La renommée sportive de Pau est bien établie. Terre de rugby, de football, de canoë-kayak, d’escrime, de handball, de vélo… elle a plus d’une corde à son arc. Mais, une part de cette histoire sportive reste encore peu connue : celle du Bataillon de Joinville.

Le Bataillon de Joinville est une unité militaire de l’armée française accueillant des appelés sportifs. L’École de Joinville avait pour mission de former tous les militaires de son époque, à travers la pratique de l’escrime et des sports de combat, en lien avec l’armée. Ils ont formé des cadres militaires, mais aussi des civils, tels que des instituteurs.
L'histoire du Bataillon de Joinville racontée par Jean-Claude Raufaste
Après de nombreuses années de recherche, Jean-Claude Raufaste, ancien responsable comptable et financier, a publié « Joinville à Pau le Hameau 1941-1966 » en septembre 2023, racontant une histoire aussi fabuleuse que méconnue. Après un premier livre sur son sport favori (La passion du cross-country de 1837 à 2018), l’ancien sportif de haut niveau a décidé de rendre un vibrant hommage à la légendaire et magistrale École de Joinville, qui enseigna auprès de ses soldats ses concepts de renommée mondiale durant 25 ans, de 1941 à 1966.
Fin 2018, Jean-Claude Raufaste venait d’écrire un livre intitulé La Passion du Cross-country, de 1837 à 2018, qui avait fait l’objet d’un article dans la presse locale. Ce dernier a attiré l’attention d’un ancien ami d’enfance qui faisait partie du comité d’Aquitaine des Joinvillais. Il a été contacté pour savoir s’il était intéressé par le projet de raconter l’histoire du Bataillon de Joinville à Pau. D’un naturel curieux, il a voulu tout de suite en apprendre davantage. En mars 2019, il a participé au dépôt de gerbe au pied du Monument situé à une entrée du Stade du Hameau à Pau lors de la commémoration « Joinville à Pau », il avait pu lire le nom du colonel de Fornel ainsi que celui de l’École de Joinville. Au travers des archives et des témoignages qu'il a pu avoir, il a découvert une histoire extraordinaire et incroyablement peu connue des Béarnais.
Fermée en 1939 à cause de la Seconde Guerre mondiale, cette institution basée à Joinville-le-Pont (en région parisienne) décide en 1941 de se délocaliser en zone libre dans différents établissements civils et militaires. Au vu de son histoire militaire et sportive et de son climat doux, leur choix s’est rapidement porté sur Pau. Entre 1941 à 1966, l’École de Pau le Hameau a accueilli 380 athlètes venus de la France entière et y forma des cadres de valeur dont certains occupèrent des postes à responsabilité dans de nombreuses institutions et structures.
En plus des archives, Jean-Claude Raufaste a pu recueillir des témoignages de Joinvillais recrutés au Bataillon de Joinville au Hameau de Pau pour accomplir leur service militaire. 380 jeunes sportifs de haut niveau ont fait leur formation militaire à Pau. Avec l’arrivée en 1963 du Bataillon de Joinville, qui forme militairement les meilleurs athlètes de France pendant leur service militaire.
Au-delà de l’enseignement militaire de base, ils bénéficiaient d’un régiment particulier par rapport à d’autres appelés, avec un quotidien plus simple. Après la période des classes (trois mois), où ils étaient des appelés comme les autres, on les bichonnait : une double ration de nourriture, pour certains, la liberté de s’entrainer comme ils l’entendaient, et la création d’une section spécifique de cyclisme. Ils avaient quand même une vie plaisante. Pendant un an et demi, le but était d’en faire moins des futurs soldats que des champions. Ils étaient la semaine dans le bataillon et repartaient le week-end pour disputer des compétitions.
Un témoignage marquant
Le témoignage le plus marquant pour Jean-Claude Raufaste est sans doute celui d’un Joinvillais qui est arrivé au Hameau en 1963 pour s’occuper de fournir aux athlètes le matériel dont ils avaient besoin en préparation des Jeux olympiques. Son passé est hors du commun : cet Hendayais avait 15 ans sous l'Occupation. Avec son père, ils ont réussi à apporter des documents très confidentiels au gouvernement déplacé à Bordeaux, qui ont ensuite été envoyés au réseau de la Résistance, basé à Londres. C’était un acte très courageux, car il risquait le peloton d’exécution s’il était pris par les Allemands. Il a par la suite participé à toutes les campagnes militaires françaises. Notre rencontre m’a beaucoup marqué.
