Nikola et Luka Karabatic: Une Fraternité en Or Racontée en Bande Dessinée

Nikola et Luka Karabatic ont bâti leur légende ensemble, sur les terrains et en dehors. Héros d’une bande dessinée biographique et d’un riche livre de souvenirs, les deux frères stars du handball racontent une belle histoire de France. Si les titres et les trophées jalonnent leur carrière, c’est avant tout leur fraternité indéfectible qui leur a permis de surmonter les épreuves.

Dans ce second tome, plongez au cœur d’une relation unique, faite de solidarité, de défis et de résilience. À travers un récit documenté, découvrez comment les Karabatic ont affronté les tempêtes du sport de haut niveau et les épreuves de la vie, toujours soudés, toujours plus forts ensemble.

Quatre médailles d’or olympiques de handball à eux deux, six titres mondiaux : avant de supplanter les Karabatic, fratrie la plus prolifique du sport français, les jeunes Félix et Alexis Lebrun ont encore du pain sur la planche.

Le premier tome d'un dyptique, intitulé simplement "Les frères Karabatic - 1. Christopher, dessinateur qui a œuvré sur 1899 L'Hebdo et 1899 Le Mag, a décidé de leur consacrer une BD, en collaboration avec l'auteur Néjib. L'ouvrage retrace, en effet, toute la jeunesse des deux frères, entre Colmar et Frontignan. Le handball occupe évidemment une place importante, cette passion transmise par leur père Branko, ancien gardien international croate puis entraîneur.

Une Histoire Indissociable

Le JDNews interroge les frères : Vous vous présentez côte à côte sur la couverture des deux ouvrages. Votre histoire est-elle indissociable à ce point, n’y a-t-il jamais eu concurrence ou rivalité entre vous ?

Luka Karabatic : Sur des trucs comme des jeux de société, des jeux vidéo, sans doute (rires). Mais c’est tout. Je n’ai jamais eu une once de jalousie face à la réussite précoce de Niko, même si j’étais le plus jeune. Notre milieu familial explique beaucoup de choses. Chez nous, il était naturel de s’entraider, de se soutenir ; nos parents étaient très attachés à ça. Quand mon frère gagnait, j’avais l’impression que c’était moi. Il m’a beaucoup inspiré, et même impliqué dans ses premières victoires. Il m’appelait souvent en premier, il me faisait vivre le « truc ».

Nikola, vous vouliez lui mettre le pied à l’étrier ?

Nikola Karabatic : Oui, en quelque sorte, même si Luka a eu sa propre trajectoire dans le sport [avant de se fixer sur le handball à 19 ans, il était l’un des grands espoirs du tennis français, NDLR]. On était ses plus grands supporters. Dès que je le pouvais, j’allais le voir sur les tournois ; il y a toujours eu une saine émulation entre nous. Mes parents m’ont légué ce rôle de grand frère. Quand Luka est revenu au hand, je l’ai encore davantage pris à cœur parce que je connaissais le chemin, le premier contrat pro, l’adaptation à un club, une équipe...

Luka : Le passage au hand s’est fait quasiment du jour au lendemain. Ce n’était pas une décision facile à prendre, cela faisait plus de dix ans que je pratiquais le tennis de manière intensive, c’était toute ma vie.

L'Héritage Familial et les Racines

Championnat du monde de handball masculin 2017, France-Brésil. Votre père, Branko [décédé en 2011, NDLR], était un ancien gardien de handball international dans la Yougoslavie des années 70-80 avant de s’installer en France. Le sport, chez les Karabatic, c’était une évidence ?

Nikola : Les enfants imitent les parents. Notre père était entraîneur du club de hand à Strasbourg puis prof de sport à l’école quand on est descendus vivre à Frontignan, dans l’Hérault. Notre mère [Radmila, médecin de formation, NDLR] pratiquait le sport pour le plaisir. Elle jouait au tennis et à plein d’autres jeux. On regardait aussi beaucoup de sport à la télé.

Luka : Mes premiers souvenirs, c’est vraiment cette notion de plaisir, de m’amuser comme un fou quand je suis sur le terrain. On avait le virus du sport en nous.

