Le Bouclier de Brennus: Histoire et Légende

Depuis 1892, ce bout de bois est l'objet le plus convoité du rugby français. Le bouclier se nomme ainsi car il porte le nom de son créateur. Un certain Charles Brennus, athlète et graveur parisien qui, sous les conseils avisés du célèbre Pierre de Coubertin, avait été choisi pour réaliser ce trophée inédit.

Le Bouclier de Brennus exposé.

Charles Brennus: L'Homme Derrière le Mythe

Charles Brennus, de son vrai nom Brennus Ambiorix Crosnier (son père était admiratif des Gaulois), repose au cimetière de Franconville. Né à Châteaudun le 30 novembre 1859, Charles Brennus déménage très vite avec ses parents à Paris, car son père est militaire. Celui qu'on appelle communément Charles Brennus est né à Châteaudun en 1859 d'un père tailleur d'habits et d'une mère couturière. À première vue, difficile de trouver un point commun entre le bouclier de Brennus et la ville de Châteaudun. Et pourtant, il existe bel et bien un lien entre Châteaudun et le trophée qui récompense le champion de France de rugby chaque saison.

Devenu maître-graveur rue Chapon, dans le 3e arrondissement de la capitale, il pratique de nombreux sports comme le cyclisme, l’athlétisme et le rugby. Il part s'installer à Paris et ouvre un atelier de graveur ciseleur dans le 3ᵉ arrondissement. Car le sport est l'une de ses grandes passions. Il pratique le cyclisme, le cross-country, l'athlétisme, mais c'est le rugby qui le passionne le plus. "Il croyait en ses valeurs éducatives, à la richesse de ce sport", affirme Michel Merckel, historien du sport.

En 1895, il fonde même un club consacré au ballon ovale, le SCUF (Sporting Club Universitaire de France), qui existe toujours. Une équipe l'a soulevé sans jamais l'avoir gagné, il s'agit du Scuf. Fondé par Charles Brennus, ce club est le plus intimement lié avec le mythique objet. Jusqu’en 1914, il mène un travail considérable au sein de l’Union des sociétés françaises de sports athlétiques. Sur les terrains de rugby, il arbitre des matchs d’importance et a un rôle déterminant dans l’organisation des premières rencontres internationales de la discipline.

La Création du Bouclier

En 1892, son destin bascule définitivement. Il s'associe avec le baron Pierre de Coubertin, futur créateur des Jeux olympiques modernes. Pour marquer le coup, tous les deux décident de créer un trophée. Pierre de Coubertin se charge de le dessiner, Charles Brennus de le fabriquer : le bouclier de Brennus est né. Une commande qui est survenue avant la première finale de l'histoire qui opposa le Racing Club de France au Stade Français Paris en 1892.

Entré dans l'histoire, le bouclier est désormais indissociable du fameux Charles Brennus. D’une hauteur d’1 mètre de haut pour 75 centimètres de large, Le bouclier de Brennus est composé d’un disque de cuivre de 52 centimètres de diamètre, fixé sur une planche en bois. 1 mètre de haut, 75 centimètres de large et 2,5 centimètres d'épaisseur complétés par un disque de cuivre de 52 centimètres de diamètre. Telles sont les mensurations impressionnantes de l'objet le plus convoité du rugby français.

L'Impact de Brennus Pendant la Première Guerre Mondiale

Mais l'histoire entre Charles Brennus et le rugby ne s'arrête pas là. En 1914, la Première Guerre mondiale débute, beaucoup de jeunes rugbymen des plus grands clubs et de l'équipe de France meurent au combat. Inquiet, Charles Brennus a l'idée en 1916 de rencontrer le général William Birdwood, commandant de l’armée de Nouvelle-Zélande, alliée de la France. Il lui propose de monter une équipe composée de soldats néo-zélandais pour une tournée dans tout l’Hexagone.

Ils vont susciter une telle passion et un tel engouement que les clubs vont de nouveau se remplir de jeunes devenus admirateurs des All Blacks et qui veulent jouer comme eux. Par la suite, Charles Brennus participera à la fondation de la Fédération française de rugby en 1920. En 1920, il devient président d’honneur de la Fédération française de rugby. Il meurt au Mans, chez sa fille, le 23 décembre 1943.

