Lors d’activités sportives, les chocs et les coups à la tête peuvent être violents. Ces accidents ne doivent pas être pris à la légère. Depuis une série d’accidents graves dans le milieu sportif, les commotions cérébrales font l’objet d’une attention particulière. Les joueurs, les entraîneurs, les arbitres et les médecins du sport sont de plus en plus sensibilisés sur ce sujet. Ces chocs sont, en effet, très fréquents.
La santé et la sécurité des pratiquants font partie des préoccupations principales des fédérations et instances sportives, en particulier lorsqu’il s’agit des risques de commotions cérébrales, longtemps minimisées dans les sports de combat ou de contact. Désormais, des « protocoles commotion », avec contrôle et suivi médical parfaitement établis, régissent la pratique de certains sports comme le rugby, pendant et après les matchs.
En octobre et décembre derniers, Nikola Karabatic et Cléopatre Darleux, deux stars du handball français, ont été victimes de commotions cérébrales. Karabatic a repris la compétition après quelques semaines, mais Darleux est toujours en convalescence. Karabatic a expliqué que sa commotion était due à une accumulation de chocs au visage.
Aujourd’hui au haut niveau, la prise en charge est immédiate et ces chocs à la tête sont devenus une préoccupation importante. La Fédération française de handball a même mis en place des règles pour protéger les victimes de commotions et sanctionner les responsables. Mais avant ces progrès, les commotions cérébrales ont longtemps été laissées de côté : « Il y a 20 ans de ça, on demandait à certains joueurs de tirer dans la tête des gardiens pour les assommer et il ne prenait aucune sanction. C’était un sujet tabou et à éviter pour les clubs car une commotion signifie aussi l’indisponibilité d’une joueuse », rappelle la gardienne.
Commotions cérébrales dans le sport : l’alerte de Raphaël Varane - La Story - C à Vous - 02/04/2024
Les symptômes d’une commotion cérébrale
Les symptômes d’une commotion cérébrale peuvent être très variables :
- Trouble de l’équilibre
- Vision double
- Confusion
- Ralentissement
- Somnolence
La perte de connaissance est fréquente, mais pas systématique. Une chose est sûre, c’est un élément important à prendre en compte.
Les symptômes les plus fréquents sont les céphalées, le vertige, le ralentissement psychomoteur, ainsi que l’asthénie. Relatifs au sommeil : difficulté à l’endormissement, temps de sommeil raccourci ou augmenté par rapport à l’habitude, somnolence.
Tous les deux ont raconté les mêmes symptômes : des maux de crâne terribles, une hypersensibilité au bruit, des troubles visuels, une intolérance à la lumière, des vertiges, une gêne aux écrans, une fatigue étrange et inhabituelle qui les ont obligés à observer un repos total.
Que faire juste après le choc ?
Lorsque le choc se produit, il faut sortir le joueur du terrain et le mettre au repos quelle que soit l’intensité des symptômes. Les entraîneurs et les arbitres sont, en principe, formés à évaluer la gravité de la situation.
Si les troubles neurologiques durent moins de trente minutes, tout devrait a priori rentrer dans l’ordre. Mais la personne blessée doit rester sous surveillance. Si les signes neurologiques durent moins de 24 heures, il faut rester vigilant car l’état de la personne peut évoluer sur une semaine. Si les signes neurologiques durent plus de 24 heures, « il se passe parfois plusieurs semaines avant que la personne retrouve son état normal », constate le Dr Rozenblat.
Protocole commotion
Certains signes cliniques observés permettent à eux seuls d’établir le diagnostic de commotion cérébrale dans le contexte de l’application d’une force d’impulsion à l’extrémité céphalique. Ils traduisent immédiatement le dysfonctionnement cérébral. Cette règle est tout autant applicable pendant un combat ou un match que pendant un entraînement.
La sortie du sportif doit se faire avec les précautions médicales d’usage : dans la mesure où il s’agit d’un traumatisme de l’ensemble tête-cou, le sportif doit être considéré comme systématiquement porteur d’une lésion cervicale jusqu’à preuve du contraire. Cette précaution est d’autant plus importante si la vigilance est altérée, toute manipulation intempestive du cou étant susceptible de faire courir un risque de lésion neurologique médullaire secondaire.
Le joueur doit être évalué dès que possible par un professionnel de santé formé à la prise en charge des commotions cérébrales. L’examen est réalisé au mieux à l’aide de l’évaluation initiale du test SCAT5 développé par la conférence internationale de consensus sur les commotions dans le sport de 2016.

Prévention des commotions cérébrales
Les commotions cérébrales sont bien connues dans les sports de combat (comme la boxe) et de contact (comme le rugby). Très secoué par une série d’accidents graves survenus ces dernières années, le monde du rugby a pris la mesure du problème et instauré des règles préventives. Elles ne concernent, pour l’instant, que les joueurs amateurs. Le milieu professionnel est soumis à des règles internationales qui mettent plus de temps à évoluer. En l’occurrence, c’est toute une philosophie de jeu qui doit changer.
« Au départ, le sujet des commotions cérébrales était tabou. Aujourd’hui, on constate un changement d’attitude. On ne rigole plus avec ça », admet-il.
