Bernard Tapie et la Finale de la Ligue des Champions : Anecdotes d'une Époque Inoubliable

L'OM a connu ses plus grandes heures de gloire sous la direction de Bernard Tapie. L'emblématique président marseillais et son management unique ont forcément donné lieu à des anecdotes pour le moins savoureuses. L’ère Bernard Tapie à l’OM (1986-1994) est une période marquée par des décisions audacieuses, des stratégies surprenantes et des histoires qui frôlent parfois l’absurde.

Pour beaucoup de gens de ma génération, Bernard Tapie a été l’incarnation du Self-Made man à la française, une figure peu commune dans notre pays où les histoires de réussite sont rares et souvent prédestinées. L’histoire du “Boss” est pleine de rebondissements, digne d’un véritable film hollywoodien. Bernard Tapie a traversé plusieurs vies avant de nous quitter le 3 octobre 2021, emporté par un cancer.

Bernard Tapie : L’Homme Qui a Hypnotisé la France | SLICE HISTOIRE | DOC COMPLET

Anecdotes Révélatrices de l'Ère Tapie à l'OM

Le chantage de Pascal Olmeta : la Ligue des champions en otage

En 1993, après la victoire de l'OM en Coupe des clubs champions, Pascal Olmeta, alors gardien de but, se retrouve en conflit avec Bernard Tapie concernant le versement de sa prime. Craignant des retards, il décide de conserver le trophée en Corse, menaçant de ne le restituer que lorsqu'il recevra son dû. Une semaine plus tard, Tapie cède et lui fait parvenir un chèque.

Pour acheter l’OM, Tapie séduit la femme d’un ministre

En 1986, lors d’un dîner à l’ambassade de l’Union soviétique en l’honneur de Mikhaïl Gorbatchev, Bernard Tapie parvient à convaincre Gaston Defferre, ministre de l’Intérieur et maire de Marseille, de lui céder la présidence de l’OM. Mais c’est en séduisant d’abord la femme de Defferre, l’écrivaine Edmonde Charles-Roux, qu’il obtient son aval.

Dix jours à Tahiti : la prime de match la plus exotique

En 1986, après une victoire contre le PSG, Bernard Tapie propose à ses joueurs une prime de match exceptionnelle : un séjour de dix jours à Tahiti. Les joueurs acceptent, à condition de jouer trois matchs sur place. Tapie organise le voyage, transformant la trêve hivernale en une parenthèse sportive et paradisiaque.

L’explication tactique avec des sucres

En 1990, lors d’un quart de finale de Coupe des clubs champions contre le CSKA Sofia, Gérard Gili, entraîneur intérimaire, décide de titulariser Eric Mura pour marquer Hristo Stoichkov. Le jour du match, Bernard Tapie exige des explications. Gili, pris de court, utilise des morceaux de sucre pour illustrer sa tactique dans une salle de l’hôtel, convainquant ainsi Tapie de la pertinence de sa décision. L’OM s’impose 1-0, avec une prestation remarquable de Mura.

L'incident des toilettes avec Basile Boli

Ancien pilier de la défense de l’OM durant les années Tapie, Basile Boli n’a rien oublié des méthodes de son ancien président. A la tête de l’Olympique de Marseille, Bernard Tapie, décédé dimanche à 78 ans, était vraiment prêt à tout pour motiver ses joueurs. Les joueurs qui ont joué à l’OM sous sa présidence ont mille et une anecdotes à raconter sur le management pas toujours très conventionnel du "boss", décédé dimanche matin à l’âge de 78 ans.

Basile Boli, l’un des piliers de la rugueuse défense de l’OM entre 1990 et 1994, se souvient d’un avant-match peu ordinaire avant un match de Ligue des champions face au FC Bruges lors de la saison 1992-1993. Celui qui a offert la victoire à l’OM en finale de la Ligue des champions cette saison-là revenait alors de blessure. "Il savait que mon état d’esprit c’était de reprendre crescendo, donc je n’allais pas aller à 100 %. Quand je vais dans les toilettes, il me suit…, poursuit, amusé l’international français (45 sélections). Et il rentre dans les toilettes avec moi, et il ferme la porte des toilettes. Et je lui dis ‘Mais président, je vais…’ Il me dit "Bah c’est pas grave"." Et Boli de poursuivre : "Pour l'emmerder, j’ouvre le journal, je m’assois et je suis en train de "caguer" ! Mais il ne sort pas ! Il est là, il veut dire son truc. Il dit "le match, il est à toi, il y a que toi qui peux nous gagner ce match. Écoute, je sais que tu reviens de blessure, mais c’est pas grave, il faut que tu sois à 100 %. Si t’es à 100 %, on le gagne’.

