Le monde du rugby, comme d'autres sports, est confronté à des problèmes de sexisme qui nécessitent une attention et une action continues. Des incidents spécifiques aux efforts pour promouvoir l'égalité, cet article examine les différentes facettes du sexisme dans le rugby français.

L'équipe de France féminine de rugby.
La libération de la parole et la prise de conscience
Après un été marqué par des affaires de mœurs et de racisme, la reprise du Top 14 est l'occasion de faire une révolution dans le monde de l'ovalie. Il est crucial de rompre avec les années d'omerta, d'atavisme et de repli sur soi-même. Le documentaire de Marie Portolano, "Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste", a le mérite de susciter la réflexion et de libérer la parole. C'est tant mieux.
Géraldine Pons souligne l'importance de cette libération de la parole pour assainir les bases d'un meilleur futur. On peut agir sur de nombreux leviers, dès la formation, à l'école. Toutes ces femmes inspirantes, ces excellentes journalistes que l’on voit dans le reportage peuvent partager leur expérience pour demain. Nous avons les moyens par notre expérience de changer ces perceptions.
Aude Baron ajoute que la dénonciation des violences sexistes est salutaire et nécessaire. On ne peut que se réjouir de la libération de la parole des femmes. Mais il serait regrettable que le public s’imagine que les violences sexistes sont inhérentes à toutes les rédactions. Une femme peut tout à fait s’épanouir dans le journalisme sportif : j’en suis la preuve.
Des incidents spécifiques et leurs conséquences
Le 3 octobre 2011, Vincent Moscato et ses chroniqueurs ont discuté de la coupe du monde de rugby, en particulier de la défaite de l’équipe de France contre les Tonga et de l’accusation de harcèlement dont font l’objet trois joueurs anglais. L’occasion d’un déferlement de sexisme.
Les joueurs anglais auraient dérobé le talkie-walkie d’une femme de ménage de l’hôtel où ils sont logés, avant que l’un d’entre eux, seulement couvert d’une serviette de bain, exige un « baiser australien », la scène étant filmée avec son téléphone mobile par un autre joueur. « Quand j’ai demandé ce que c’était, il a répondu que c’était une fellation la tête en bas », a expliqué la jeune femme, après s’être enfuie en pleurs de la chambre.
Au lieu de s'interroger sur les comportements des joueurs anglais, les chroniqueurs se demandent si « c’est un contexte propice à la performance ? ». Vincent Moscato exprime son inquiétude pour la pérennité des emplois dans l’hôtellerie, craignant que cette affaire ne crée un précédent et n'amène à mettre sur le devant de la scène des choses que « tout le monde a fait ».
Éric Di Meco exprime ce précepte proprement sexiste que l’humiliation des femmes (ces « petites conneries » comme il le dit) accroît la solidarité des hommes. « La vie de groupe c’est d’aller sortir le chichi à la femme de ménage. On est trois, on rigole ».
Le sexisme dans les métiers du sport : décryptage de Catherine Louveau
Réactions et enquêtes
En une semaine, des enquêtes internes ont été ouvertes à Radio France, RMC Sport ou Canal +. Le documentaire "Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste", coréalisé par Marie Portolano et Guillaume Priou, a remué les rédactions dans les jours qui ont suivi sa diffusion sur Canal + le 21 mars.
Après avoir échangé avec chacune de ces victimes et après avoir lu tous vos messages sur les réseaux sociaux, je tenais à tous vous dire que je regrette sans aucune ambiguïté tous ces gestes du passé qui ne se justifiaient aucunement.»Avant cela, jeudi, une enquête interne avait été ouverte par le groupe Canal + : «Il a été demandé à la direction des ressources humaines de procéder à une analyse approfondie de la situation conformément à nos procédures internes», indiquait ainsi à l’AFP la filiale de Vivendi.
A RMC Sport, une enquête interne a également été ouverte jeudi, indiquait l’Equipe. Un cas de harcèlement sexuel signalé par deux personnes et concernant un salarié «qui n’est pas une figure d’antenne» précise le quotidien sportif. Ces signalements sont intervenus après la diffusion du documentaire de Marie Portolano et Guillaume Priou selon l’AFP.
Enfin, Radio France a également annoncé ouvrir une enquête interne à la suite du témoignage de la journaliste spécialiste du rugby Amaia Cazenave dans Je ne suis pas une salope. Celle-ci y décrivait des propos sexistes et une ambiance misogyne, précisant ensuite à France Info qu’il s’agissait de faits s’étant déroulés au sein d’une station locale de France Bleu ainsi qu’à la rédaction nationale des sports à Paris.
Initiatives et perspectives d'avenir
Un an après un premier #MeToo dans les rédactions de sport avec le départ de Clémentine Sarlat de France Télévisions à la suite de faits de harcèlement moral et sexiste, c’est une nouvelle vague de prise de conscience des difficultés rencontrées par les femmes journalistes de sport. Dans une tribune pour le Monde samedi, la journaliste de Téléfoot Nathalie Iannetta a cependant regretté que les débats qui ont suivi la diffusion du documentaire Je ne suis pas une salope aient principalement visé Pierre Ménès. «On ne veut détruire personne. On veut juste déconstruire un système», écrit-elle.
Du côté du collectif Femmes journalistes de sport, nouvellement créé, les adhésions ont rapidement afflué. L’objectif dans un premier temps : «se compter», déclare Laure Delhostal. Le collectif estime qu’environ 10% des 3 000 journalistes de sport en France sont des femmes.
Le Stade Français a réagi à l'enquête publiée par Mediapart, confirmant qu'un signalement a été fait auprès du Président de l'Association concernant des propos sexistes et homophobes tenus par le Directeur sportif de la partie associative du club. Des sanctions ont été prononcées, incluant une suspension des fonctions du Directeur sportif et un blâme enregistré dans son dossier personnel.
Maryse Éwanjé-Épée souligne l'importance de la période actuelle pour les discussions, avec de plus en plus de femmes journalistes dans le sport et la révélation de scandales. Elle note également la nécessité de représenter une diversité de femmes, pas seulement celles qui sont considérées comme "consommables" par certains hommes.
Mejdaline Mhiri, rédactrice en cheffe du trimestriel « Les Sportives », est l’une des instigatrices de ce collectif qui a pour but de créer un observatoire afin de recenser les femmes dans les rédactions sportives, de créer un annuaire aussi pour dénombrer toutes celles qui recherchent du travail et « montrer qu’elles existent », et enfin constituer un système de marrainage dès les écoles de journalisme pour accompagner des étudiantes qui souffrent du sexisme de certaines rédactions.

Le sport au féminin.
Statistiques sur la présence des femmes dans le journalisme sportif
| Catégorie | Pourcentage |
|---|---|
| Temps de parole des femmes dans le sport (TV et radio) | 13% |
| Femmes parmi les journalistes sportifs en France | 10% (environ 300 sur 3000) |