Sa tombe restera pendant 34 ans une modeste pierre dévorée par les herbes folles, avant que la Fédération française de rugby (FFR) ne la rachète et ne la rénove en 1980. C’est Jacques Tapon, joueur et secrétaire du Franconville Rugby Club (FRC) qui a fait le lien avec les instances du rugby : « J’ai appris que la concession arrivait à expiration. J’ai effectué des recherches aux archives départementales de Pontoise pour retrouver ses descendants. J’ai appris qu’il avait une arrière-petite-fille médecin. Nous l’avons sollicitée. J’ai également contacté le SCUF, le club de rugby créé par Brennus. Comme j’étais également membre du CIFR (Comité d’île-de-France de rugby), je côtoyais son président, Bernard Lapasset. Nous avons ainsi fait les démarches pour que la tombe soit remise en état conjointement avec la FFR, le CIFR, le club et la mairie de Franconville. Son inauguration en 1981 a eu lieu en présence de nombreux représentants du rugby français », explique-t-il.

Une réplique du fameux Bouclier a été installée sur la pierre tombale. « Pour nous, Charles Brennus, c’est la représentation du rugby moderne. Marc Schweitzer, notre président, a été enterré il y a un mois dans le même cimetière. Il y a deux ans, la Ligue d’île-de-France de rugby avait lancé un appel aux dons pour la création d’une sculpture (comme deux bras qui brandissent le trophée) réalisée par le sculpteur Thierry Courtadon. « Elle est actuellement en cours de finalisation, et devrait être installée à la rentrée », précise Thierry Allièsse, le président de la ligue régionale de rugby.

Les Péripéties du Bouclier de Brennus

Le bouclier de Brennus a beau être vénéré, il n'empêche que le trophée en a beaucoup bavé. En effet, il a dû résister de nombreuses fois aux soirées arrosées, aux coups des supporters mais aussi... à la noyade. Que ce soit dans les piscines du Parc des Princes, les jacuzzis du Stade de France ou dans la Rade de Toulon. Comme le rappelait le demi de mêlée du RCT Aubin Hueber sur le site du nouvelobs, lui qui en 1992 s'est employé avec ses coéquipiers à repêcher l'objet :

La ville était à feu et à sang. En fin de soirée, dans l'euphorie et la liesse générale, le bouclier a fini dans la Rade de Toulon. Toulouse champion... Détenteur du titre de champion de France à 19 reprises, le Stade toulousain est le club qui a le plus cohabité avec le bouclier. C'est donc un lien particulier qui s'est tissé et quelques fois au grand dam du trophée, souvent chahuté.

Comme en 1995 où après l'avoir fendu lors d'une fête, les Rouge et Noir ont tenté désespérément de le recoller, comme le racontait le président René Bouscatel dans les colonnes de la Dépêche du Midi en 2011. Un rafistolage à base de mie de pain et de ficelle a été tenté pour pouvoir le présenter et le restituer correctement... Passé de main en main, saison après saison, le bouclier de Brennus est depuis les années 90 restauré à chaque édition. La faute aux multiples périples vécus par l'objet qui a été la victime des fêtes et célébrations les plus folles. Décidemment, les Toulousains sont des experts dans l'art du collage, comme le relatait l’ébéniste en charge de la restauration annuelle du bouclier.

Le RCT a bien failli ne pas recevoir son trophée en 2014. Et pour cause, dans l'une de ses nombreuses aventures traversées, on a cru un instant que le bouclier avait été volé... Il faut alors imaginer la stupéfaction frapper les joueurs et dirigeants de Castres, à l'époque détenteurs du précieux objet, qui durant trois jours ont mené l'enquête pour le retrouver.

Un vénérable trophée que l'imagination des joueurs a de nombreuses fois mis à mal. Il a servi de planche de surf ou de bouclier Arverne pour transporter un joueur un peu fatigué. Il a souffert comme une "galette calzone". On l'appelait l'enjoliveur, se remémorait l'ex-ailier du Stade toulousain Émile Ntamack. D'ailleurs, si des idées de célébrations vont probablement parcourir l'esprit des Clermontois ou des Toulonnais, son poids peut rapidement les remmener à la raison. Au Parc des Princes, quand on m'a passé le Brennus pour le lever, j'ai vraiment été surpris par son poids. Après le match tu es relâché et là, tout à coup, il faut soulever cet énorme bouclier...

31 mars 1912 : 15 000 Toulousains acclament aux Ponts-Jumeaux leurs 15 champions. Au terme d'une saison sans défaite, ils ont battu le prestigieux Racing club de France. C'est pour le Stade toulousain le premier bouclier de Brennus ; 19 autres suivront, faisant des « Rouge et noir » l'équipe la mieux titrée de France et d'Europe. Un début ? Non, car depuis vingt ans le rugby s'est implanté dans la Ville rose comme un jeu d'étudiants, puis comme un spectacle populaire, enfin comme un sport participant de l'identité des quartiers et de la cité.