L'intervention décisive de Tapie lors de la finale de la Ligue des Champions 1993

Lors de la finale de la Ligue des champions en 1993, Basile Boli, blessé au genou, a demandé à sortir du terrain. Tapie, présent en tribune, a utilisé un talkie-walkie pour l'empêcher de quitter le jeu, insistant sur le fait qu'il serait le héros du match. Cette intervention a permis à Boli de rester sur le terrain et de marquer le but décisif, offrant ainsi à l'OM sa première victoire en Ligue des champions.

Tapie annonce à Boli qu'il ne jouera pas

Basile Boli restera à jamais le héros marseillais. Celui qui demandait à sortir, celui qui a marqué le but décisif… Et celui à qui on avait même annoncé qu'il ne participerait pas à cette finale de Ligue des champions ! "Lors de la réunion d'avant-match à Valenciennes (NDLR, vendredi avant la finale), Tapie dit : 'Tous ceux qui sont sur le terrain ce soir seront à Munich contre Milan.' Et je ne suis pas sur le terrain, raconte l'ancien défenseur dans les colonnes de France Football. Je vais dans ma chambre, un peu énervé ; le coach me suit et me glisse : 'Ne t'inquiète pas, tu vas jouer'." Opéré quelques semaines plus tôt du ménisque droit, Boli souffrait d'un épanchement de synovie.

La Ligue des champions de Guy Roux

"L'objectif, c'est le maintien." Guy Roux l'a toujours jouée modeste avec l'AJ Auxerre. Ce qui ne l'a pas empêché de participer, à sa façon, à une finale de Ligue des champions. Selon Basile Boli, Bernard "Tapie se fabriquait un patchwork" pour consolider sa vision d'un match. "Il prenait l'avis de Wenger, de Courbis, de Guy Roux… Ça lui donnait de quoi argumenter." Et le président de l'OM en avait bien besoin, pour les débats enflammés qu'il menait avec Goethals.

Mais Goethals est malin. "Là où il était fort, c'est qu'il arrivait à composer l'équipe tout en faisant croire à Tapie que c'est lui qui l'avait faite", s'amuse encore Eric Di Meco, interrogé par L'Equipe magazine.

Ivic, l'espion dont Goethals ne voulait pas

Après lui avoir repris la place sur le banc de l'Olympique de Marseille, Raymond Goethals n'a aucune envie d'écouter les analyses de son successeur/prédécesseur à la tête de l'équipe olympienne, Tomislav Ivic. "Le coach ne voulait pas de lui", explique Basile Boli à FF. Mandaté par Bernard Tapie pour surveiller l'AC Milan, le technicien yougoslave a donc fait ses rapports directement au président de l'OM et à Jean-Pierre Bernès, directeur général. Il a depuis retrouvé le banc de l'OM, d'avril 2001 à novembre 2001.

Stratégies d'intimidation dans le tunnel

"Dans le couloir, c'était génial parce qu'ils sont sortis avant nous." Pour France Foot, Basile Boli dévoile la "combine" de l'OM pour impressionner ses adversaires : "On les laissait sortir les premiers dans le couloir du Vélodrome et, après, on sortait comme à l'armée : les plus grands devant, les plus petits derrière. Et ça, ça les impressionnait." "On est arrivé avec la rage, appuie Jean-Jacques Eydelie, dans L'Equipe Mag. En gros, on a fait comprendre aux Milanais que c'était des merdes. Ils ont dû nous prendre pour des fous."

La prémonition de "cet enfoiré d'Abedi"

Deux décennies plus tard, Basile Boli a fini par lâcher le morceau. "Je voulais que ça reste entre lui et moi mais…, commence Boli dans France Football sans finir sa phrase, ému. J’ai gardé ça au fond de moi pendant vingt ans : le match d’Abedi, la volonté d’Abedi, les yeux d’Abedi…" Boli considère le milieu ghanéen comme "un vrai sorcier", pour la quasi prémonition qu’il a partagée avec lui. "'Eh Base, pas la peine d’aller au second poteau, tu as vu comme ils sont grands!' Je l’écoutais d’une oreille. Il ajoute : 'Fais semblant d’aller au second mais va au premier'. Je te jure ; regarde les images. Quand il récupère la balle, qu’il lève les yeux, ses putains de deux yeux- là me rentrent dans le cerveau comme ça : woooooffff.

