Bande organisée : Quand les supporters du PSG et de l'OM enflamment le Classique

La rivalité entre l'Olympique de Marseille (OM) et le Paris Saint-Germain (PSG) est l'une des plus intenses du football français. Les supporters des deux clubs ne manquent jamais d'imagination pour exprimer leur passion et leur antagonisme, que ce soit à travers des tifos spectaculaires, des chants enflammés ou des banderoles provocatrices. Ces manifestations, souvent polémiques, font partie intégrante de l'histoire du Classique.

Les banderoles : une arme de chambrage massive

À quelques jours du Classique OM-PSG, des supporters marseillais ont déployé une banderole sur le pont de Bir-Hakeim, à Paris. Un lieu loin d’être anodin. Le Classique est lancé.

En effet, des fans phocéens de la société Nojyk, application marseillaise de livraison de repas, ont déployé une banderole devant le monument le plus célèbre de Paris, la Tour Eiffel. Accrochée au pont de Bir-Hakeim, on pouvait lire sur celle-ci les messages "On craint dégun" et "Notre étoile n’a pas de prix".

"Le but est de montrer notre soutien à notre équipe. On veut montrer que les Marseillais n’ont peur de rien et que malgré les moyens illimités du PSG, une coupe d’Europe, ça ne s’achète pas", expliquent ses auteurs.

Le lieu choisi n’est pas anodin puisque c’est sur ce même pont que le Collectif Ultras Paris avait déployé une banderole polémique en septembre 2020.

Une photo déployée près du Parc des Princes d'une banderole visant l'attaquant marseillais Dimitri Payet, a également été publiée: «Dimitri, la seule chose que tu as soulevée, c'est Ludivine».

Les plus tatillons des supporters marseillais vous diront qu'en plus cette banderole est totalement fausse : Dimitri a soulevé la coupe de la Réunion en 2004. La punchline n'est pas incroyable, c'est vrai. Mais afficher la banderole directement sur le pont Bir-Hakeim sous le nez de chaque parisien, c'est du grand art.

Les supporters parisiens ont déployé ce dimanche des banderoles injurieuses visant le club de l’Olympique de Marseille.

En septembre 2020, c'est sur ce même pont que le Collectif Ultras Paris avait déployé une banderole qui avait engendré de nombreuses polémiques : "PSG-OM: 9 ans de sodomie en bande organisée", pouvait-on y lire.

Ainsi l'OM a diffusé dès le coup de sifflet final sur ses réseaux sociaux un détournement de la photo d'une des banderoles du Collectif Ultras Paris (CUP) posé sur le pont Bir-Hakeim, juste devant la Tour Eiffel, le texte initial laissant place à la phrase de Kofs dans le deuxième couplet, « C'est pas la capitale, c'est Marseille bébé ».

Tout le monde se souvient de la suite : un clasico ultra-tendu, conclu par une victoire marseillaise, des échauffourées entre joueurs, des exclusions et des accusations de racisme.

Dimanche matin, Rouge direct, qui lutte contre l’homophobie dans le monde du football, a dénoncé sur le même réseau social une « injure homophobe » et « inacceptable ».

« L’impunité face à l’homophobie dans le football ne fait que la nourrir.

Le 17 mars 2019, il y a eu les injures homophobes lors d'un PSG-OM en présence de la ministre», développe le porte-parole du collectif Julien Pontes à l'AFP.

« On va certainement porter plainte contre ces banderoles comme on le fait à chaque fois. On est les seuls à le faire. Pourquoi la mairie de Paris ne le fait pas ?

"Bande organisée" : un hymne marseillais qui enflamme le Classique

Depuis sa sortie le 15 août 2020, « Bande organisée », tube de l'album « 13'Organisé » signé par un collectif d'artistes marseillais, parcourt la France et le monde.

Ce serait tout sauf étonnant tant le titre à la rythmique ensorcelante avait entouré le clasico PSG-OM du 13 septembre dernier, conclu par la première victoire phocéenne en 10 ans.

« Des fois, je me dis que, sans ce son, ils n'auraient jamais gagné, confie Naps, membre du collectif 13'Organisé. Ils se sont battus comme des chiens, c'était un vrai clasico. Les étoiles étaient alignées… Avant d'entrer sur le terrain, ils avaient forcément le son dans les oreilles. »

« Bande organisée » n'est pourtant même pas une histoire de football ou de clasico. Juste un hymne à Marseille, qui vibre et pleure au rythme des résultats de l'OM.

Après la victoire de l'OM au Parc des Princes, le club marseillais a fait inscrire la phrase « C'est Marseille bébé » sur sa tribune Ganay.

Le chambrage entre les fans a repris de plus belle depuis la finale de Ligue des champions perdue par le PSG trois semaines plus tôt.

Le lendemain, Dimitri Payet poursuit le chambrage sur les réseaux sociaux avec un montage photo reprenant la couverture du morceau « Bande organisée » et la phrase : « C'est pas la capitale, c'est Marseille bébé. »

« C'est de bonne guerre, j'ai bien rigolé, se souvient le rappeur originaire du 11e arrondissement de Marseille. C'est marrant que ce soit moi qui tienne Neymar car dans un de mes sons, j'avais dit : « Avoir Neymar c'est bien, avoir l'étoile c'est mieux ». Ce n'est pas méchant.