Rémy Pech est professeur émérite d'histoire à l'université Toulouse-Jean Jaurès qu'il a présidée de 2001 à 2006. Il a réalisé, seul ou en collaboration, plusieurs études sur le rugby dont il s'est attaché à démontrer le rôle social, culturel et émotionnel. Rémy Pech est l'auteur, dans la collection « Cette année-là », de 1871. C’est le fondateur du rugby moderne.

Le Bouclier de Brennus du Football: Une Redécouverte Inattendue

« Le Bureau, très affecté d'apprendre que le Challenge du Championnat de France Militaire (Trophée de Football offert par le Baron de Coubertin) a disparu à Arras pendant l'occupation, décide de procéder à l'acquisition d'un nouvel objet d'art. » Nous sommes le 17 mai 1945, au sortir de la Deuxième Guerre Mondiale.

Dans un procès-verbal du Bureau fédéral, écrit à la machine à écrire, la Fédération française de football officialise la perte de son premier trophée. « Le Brennus du football était exposé dans la citadelle, rapidement prise par les troupes du maréchal Rommel, à la suite de l'offensive allemande lancée le 10 mai 1940, explique Michel Merckel, historien du sport. Le bouclier disparaît à ce moment-là. On n'en retrouve aucune trace. »

Pour expliquer sa disparition, plusieurs théories sont évoquées par ce spécialiste du maître graveur Brennus Ambriorix Crosnier, connu sous le pseudonyme Charles Brennus : « A-t-il été pris par les Nazis comme trésor de guerre ? Refondu sous la forme d'obus ? Victime d'un pillage de la part des troupes allemandes ? Ou tout simplement mis à l'abri par un militaire et caché au fond d'un grenier ? » « Nous sommes en temps de guerre, le trophée a pu voyager de main en main en passant sous les radars de l'administration », abonde l'armée. Il semblerait que cette théorie soit plausible.

Car le Brennus du football, considéré comme définitivement perdu en 1945, est réapparu 76 ans plus tard. Il trône aujourd'hui dans la salle du comex de la FFF, après des années de recherches infructueuses et un incroyable concours de circonstances. Toute cette histoire commence en 2010. Xavier Thébault intègre la Fédération à mi-temps, pour réaliser un inventaire des objets de collection de l'instance fondée en 1919.

Il erre de cartons en cartons et tombe sur une petite plaque en cuivre sur laquelle est écrit « Trophée de France », « Don de Pierre de Coubertin ». « Il y a aussi un palmarès allant de 1907 à 1914 et le nom des clubs vainqueurs. Rien de plus. Mais ça a attisé ma curiosité », raconte celui qui est aujourd'hui responsable du patrimoine de la FFF. Il va donc tenter de remonter la piste de ce Trophée de France.

Ses recherches sur internet sont infructueuses. Il les continue dans des livres, des publications, et trouve un premier élément de réponse : « Une compétition appelée le Trophée de France a bien existé entre 1907 et 1914. Je découvre alors que l'objet récompensant son vainqueur est un bouclier de Brennus. Je suis vraiment surpris, car je pensais qu'il était réservé au rugby. Je m'aperçois alors qu'il en existe un autre, celui de la longue paume. Et un troisième : celui du football. J'en trouve d'ailleurs une photographie dans un journal datant de 1914, La Vie Sportive du Nord. Le trophée est en une. »

Le bouclier de Brennus (restauré), qui a récompensé de 1907 à 1914 les vainqueurs du Trophée de France. (F. Faugère/L'Équipe)

Ces trois boucliers, créés par Charles Brennus, ont tous été offerts par Pierre de Coubertin. La même année, en 1892, le baron avait fait don des deux premiers au rugby et à la longue paume, un sport de raquette par équipes. Celui du football, qui est identique à la longue paume, date de 1907. Ce Trophée de France est d'une importance capitale dans l'histoire du foot français : « C'est la première compétition à caractère national, raconte Michel Merckel. La Coupe de France sera créée en 1917. »

Il récompensera donc les sept premiers champions de France, de l'Étoile des deux lacs, un club paroissial du XVIe arrondissement parisien, vainqueur en 1907 et 1908, à l'Olympique Lillois en 1914. « Le bouclier a échappé aux Allemands pendant la première guerre mondiale, nous apprend Xavier Thébault. Quand Lille est occupé, il se trouve dans La Taverne Liégeoise, un café faisant office de siège pour l'Olympique Lillois. Or, ce café a été réquisitionné par l'armée allemande. Qui a eu ce bouclier devant les yeux pendant quatre ans mais ne l'a pas touché. »

Toujours pendant la première guerre mondiale, le Brennus du football avait échappé à un violent incendie à la suite d'un bombardement précédent la prise de la ville en octobre 1914. Les flammes ne s'étaient arrêtées qu'à quelques mètres de la Taverne Liégeoise.

