Alors que le XV de France continue d'écrire l'histoire, le nom et l'image de Philippe Bernat-Salles restent gravés dans la mémoire de ceux qui ont vibré lors du parcours mondial des Bleus en 1999.

Un Homme aux Multiples Facettes
Philippe Bernat-Salles est un touche-à-tout, qui le porte désormais vers de nouveaux horizons d'entreprise. Sa longue période de présidence de la Ligue Nationale de Handball, de 2010 à 2018, en surprenait plus d'un tant il était évidemment affilié au rugby.
De Gestionnaire de Campings à Directeur de Brasserie
Déjà gestionnaire de campings durant plus de quinze ans, de 2000 à 2016, il a également été directeur d'une brasserie à Biarritz de 2015 à 2020. Actuellement, il travaille à l'ouverture d'un nouvel établissement sur le port de Cubzac-les-Ponts en Gironde.
"L'ouverture est espérée pour le milieu d'année 2023, avec la Coupe du Monde en ligne de mire", a précisé le maire de la commune proche de Bordeaux. L'ancien ailier expose un projet classique mais alléchant de "mix entre les producteurs locaux et des produits d'ailleurs". Avec une vue imprenable sur la Dordogne, il imagine un lieu convivial pour se détendre et faire la fête.
Il se défend de foncer tête baissée : "Ce restaurant va être un endroit pour se retrouver au calme, mais aussi pour faire la fête. Et si ça me faisait peur, je ne me lancerais pas. Je suis rugbyman, pas débile (rires)."
Implication dans le Diagnostic Immobilier
Depuis deux ans, Bernat-Salles est également associé gérant chez Dekra, dans le diagnostic immobilier. "Son expérience dans la promotion immobilière l'a amené à découvrir les métiers du diagnostic, il a rapidement réalisé comment son carnet d'adresses pouvait lui permettre de se développer rapidement dans ce nouveau métier", résumait son nouvel employeur au moment de l'accueillir en janvier 2021.
Engagement Associatif et Souvenirs
Comme bon nombre de ses anciens camarades joueurs du Biarritz Olympique, il continue aussi péniblement de tenter de s'investir au club, dans une situation de guerre larvée entre dirigeants.
Quelques mois après le décès de son historique alter ego Christophe Dominici, dont il a porté le cercueil, il s'était enfin exprimé (en avril 2021) pour Midi Olympique et n'avait pas mâché ses mots : "Entendre au lendemain de son décès des gens qui expliquaient ceci et cela, alors qu'ils ne l'avaient pas appelé depuis quatre ans et qu'ils ne sont même pas venus aux obsèques, ça m'a gêné. Il y avait beaucoup d'impudeur là-dedans."
Carrière de Rugbyman : Une Période en Dents de Scie
«L’équipe de France, depuis 1992, un coup j’y étais, un coup je n’y étais pas.» 1992, 1994 et 1996 ? Une sélection par an. Deux en 1995, trois en 1997 et six en 1993. Ce qu’on appelle une carrière en dent de scie pour cet ailier filiforme.
«Sans doute même qu’aujourd’hui, je ne jouerais pas au rugby, quand on voit l’évolution du jeu», avoue Philippe Bernat-Salles. Trois-quarts aile, il a quand même eu le temps de marquer neuf essais, dont deux «coups du chapeau», et à chaque fois contre la Roumanie, ce qui n’a rien d’exceptionnel.
«La Coupe du monde 1999 arrivait, je n’étais pas dans le groupe qui avait réalisé le Grand Chelem 1998, j’avais regardé devant la télé la grosse défaite face aux Springboks (52-10 au parc des Princes, novembre 1997), et j’attendais l’annonce de la prochaine sélection», se souvient-il. Il l’apprend en écoutant la radio en direct.
«Je n’étais pas un cadre de l’équipe, alors je n’avais pas eu droit à un coup de fil des sélectionneurs…»
Préparation à la Coupe du Monde 1999
Après le fiasco face à l’Afrique du sud, une génération disparait, celle de Saint-André, Lacroix, Cabannes, Merle… Mais pour Philippe Bernat-Salles, rien n’a changé : «On se retrouve donc à Clairefontaine, pour la séance d’opposition du mercredi après-midi face au Bataillon de Joinville. Il ne fallait pas qu’il pleuve, parce que sinon le terrain d’entraînement devenait un marécage.»
