Stade de France: Histoire et événements sportifs

Entre moments de sport mythiques et concerts mémorables, le Stade de France a aussi connu son lot de polémiques et des événements tragiques. Avec ses 80.000 places assises, la plus grande enceinte sportive de l'Hexagone a accueilli plus de 35 millions de spectateurs et 450 événements en vingt-cinq ans.

Si l'on est nombreux à penser que le Stade de France est implanté à Paris, il reste situé non loin de la capitale, du côté de Saint-Denis (93). Avec son immense capacité et son envergure monumentale, le lieu est à l'heure actuelle, le plus grand stade français. Lorsque l'on se rend au Stade de France, c'est toujours dans l'optique d'assister à un grand événement : récemment, le lieu accueillait la Coupe du Monde de rugby fin 2023, il fut un temps, la Coupe du monde de Football de 1998 et bientôt, les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024.

Retour sur dix dates marquantes de son histoire.

Genèse et Construction du Stade de France

L’équipement en stades d’une capacité dépassant les 60 000 spectateurs est longtemps resté déficient en France et dans la région parisienne à l’exception du stade de Colombes (aujourd’hui Yves-du-Manoir) édifié pour les Jeux olympiques de Paris 1924. C’est justement le projet d’accueillir de grandes compétitions mondiales qui justifie l’intérêt des pouvoirs publics pour un Grand Stade. Il faut toutefois plus de sept décennies pour que cette enceinte tant espérée voit le jour sous le nom de Stade de France.

A major football stadium for Paris? p. Projet sans cesse repoussé pendant des décennies, le Grand Stade est finalement édifié dans les années 1990 à Saint-Denis, en support de l’organisation de la Coupe du monde de football 1998, après de longues palabres sur son implantation. Concédé à un consortium de bâtisseurs gestionnaires, l’équipement est d’abord très rentable, notamment grâce à l’apport des deniers publics de l’État.

Un peu plus d’une décennie après l’inauguration du stade de Colombes (1924), le projet de construction d’un stade pouvant accueillir 100 000 spectateurs voit le jour à Paris. Dès 1936, une étude préliminaire de l’architecte Le Corbusier et de son « centre de réjouissance » envisage la construction d’un tel équipement.

En novembre 1988, Jacques Chirac annonce la construction d’un grand stade à Vincennes ou à Colombes en vue de deux candidatures, l’une pour la Coupe du monde de football en 1998 et l’autre pour les Jeux olympiques d’été de 2000. Largement contesté, l’abattage des arbres du bois de Vincennes freine les ambitions parisiennes et le site est officiellement annoncé comme abandonné en 1989 par Jacques Chirac.

Jacques Perrilliat est nommé coordinateur du projet, c’est-à-dire « Monsieur Grand Stade », et indique rapidement que l’équipement devra pouvoir accueillir des compétitions de football, de rugby et d’athlétisme, ainsi que des événements artistiques. La candidature de la France est déposée en février 1989 auprès de la Fédération internationale de football association (FIFA) sans qu’un site soit choisi.

Dès septembre 1989, devant un coût estimé entre 2 et 2,5 milliards de francs, Jacques Chirac envisage la solution d’un financement privé qu’il a déjà expérimenté sur plusieurs sites parisiens. Les bailleurs de fonds seraient alors concessionnaires de l’équipement, qui générerait des loyers, grâce à la présence de logements et de commerces.

L’idée d’inclure des hôtels et des restaurants est retenue, de même que la possibilité d’accueillir des concerts. La qualité de la desserte routière et des transports en commun et l’obligation de l’accord des élus locaux sont affirmées.

En janvier 1990, la liste des sites possibles est ramenée à deux possibilités : Tremblay-en-France et la ville nouvelle de Melun-Sénart, dirigée par des élus socialistes, qui est finalement retenue par le gouvernement Rocard en février 1991. L’éloignement de Paris de ce site excentré surprend toutefois.

Entretemps, le 2 juillet 1992, la FIFA a retenu la candidature française pour organiser la Coupe du monde de football en 1998. Le Grand Stade va donc enfin être construit. Un groupement d’intérêt public (GIP) est créé pour l’occasion et nomme un jury qui lance un appel d’offres en mars 1993.