Xavier Thébault, responsable du patrimoine à la FFF. (F. Faugère/L'Équipe)

La Coupe de France étant créée pendant la guerre, le Trophée de France tombe dans l'oubli. « Je me retrouve alors dans une impasse », raconte Xavier Thébault. « Je ne sais plus où chercher, je n'ai plus aucune piste. » Il faudra attendre 2020, et un coup de main décisif d'Antonio Mesa. Féru d'histoire, ce dernier travaille à la Fédération depuis 2007 comme journaliste reporter d'images auprès de l'équipe de France féminine.

« Il va avoir l'idée de contacter Jacques Verhaeghe. Ce spécialiste du football du Nord-Pas-de-Calais va débloquer la situation en nous envoyant une photo de 1928 avec un bouclier, autour duquel pose le régiment d'infanterie de Dunkerque. Il s'agit d'un Championnat militaire, donc il ne pense donc pas que c'est le nôtre. » Xavier Thébault se relance dans ses recherches. Et va découvrir, dans un procès-verbal du lundi 10 octobre 1921, qu'il s'agit bien du Trophée de France : « Le Bureau décide que la plaque de cuivre indiquant le nom des clubs vainqueurs du Trophée et placé sur le socle du Bouclier (...) sera encadrée et exposée dans les bureaux de la fédération en hommage aux grands clubs d'avant-guerre. »

Le bouclier de Brennus a donc eu une nouvelle vie. Il a récompensé les champions de France militaires entre 1922 et 1939. Le 158e régiment d'infanterie basé à Strasbourg le remportera à sept reprises. « Son dernier vainqueur sera le 3e régiment du génie d'Arras, basé dans la citadelle », raconte Michel Merckel. Une citadelle occupée par les Nazis à partir de 1940.

Xavier Thébault et Antonio Mesa vont multiplier les démarches pour le retrouver. Il se rend sur place. Impasse : la citadelle a été démilitarisée en 2010. Il interroge le 3e RG, désormais basé à Charleville-Mézières. Échec : « Personne n'a entendu parler de notre bouclier. » La fondation Pierre de Coubertin ? RAS. L'UNESCO ? « On pensait qu'il avait été volé par les Nazis et qu'il était sur la liste d'objets culturels déplacés pendant la seconde guerre mondiale. Mais non, aucune trace. » Ils lancent une dernière bouteille à la mer, en racontant l'histoire du Brennus du football à la presse locale.

Il est envoyé le 29 juin 2021 par Frédéric Humbert, chargé de Mission Bénévole « Devoir de Mémoire » à la Fédération française de rugby. Il écrit : « Je crois que ton bouclier vient de ressortir du côté d'Arras. » Il leur fait suivre une annonce sur une vente aux enchères. « Bouclier dit de Brennus en alliage de métaux patiné or et cuivre à décor en relief de personnages guerriers, époque fin XIXe », peut-on lire. Mais aussi : « Le modèle de ce bouclier a été créé (...) pour le Jeu de la Longue Paume (...) Notre exemplaire est en tout point identique à ce trophée et date de la même période. »

C'est branle-bas de combat à la Fédération. Il faut immédiatement faire bloquer la vente. Et dépêcher un expert sur place pour le faire authentifier. Spécialisé en objets d'art et de collection sur le sport depuis 20 ans, Jean-Marc Leynet n'a aucun doute. « C'est bien le Brennus du football. Nous savions, dans nos archives, que le Bouclier du football était identique à celui de la longue paume. Tout correspond. »

Le bouclier de Brennus restauré est aujourd'hui exposé au siège de la Fédération française de football, à Paris (XVe arrondissement). (F. Faugère/L'Équipe)

S'ensuivra une négociation longue de deux ans par avocats interposés pour récupérer l'objet. Le bouclier passera ensuite entre les mains expertes de Tristan Desforges, pour « effacer les traces d'oxydation et de crasse » de cet « alliage de cuivre et laiton », « typique du début du XXe siècle ». Ce Meilleur Ouvrier de France dans le domaine Restauration de mobilier posera ensuite le Bouclier sur un socle en bois, où il retrouvera la plaque en cuivre des sept premiers vainqueurs du Trophée de France.

