La magie de la Coupe de France n'a pas opéré sur Calais ce samedi soir. Les Calaisiens ont craqué en seconde période après avoir montré un beau visage.
Santos a d'abord ouvert le score de la tête à la 57ᵉ minute, puis Mara a signé un doublé pour plier l'affaire en faveur de Strasbourg au stade de l'Épopée. Le score final ne rend pas service aux hommes d'Olivier Laridon qui auront rendu une copie consistante, notamment en première période. Mais les professionnels de la Ligue 1 se sont montrés cliniques au bon moment.
Le RCC pourra regretter le penalty manqué à la 39ᵉ minute par Lucas Pélissier, pourtant étincelant tout au long de cette partie.
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Un Penalty Manqué Qui Aurait Pu Tout Changer
Quelle aurait été l'issue de ce 32ᵉ de finale si Lucas Pélissier était parvenu à tromper Johnsson ? Nul ne sait et il est inutile de faire du football fiction. Il n'empêche que ce fait de jeu aurait pu faire basculer la rencontre du côté des locaux, poussés par un stade de l'Épopée surchauffé. Malheureusement, Pélissier a buté sur le gardien strasbourgeois et n'a pas récompensé les solides premières minutes de Calais.
Surtout que les Alsaciens jouaient sur un monorythme, pas très tranchants ni très dangereux dans les derniers mètres hormis une opportunité de Mara. Le score nul et vierge à la pause est assez frustrant tant les Nordistes se montrent vaillants et créatifs offensivement.
Au retour des vestiaires, Andrey Santos sur corner (0-1, 57e) puis Sékou Mara par deux fois (0-2, 73e ; 0-3, 89e) extrayaient enfin les leurs d’une toile piégeuse malgré les quatre divisions d’écart.
Si on met ce penalty, ce n’est pas la même issue, rejouait Olivier Laridon, l’entraîneur du Racing Club de Calais (N3). Mais on ne le saura jamais.
« Je pense que vous avez aussi cette formule-là ici, glissait le jeune quadra. Calais a montré une belle image du football en matière de caractère, d’attitude et nous a donné du fil à retordre. En fin de première période, on commençait à se crisper, et heureusement que Karl-Johan (Johnsson) a fait ce très bel arrêt. C’est à ce moment, où le doute et le frisson d’un soir de coupe commençaient à planer dans le ciel calaisien au milieu de rafales de vent à désorienter un goéland, que le portier alsacien s’est détendu (0-0, 39e).

Le stade de l'Épopée, lieu du match historique. Source: Onze Mondial
Le "Grand" a Fait Sa Loi
Strasbourg montre plus en sortie de vestiaires. Et ça paie. De la tête à la suite d'un corner, Santos met les siens sur les rails à la 57ᵉ minute. Les Calaisiens commencent à accuser le coup physiquement et mentalement, même si Sam Alexander . Mara en profite sur une sortie manquée du portier pour faire le break.
Nouveau coup dur pour le Racing Club de Calais. Faux espoirs en fin de match lorsque l'iconique Claudio Beauvue (131 matchs de Ligue 1 au compteur) réduit le score de la tête... il est finalement signalé hors-jeu. Mara s'offre un doublé à la 90ᵉ minute pour qualifier le RCSA en seizièmes de finale.
Un Club Tourné Vers l'Avenir
Pas d'épopée donc pour le RC Calais, vingt-quatre ans après le CRUFC. Déjà un très beau parcours pour ce club créé il y a tout juste un an et demi. L'objectif maintenant est de se maintenir et de se pérenniser en National 3. L'avenir est prometteur.
Le Racing s’est illustré, la saison passée, en jouant un 32e de finale contre Strasbourg (L1) dans un stade de l’Épopée quasi plein. Les joueurs qui ont prolongé l’aventure avec Calais pour 2025-26 ont reçu leur prime. L’histoire est rare. Dans tous les clubs, même amateurs, un système de primes est mis en place en cas de bons parcours en Coupe. Un levier pour motiver les joueurs au-delà du sportif et les intéresser aux bénéfices découlant des gratifications offertes par la fédération (43 000€ pour un 32e de finale) et les recettes générées par les belles affiches contre des clubs pros.
Même disparu en 2017 au terme d'invraisemblables errances administratives et financières, le Calais Racing Union FC charrie trop de souvenirs pour ne pas être au centre du 32e de finale qui s'annonce. La venue de Strasbourg au stade de l'Épopée, près de 25 ans après le quart de finale disputé au stade Bollaert (2-1, le 18 mars 2000), rappelle au Racing Calais, né officiellement en juin 2023 de la fusion de Calais Hauts-de-France et Calais Pascal, qu'il n'y a pas d'issue.