La production de Bande organisée, dans le très caractéristique style Jul, est quant à elle beaucoup plus festive, ce qui a garanti son succès immédiat.

Ainsi l'OM a diffusé dès le coup de sifflet final sur ses réseaux sociaux un détournement de la photo d'une des banderoles du Collectif Ultras Paris (CUP) posé sur le pont Bir-Hakeim, juste devant la Tour Eiffel, le texte initial laissant place à la phrase de Kofs dans le deuxième couplet, « C'est pas la capitale, c'est Marseille bébé ».

Une formule reprise par les joueurs, Bouba Kamara, Florian Thauvin et Dimitri Payet en tête, ce dernier partageant en sus une image issue du clip (tourné en partie au Vélodrome), sur laquelle les têtes des huit artistes ont été remplacées par celles de Caleta-Car, Payet, Kamara, Rongier, Villas-Boas, Mandanda, Thauvin et Alvaro, qui porte le chien que tient dans ses bras Naps sur la pochette, à ceci près que sur le corps de l'animal a été apposé le visage d'un Neymar contrit.

Soso Maness à qui l'on doit le passage en pseudo-brésilien « Et ça fait, zumba, caféw, caféw, carnaval » (à 3'10 dans le clip) devenu un gimmick lui aussi déjà entré au patrimoine du vocabulaire des footeux, repris par les Marseillais sur la pelouse du Parc, et qui devrait ponctuer de nombreux petits ponts et autres reprises de volée sur tous les city-stades dans les années à venir.

En 1999, une pub de l'équipementier de l'OM disait « Un jour, l'Europe parlera marseillais ». On n'y est pas encore, mais en attendant, la France n'a pas fini de le chanter.

Impossible de passer à côté de ce morceau, déjà inscrit au panthéon des classiques du rap français.

Il cumule plus de 250 millions de vues sur YouTube, près de 100 millions d'écoutes sur la seule plateforme Spotify… Le son a même été diffusé par la sono de la salle NBA des Utah Jazz où évolue le Français Rudy Gobert.

« Ici, ça a toujours été l'OM, on baigne dedans, rappelle Naps. On a parlé du Vélodrome et grâce à Jul on a eu l'accès pour tourner quelques scènes. Jamais je n'aurais pensé rentrer dans ce vestiaire, fouler la pelouse. J'étais dans l'intimité du club. Je raconterai ça à mes enfants plus tard. »

Ce nouvel habillage du Vélodrome n'a pas porté chance aux coéquipiers de Florian Thauvin. Sur les deux matchs suivants, ils ont perdu face à Saint-Etienne (2-0) et concédé le nul face à Lille (1-1). Les Stéphanois ne se sont pas privés de continuer le chambrage : « C'est Sainté bébé », pouvait-on lire sur les réseaux sociaux de l'ASSE.

Réactions et conséquences

Les banderoles injurieuses et les chants homophobes ont suscité l'indignation de nombreux acteurs du football et de la société civile.

Sur le réseau social, le collectif d'experts Rouge direct, qui lutte contre l’homophobie dans le monde du football, a dénoncé une «injure homophobe» et «inacceptable».

« On va certainement porter plainte contre ces banderoles comme on le fait à chaque fois. On est les seuls à le faire. Pourquoi la mairie de Paris ne le fait pas ? Le PSG, l’OM, les instances du football devraient réagir», a déclaré le porte-parole du collectif Julien Pontes à l'AFP.

Ni le club du Paris-Saint-Germain, ni la mairie de la capitale, n'ont réagi officiellement à l'heure actuelle.

Lors du match de mars 2019, la ministre des Sports Roxana Maracineanu, présente au stade, avait qualifié d'« inadmissibles » certains chants parisiens.

Soumis aux restrictions de la jauge gouvernementale, le Parc des princes a réduit le nombre de spectateurs à environ 4.000 pour le « Clasico », toujours très attendu.

Mesures et répression

Les autorités prennent également des mesures pour encadrer les supporters et prévenir les débordements.

À Martigues, près de Marseille, 97 supporters ont été verbalisés par les forces de l’ordre lors du match OM-PSG, dimanche 7 février.

Des policiers en patrouille, alertés par le bruit, se sont rendus dans le bar, avant de verbaliser toutes les personnes présentes pour non-respect du couvre-feu et certaines pour non-respect du port du masque.

"Il n'y avait aucun respect des distanciations. C'était complètement déraisonnable, du n'importe quoi" commente la Direction départementale de la sécurité publique auprès de l’AFP.

Le gérant du bar à chicha devra lui aussi subir les conséquences de cette soirée clandestine. "L'établissement a été mis en demeure avant une fermeture administrative. Une enquête est en cours" détaille la préfecture de police des Bouches-du-Rhône.

C’est une double peine pour les supporters réunis ce soir-là, car en plus de l’amende, ils ont vu l’OM s’incliner face au PSG (0-2).

Report d'OM-PSG: 6 blessés légers, une dizaine d'interpellations

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