Brassard LGBT en Ligue 1 : Polémiques et Divisions

Le week-end spécial contre l’homophobie en Ligue 1 et en Ligue 2 a suscité de nombreux débats. Depuis, plusieurs personnalités importantes du football français se sont exprimées à ce sujet, notamment Habib Beye.

Footballeurs et entraîneurs de Ligue 1 prennent part chaque 17 mai à une campagne de sensibilisation à la transphobie et à l’homophobie. Mais, depuis son lancement en 2021, plusieurs joueurs suscitent la polémique en refusant brassards et drapeaux aux couleurs LGBTQI, en invoquant des raisons personnelles parfois contradictoires.

Pendant que le Concours Eurovision de la chanson avait interdit les drapeaux LGBTQI pour sa 69e édition à Bâle, les joueurs de Ligue 1 en France entraient samedi 17 mai avec des brassards arc-en-ciel sur les pelouses. À l’occasion de la journée de lutte contre la transphobie et l’homophobie, la Ligue professionnelle de football (LFP) organisait cette année sa cinquième campagne “pour sensibiliser aux droits des personnes LGBTQI dans le football”, explique The Athletic.

Mais cette année, comme les autres, plusieurs footballeurs ont refusé de prendre part à la campagne de sensibilisation organisée par la LFP. Ce samedi 17 mai, comme depuis son arrivée au FC Nantes en 2022, l’international égyptien Mostafa Mohamed a annoncé ne pas participer à la journée de Ligue 1.

Zakaria Aboukhlal, international marocain et joueur de Toulouse, a expliqué son refus dans un message partagé sur Instagram. S’il a dit « respecter tous les individus, quelles que soient leurs préférences, genre, religion », il a aussi demandé que l’on respecte « ses propres croyances ». « Je ne pense pas être la personne la mieux placée pour participer à cette campagne, j’espère que ma décision sera respectée », a-t-il écrit. En réponse, le club a décidé d’écarter les joueurs concernés pour la rencontre de dimanche.

La colère est malgré tout montée jusqu’au gouvernement. Lundi, Olivier Véran, son porte-parole, a réagi dans « Télématin », sur France 2. « C’est nul. Je lisais tout à l’heure un article où quelqu’un, un sélectionneur je crois, disait que l’homophobie était une opinion : non, c’est un délit », a-t-il regretté. Il faisait ici référence aux propos de l’entraîneur de Brest, Eric Roy.

Ce n’est pas la première fois que cette journée contre l’homophobie provoque les débats. À Monaco en 2019, plusieurs joueurs dont la star de l’équipe Radamel Falcao, avaient de la même manière refusé d’être associé au drapeau arc-en-ciel.

Lors de la dernière coupe du monde, plusieurs équipes européennes avaient souhaité porter un brassard arc-en-ciel en soutien aux droits LGBT inexistants au Qatar. La France menée par le président de la Fédération Noël Le Graët, avait de son côté annoncé ne pas vouloir porter ce symbole.

Quelques joueurs tricolores ont toutefois publiquement pris la parole ces dernières années pour défendre les droits LGBT. Antoine Griezmann a, tout comme son coéquipier en Bleu Olivier Giroud, posé pour le magazine « Têtu ». Paul Pogba lui aussi s’est exprimé à ce sujet. En 2017, à l’occasion de la campagne « Equal » lancée par l’UEFA, il avait invité chacun à respecter les préférences des autres : « Chaque joueur est un être humain, et ce qu’il ressent fait partie de sa vie privée. Tout cela n’a pas de rapport avec le joueur, nous devons juste le respecter.

À Toulouse, la direction du club a expliqué dans un communiqué que "des joueurs de l'effectif professionnel ont exprimé leur désaccord" et n'ont pas voulu s'associer à cette opération, parmi lesquels l'attaquant bosnien Saïd Hamulic, l'arrière franco-malien Moussa Diarra et Zakaria Aboukhlal. L'international marocain a expliqué en anglais sur Instagram qu'il "respecte tous les individus, quelles que soient leurs préférences, genre, religion", mais, ajoute-t-il, le "respect contient aussi celui pour mes propres croyances. Je ne pense pas être la personne la mieux placée pour participer à cette campagne, j'espère que ma décision sera respectée".