La photo qui n'aurait pas dû avoir le temps d'arriver

La photo de Basile Boli immortalisé en Une de L'Equipe, au lendemain de la victoire, est imprimée dans toutes les rétines marseillaises. Mais elle a bien failli ne jamais arriver à temps pour les rotatives du quotidien sportif. "On travaillait avec les photos réalisées pendant les vingt premières minutes de la rencontre", rappelle dans FF Jacques Deydier, directeur du pôle photo à L'Equipe. Or Boli marque juste avant la mi-temps. Ce qui vaut, notamment, au photographe André Lecoq de piquer un joli sprint pour transmettre son cliché.

Rudi Völler, agent de voyage

Loin du bunker de Bari, deux ans plus tôt, l'OM se met au vert à l'hôtel Bachmair, un grand chalet au pied des Alpes, à 60 kilomètres au sud de Munich. "Cet endroit, c'était mon idée, explique l'attaquant Rudi Völler à L'Equipe Magazine. Je l'ai transmise à Tapie car nous occupions cet hôtel avec la sélection nationale quand nous jouions à Munich. Nous l'avions choisi en raison de sa tranquillité." Apaisé, l'OM prépare sereinement son rendez-vous.

Waddle, une bière plutôt que le but

Dans l'ambiance apaisée qui précède la finale, Chris Waddle, qui a quitté l'OM un an plus tôt, s'incruste facilement dans le groupe phocéen. Il participe aux entraînements, assiste à la finale mais manque le but de Basile Boli ! "Chris m'a raconté qu'il n'avait pas vu le but, relate le héros marseillais. Il était parti acheter un sandwich et une bière à ce moment-là. Un mec l'a poussé - but- et tout s'est renversé sur lui ! Il n'a rien vu du tout!"

Pas une si grande surprise que ça...

Sacré en 1989 et 1990, le grand Milan était une nouvelle fois le grand favori de cette finale de C1. La cote des Rossoneri ? 1 contre 3. Pour les Marseillais, on mise à 2,5 contre 1. Mais d'autres connaisseurs ont eu plus de flair. Comme Michel Platini. "L'OM n'a peur de personne et surtout pas de Milan qui ne l'a jamais battu ces dernières années. Voilà pourquoi je suis quasi sûr de la victoire de mes amis marseillais."

L'interview de Bernard Tapie : "Notre force, c’est notre fierté"

Bernard Tapie a livré plusieurs de ses souvenirs concernant la victoire de l'OM en Ligue des champions, en 1993. A ce jour, l'Olympique de Marseille reste le seul club français à avoir remporté la Ligue des champions, en 1993. 25 ans après, Bernard Tapie est revenu sur cet événement pour l'AFP, en livrant plusieurs anecdotes.

Interrogé sur l'influence de Raymond Goethals, Tapie a déclaré : « Une influence évidente. On était comme un couple. J’étais le papa et il était la maman, avec toute la patience nécessaire, la proximité, la compétence. On ne pourra jamais définir à quel point il a été essentiel. »

Enfin, Bernard Tapie a partagé une anecdote amusante : « C’est moi qui empêche Goethals de sortir Boli à Munich. Il est blessé, il reste huit minutes avant la mi-temps et il veut le sortir. Moi je suis en tribune avec le talkie-walkie et je l’en empêche. Je me dis, je préfère avoir un Boli amoindri que de prendre le risque de faire sans lui. Rudi Völler dit à Raymond de sortir Basile mais le Belge lui gueule : "Mais il ne veut pas l’autre con." Le con c’était moi ! »

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Boli qui veut sortir avant la mi-temps, Deschamps qui a les jambes en coton au début du match… Beaucoup des anecdotes qui entourent la seule victoire française en Ligue des Champions sont très connues.

Comme quoi l’idée reçue disant que Tapie faisait l’équipe peu importe l’entraîneur n’est peut-être pas tout à fait vraie.

Déjà à l’époque le mythe selon lequel Tapie faisait tout (largement entretenu par lui-même dans les médias) agaçait Raymond Goethals.

En fait Goethals savait surtout s’y prendre avec Tapie. Boli explique que le président faisait un speech avant les matchs puis il quittait le vestiaire et l’entraîneur enchaînait : « J’espère que vous n’avez pas écouté tout ce qu’il a dit. » Boli ajoute « Raymond Goethals rectifiait systématiquement, une fois que Bernard Tapie était sorti. Le président n’en savait rien.

