs de l’équipe, tout en prenant en compte l’impact psychologique de ce drame sur ces jeunes sportifs. Les premiers éléments de l’enquête ont été partagés avec le ministère des Sports.
Dix mois après la disparition de Medhi, le juge d’instruction agenais Serge Rey prononce la mise en examen de l’ancien manager des U18, Stéphane Cambos, ainsi que du préparateur physique Robin Ladauge, pour homicide involontaire. Ces deux hommes, membres de l’encadrement le jour du drame, seraient tenus pour responsables de l’organisation de cette baignade fatale. Ils ont également été durement pointés du doigt par Jalil Narjissi, qui leur reproche, notamment, de ne pas avoir plongé dans l’eau pour tenter de sauver son fils.
Pour les enquêteurs de l’IGESR, "le préparateur physique porte la responsabilité principale de la mauvaise organisation de cette séance". Mais "le manager des U18 est responsable de pas avoir empêché, ni mis fin à temps à cette séance", ajoutent-ils.
Depuis ce drame la fédération a fait évoluer son organisation pour les séjours des jeunes. En ce moment 28 joueurs U18 sont en Afrique du Sud afin de disputer l’International series et ils auront des procédures d’encadrement renforcées, relevant de celui de l’accueil collectif de mineurs, dont sont normalement exemptées les compétitions sportives.
Un rapport accablant selon l’avocat de la famille a été réalisé par l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche. Suite à cela, deux cadres ont été mis en examen pour homicide involontaire sur personne mineur. Robin Ladauge, le préparateur physique de l’équipe à l’origine de la séance du bain de récupération sur la plage et Stéphane Cambos le manager des U18 en charge de la tournée en Afrique du Sud.
Les deux hommes ont été entendu par le juge d’instruction en charge de l’affaire à Agen et les versions divergent. Chacun rejette la responsabilité sur l’autre.
Hommages et Souvenir
Trois semaines plus tard, Jalil (le père), Valérie (la mère) et Inès (la sœur) Narjissi affrontent la presse. Le père, ancien talonneur du SU Agen, raconte alors le calvaire vécu par la famille Narjissi. Il raconte ensuite ce 7 août, où tout a basculé après un appel manqué du président de la Fédération :"À 17 h 59, je l’ai rappelé. Il m’a dit qu’il y avait eu un accident, que Medhi avait… Voilà, tout s’arrête. On a du mal à entendre ça." Le président lui aurait alors expliqué que l’accident avait eu lieu sur une plage "habituelle".
Deux mois après la disparition de Medhi, le parquet d’Agen, via le procureur de la République Olivier Naboulet, fait parvenir un communiqué informant qu’il a pris un réquisitoire à des fins d’ouverture d’une information judiciaire pour homicide involontaire.
Un an jour pour jour après la disparition de Medhi Narjissi dans les vagues du Cap de Bonne-Espérance, l’enquête suit son cours et le deuil est difficile pour ses proches. Ces derniers se rendent justement sur les lieux de sa disparition pour commémorer ce funeste anniversaire. Jalil Narjissi : "On y va en famille, on tient à notre intimité. L’Afrique du Sud a accepté qu’on puisse mettre un banc sur le haut de la falaise à l’effigie de Medhi.
Pour ne pas que leur fils soit oublié, Jalil et Valérie (ses parents) ainsi que sa sœur Inès vont déposer une stèle commémorative sur le lieu de la disparition. C’est un banc avec une photo de Mehdi souriant ballon en main. Il sera installé juste au départ du sentier qui permet de descendre la centaine de marches de l’escalier qui mène à l’océan Dias Beach. Une cérémonie officielle mais intime sans les membres de la fédération que la famille souhaite poursuivre en justice.
Sur la pelouse, Jalil, Valérie et Inès rejoignent les joueurs des deux équipes, les staffs, les Espoirs, les Juniors et les Cadets toulousains, unis dans une même douleur. Une banderole déroulée : "Tous avec Medhi, Medhi avec nous", puis une minute d’applaudissements. Des applaudissements qui n’ont alors rien de joyeux, qui résonnent comme des battements de cœur lourds, chargés de larmes et de tristesse.
Un week-end d’hommages. A l’occasion de ce week-end, la fédération rendra également hommage à Mehdi.
Un an après la disparition à seulement 17 ans de leur fils Medhi, emporté le 7 août 2024 par une vague à Dias Beach lors d’une séance de récupération avec l’équipe de France U18 au large du Cap de Bonne Espérance (Afrique du Sud), Valérie et Jalil Narjissi sont de retour cette semaine au Cap.
Tragédie au Cap de Bonne-Espérance | Disparition de Mehdi Narjissi, joueur des U18 français
