L'Histoire du Rugby à Boulogne-sur-Mer et en France: Une Passion Nationale

Le rugby est bien plus qu'un simple sport en France ; c'est une véritable passion nationale, profondément enracinée dans l'histoire et la culture du pays. Alors que le rugby a connu une diffusion mondiale limitée, l’Hexagone a embrassé ce sport avec enthousiasme. Dans cet article, nous explorerons l'évolution fascinante du rugby en France, de ses modestes débuts à son statut actuel en tant que l'un des sports les plus populaires et influents sur le plan économique.

Carte des villes hôtes de la Coupe du Monde de Rugby 2023 en France

Les Débuts du Rugby en France

L'histoire du rugby en France remonte aux années 1870, lorsque le sport a été introduit dans le pays par des étudiants britanniques. Ces jeunes érudits, éduqués dans les meilleures institutions britanniques, ont apporté avec eux la passion pour ce jeu rugueux et passionnant. Les premières parties de rugby ont eu lieu dans les cours des écoles et les campus universitaires, où les étudiants français ont rapidement adopté ce nouveau sport.

Dès ses débuts, le rugby a trouvé un écho favorable parmi la classe ouvrière française. Son attrait résidait dans sa nature robuste et compétitive, offrant une échappatoire aux rigueurs de la vie quotidienne. Les ouvriers se sont rassemblés pour former des équipes locales, créant ainsi les premiers clubs de rugby en France. Ces clubs ont été le point de départ de la diffusion du sport dans tout le pays.

Au cours des années qui ont suivi, le rugby s'est progressivement imposé comme un élément incontournable de la culture sportive française. Les compétitions régionales ont fleuri, offrant aux équipes locales l'opportunité de rivaliser pour la gloire et la reconnaissance. Les rivalités locales sont nées, donnant naissance à des derbies légendaires qui ont captivé l'imagination des supporters.

Le Transfert Culturel et la Tutelle Britannique

Cet article tente d’analyser ce transfert culturel en revenant sur les premiers joueurs « anglais » des années 1860-1880, puis sur les processus d’ouverture aux autochtones. La transmission du feu sacré est suivie d’une forme de tutelle britannique jusqu’en 1914 : des joueurs, des entraîneurs et des équipes franchissent la Manche et permettent aux pratiquants français de capter les principales évolutions techniques et tactiques d’Albion.

Lorsqu’en décembre 1863 se constitua en Angleterre une fédération nationale de football (la Football Association), les partisans du rugby moquèrent cette pratique « émasculée », tellement peu virile que même des Français pourraient rapidement y exceller. Ils n’avaient pas totalement tort puisque, 160 ans après ces événements, l’Hexagone est détenteur de deux Coupes de monde de football là où nos voisins n’ont conquis qu’un seul Graal. En revanche, la déculottée subie par le XV de la rose sur ses terres lors du Crunch de 2023 (victoire 53-10 des Français à Twistâmes) n’était, semble-t-il, pas envisagée par les rugbymen de l’époque victorienne.

Entre temps, le ballon ovale avait en effet traversé la Manche : contrairement aux autres pays d’Europe continentale, la France a ainsi connu une évangélisation rugbystique précoce et réussie, au point de parvenir à régulièrement battre les Anglais à leur propre jeu. Cette filiation sportive n’est pas propre aux seuls sports de ballon. En dehors du cricket, la plupart des loisirs athlétiques « anglais » forgés au cours des xviiie et xixe siècles ont été introduits avec succès dans l’Hexagone.

La France, fille aînée des sports britanniques, a vu nombre de ses citoyens embrasser avec enthousiasme les jeux venus d’outre-Manche ; mais elle a aussi bénéficié de plusieurs passeurs venus d’Albion qui acceptèrent de partager leurs loisirs avec les autochtones. La pratique des sports modernes est devenue un élément central de l’identité britannique au cours du xixe siècle. On le mesure notamment en étudiant les communautés d’expatriés installées aux quatre coins du monde durant cette époque.

Les Premiers Clubs et Joueurs

Dans l’Hexagone, où l’on compte environ 55 000 Britanniques sous le Second Empire, les sources attestent de la fondation de football clubs à Boulogne-sur-Mer dès 1862 et à Paris au cours de l’hiver 1863. Parmi les premiers pratiquants, certains précisent qu’ils adoptent les règles du rugby, à l’instar du Boulogne FC (1862) ou du Paris FC (1877) ; d’autres choisissent les codes de la Football Association.