Le gouvernement revient sur le choix de Melun-Sénart. Une « décision définitive » est annoncée après la visite en France de João Havelange, président de la FIFA, venu en juillet 1993 s’entretenir avec le Premier ministre Édouard Balladur et le maire de Paris, Jacques Chirac. Ce dernier parle d’ailleurs de sites en Seine-Saint-Denis, dont celui de Saint-Denis qui revient sur la table à cette occasion.

Édouard Balladur confirme sa « préférence de principe » pour que le Grand Stade soit bien construit à Saint-Denis. Michèle Alliot-Marie annonce officiellement ce choix le 19 octobre.

Dès les prémices de la genèse du Grand Stade, le mode d’exploitation fait l’objet d’une analyse approfondie, aboutissant à la solution du BOT (Build-Operate-Transfer).

Le gouvernement lance un concours pour déterminer les architectes et les constructeurs du Grand Stade. Dix neuf consortiums, associant des entreprises de travaux publics et des équipes d’architecte ont été retenus.

En juillet 1994, appuyé par la ville de Saint-Denis, le jury prend position pour le projet audacieux piloté par l’architecte Jean Nouvel, estimant qu’il serait plus compatible avec le schéma urbain de la Plaine Saint-Denis. Plus classique, l’œuvre de Michel Macary et Aymeric Zublena remporte néanmoins la victoire le 5 octobre 1994.

Tout commence lors de la Coupe du Monde de football, qui se déroule en France en 1998 : pour les besoins de l'événement, le Parc des Princes étant jugé trop petit, le projet d'un nouveau stade voit le jour. Inauguré en janvier 1998 par Jacques Chirac, alors président de la République, le Stade de France s'impose dans le paysage urbain de Saint-Denis de par sa forme et l'immensité du bâtiment.

La construction de cette grande soucoupe volante ouverte sur la ville, avec son auréole flottante à 46 mètres au-dessus des gradins et du parvis, débute le 2 mai 1995. Bouygues, le géant français du BTP, est chargé de la réalisation. Particularité, le terrain et les tribunes sont enterrés de onze mètres par rapport au parvis du stade. Pas pour des raisons esthétiques, ni même techniques, mais tout simplement parce que sans cette curiosité architecturale, le sommet du stade aurait été plus haut que la flèche de la basilique de Saint-Denis. Or, aucune construction de la ville ne doit dépasser la hauteur de la basilique.

La basilique de Saint-Denis et sa nécropole royale en arrière-plan du stade.

Le SDF en chiffres

  • 364 millions d'euros dépensés pour sa construction
  • Le toit du stade pèse 13 000 tonnes
  • Capacité : 81 500 places pour le football et le rugby, 75 000 pour l’athlétisme
  • La surface totale du site est de 17 hectares
  • Le Stade de France mesure 320 mètres de long et 280 mètres de large
  • 173 loges sont réparties autour du stade
  • Seulement 7 minutes sont nécessaires pour vider les tribunes du Stade de France de ses spectateurs
  • La création du Stade de France a permis d’engendrer près de 35 000 emplois (directs ou indirects) à Saint-Denis

Dates clés et événements marquants

12 juillet 1998 : Le jour de gloire

Six mois seulement après son inauguration par Jacques Chirac, la victoire des Bleus à domicile, trois buts à zéro face au Brésil, en finale de Coupe du monde, fait rentrer le Stade de France dans l'histoire. « Zizou » inscrit un doublé, Emmanuel Petit triple la mise. « Et un, et deux, et trois zéro » pour l'éternité. « Après avoir vu ça, on peut mourir tranquille », s'exclame le commentateur Thierry Roland.

La victoire des Bleus en finale de la Coupe du monde 1998.

5 septembre 1998 : L'hélicoptère de Johnny Hallyday

Après une première représentation, le 4 septembre, annulée pour cause de pluies diluviennes, Johnny Hallyday débarque à Saint-Denis en hélicoptère sur le toit du stade, et le show est spectaculaire. Johnny Hallyday, infatigable bête de scène, conquiert le Stade de France et ses 70.000 spectateurs venus pour l'occasion. L'artiste, qui se produira trois jours de suite, prouve que le Stade de France est aussi un lieu qui peut accueillir les plus grands concerts.