En attendant, le XV de France se regroupe donc au Château Ricard, à côté de Rambouillet. Pour les moins de vingt ans, une description s’impose : «Deux par chambre mais avec des lits de quatre-vingt centimètres de large. Une cabine téléphonique pour tous, située sous les escaliers. Pas d’internet.»
Un bar dans le hall, où officie l’ancien deuxième-ligne et capitaine du XV de France, Benoit Dauga. A droite en entrant la salle à manger. A gauche, «la salle de vie commune avec une télé, les tables de massage, et celles, plus basses, en osier, pour jouer aux cartes. Il y avait la fameuse partie de coinche avec les frères Lièvremont, Carbonneau et Sadourny.
On était tout le temps ensemble, on regardait la télé, avec trois mecs qui se faisaient masser, quatre qui jouaient aux cartes et deux qui refaisaient le match de la semaine dernière et imaginaient celui à venir. Ce salon servait aussi de salle de presse durant la semaine.»
Et puis le lac, situé entre le château et le terrain d’entraînement. «On allait y pécher avec Christian Califano. Rafa (Ibanez), lui, il faisait ses mouches pour le lancer.» Philippe Bernat-Salles sourit : «Tout ça créait un état d’esprit magnifique… Il y a de belles histoires, dans cette équipe de France. On sentait que quelque chose montait en puissance. Parce qu’il y avait la Coupe du monde comme objectif principal. On était copains. Et on l’est resté après.»
Le Match Inaugural au Stade de France
Cette sélection, voulue par Jean-Claude Skrela et Pierre Villepreux, a été bâtie pour affronter l’Angleterre dans ce qui est la nouvelle enceinte du XV de France, le Stade de France, à Saint-Denis, flambant neuf.
«Avec le recul, le Stade de France, c’est magique. Mais à l’époque, je pense qu’on ne s’en est pas rendu compte. Deux heures avant le match, quand on arrive en bus par l’autoroute et qu’on voit cette coupole, on se dit c’est un vaisseau spatial, un ovni qui vient d’atterrir. On hallucinait. Mon père et ma mère ont fait le déplacement pour l’occasion, mes potes sont dans les tribunes. On découvre la piscine dans le vestiaire, c’est un stade high tech, mais pas un d’entre nous se dit que c’est génial d’être les premiers joueurs de rugby à fouler la pelouse du Stade de France, parce qu’on bascule très vite sur le match.»
Treizième minute. Enchaînement même sens. Thomas Lièvremont puis Olivier Brouzet percutent. Derrière un ruck, Philippe Carbonneau temporise, s’offre au plaquage anglais et sert Philippe Benetton qui s’engouffre dans l’intervalle.
«On est deux, Sadourny et moi (trois, en fait, car Thomas Castaignède fait un appel de balle au ras de Benetton), et «la Vieille» est sautée. Un Anglais monte sur Sadour, et Benét (Benetton), intelligemment, saute Sadour. Je suis à hauteur et après, je n’ai plus qu’à courir.» Passe de Benetton, donc. «Bénet‘, c’était le troisième-ligne rêvé. Pas un mot plus haut que l’autre, généreux sur le terrain. On aimait jouer avec des mecs comme lui qui pouvaient te faire une passe vissée de trente mètres côté droit ou gauche. C’était un «papa».
Au moment où je touche le ballon, je sais que je vais marquer parce qu’il y a trente mètres (douze mètres, en fait) à faire et que je suis tout seul. En général, ces ballons-là, je ne les ratais pas trop. Une fois que j’ai le ballon dans les mains, je sais que je vais marquer. Un Anglais arrive en travers mais il n’est pas invité. Sur le coup, je me dis seulement que j’ai marqué le premier essai du match pour l’équipe de France, et que ça part bien. Mais à aucun moment je réalise que c’est le premier au Stade de France. Je suis dans le match», précise Bernat-Salles. La France l’emportera, 24-17.
L'Avenir du XV de France
A son domicile, rien ne rappelle le rugby : pas de ballon, de photo, de coupe ou de trophée dans le salon. Le président de la Fédération française de handball n’aime pas les honneurs dus à son rang.
«Ce n’est pas mon truc. Les matches de l’équipe de France, je les vis en spectateur, détaché, en appréciant les belles et bonnes choses, les beaux essais, qu’ils soient all blacks, anglais ou français, et en buvant quelques bières avec mes amis, Titou (Lamaison) et Guy (Accoceberry). Sans nostalgie. J’espère juste que le XV de France va relever la tête, que les mecs vont se faire plaisir. Parce que j’ai l’impression que depuis quelques temps, ils ne se régalent pas.»