Il convient de souligner la précocité de ces premières rencontres et structures. En Angleterre, les clubs pionniers de rugby, tel le Blackheath FC, sont en effet fondés au cours des années 1850 et constituent une fédération nationale (la RFU) en 1871 : l’exportation en France de ce sport est par conséquent très rapide. La proximité géographique entre les deux pays, la croissance des liaisons maritimes et la libéralisation des relations commerciales à la suite du traité de libre-échange de 1860 favorisent ce transfert culturel.

Le rugby joué sur les pelouses françaises des années 1870 et 1880 est le plus souvent pratiqué par des Britanniques, pour les Britanniques. Ce sont les villes abritant les principales colonies anglaises qui voient les ressortissants d’Albion se réunir entre eux, dans un entre-soi national assumé : le secrétaire du Boulogne FC déclare ainsi que son cercle est « restreint à la race anglo-saxonne », tandis que le journal anglophone de Paris, le Galignani’s Messenger, affirme que « le maintien d’un certain esprit de clan est une chose tout à fait saine entre les personnes d’une même race établies à l’étranger. […] Si nous souhaitons préserver notre langue et nos singularités nationales […] intactes, nous devons conserver des relations sociales entre nous. » Ce communautarisme sportif n’est pas propre à la France : on le retrouve notamment dans plusieurs colonies de l’Empire.

En réalité, si les Britanniques partagent au départ assez peu leurs sports, c’est que là où ils sont suffisamment nombreux, ils sont peu intégrés : les colonies anglaises possèdent leurs propres épiceries, leurs pubs, leurs médecins, leurs dentistes, leurs pasteurs… on y parle mal la langue de Molière et on épouse rarement une fille ou un garçon du coin. Ce fonctionnement communautaire, somme toute assez classique dans l’histoire des migrations, favorise une pratique des sports peu ouverte aux Français.

Les Passeurs Culturels

En dépit de cette fermeture initiale, les sphères britannique et française ne sont pas totalement étanches : il existe un ensemble d’individus jouant le rôle de passeurs culturels. Certains sont français, à l’image du jeune parisien Louis Serrié confié par ses parents à des amis anglais de Richmond en 1889. Les quelques mois passés outre-Manche lui permettent de développer une véritable passion pour le rugby et de fonder à son retour l’un des premiers clubs de la capitale, l’Inter-nos.

Parmi ces passeurs culturels, une catégorie en particulier joue un rôle central : ce sont les « hommes doubles », des individus possédant un pied sur chacune des rives de la Manche, une double appartenance identitaire. Franco-britanniques ou anglo-français, ils évoluent dans deux environnements culturels distincts et sont en quelque sorte prédisposés à transmettre les originalités de l’un vers l’autre.

C’est en toute conscience qu’Alfred Swann fait découvrir les sports modernes à ses camarades : ces jeux possèdent une dimension ludique et fashionable qui les rend désirables. L’anglomanie des lycéens de Condorcet, tout comme leur désir de s’affronter dans des défis physiques, en font ainsi de parfaits disciples.

On en trouve l’archétype en la personne d’Arnold Bideleux (1869-1952), un représentant de commerce britannique ayant passé une grande partie de son existence en France. Après avoir contracté le virus du rugby durant sa jeunesse dans la banlieue de Londres, c’est en « super-contaminateur » qu’il franchit la Manche à 18 ans pour intégrer l’entreprise d’import-export de son oncle. Ses mutations professionnelles et sa parfaite maîtrise du français font le reste : partout où il se rend, Arnold Bideleux travaille mais consacre une large part de son temps libre à jouer. Du Havre à Marseille, en passant par Paris, il intègre les équipes locales ou participe à leur création, dirige certains clubs ou commissions, diffuse des techniques de jeu inconnues des néophytes français ou encore arbitre de nombreux matchs.

Les Britanniques s’avèrent donc de possibles passeurs culturels, transmettant en France ou outre-Manche le feu sacré aux premiers pratiquants autochtones. Ils enclenchent ainsi un mécanisme, une chaîne de transmission. Au sein des clubs de rugby pionniers, les premières générations de joueurs français acculturés par leurs camarades d’Albion apprennent ensuite les grands principes du jeu aux débutants.

Ainsi, alors que les meilleures équipes sont au départ, dominées par des membres anglais ou français ayant vécu outre-Manche, la première décennie du xxe siècle voit une génération de rugbymen, « nés et élevés dans l’Hexagone », devenir majoritaire.