Johnny Hallyday lors d'un concert au Stade de France.

6 octobre 2001 : Le match France-Algérie dégénère

Le célèbre « One, two, three ! Viva l'Algérie ! » est repris en choeur par les aficionados des Fennecs, vraisemblablement plus nombreux que les supporters des Bleus. La Marseillaise est sifflée devant 13 millions de téléspectateurs, un choc en direct. Les sifflets qui ont accueilli l'hymne national ont provoqué la colère du chef de l'Etat. « Scandaleux », a jugé Jacques Chirac, qui a quitté un moment la tribune. La rencontre est ensuite interrompue à la 76e minute, quand des centaines de supporters algériens, qui perdent quatre buts à un, font irruption sur la pelouse du Stade de France.

18 juin 2004 : L'humour s'invite à Saint-Denis

Premier humoriste à s'y produire, Jean-Marie Bigard vend 50.000 places pour son spectacle « Des animaux et des hommes », à guichets fermés. Avec plus de deux heures de répliques, l'humoriste livre au Stade de France son show le plus physique et le plus spectaculaire. Il reste le seul à s'être offert un one-man-show dans l'enceinte dyonisienne.

20 septembre 2006 : la folie « Ben-Hur »

Transformée pour l'occasion en Colisée, l'enceinte de Saint-Denis accueille le spectacle « Ben Hur, plus grand que la légende » pour cinq soirs. Les courses de char spectaculaires mises en scène par Robert Hossein attirent 300.000 spectateurs au total. Transformée pour l'occasion en Colisée, l'enceinte dyonisienne attire 60.000 personnes par soir. Même les contrôleurs de billets portent des tuniques romaines. Coût du show : 13,5 millions d'euros.

13 octobre 2007 : le rêve brisé du XV de France

En compagnie du Pays de Galles, la France accueille sa première Coupe du monde de rugby jamais organisée au Stade de France. Après une victoire mémorable face à la Nouvelle-Zélande (20-18), le XV de France retrouve l'Angleterre en demi-finale. Mais les hommes de Bernard Laporte se heurtent à l'ouvreur Jonny Wilkinson, auteur de deux pénalités et d'un drop décisifs. Le rêve se brise sur une défaite, 14 à 9 pour l'Angleterre, qui perdra en finale face à l'Afrique du Sud le 20 octobre.

20 novembre 2013 : Mamadou Sakho sauve les Bleus

Les hommes de Didier Deschamps, obligés de passer par les barrages pour se qualifier à la Coupe du monde au Brésil, s'écroulent à l'aller face à l'Ukraine (2-0). Dos au mur, ils doivent marquer trois buts. Mission réussie grâce à un improbable doublé de Mamadou Sakho et à un but de Karim Benzema (3-0) qui offrent la qualification aux Bleus dans un Stade de France en folie.

13 novembre 2015 : la terreur frappe

Les premières attaques terroristes de cette soirée noire ont eu lieu lors de la rencontre de football France-Allemagne. En moins de quarante minutes, trois kamikazes du groupe terroriste Etat islamique vont se faire exploser autour de l'enceinte du Stade de France, faisant un mort et 63 blessés.

Après le match amical entre la France et l'Allemagne, le 13 novembre 2015, de nombreux spectateurs ont été mis à l'abri sur la pelouse du Stade de France.

Présent dans les tribunes, François Hollande décide de ne pas interrompre le match et quitte discrètement le stade. Les joueurs, eux, découvrent les événements du Bataclan en rentrant aux vestiaires. Avec les Allemands, ils passent une partie de la nuit dans les coulisses du stade pour rester en sécurité.

21 mai 2022 : Indochine bat tous les records

Avec 97.000 personnes, Indochine pulvérise les records du stade en plaçant une scène au centre du terrain. Le groupe de Nicola Sirkis célèbre son 41e anniversaire avec un show de 2 h 45 aux moyens XXL : une scène centrale de 850 m2, un écran géant de 2.500 m2, 10 tonnes de lumières, 30 tonnes de son et de superbes animations vidéos.