Philippe Bernat-Salles était, depuis vingt-cinq ans, le seul joueur à avoir réalisé le grand chelem des essais dans les 6 Nations. Vingt-cinq ans après, Louis Bielle-Biarrey est devenu le deuxième joueur à marquer au moins un essai dans tous les matchs du Tournoi des 6 Nations.
Interrogé via Midi Olympique, l’ancien ailier du XV de France a réagi aux prestations de l’ailier Bordelais. Si je devais le qualifier d’un seul mot, ce serait l’insouciance. Je crois qu’il a joué la dernière Coupe du monde à 20 ans à peine, alors qu’il n’avait encore aucune sélection et il avait démontré qu’il était heureux d’être là, à l’aise. Il ne se prenait pas la tête, tentait des trucs et jouait comme il avait toujours joué.
Il confirme être souvent comparé à Louis Bielle-Biarrey, au niveau du gabarit notamment. Oh ! oui, plein de fois, certains me l’ont encore dit ce week-end au stade (sourire). La comparaison est facile : il n’est pas le plus gros gabarit, comme je ne l’étais pas non plus. C’est facile de comparer des joueurs rapides qui aiment l’évitement, qui savent se séparer du ballon au pied pour le récupérer. Mais honnêtement, je n’aime pas ce petit jeu de comparer les joueurs, les époques, les années et tout ce qui va avec.
Il a rapidement compris que LBB allait égaler son record lors de ce Tournoi. Dès le début, franchement (rires) Depuis ses premiers matchs, j’étais persuadé que si quelqu’un pouvait le faire, c’était lui. Un mec comme lui qui a 20 ans, dont tu te dis qu’il est là pour les dix prochaines années, avec les qualités qu’il a au milieu de la génération qu’il y a aujourd’hui.
Il se dit impressionné par Penaud et Bielle-Biarrey. Vous imaginez ce qui se passe, là ? Il explique pourquoi il aime tout particulièrement le profil de LBB. (il coupe) Ce n’est pas un joueur très gaillard mais c’est un joueur intelligent. Quand on est intelligent, c’est plus facile pour défendre et il l’est. Il sait se servir de l’élément naturel qu’est la ligne de touche, de ses coéquipiers mais aussi de sa vitesse pour prendre l’adversaire en même temps que le ballon et mettre de bons impacts.
Ces coups de pied, ce n’est évidemment pas du hasard, ce sont des choses qui sont travaillées à l’entraînement. Quand on dit qu’il a de la chance, qu’il a le bon rebond, le bon ceci, le bon cela… Mon c** ! Pour conclure, il explique se foutre royalement que son record ait été égalé. Il espère que Louis Bielle-Biarrey continuera d’en marquer des tonnes.
Franchement, vous voulez savoir ? Cela ne me fait rien du tout, je m’en br*** royalement ! (rires) Je suis très fier de ce que j’ai fait, je suis hyper content de ma carrière, des essais que j’ai marqués mais voilà… Je ne souhaite qu’une chose, que le petit Louis Bielle-Biarrey continue à battre des records et qu’il en batte plein. Damian Penaud va vite écraser le record de Serge Blanco, Bielle-Biarrey ne sera pas loin d’écraser le record de Penaud et voilà. Moi, tout ce que je souhaite, c’est que ces gars s’éclatent. On a de la chance, en tant que supporters des Bleus, d’avoir des super joueurs et d’autres en réserve, comme le petit Théo Attissogbe. Il y a une génération magnifique, alors que ces mecs battent les records, qu’ils les fassent tous péter.
En près de dix ans au plus haut niveau international, Philippe Bernat-Salles s’est construit un palmarès enviable avec un Grand Chelem en 1998 en battant le Pays de Galles et avec un titre de vice-champion du monde en 1999, vainqueur des All Blacks. Joueur remarquable par ses cheveux poivre-sel, il fête un essai marqué, avec les doigts écartés en forme du V de la victoire.