« Par la force des choses, même si elle voulait ne pas l'être ou ne pas le laisser paraître, cette équipe a l'ADN du CRUF en elle, énonce Ladislas Lozano. Elle sera considérée comme élevée sur les cendres de l'équipe du CRUF. »
L'ancien entraîneur, désormais adjoint au maire, sera présent en tribunes, le coup d'envoi sera donné par deux acteurs majeurs de l'époque, le gardien Cédric Schille et l'attaquant Mickaël Gérard. « C'est l'effervescence au club, ça ne parle que de ça depuis le tirage, annonce ce dernier. Maintenant, c'est à eux de le faire. »
L'enceinte est annoncée comble, ce qui n'était plus arrivé depuis son inauguration, en 2008. Cela se situe dans la droite ligne d'un engouement considérable : il y avait 6 000 personnes pour le match de la montée de R1 en N3 contre Arras, en fin de saison dernière, et 3 000 à 3 500 spectateurs viennent assister aux rencontres de Championnat.
« Après la disparition du CRUF, fédérer de nouveau les gens autour du foot à Calais, c'est top, se réjouit le président, Nicolas Bouloy. Mais on n'est pas la suite, ce n'est pas vrai, on est un nouveau club, tout simplement. Et on est seulement en 32es de finale, on est très loin d'eux. »
« Le CRUF a disparu, il y a un club à Calais qui joue contre un ancien adversaire de 2000, la comparaison s'arrête là », assène Réginald Becque, l'ex-capitaine.
L'Héritage de 2000
Christophe Hogard avait égalisé en reprenant un ballon mal repoussé par Thierry Debès le jour de ses 25 ans. Et Jocelyn Merlen avait profité d'une nouvelle faute de main du gardien alsacien pour donner l'avantage aux siens juste avant la pause, sur coup franc. « J'ai des frissons à chaque fois qu'on en parle, admet le milieu. Ça nous lie à vie avec tous les gens de Calais, cette aventure humaine extraordinaire, ce bonheur qu'on voyait dans leurs yeux. C'est l'histoire de notre vie ; en tout cas, c'est l'histoire de ma vie. »
Celle de Schille a failli basculer, ce soir-là. Après le match, Michel Ettorre, l'entraîneur des gardiens de Strasbourg, qui l'avait eu pendant deux ans au centre de formation de Metz, lui glisse à l'oreille : « Bien joué gamin, on se reverra. »
« Sur le coup, dans l'euphorie, je n'ai pas percuté. » Quelques semaines plus tard, le club alsacien lui proposera un contrat de doublure dans le but. Il déclinera l'offre et ne bougera plus de la Côte d'Opale.
Depuis les tribunes, où les coeurs seront forcément lourds après la disparition de Thierry Jacob, vendredi, il incarnera ce lien indestructible entre le Calais d'avant et celui d'aujourd'hui. Lui, le gendre d'André Roches, le président lors de l'épopée, décédé en 2019, et le papa de Tristan, qui devrait débuter la rencontre sur le banc. « Je n'aurais pas imaginé parler un jour d'un autre Calais -Strasbourg avec mon fils dans le groupe. Il va le vivre dans un stade qui porte le nom de l'Épopée, c'est dément et j'en suis très fier. Ce n'est pas le même club, mais les gens autour et certains bénévoles étaient déjà là en 2000. Liam Rosenior n’a probablement pas, dans sa bibliothèque, des volumes contant l’histoire de Calais.
Entré dans l’imaginaire populaire au printemps 2000, le CRUFC (Calais Racing Union Football Club), épouvantail de quatrième division et finaliste de la Coupe de France (après avoir croqué Lille, Cannes, Strasbourg et Bordeaux avant de s’incliner dans les derniers instants face à Nantes au Stade de France), était l’étendard d’une ville. Un phare, jusqu’aux relégations administratives et limogeages de dirigeants à plusieurs dizaines de milliers d’euros qui conduisent l’entité - pourtant aussi quart-de-finaliste en 2006 - aux tribunaux ainsi qu’à la liquidation judiciaire en septembre 2017.
Longtemps, les oreilles de l’élue siffleront sur ce jour où le robinet municipal se coupait. « Dès 2010, je récupère un club placé en procédure de sauvegarde avec un million d’euros de dette, rappelle aujourd’hui l’édile. Nous avons tenu le CRUFC à bout de bras, chaque année. La liquidation ouvre une nouvelle ère. Un mélange de vide, d’espoirs, d’un passage de témoin difficile dans une ville de 67 000 habitants sur laquelle la crise migratoire braque trop souvent les projecteurs et où au moins une dizaine de clubs de quartiers cohabitent.