Mystères et Avenirs du Bouclier

Où est passé ce Bouclier pendant 82 ans ? On sait déjà qu'il n'a été ni volé ni fondu par les nazis. Est-il resté au fond d'un grenier ? « Il présente des traces d'usure et d'oxydation, mais impossible de savoir où il a été entreposé », indique Tristan Desforges. « On ne sait pas qui l'a gardé, ni comment », reconnaît d'ailleurs Xavier Thébault. Jean-Marc Leynet avance une théorie : « On pense que l'objet, qui était désolidarisé de son socle, est resté dans la citadelle jusqu'en 2010 et la démilitarisation du site. Un militaire l'a certainement pris à ce moment-là. » Une version dont l'Armée doute : « Si le trophée était resté à Arras jusqu'en 2010, le Centre National des Sports de la Défense l'aurait sûrement récupéré. »

L'objet s'est même retrouvé en vente sur un site de petites annonces. Nul ne sait s'il a été acheté à ce moment-là. Ou si le vendeur s'est rétracté avant de le placer dans une salle d'enchères à Arras. Maître Claire Douroux-Delcroix, commissaire-priseur chez Artois Enchères, détient une partie de la réponse. Contactée, elle n'a pas pu nous répondre : le vendeur a signé une clause de confidentialité et souhaite conserver son anonymat. Tout juste concède-t-elle à nous dire que le Bouclier était dans la région d'Arras.

« On n'a pas encore percé tous les mystères de ce bouclier, et peut-être qu'on ne les percera jamais, mais le plus important, c'est qu'il soit de retour chez nous, à la Fédération », préfère positiver Xavier Thébault. Ce Bouclier devrait avoir une troisième vie, après avoir récompensé les premiers champions de France et les militaires. « Ce bouclier de Brennus fait partie du patrimoine du football français, et nous sommes très attachés à son histoire et tout ce qu'il représente, nous explique Philippe Diallo, le président de la FFF. Ce bouclier, qui incarne à lui tout seul la naissance et l'histoire du football français, n'a pas sa place dans une vitrine et doit retrouver l'exposition et la lumière qu'il mérite.

C'est pourquoi nous réfléchissons à lui offrir une seconde vie en l'associant à une compétition nationale et en le remettant au vainqueur, chaque saison. » Laquelle ? C'est un mystère à ce jour.

Le SNUC et le Bouclier de Brennus

Fondé en 1909, le Stade nantais université club remporte le championnat de France de rugby en 1917. Même si cette image est écornée depuis plusieurs années, Nantes est sportivement une terre footballistique où évolue, avec plus ou moins de bonheur aujourd’hui, l’octuple champion de France. Implanté en 1897 dans la cité des ducs de Bretagne par des étudiants et des négociants anglais, le rugby a trouvé là une véritable terre d’accueil. Il gagne très rapidement ses galons de sport collectif le plus populaire.

En 1909, la création du Stade nantais université club (SNUC), né de la fusion du Sporting club universitaire nantais (SCUN) et du Rugby club de Basse-Indre Couëron (RCBC). À la manœuvre, un grand joueur bordelais, Pascal Laporte, venu à Nantes pour monter une succursale de la compagnie de négoce anglaise pour laquelle il travaille. Il est l’un des rares Français à avoir joué pendant deux ans en Angleterre, souligne Sylvie Bossis-Guérin. La consécration arrive le dimanche 29 avril mai 1917. Sur le terrain du Bouscat, à Bordeaux, en finale du championnat de France de rugby, réduit à douze équipes en raison de la guerre, le SNUC s’impose 8 à 3 face à Toulouse, tenant du titre. Il inscrit ainsi son nom sur le fameux bouclier de Brennus, le trophée des champions de France de rugby. C’est formidable, écrit un reporter du Phare.

Mais la guerre a fait des ravages dans les rangs des joueurs du SNUC. Quarante de ses membres y ont perdu la vie. En 1939, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, le SNUC est classé en 16e position des clubs français.

Tableau des Vainqueurs du Trophée de France (Football)

Année Vainqueur
1907 Étoile des deux lacs
1908 Étoile des deux lacs
1914 Olympique Lillois

L'histoire du bouclier de Brennus

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