L'histoire de l'Aviron Bayonnais et le drop légendaire de Franck Corrihons

L’Aviron Bayonnais omnisports est créé le 14 septembre 1904 à la suite d’une scission avec ce qui est alors le seul club de rame de la ville, la Nautique. Si le club de Bayonne fait partie des clubs mythiques du rugby français, il ne remportera qu'une 3e fois le titre suprême en 1943... plus rien depuis à part le Challenge Yves du Manoir. Après 11 saisons d'affilées en Top14 de 2005 à 2014, l'Aviron fait la navette avec la ProD2...

Le stade Jean Dauger, inauguré en 1937, accueille les rencontres de l'Aviron Bayonnais. Le stade de l'Aviron porte le nom de son illustre trois-quart centre qui porta les couleurs du club de 1936 à 1956 depuis 2001. Sans doute l'hymne le plus connu du rugby français, la Peña Baiona. Par son air entraînant (Griechischer Wein), cette chanson est devenu l'un des hymnes du rugby, chanté par tous...

Les basques remportent leur premier titre en 1913 face au SCUF. En 1934, le bouclier est ramené à Bayonne par la bande à Fernand Forgues qui l'emporte face au rival de toujours, le Biarritz Olympique.

Le derby basque de 1992 et le coup de génie de Franck Corrihons

Samedi 16 mai 1992, Franck Corrihons entre dans la légende du derby basque, d’un drop de l’espace botté depuis la ligne médiane, côté droit, non loin de la ligne de touche - soit plus de 50 mètres, peut-être autour des 52-53. Le BO de Serge Blanco file vers Paris, où il échouera sur la dernière marche face à Toulon (14-19).

Dans son compte rendu du lendemain, titré « Un monument signé Corrihons », le journaliste de « Sud Ouest » Jean-François Mézergues semble encore se pincer : « Sur une chandelle bayonnaise des 50 m, Corrihons tente l’impossible. Presque du bord de touche, un coup de pied tombé de desesperado. On croit à l’inconscience. Stupéfaction, c’est un monument.

L’improbable de la prouesse ajoute au mythe pixelisé. « C’est quelque chose d’irrationnel, ce drop. Parce que Franck, il n’en tapait jamais ! », n’en revient toujours pas son coéquipier d’alors, le dix David Arrieta. Encore moins son ami de jeunesse, le troisième ligne Hervé Durquety, dans le camp d’en face sur ce match : « Je ne sais pas comment il a fait. Quand on jouait ensemble, il tuait les taupes. »

Le héros rouge et blanc, aujourd’hui directeur du centre de formation de Grenoble, consent que le « coup de pied tombé » n’était pas sa spécialité, même s’il avait quelques prédispositions du bas des jambes : « Quand j’étais minot, j’ai toujours buté. Mais je ne faisais pas de drop, parce que je ne jouais pas en 10. Ce n’était pas mon rôle. Je ne sais pas pourquoi, c’est très instinctif, j’ai saisi ma chance. Sans trop réfléchir.

Dans la chaleur moite du printemps bigourdan, Franck Corrihons porte le numéro 14, celui d’ailier droit. Son dépassement de fonction soudain reste inexpliqué. Lui-même s’en gratte la tête. « On essaie de marquer, on n’y arrive pas. Et puis je ne sais pas pourquoi, c’est très instinctif, j’ai saisi ma chance. Sans trop réfléchir. » Sans trop écouter non plus. S’il avait tendu l’oreille gauche, il aurait entendu son capitaine l’exhorter de lui passer le ballon.

Lors de cette saison 1991-1992, le petit gars du Seignanx vit un rêve éveillé. « J’étais venu à Biarritz pour jouer avec Serge Blanco, qui était mon idole ». Après un début d’exercice perturbé par une blessure au scaphoïde (un os du poignet), il intègre le groupe à l’orée des phases finales. Les dernières de l’arrière international, de 12 ans son aîné et qui s’apprête à raccrocher.

La fameuse action de la 69e minute part d’un dégagement de Christophe Lamaison : « Il y a une mêlée à 10 mètres de notre ligne. Je suis dans l’axe. (Richard) Pool Jones monte sur mon pied droit. Je me décale sur le gauche. J’envoie le ballon le plus loin possible. Malheureusement, il ne sort pas en touche », décrit le Bayonnais, 21 ans à l’époque et placé en quinze. À la retombée, Franck Corrihons.

Serge Blanco lui réclame son jouet (1) : « Il lui crie dessus pour que ce soit lui qui relance », se souvient le Peyrehoradais. Hervé Durquety aussi. Le flanker en dévie sa course : « Au départ, je monte plein fer sur Franck, mais quand j’entends Serge l’appeler, je me dis : ‘Le gamin, il va lui donner le ballon.’». Mais non : « Neuf fois sur dix, il lui aurait fait la passe.

Agé de 21 ans, Christophe Lamaison était l’un des plus jeunes joueurs sur la pelouse. Le fan n’a plus mémoire de ce crime de lèse-majesté : « Je sais que Serge est à ma gauche. Il avait l’habitude qu’on le serve. Mais je n’ai pas un souvenir précis de l’entendre m’appeler. » Cette surdité opportune a conduit à son « éclair de génie », comme n’hésite pas à le qualifier Hervé Durquety.

Une fulgurance, qui aurait pu se muer en boulette sèchement réprimandée : « Je pense que si je ne l’avais pas passé, j’aurais pris une petite secouée », peut aujourd’hui en plaisanter son pote « Coco ».

L'impact du drop sur les supporters

« Les premières années, quand je descendais dans le Sud-Ouest en vacances, il n’y avait pas une seule occasion, pour les Fêtes de Bayonne ou autre, où je ne me faisais pas interpeller, où on ne me parlait pas de ce drop », confie-t-il, conscient que son tir a été vécu de manière différente de part et d’autre : « Il a plus marqué les Bayonnais que les Biarrots, c’est plus souvent eux qui m’en ont parlé. Les Biarrots ont eu la chance de vivre d’autres grands moments avec le BO. Les Bayonnais, ça les a crucifiés.

Franck Corrihons

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