Par ailleurs, certains clubs deviennent les points de départ d’une propagation nationale. Tel est le cas du Stade Français : l’introduction précoce du rugby en son sein par Courtney Heywood lui permet de devenir le premier champion de France de l’histoire (1892), mais surtout un formidable foyer de diffusion de ce sport. Certains jeunes stadistes apprennent le jeu à Paris, avant de partir en province pour des raisons professionnelles. Emportant dans leurs valises un ballon ovale, ils deviennent des apôtres de ce sport, contribuant à développer des sections ou des clubs qui à Bordeaux, qui à Pau, qui à Nantes.

Les Premiers Pas Officiels

En France, le premier club, Le Havre Athlétique, constitué en 1870, jouait à un jeu hybride entre le rugby et le football. Le premier véritable club de rugby français est celui des English Taylors, formé en 1877, suivi par le Paris Football Club un an plus tard.

C’est en 1890, sur la suggestion du baron Pierre de Coubertin, que trois écoles françaises de Paris lancent un tournoi scolaire. L’année suivante cinq nouvelles écoles les rejoignent.

La commission de football de l’Union des Sociétés Françaises de Sports Athlétiques est formée en 1890, et en mars 1892 elle invite les clubs désireux d’entrer dans la compétition à se rapprocher du secrétariat. Seuls le Stade Français et le Racing CF répondent.

Le 20 mars 1892, la première finale de coupe française a lieu, avec le baron Pierre de Coubertin comme arbitre. Le bouclier de Brennus, le Saint-Graal du rugby français, conçu par le baron er réalisé par Charles Brennus est remis ce même jour au capitaine vainqueur, Carlos de Candamo.

L’année suivante, une équipe française fait une tournée en Angleterre.

Bien que les joueurs de l’équipe française, médaillés d’or aux Jeux Olympiques de 1900 aient été sélectionnés parmi les deux meilleurs clubs parisiens, la France débute officiellement la compétition au niveau international avec le match contre les All Blacks le 1er janvier 1906.

Le Bouclier de Brennus

Le Développement du Rugby en France

Le rugby en France a connu un développement spectaculaire au fil des décennies. Dans les années 20 et 30, le sport a gagné en popularité et en visibilité, attirant de plus en plus de spectateurs dans les stades. Les clubs se sont organisés en ligues nationales, créant un cadre compétitif pour les équipes professionnelles.

Le rugby a également bénéficié de la croissance de la couverture médiatique, avec des retransmissions radio et des reportages dans les journaux nationaux. Cette exposition accrue a contribué à accroître la popularité du sport, attirant de nouveaux supporters et renforçant les liens avec les communautés locales.

Au cours des décennies suivantes, le rugby est devenu un véritable phénomène de masse en France. Les clubs professionnels ont attiré des talents internationaux, renforçant ainsi la qualité du jeu. Les stades se sont agrandis pour accueillir une foule toujours plus nombreuse, tandis que les marques se sont emparées de l'opportunité de s'associer au sport pour renforcer leur propre image de marque.

Aujourd'hui, le rugby est profondément enraciné dans la culture française, symbolisant des valeurs telles que la solidarité, l'esprit d'équipe et la passion. Il continue d'attirer des millions de fans à travers le pays, faisant du rugby l'un des sports les plus populaires et les plus influents en France.

Les Années 60: Le Tournant de l'Histoire du Rugby en France

Les années 60 ont marqué un tournant décisif dans l'histoire du rugby en France, avec l'introduction du professionnalisme et l'essor du rugby à XV. Les clubs ont commencé à recruter des joueurs étrangers de renom, renforçant ainsi la compétitivité des ligues nationales. Parallèlement, le rugby à XIII a également gagné en popularité, en particulier dans le sud de la France, avec la création de nouvelles équipes et la tenue de compétitions nationales.

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Poids Economique Actuel du Marché du Rugby en France

Le rugby en France ne se limite pas à être un simple divertissement sportif ; il constitue également un moteur économique majeur qui génère des milliards d'euros de revenus chaque année. Cette industrie dynamique est alimentée par une multitude de sources de revenus, qui contribuent à dynamiser l'économie nationale et locale.

Tout d'abord, les droits de diffusion télévisuelle représentent une part significative des revenus du rugby en France. Les diffuseurs nationaux et internationaux se disputent les droits de retransmission des matchs, offrant des contrats lucratifs aux ligues professionnelles et aux clubs. Ces droits de diffusion permettent au rugby français d'être diffusé à travers le monde, touchant un large public et générant des revenus substantiels.

En outre, les recettes de billetterie constituent une source de revenus essentielle pour les clubs de rugby en France. Les supporters avides affluent vers les stades pour assister aux matchs, créant une ambiance électrique et contribuant à l'attractivité des événements sportifs. Les recettes de billetterie comprennent non seulement les ventes de billets pour les matchs, mais également les abonnements saisonniers, les loges VIP et les visites guidées des installations.