Prévention chez les jeunes
Mais chez les plus jeunes la prise de conscience, qui est « venue avec l’expérience » pour la joueuse de 32 ans, n’est pas la même et le jeu prend souvent le dessus. « Quand on a 16 ans, on n’y pense pas parce qu’il y a cette envie de jouer. En moins de 18 ans, on prenait un ballon dans la tête et on nous disait « aller c’est rien tu repars ». Mais le soir on était fatigué, on avait des problèmes de concentration et ce sont les symptômes de la commotion. Sauf qu’avec le temps, on apprend à prendre soin de son corps. Surtout le cerveau… c’est la seule partie qui ne se remplace pas » prévient-elle.
Des risques moins importants donc, mais toujours présents, qui devraient pousser les éducateurs et les clubs à imposer plus de prévention chez les jeunes pour Charlotte Deschamps : « On devrait en parler davantage, faire attention à l’entraînement sur le choc et mettre en place des exercices pour se renforcer les cervicales. Depuis la première que j’ai faite l’année dernière, on en parle beaucoup plus avec notre préparateur physique et notre kiné mais avant on n’en parlait pas. »

L’importance de la prise de conscience
Pourtant, Charlotte Deschamps en est persuadée, jouer après sa commotion aurait eu de lourdes conséquences : « Si j’avais joué le lendemain de ma commotion, je pense qu’il y aurait 99 % de chances que je me blesse. J’étais fatigué, je n’étais pas concentrée, je n’étais pas là… c’était une absence de mon corps. Même sans staff médical je me serais empêchée de jouer. »
Le rôle des protections buccales individuelles (PIB)
Les auteurs japonais de la première étude rapportée ont essayé d’évaluer l’association entre le port d’une PIB pendant la pratique des sports de contact et l’incidence des commotions cérébrales (CCS) à l’aide d’une enquête contrôlée conduite sur une population de jeunes sportifs étudiants de l’Université Santé et Sciences du Sport d’Osaka.
Dans les résultats présentés, 21 participants seulement ont déclaré porter une PIB, parmi lesquels 14 utilisaient un dispositif personnalisé que seulement 10 d’entre eux portaient à chaque fois. Les 7 autres portaient une PIB standard « en vente libre », que 5 portaient à chaque fois. Parmi les sports pratiqués, le nombre de CCS rapporté est de 3 sur 12 joueurs de football américain, 14 sur 27 footballeurs, 10 sur 37 basketteurs, 3 sur 25 handballeurs, 2 sur 2 rugbymen, 1 sur 1 karatéka et 5 sur 2 pratiquants du nippon kempo.
L’analyse du détail des résultats collectés fait dire aux auteurs que davantage de CCS surviennent quand une PIB n’est pas portée durant la pratique sportive et que les sportifs qui ne portent jamais de PIB sont plus fréquemment concernés.
Concernant la manière dont une PIB protège des CCS, les auteurs citent une étude expérimentale réalisée sur cadavre évaluant les conséquences intracrâniennes d’un impact sur la partie inférieure du menton. Toutefois, les auteurs concèdent que la plupart des CCS ne sont pas seulement dus à un impact sur la mandibule (1,6 %), mais plus souvent liés à un impact direct sur la tête (74,8 %) et un contact sur le sol (11,1 %).
Si ces deux articles ont en commun la problématique des commotions cérébrales dans le sport et les protections buccales individuelles, ils exploitent deux aspects bien différents de ces dernières, mais tout aussi intéressant. Le premier article aborde le rôle de protection des PIB vis-à-vis des commotions cérébrales faisant suite à des coups ou contacts directs sur la mandibule.
Associations de soutien
Malgré les innovations technologiques et les actions mises en place par les fédérations, les commotions laissent parfois des traces et peuvent impacter la vie sociale des sportif·ves. Afin de les accompagner, des associations voient le jour. C'est le cas d'Alerte Commotions, une association créée en février 2023 par Antoine Semeria.
"La commotion dans le sport est une question de santé publique, trop peu médiatisée. Dans le cadre de mon métier d'avocat, j'ai pu accompagner de nombreux·ses sportif·ves amateur·ices comme professionnel·les et me suis rendu compte du retard sur le sujet des commotions dans le sport. Mon but premier en créant cette association est de libérer la parole, tout en informant au maximum, quel que soit le niveau, le sexe, l'âge, la pratique..." Tout en évitant la stigmatisation de certains sports, car selon Antoine Semeria, "les commotions n'arrivent certainement pas qu'au rugby ou au hockey sur glace. C'est aussi dans ces sports que les efforts mis en place sont les plus importants."
En prenant la parole sur le sujet, l'association se fixe plusieurs objectifs. "En créant par exemple des groupes de parole ou des forums en ligne, on libère cette prise de parole et on permet d'éviter l'isolement des sportif·ves."
Deuxième objectif pour Antoine Semeria : aider sportifs et sportives dans le suivi médical lié aux commotions, quel que soit leur niveau de pratique. "Amateur·ices, semi-pro ou professionnel·les, tou·tes doivent bénéficier d'un traitement adapté. C'est loin d'être le cas aujourd'hui. Il existe un gouffre entre le traitement d'une commotion en milieu professionnel et amateur. Un·e pro va immédiatement être pris·e en charge par un staff médical avec kinésithérapeute, podologue, neurologue, ostéopathe, neuropsychologue et passer des IRM rapidement. L'amateur·ice n'aura pas ce réflexe et cette chance d'être accompagné·e. Notre but est de réduire cet écart."