28 mai 2022 : la finale de la Ligue des Champions vire au chaos

La guerre en Ukraine contraint l'UEFA de délocaliser en France la finale de la Ligue des champions, initialement prévue en Russie. Vols et agressions autour de l'enceinte, spectateurs sans billet escaladant les grilles, d'autres munis de tickets mais ne pouvant entrer, familles aspergées de gaz lacrymogène par la police… La soirée vire au chaos.

Le coup d'envoi de la finale de la Ligue des champions a été retardé de plus de trente minutes après des difficultés d'accès au Stade de France et des mouvements de foule autour de l'enceinte.

Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, accuse les supporters britanniques, mais est contredit par une enquête du Sénat qui conclut à « un enchaînement de dysfonctionnements ».

Un lieu de spectacles et de concerts

Le Stade de France est également utilisé comme la plus grande salle de spectacle de France, une véritable arène conçue pour accueillir les plus grands shows. Officiellement, les Rolling Stones furent les premiers à jouer sur sa scène, le 25 juillet 1998. Alors que Johnny Hallyday aura été le premier Français, le 5 octobre 1998. Sauf que c’est en fait Jean-Louis Aubert, l’ancien chanteur du groupe Téléphone, qui aura été le premier à chanter au SDF : premier Français et premier tout court, puisqu’il avait assuré la première partie des Rolling Stones ce fameux 25 juillet 1998.

Johnny n’aura donc pas été le premier, mais il reste le chanteur qui a le plus joué au Stade de France, avec neuf concerts et à chaque fois à guichets fermés (3 en 1998, 3 en 2009, et 3 en 2012). L’histoire retiendra également que Céline Dion aura été la première artiste à le faire chavirer pleinement et Mylène Farmer la première Française.

Alors que le record absolu du nombre de spectateurs date du 21 mai 2022. Ce soir-là, Indochine avait réuni 97 036 fans au Stade de France pour son Central Tour : une scène au milieu de la pelouse et du monde, beaucoup de monde autour.

Jean-Marie Bigard, lui, est le seul humoriste à avoir rempli le Stade de France. Grâce à son spectacle Des animaux et des hommes, le 18 juin 2004, joué devant 52 000 personnes, un record pour un stand-up. Par ordre chronologique, Bigard est le septième artiste à avoir rempli le Stade, juste avant… Paul McCartney.

Événements futurs

De nombreux événements sont déjà programmés au Stade de France :

  • Fally Ipupa en concert au Stade de France en mai 2026
  • David Guetta en concert au Stade de France en juin 2026
  • PLK en concert au Stade de France en septembre 2026
  • System of a Down en concert au Stade de France en juillet 2026
  • The Weeknd en concert au Stade de France en juillet 2026
  • Les Voies Royales de Saint-Denis 2025 : marathon, semi, 10km et arrivée au Stade de France

Un avenir incertain

Après la Coupe du monde de rugby 2023, le Stade de France a rendez-vous avec les JO de 2024. Les épreuves d’athlétisme des Jeux olympiques et paralympiques auront lieu au SDF, ainsi que le tournoi de rugby. Pour un succès optimal, sept mois de travaux de mise en conformité, de modernisation et de transformation du stade sont nécessaires.

Il s’agit notamment d'agrandir la piste d'athlétisme, afin de passer de huit à neuf couloirs, de la mise en place de la 5G et de l'installation d'écrans géants supplémentaires. Conséquence ? Aucun événement sportif ou culturel n'y aura lieu en 2024.

Pour la première fois depuis l'inauguration du Stade de France en 1998, il n'y aura aucun concert, aucun match de rugby du Tournoi des Six Nations dans l'enceinte en 2024. Le plus grand stade français ne pourra pas non plus recevoir les matchs de l'équipe de France de football ni même la finale de la Coupe de France.

Avec les JO de 2024, le stade de France aura accueilli tous les événements sportifs internationaux, hormis le Super Bowl, la finale du football américain ! Rien que pour cela, le Stade de France n’a pas d’équivalent dans le monde. Il n’est pas le plus grand, pas le plus original, ni même le plus beau, mais il est devenu unique.

Vue aérienne du Stade de France en 2009.

Malgré toutes ses qualités, le modèle économique actuel du stade de France n'est pas rentable et il devrait changer dans les années à venir. L'État, qui est propriétaire,...

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