Les partenariats commerciaux et les accords de parrainage représentent une autre source importante de revenus pour le rugby en France. Les grandes marques nationales et internationales voient dans le rugby une plateforme idéale pour promouvoir leurs produits et services auprès d'un public engagé et diversifié. En échange de leur soutien financier, ces entreprises bénéficient d'une visibilité accrue grâce à des panneaux publicitaires, des activations marketing et des partenariats stratégiques.

Les ventes de produits dérivés contribuent également de manière significative aux revenus du rugby en France. Ces ventes de produits dérivés contribuent non seulement à renforcer l'identité de la marque du club, mais aussi à générer des revenus supplémentaires pour soutenir ses activités.

Le rugby en France est bien plus qu'un simple sport ; c'est un secteur économique dynamique qui contribue de manière significative à l'économie nationale et locale.

Voici un tableau récapitulatif des principales sources de revenus du rugby en France :

Source de Revenus Description
Droits de diffusion télévisuelle Contrats lucratifs avec les diffuseurs nationaux et internationaux.
Recettes de billetterie Ventes de billets, abonnements, loges VIP, visites guidées.
Partenariats commerciaux et parrainages Soutien financier des marques en échange de visibilité.
Ventes de produits dérivés Ventes de maillots, écharpes, et autres articles à l'effigie des clubs.

Le Rugby et la Première Guerre Mondiale

Les sportifs internationaux n’ont pas échappé à la mobilisation générale. Parmi eux, des rugbymen engagés français, britanniques, néo-zélandais, australiens. Alliés, ils vont contribuer à populariser ce sport et le développer pendant la guerre de 14-18, mais ils en paieront aussi le plus lourd tribut. Avant la Première Guerre mondiale, le sport n'est pas considéré comme une activité très sérieuse. Seul 1% des 42 millions de Français s'y adonne. Le conflit va bouleverser les habitudes.

En 1915, la guerre de mouvement fait place à la guerre de position. Elle s'installe dans la durée. Entre deux offensives, "les soldats s'ennuient. Il faut tuer le temps", constate Michel Merckle à travers la lecture de nombreuses lettres de Poilus. "Pour des raisons purement religieuses le football et le rugby s’opposent en France, précise l'historien. Le football est pratiqué par l'élite du pays et le rugby est pratiqué par les couches populaires". Certains soldats sont venus au front avec leur ballon. Issus en majeure partie des classes populaires et rurales, ils vont initier leurs camarades. Mais dans un premier temps, l'engouement pour l'activité va s'affaiblir.

Il faut dire que le rugby, c'est un engagement physique, avec des chocs, des heurts, des plaquages. "Cette année-là, il y a Verdun, rappelle Michel Merckel. On ne fait pas de sport à Verdun, on survit. On se bat, on meurt à Verdun. Les Français sont seuls. Mais le 1er juillet, l'offensive de la Somme est lancée. Là, les Français sont avec les Alliés et les Alliés britanniques sont très sportifs. Ils jouent avant, après et même pendant les combats. Pour exemple, le 1er juillet 1916, les Alliés sortent des tranchées avec des ballons au pied. Ils se font massacrer. C'est un carnage. C'est la journée noire des Britanniques. 30 000 soldats vont se faire tuer. Les poilus sont stupéfaits en se disant pourquoi ont-ils fait ça ? La réponse est : vous allez voir comment mourir avec panache, avec fairplay. Malgré ce massacre, les poilus prennent conscience que le rugby est porteur de valeurs. Ils adoptent ces règles de fairplay.

"Pour les Alliés, le sport est sérieux. Selon les cultures, il est pratiqué avec des différentes tendances. Pour les Anglais, c'est un moyen d’éduquer. C’est d'ailleurs comme ça qu'est né le rugby. On fait de la compétition, on apprend à gérer ses émotions, ses victoires, ses défaites. On apprend les cycles d'entraînement. Et on apprend le fairplay. Les premières rencontres interalliées se mettent en place. Toute cette pratique va être boostée par l'arrivée des Américains. "Quand un Américain fait du sport, c'est pour gagner. Ils vont apporter l'esprit de compétition. Seul compte le premier. Mais entre-temps, les grands joueurs meurent successivement sur les champs de bataille. Dans ses recherches, Michel Merckel comptabilise 21 internationaux pour l'équipe de France.