Relations avec la ville de Pau
Le colonel de Fornel a dirigé la construction du Stade du Hameau en 1949. Avant d’héberger les matchs des Vert & Blanc et d’acquérir sa notoriété, ce stade de dimension olympique a été mis à disposition des jeunes appelés sportifs pour leurs entrainements. C’est d’ailleurs eux qui l’ont construit à la pelle et à la pioche. Une anecdote : ils faisaient de petits spectacles pour se payer des sacs de ciment.
Tous les sportifs rêvaient de faire partie du Bataillon de Joinville. Les fédérations sportives n’étaient pas aussi bien organisées que maintenant. Rejoindre ce bataillon, s’était pourvoir s’entrainer dans de bonnes conditions, avec un cadre rigoureux. C’est un peu comme l'Institut national du sport, de l'expertise et de la performance (INSEP), l’héritier du Bataillon, aujourd’hui. Son aura était très présente dans l’esprit des jeunes. On voyait souvent les cyclistes du Bataillon s’entrainer sur les routes béarnaises. De plus, beaucoup d’athlètes Joinvillais étaient originaires du Béarn, donc quand ils rentraient dans leurs familles, ils parlaient de leur quotidien. Mais malheureusement, l’histoire s’est un peu perdue avec le temps.

Un devoir de mémoire
Pour Jean-Claude Raufaste, ce livre est avant tout un devoir de mémoire. Il a voulu retracer chronologiquement l’histoire de l’École de Joinville et les raisons de son installation à Pau. Mon objectif est avant tout laisser une trace de cette période pour les générations futures. Pas mal de choses ont été écrites sur le bataillon de Joinville, mais il n’y avait pas de récits complets des évènements.
À l’approche des Jeux olympiques de Paris 2024, c’était la parfaite occasion de rappeler que de très grands noms sont venus faire leur service militaire au Bataillon de Pau tous sports confondus : on peut notamment citer les coureurs cyclistes Lucien Aimar, Pierre Trentin et Daniel Morellon, le perchiste Hervé d’Encausse, le rugbyman Jean Gachassin… C’est en résident de 1963 à 1966 sur le site de Pau le Hameau, celui-ci connaîtra également ses heures de célébrité.
Le Bataillon de Joinville ne passera pas le demi-siècle. Vieux de quarante ans et huit mois, La réforme de la circonscription, adoptée en décembre 1996 par le Parlement, a sonné le glas du Bataillon de Joinville. Encore quelques incorporations au moins jusqu'aux prochains JO de Sydney , et ce bataillon d'élite chargé d'accueillir la crème du sport français de haut niveau baissera définitivement ses couleurs.
Le commandant Goubert le sait mieux que quiconque, même si, en pianotant sur son clavier d'ordinateur, il continue de recenser les effectifs à venir, qui, « avec les sursitaires, devraient occuper la garnison jusqu'en 2001 ou 2002 », dit-il.
Ni les six dernières médailles dont deux en or remportées à Atlanta par les appelés-athlètes, parmi lesquels Jean Galfione (champion olympique à la perche) ou Florian Rousseau (champion olympique du kilomètre arrêté en cyclisme), ni le triomphe de l'actuel soldat de deuxième classe David Aucagne, récent vainqueur du Tournoi des cinq nations avec le XV de France, ne renverseront le cours d'une histoire où figure une interminable liste de champions « labellisés BJ », tels les Noah, Platini, Jalabert, Cantona, Anquetil, Fignon, Morelon, Leconte, Douillet, Drut, Bambuck...
Cette ancienne base de l'OTAN, qui ressemble plus à un énorme centre de plein air qu'à une caserne, est tout entière vouée au sport. Installé au milieu d'un espace boisé de 50 hectares en bordure de la forêt de Fontainebleau, le centre n'abrite pas moins de cinq terrains de foot et de rugby, deux stades d'athlétisme, dont un couvert, deux piscines couvertes, trois salles de gymnastique, quatre gymnases, sept courts de tennis, dont deux couverts, neuf salles pour les sports de combat, autant ou plus de salles de musculation, une base nautique, un centre médical.