Côté nantais, Mostafa Mohamed a, lui aussi, marqué son refus de participer à l'opération, a appris l'AFP d'une source proche du club "canari". L'Égyptien a expliqué son entraîneur Pierre Aristouy, "était tiraillé entre son envie de jouer et des problématiques plus lointaines. C'est une question sensible". Le club a annoncé qu'il allait sanctionner son joueur financièrement. Cette amende sera ensuite intégralement remise à l'association de défense des droits LGBT+ SOS Homophobie.

Samedi, le défenseur sénégalais de Guingamp Donatien Gomis avait aussi préféré déclarer forfait pour le match de Ligue 2 à Sochaux.

Un refus inadmissible pour la ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra. "Je regrette vivement qu'on n'ait pas 100% des joueurs en Ligue 1 et en Ligue 2 qui puissent se retrouver derrière ce message qui est un simple message de non-discrimination", a-t-elle assuré dans l'émission Stade 2 sur France 3. "Je pense qu'il est de la responsabilité des clubs, avec un dialogue avec leurs joueurs, de prendre des sanctions", complète-t-elle.

Ces refus inquiètent les organisateurs de cette opération même si l'immense majorité des joueurs a participé à l'opération. "Il ne faut pas donner trop d'importance à ces choix individuels et ne pas oublier que plus de 400 joueurs ont joué le jeu sans aucun problème", explique à l'AFP Bertrand Lambert, membre du Panamboyz&Girlz United, une des associations avec laquelle la Ligue de football professionnel (LFP) travaille toute l'année.

Bertrand Lambert, du Panamboyz&Girlz United, rappelle que cette opération "n'a pas pour but de promouvoir l'homosexualité mais promouvoir un foot ouvert à tous, et de lutter contre l'homophobie, qui n'est pas une opinion en France mais un délit. Il faut bien comprendre qu'on ne demande pas à ces gens de devenir homosexuels !"

Il souligne que son association comme d'autres interviennent "toute l'année auprès des joueurs et dans les centres de formation" et "salue le travail de la LFP". Le responsable d'association "sent quand même que les choses petit à petit ont évolué. Avant on était un peu seuls à tirer le signal d'alarme, jusqu'au jour où des matches ont été arrêtés, le problème qui était mis sous le tapis est devenu public". "La 'planète foot' a quand même bien évolué", conclut Bertrand Lambert.

Pour la troisième année consécutive, l’attaquant égyptien du FC Nantes, Mostafa Mohamed, a refusé de prendre part à la journée de lutte contre l’homophobie organisée par la Ligue de football professionnel (LFP). Selon des informations croisées de L’Équipe et RMC Sport, le joueur a exprimé sa volonté de ne pas disputer la rencontre face à Montpellier, afin d’éviter de participer à cette opération de sensibilisation.

Des joueurs du Toulouse FC auraient refusé de soutenir cette initiative lors du match à venir contre le FC Nantes, selon La Dépêche. Plusieurs joueurs du TFC auraient refusé de porter un flocage arc-en-ciel.

Un cas a déjà frappé la Ligue 2 où, Donatien Gomis, défenseur d’EA Guingamp, a lui aussi refusé de porter un floacge arc-en-ciel, et n’a donc pas participé au voyage de son club à Sochaux. Le joueur a été déclaré absent pour « raisons personnelles ».

Concrètement, lors des rencontres de la 27e journée de Ligue 1 et de la 30e journée de Ligue 2, les joueurs arboreront un logo et des badges en noir et blanc, symbole de l'engagement contre le racisme. Les mêmes symboles seront repris pour la 34e journée de Ligue 1 et la 38e journée de Ligue 2, cette fois avec les couleurs arc-en-ciel.

Avant le coup d’envoi des rencontres de Ligue 1, une bâche géante sera par ailleurs déployée sur le rond central, sur laquelle le mot "racisme" est barré au profit du mot "football".