« Remettre tout le monde autour de la table n’a pas été simple », abonde Natacha Bouchart. Le journaliste calaisien Baptiste Vendroux fait éclore le projet Calais Ambition 2030, et cette arlésienne d’un grand club reprend de l’épaisseur. Marseille a son « Grantatakan » chaque été, Calais son « Grandclub » tous les six mois. « On m’a ri au nez, à ce moment-là », se souvient encore la maire. Des dirigeants qui, jusqu’ici, ne regardaient pas dans le même sens ne détournent plus leur regard.
Nicolas Bouloy, c’est 38 balais, « trois heures de sommeil par jour », une holding de 14 sociétés dans l’informatique pour une cinquantaine de salariés, un acharné de foot capable d’enquiller deux licences simultanément (à Montrouge en région parisienne, et Brêmes-les-Ardres dans la campagne calaisienne) durant ses études. Cet entrepreneur hyperactif - numéro 10 lorsqu’il jouait - énumère « Ronaldo, Beckham, Zidane » ou le « grand Real de l’époque » en référence, déguste des frites en tribune Xercès à Bollaert et promet : « Le jour où je n’apporterai plus rien à Calais, je laisserai la place. Je ne conçois pas une présidence de 20 ou 25 ans, comme Aulas et Martel où l’après a été compliqué. »
Le directeur sportif Sylvain Jore - entraîneur du CRUFC durant les années 2000 - en parle comme d’un « grand professionnel », le principal intéressé y voit une « envie de faire avancer le club avec des gens qui ne sont pas là par intérêt. On fait des erreurs et on en fera encore, mais il faut s’améliorer pour que ça ne parte pas en cacahuète. Aujourd’hui, on doit se renforcer avec un directeur financier par exemple. Calais n’a pas une grande histoire pro (une saison en D2 en 1981, NDLR), mais cette ville doit au minimum être en N1. Pas la peine de lui parler de Ligue 2, « c’est un gros cap » qu’a réussi Dunkerque et pourrait à nouveau concrétiser Boulogne (leader de N1), les deux références voisines. « Si on veut des ambitions, il faut être armé d’investisseurs locaux. Aujourd’hui, l’économie calaisienne est peut-être plus en difficulté pour le monde pro. Mais National 1, c’est possible », estime-t-il.
Derrière sa bonne bouille, le boss cause humilité, ne veut pas entendre parler de « Qatar du N3 » selon ses détracteurs en raison des 850 000 à 900 000 euros de budget (dont 30 % de subventions municipales, contre 50 % la saison précédente) et souhaite écarter les affres des fonctionnements opaques du passé. Aujourd’hui, les contrats fédéraux (avec quelques Calaisiens, des recalés de centres de formation et l’ex-Lyonnais Claudio Beauvue toujours actif) échelonnent la masse salariale de 1000 à 2000 euros par mois d’après le président : « Nous n’attendons pas que l’argent public arrive, et d’ailleurs, celui-ci est utilisé pour la formation, martèle le dirigeant. L’objectif, aussi, de ne plus systématiquement regarder dans le rétro : « L’histoire fait que pendant des années, on continuera à parler de l’épopée 2000, et nous étions tous fiers d’être calaisiens à cette époque-là. Mais aujourd’hui, la réussite de la fusion n’est pas celle du CRUFC. On s’efface de cette histoire, même si nous aurons toujours un grand respect pour elle. À nous d’écrire la nôtre, désormais. »
Pas cette année, mais face à Strasbourg, « les joueurs ont pu mesurer l’importance de la Coupe de France, ici », apprécie Sylvain Jore. Le temps d’un soir, d’une réminiscence d’une ferveur trop longtemps contenue, 11 000 silhouettes ont convergé depuis Calais Nord, le centre-ville, les quartiers populaires, vers le stade de l’Épopée. Lequel n’avait, depuis son inauguration en septembre 2008, plus accueilli une telle foule pour le club phare. « J’ai tout vécu, à Calais : les épopées, les montées et finalement être écarté, achève le directeur sportif.
| Tour | Adversaire | Résultat |
|---|---|---|
| 32e de finale | Lille | Victoire |
| 16e de finale | Cannes | Victoire |
| 8e de finale | Strasbourg | Victoire |
| 1/4 de finale | Bordeaux | Victoire |
| Finale | Nantes | Défaite |
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