Attitré aux corners, qu’il tire régulièrement, Abedi Pelé a l’habitude de viser le second poteau où, depuis qu’il est revenu à l’OM, les Mozer, Casoni ou Boli règnent en maîtres du jeu aérien. Pourtant, face à la grande taille et à l’expérience des Rijkaard, Maldini, Costacurta ou Tassoti dans le domaine, le Ghanéen prévient son compère Boli qu’il change son fusil d’épaule. « Base, pas la peine d’aller au second poteau, ils sont trop grands. Fais semblant d’aller au second, mais va au premier !

Aussi incroyable que cela puisse paraître, en 1993, le gardien n°2 de l’OM, Pascal Olmeta, qui s’était fait devancer par Barthez au milieu de la campagne européenne, n’a pas effectué la préparation de la finale avec le groupe. Il ne l’a même rejoint que la veille, avec un des avions affrétés pour les supporteurs, ne dormant pas dans le même hôtel que les autres joueurs.

Peut-être en raison de l’animosité qu’il entretenait vis à vis de Bernard Tapie, avec lequel il avait failli en venir aux mains une semaine avant le jour J pour une affaire de primes non versées. « A notre retour, j’ai été le premier à avoir la coupe et je suis parti en Corse avec. Une semaine après, Bernès m’appelle et me demande de la ramener. Je réponds : « Tu sais quoi ? Quand j’encaisserai ma prime de match, je ramènerai la coupe ! » C’est grâce à ça que je l’ai touchée, sinon je suis sûr que Monsieur Tapie ne me l’aurait pas versée.

L’anecdote est racontée par Basile Boli, toujours volubile quand on évoque cette finale et un coach qu’il a gardé dans son coeur. « et Goethals est assis, seul, sur le banc de touche. Je vais m’asseoir près de lui et je finis de comprendre l’homme qu’il était. On a parlé de tout, en prenant notre temps. Et à un certain moment, il m’a dit : « Ça y est, j’y suis arrivé, c’est fait mon gars ! Comme si un bouchon avait sauté. C’en est fini de Raymond la science à l’OM.

Après quatre finales européennes, deux avec Anderlecht, une avec le Standard et une avec l’OM, la cinquième est la bonne.

Après la finale, alors qu’il vient saluer et féliciter les Marseillais dans leur vestiaire, Silvio Berlusconi a ces mots à Pascal Praud, qui lui demande pour TF1 s’il est un président malheureux : « Malheureux ? Mais pourquoi ? Moi, je suis certain de revenir en finale l’année prochaine. En sera-t-il de même pour Marseille ?

Ancien pilier de la défense de l’OM durant les années Tapie, Basile Boli n’a rien oublié des méthodes de son ancien président.

On disait parfois de Bernard Tapie qu’il était capable de vendre de la glace à des esquimaux. Cette pugnacité et cette force de persuasion ont toujours collé à la peau de l’ancien président de l’Olympique de Marseille.

Dans une interview accordée à La Provence, Basile Boli évoque ses souvenirs de Bernard Tapie, décédé à 78 ans dimanche dernier.

Quelques jours avant le décès, il a pu aller lui dire au revoir et l’embrasser une dernière fois. Il raconte à son propos une anecdote savoureuse le jour de la finale 1993, alors que Basile Boli était blessé au genou. Je me sens bien pendant dix minutes, et après la douleur monte. Je veux sortir, je le dis à Rudi Völler. Tapie est en tribune avec le talkie-walkie et il interdit au coach de me remplacer. Après, il y a ce corner, et ce but… Je venais de marquer le but de ma vie […] Sans lui, je serais sorti.

En résumé, sous Bernard Tapie (1986-1994), l’OM vivait des moments hors du commun. Pascal Olmeta a retenu la Ligue des champions pour obtenir sa prime, Tapie a séduit la femme d’un ministre pour acquérir le club, et il a organisé un séjour à Tahiti comme prime de match. Également, des tactiques illustrées par des sucres et une intervention décisive lors de la finale de la Ligue des champions.

Voici un tableau récapitulatif des anecdotes les plus marquantes de l'ère Bernard Tapie à l'OM :

Anecdote Description
Chantage d'Olmeta Olmeta retient le trophée de la Ligue des Champions jusqu'à ce que sa prime soit payée.
Séduction de la femme du ministre Tapie convainc Gaston Defferre de lui céder la présidence de l'OM en séduisant sa femme.
Prime à Tahiti Les joueurs reçoivent un séjour de dix jours à Tahiti comme prime de match.
Tactique des sucres Gérard Gili explique sa tactique à Tapie en utilisant des morceaux de sucre.
Intervention finale de Tapie Tapie empêche Goethals de remplacer Boli pendant la finale de la Ligue des Champions.

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