Interview avec Aurélie Siou
Aurélie Siou : Philippe, parle moi de ton parcours
Philippe Bernat-Salles : Jeune Palois, rudbyman depuis le plus jeune âge, j’ai eu la chance d’avoir joué à la section paloise qui m’a permis d’effectuer un beau parcours rubistique, sachant que chacun mets ce qu’il veut dedans. J’ai vécu de ce sport et j’y ai fait mes plus belles rencontres. J’ai eu la chance de rencontrer Louis Do Souto en 1999 et on est parti dans le délire d’acheter un camping, nous nous sommes retrouvés rapidement à la tete de 6 campings. Et puis il y a les Colonnes depuis 2 ans. Des challenges divers et variées aussi. J’ai été Président De la Ligue de handball pendant 7ans, et j’ai la chance d’avoir 2 belles princesses, ce qui concrétise la vie que l’on peut rêver quand on est gosse.
Aurélie Siou : Comment devient-on un sportif chevronné et un homme d’affaire avisé ?
Philippe Bernat-Salles : Il faut être motivé, opportuniste, il ne faut pas être faignant, il faut avoir un tempérament de fonceur, ne pas avoir peur, avoir le profil d’un entrepreneur avec ce coté extravagant et un peu fou. La rencontre humaine est quelque chose de tellement particulier que force est de constater que les miennes ont été belles.
Aurélie Siou : De quoi es-tu le plus fier en tant qu’ex Président de la Ligue Nationale de Handball?
Philippe Bernat-Salles : Je suis heureux d’avoir pu participer au développement de ce sport. C’était un gros challenge. Les gens m’ont pris pour un fou. Je me suis retrouvé dans ce milieu grâce à des potes et notamment grâce à Philippe Gardant. J’ai fait 3 mandats. Je suis fier d’avoir duré dans ce milieu et des rapports que je garde avec les personnes que j’ai rencontrées.
Aurélie Siou : Quelle ambition (écologique, sociale, économique) est rattachée à la construction et la vente de parcs résidentiels ?
Philippe Bernat-Salles : Au début c’était un business pour se diversifier au delà des campings. Ces produits écologiques, 100% français en terme de fabrication plaisent aux gens. Avec Louis nous n’avons jamais rien eu mais nous n’avons jamais manqué de rien et cela nous intéresse de pouvoir donner la possibilité au plus grand nombre de devenir propriétaire pour passer des vacances dans une belle région.
Aurélie Siou : Quelles valeurs et qualités trouve-t-on au Pays Basque?
Philippe Bernat-Salles : Ils accueillent bien les Béarnais (rires). C’est une région ou la parole est forte, l’état d’esprit est bon, ou il ne faut pas arriver en terrain conquit. J’ai eu la chance d’arriver à Biarritz en faisant du sport, ce qui a favorisé mon intégration. Pour la qualité de vie c’est une région magnifique, notamment concernant l’aspect festif et gastronomique.
Aurélie Siou : Quels sont, d’après toi, les atouts de notre région?
Philippe Bernat-Salles : La facilité, la proximité, l’état d’esprit, les valeurs qu’on y trouve. Un peu moins la météo en ce moment.
Aurélie Siou : Si tu devais résumer ton pays basque en 3 mots ?
Philippe Bernat-Salles : Les rencontres, le B.O & les Colonnes
Aurélie Siou : Ferme les yeux… quel est le son qui te vient à l’esprit quand on vous dit « pays basque » ?
Philippe Bernat-Salles : L’océan
Aurélie Siou : L’image?
Philippe Bernat-Salles : Les montagnes
Aurélie Siou : Le goût?
Philippe Bernat-Salles : Le ricard (mes potes vont pleurer de rire)
Aurélie Siou : Qu’est ce qui t’éloigne de ton pays basque ?
Philippe Bernat-Salles : Les voyages
Aurélie Siou : Qu’est ce qui t’y ramène ?
Philippe Bernat-Salles : Mes enfants
Aurélie Siou : Quel est l’endroit le plus lointain/inattendu ou tu as trouvé une trace du pays basque ?
Philippe Bernat-Salles : En Corse. Pour l’état d’esprit, les paysages, l’ambiance
Aurélie Siou : Ta plus belle découverte au pays basque ?
Philippe Bernat-Salles : Les gens
Aurélie Siou : Qu’aimerais-tu nous transmettre par le biais de cette interview?
Philippe Bernat-Salles : Que la simplicité, l’amour des autres te permettent de pouvoir poser ton cul dans une région magnifique.
Aurélie Siou : Tes projets ?
Philippe Bernat-Salles : [Réponse manquante dans le texte source]