"Sur une liste de 425 champions tués au combat, 90 sont rugbymen. Ce sont les plus nombreux". Cette triste destinée s'explique par la position même des rugbymen. Engagés de la première heure, ils ont souvent été dans des régiments d'infanterie. "Vous aviez les artilleurs à l'arrière sur les canons, donc moins exposés et ceux qui étaient dans les tranchées. Donc une majorité de ces rugbymen ont été dans l'infanterie, c'est-à-dire dans les tranchées. Et comme ils étaient patriotes, ils sont les premiers à sortir des tranchées. Quand les officiers sont tués, ce sont eux qui prennent la fonction. Le rugby est le sport qui a payé le plus lourd tribut à la guerre de 14-18. Parmi ces héros morts pour la France, Maurice Boyau.

"Du prestige sportif, Boyau a joint le prestige de l'aviateur, rapporte Frédéric Humbert, collectionneur et passionné d'histoire du rugby. Deux fois international de rugby, c'est le numéro 5 des as français. Il va avoir plus de 60 victoires en tant qu'aviateur, dont 35 homologuées. Il se fera tuer dans un combat aérien en octobre 1918, trois semaines avant la fin du conflit. On le retrouve sur des photos au bord des terrains avec ses chaussures à crampons, son short et sa veste d'aviateur. "C'était un joueur de Bordeaux et du Racing Club de France pendant la guerre. Il a gagné la Coupe de France en 1918. C'est probablement à Charles Brennus qu'on doit le sauvetage du rugby français. C'est lui qui gérait ce sport naissant avant la guerre.

"Brennus est très inquiet. Il craint que le rugby ne disparaisse du paysage sportif français d'autant plus que le foot est en train de gagner les couches populaires. C'est alors que le père du Bouclier a l'idée de solliciter les soldats de l'ANZAC (Australian and New Zealand Army Corps) venus combattre en France. "L'idée est de leur faire faire une grande tournée dans toute la France, pour motiver les hommes qui ne sont pas au combat, c'est-à-dire les jeunes. On va monter une équipe de guerre. Cette tournée est une réussite. Par la qualité de jeu et la popularité des All Blacks de guerre, le rugby retrouve ses lettres de noblesse. Ils vont disputer 14 matches. 14 victoires. Un en particulier reste dans les mémoires, celui de France - Nouvelle-Zélande le 8 avril 1917 au Parc des Princes à Vincennes.

Les deux équipes militaires s'affrontent : 40-0 pour les Néo-Zélandais. Sur la photo ci-dessus, tous les joueurs portent le képi. Une directive de l'état-major qui va changer à l'issue de ce match. C'est officiel, les militaires pourront désormais enlever leur couvre-chef pour pratiquer une activité sportive. Pour autant, un autre point le préoccupe : l'entraînement des jeunes hors champs de bataille. C'est alors que : "Brennus invente les catégories d'âge. Cadet, débutant, confirmé. À l'issue du conflit, le bilan des pertes humaines est terrible, elles sont proches de 20 millions. Malgré cela, "le sport semble être le vainqueur de ces quatre années de conflit", remarque l'historien. Les clubs se multiplient, les structures s’imposent.

"C’est un travail de fond qu'a accompli Brennus. Dès le lendemain de la guerre, en 1920, on crée la fédération française de rugby. Jusqu'en 1914, c'est l'USFSA (Union des Sociétés françaises de sports athlétiques), qui regroupait une grande partie des sports modernes. Fondée en 1888, elle cessera ses activités en 1921. Autre héritage de la Grande Guerre, c'est la pratique du sport féminin. Tous ces éléments contribuent à l'explosion du rugby dans les années 20. "Le rugby est plus fort après qu'avant, confirme Frédéric Humbert. Ça a renforcé les institutions, ça a renforcé la pratique, le nombre de pratiquants, ça a élevé le niveau sportif, ça a renforcé nos liens avec nos frères d'armes.

"Ça a commencé avec l'Écosse, poursuit l'historien. Pour l'anecdote, juste avant guerre, le match Écosse-France qui avait lieu à Paris se passe très mal. Il faut la protection de la police pour évacuer l'arbitre et en 1914, l'Écosse refuse de jouer contre la France le tournoi des 5 Nations. Il commençait à y avoir une rumeur disant que les Français étaient infréquentables. Le tournoi reprend dès 1920. On retrouve un allant dans les relations internationales et le rugby français devient compétitif. Et si avec le temps, "la trappe de l'oubli s'ouvre, dans le milieu du rugby, on n'oublie pas, déclare Michel Merckel. Par exemple, l'équipe de France joue systématiquement avec le bleuet. Il ne faut absolument pas oublier ce qui s'est passé pour véhiculer la paix au travers du sport. Le rugby a été conçu pour ça.

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