« Personnellement je pense que comme le racisme, comme toutes les causes, on devrait les représenter noblement. On devrait être porteur de ces messages-là. Et ce sont des convictions personnelles que je ne connais pas et que je ne maîtrise pas. (…) Je ne partage pas leur cause. (…) Ce que je veux dire c’est que dans une cause, il est impossible que tout le monde pense la même chose.

L’entraîneur du Red Star et consultant pour Canal + a partagé son opinion sur le Canal Football Club ce dimanche.

« Chacun est libre de penser et faire ce qu’il veut. Je vous le dis on est contre toutes les formes de discriminations mais je ne suis pas certain que ce soit nécessaire de faire une journée contre l’homophobie. Je pense qu’on a tous conscience de ça et que ce n’est pas la peine de vouloir afficher tout le temps », a-t-il lâché.

L’international marocain a expliqué en anglais sur Instagram qu’il « respecte tous les individus, quelles que soient leurs préférences, genre, religion », mais, ajoute-t-il, le « respect contient aussi celui pour mes propres croyances. Je ne pense pas être la personne la mieux placée pour participer à cette campagne, j’espère que ma décision sera respectée ».

Cette amende sera ensuite intégralement remise à l’association de défense des droits LGBT+ SOS Homophobie.

Une nouvelle stratégie de campagne qui divise. "C'est un recul", regrette Bertrand Lambert, des Panamboyz and Girls, qui annonce : "Nous avons décidé, avec SOS homophobie partenaire comme nous de la LFP depuis de longues années, de ne pas soutenir cette campagne 2024".

Au contraire, pour l'association Foot ensemble, Yoann Lemaire fait remarquer qu'à force, "on ne se souvenait que des polémiques".

"C'est une meilleure stratégie pour apaiser le problème et avoir une chance d'emmener tout le monde dans la lutte contre l'homophobie dans le football. (…) La LFP a été maline de l'associer à la lutte contre le racisme", plaide Yoann Lemaire, qui relève : "Elle se fait taper dessus, mais elle est la seule à agir. Que font les autres pays ?

« À force de répéter le même scénario, ce refus devient moins un acte isolé qu’un signal inquiétant. Car si un joueur professionnel peut s’extraire d’une campagne contre l’homophobie sans réelle conséquence autre qu’une amende symbolique, quel message envoie-t-on à celles et ceux qui subissent ces discriminations au quotidien, y compris dans les tribunes et les vestiaires ? Trois refus en trois ans, trois amendes, et toujours la même position. À un moment donné, il ne s’agit plus seulement de respecter les convictions individuelles, mais de défendre avec clarté des valeurs fondamentales. Le football ne peut pas prétendre être un espace inclusif s’il tolère, année après année, qu’on s’en détourne au nom du « choix personnel ».

Le football français ne peine pas uniquement à donner l’exemple sur les pelouses de Ligue 1.

"Notre stratégie a toujours été de lutter contre toute forme de discrimination, mais sans faire de hiérarchie", fait-on valoir à la Ligue.

Brassard arc-en-ciel porté par les joueurs de Ligue 1 lors d'une journée de sensibilisation.

Réactions et Conséquences

Les refus de certains joueurs de porter le brassard arc-en-ciel ont entraîné diverses réactions :

  • Réactions du gouvernement : Olivier Véran a qualifié l'homophobie de délit et non d'opinion.
  • Réactions des clubs : Certains clubs ont écarté les joueurs concernés ou ont infligé des sanctions financières.
  • Réactions des associations : Certaines associations ont regretté un recul, tandis que d'autres ont salué la stratégie de la LFP.

Ces controverses mettent en lumière la complexité de concilier les convictions personnelles et les engagements collectifs dans le monde du sport.

Actions de sensibilisation menées par la LFP et les associations.

Tableau récapitulatif des positions

Acteur Position
Joueurs refusant le brassard Respect des convictions personnelles, parfois religieuses
LFP Promotion de l'inclusion et lutte contre les discriminations
Associations (Panamboyz&Girlz United, Foot Ensemble) Positions divergentes : soutien mitigé ou critique de la stratégie
Gouvernement (Ministre des Sports) Condamnation de l'homophobie et appel à des sanctions

Ligue 1. Des brassards arc-en-ciel pour lutter contre l’homophobie

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