Votre histoire, c’est aussi celle d’une famille originaire des Balkans qui doit faire sa place dans son pays d’adoption…

Luka : C’est ce qu’on a voulu raconter dans la BD, cet héritage familial, le fait de comprendre tout ce qui s’est passé pour nos parents. Tout ce qu’on a vécu provient de l’éducation que nos parents nous ont donnée, de leur trajectoire, le fait qu’ils aient émigré en France… On voulait rendre fiers nos parents, c’était notre leitmotiv, réussir pour leur montrer qu’ils avaient pris la bonne décision. Ce n’était pas facile de tout abandonner, de laisser leur famille en ex-Yougoslavie. C’est devenu un vrai moteur pour nous, une source profonde de motivation.

Nikola, vous êtes né en Serbie, en ex-Yougoslavie, contrairement à Luka qui est né à Strasbourg. Avez-vous gardé un côté binational plus prononcé ?

Nikola : Je me suis toujours considéré Yougoslave, le pays s’appelait encore la Yougoslavie quand je suis né et je suis très fier de mes origines. Mais Luka et moi, dès notre enfance, on s’est sentis Français par notre culture, tout ce qu’on avait appris. Notre vie familiale nous a appris à nous adapter à l’environnement dans lequel on vivait.

Luka : Notre père était fier de sa naturalisation française. On sentait chez lui cette envie de s’intégrer par le travail, la culture, la langue. À la maison, il nous parlait français alors que notre maman parlait davantage en serbo-croate. Il était fier d’être ici, dans ce pays qui possède une aura particulière.

Nikola Karabatic : Un des plus grands de l’histoire… ou pas ?

Souvenirs et Projets d'Avenir

Y a-t-il un souvenir commun que vous retenez en priorité ?

Nikola : À part notre dernier titre européen en Allemagne l’hiver dernier, je dirais la victoire aux Jeux olympiques de Tokyo en 2021, parce que c’est la compétition ultime. Et plus encore parce qu’on restait sur une médaille d’argent à Rio. Avoir pris cette revanche sur le Danemark, gagner sous les yeux de la famille, des enfants qui étaient petits… Un titre olympique te fait entrer dans l’histoire, pas simplement celle du handball français ou international, celle du sport mondial. Tu appartiens à la case de ceux qui ont gagné la médaille d’or olympique. C’est pour cela que tu vis quand tu es athlète de haut niveau.

Malgré l’élimination en quart de finale des JO cet été (35-34 contre l’Allemagne), avez-vous profité de l’ambiance extraordinaire en France ?

Luka : Une ferveur inoubliable. On a été encouragés comme on ne l’avait jamais été, c’était incroyable.

Nikola : Les athlètes au village olympique, les bénévoles, les fans : malgré la galère sportive, tout le monde était derrière nous, voulait prendre une photo, avait un mot sympa.

Vos enfants ont-ils lu la bande dessinée ?

Nikola : Oui, c’est fou de voir nos propres enfants avec notre BD en main. Nous aussi on a été comme eux, les livres nous ont passionnés et inspirés. Il n’y a rien de plus beau que la transmission.

Luka : Quand on fait des séances de dédicace, c’est génial. Les gamins se reconnaissent dans les petits handballeurs qu’on était. Si ça peut créer des vocations, leur donner envie en plus des stages qu’on organise déjà pour eux, ce sera gagné.

Avez-vous des projets un peu fous en commun ?

Luka : L’année dernière, avec notre fonds de dotation, on a aidé à la rénovation d’un gymnase, d’un sol. Jamais je n’aurais pensé avoir un impact là-dessus, on était super fiers de l’avoir fait. On va continuer, on veut redonner au handball tout ce qu’il nous a apporté.

Nikola : À la base, c’est un sport de préau, personne n’a cette reconnaissance-là. C’est une fierté immense. Des projets, on en a plein, mais le plus ambitieux, ce serait la conception de salles intercommunales pour que tout le monde puisse se mettre au sport.

Il s'agit, sans doute, de la fratrie la plus célèbre du sport français. Nikola et Luka Karabatic ont marqué le handball tricolore ces 15 dernières années et si l'aîné a tiré sa révérence à l'issue des Jeux olympiques de Paris cet été, son petit frère est encore dans le coup à 36 ans, lui qui évolue actuellement au PSG.

Deux carrières, riches en titres mais aussi en rebondissements avec notamment l'affaire des paris truqués qui avait permis à Aix de récupérer les frangins (Luka de 2012 à 2015, Nikola pendant cinq mois en 2013). Deux vies sportives déjà racontées à de multiples reprises à travers des documentaires et des livres.

Palmarès des Frères Karabatic
Compétition Nombre de Titres (Ensemble)
Médailles d'Or Olympiques 4
Titres Mondiaux 6

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