Les Risques des Têtes au Football : Implications et Préventions

Le football, sport universellement apprécié, suscite de plus en plus d'interrogations quant à l'impact des têtes répétées sur la santé des joueurs, notamment chez les jeunes.

Commotions cérébrales dans le sport : l’alerte de Raphaël Varane - La Story - C à Vous - 02/04/2024

Cet article explore les risques potentiels et les mesures de précaution adoptées par les instances dirigeantes et les clubs.

Études Scientifiques et Constatations

Selon les résultats d'une étude scientifique menée en Norvège, la structure sanguine du cerveau est modifiée chez les joueurs qui effectuent des têtes à répétition ou subissent des chocs accidentels à la tête. Selon une nouvelle étude scientifique mise en lumière jeudi par The Guardian, la répétition des têtes avec un ballon et les chocs accidentaux à la tête ont des conséquences sur la structure sanguine du cerveau.

Présentée dans la revue médicale Brain Journal, la conclusion résulte d'une expérience menée après des prélèvements effectués, en match et à l'entraînement, sur 89 joueurs professionnels de première division norvégienne. Les chercheurs ont constaté des "altérations spécifiques" dans le sang des joueurs qui répétaient des têtes à l'entraînement, notamment sur coups de pied arrêtés. Même constat pour les footballeurs ayant subi un choc à la tête en plein match.

Micro-ARN et Lésions Cérébrales

Ce sont précisément les niveaux de micro-ARN qui diffèrent. Le micro-ARN sont les petites molécules qui contribuent à la régulation de l'expression des gènes, au développement des cellules, mais aussi des tumeurs. L'examen de ces acides minuscules peut permettre de détecter des lésions cérébrales et donc des pathologies.

"Les résultats futurs qui s'appuieront sur nos recherches pourraient permettre de mieux comprendre les effets potentiellement dangereux des impacts répétés sur la tête", a déclaré Stian Bahr Sandmo, qui a dirigé l'étude et exerce au Centre de recherche sur les traumatismes sportifs d'Oslo. Les conclusions de cette étude exploratoire sont un premier pas, mais doivent encore être traitées avec prudence. "Il s'agit d'un échantillon relativement petit", a mis en garde Stian Bahr Sandmo.

Mesures Préventives et Recommandations

Ces dernières années, de plus en plus d'études s'intéressent aux risques pour la santé du jeu de tête dans le football. En 2020, la fédération anglaise a officiellement interdit de jouer les ballons avec la tête lors des entraînements des jeunes de moins de 12 ans. Les clubs de Premier League ont ensuite formellement reçu pour consigne de limiter les têtes puissantes lors des entraînements des joueurs professionnels. Des décisions similaires ont été prises aux États-Unis et en Écosse. En France, une réflexion sur la question a été lancée en lien avec la Fédération française de football (FFF).

L’UEFA, l’instance qui gère le football européen, va prendre des préconisations cette année pour limiter les têtes chez les enfants, suite à une étude qui fait un lien entre pratique du football et risque de mourir d’une maladie dégénérative. La fédération écossaise veut même le bannir à l'entraînement chez les enfants de moins de 11 ans (comme c'est déjà le cas aux Etats-Unis) sur la base d'une étude qui fait un lien entre la pratique du football et le risque de mourir d'une maladie neurodégénérative.

L'Approche des Clubs et des Éducateurs

Le Sport Union Dives-Cabourg accueille plus de 220 jeunes de moins de 18 ans, garçons et filles confondus. Les adolescents ont trois entraînements par semaine mais les séances consacrées aux têtes sont extrêmement rares. "On a tous été joueurs. Ces séances de tête pure, on n’en a jamais vraiment connu", assure Rémy Vaubrun, éducateur au SU Dives-Cabourg pour les moins de 7 ans et les moins de 15 ans.

"Je me vois mal aujourd’hui faire une séance spécifique tête où pendant une demi-heure, les enfants enchaînent tête sur tête. On ne va pas travailler le geste de la tête en lui-même. On va plus mettre l’accent sur l’orientation du corps. Au niveau des jeunes, on est très prévoyant. On évite de prendre des risques avec eux, on est là pour leur bien-être. Il faut penser à la suite." Chez les jeunes du club, ce sujet n’est pas une préoccupation.

Risques de Maladies Neurodégénératives

Une étude menée par une équipe de recherche de l’université de Glasgow en Écosse jette pourtant le trouble : elle montre que les footballeurs ont 3,5 fois plus de chances de succomber des suites d'une pathologie neurologique que le reste de la population. Dans le détail, le risque de développer la maladie d'Alzheimer est cinq fois plus important chez un ancien footballeur, quatre fois plus pour une maladie du neurone moteur et deux fois plus pour Parkinson. Mais impossible pour l'instant d'imputer ce surplus de pathologies au jeu de tête.

Jean-François Chermann, neurologue et spécialiste des commotions dans le rugby et dans le football, expliquait pour RMC Sport: "Des chercheurs écossais se sont rendus compte que les anciens joueurs de football professionnel avaient plus de risques de développer une maladie neurodégénérative et notamment la maladie d’Alzheimer que les sujets qui n’avaient pas pratiqué le football. […] Il est clair qu’il y a plus de maladies neurodégénératives chez les joueurs de football professionnel. Maintenant, il faut savoir pourquoi.

Préconisations de l'UEFA

Au nom du principe de précaution, l'UEFA devrait toutefois préconiser dans les prochaines semaines de limiter au maximum l'utilisation de la tête chez les moins de 11 ans, ou plutôt de le faire autrement. "Interdire les têtes, ce n’est pas la bonne pratique. En revanche, on va leur apprendre à faire des têtes", explique Emmanuel Orhant. "On va leur apprendre à muscler les cervicales, comme au rugby. Faire une bonne tête, c’est avoir une bonne technique et dans ce cadre-là, limiter le jeu de tête." Une autre piste à l’étude à l’UEFA serait d'avoir des ballons moins gonflés pour les enfants.

Commotions Cérébrales : Symptômes et Conduite à Tenir

La commotion cérébrale est un dysfonctionnement temporaire du cerveau suite à un choc ou autre. Cet autre peut être tout simplement un mouvement brutal de la tête qui engendre un déplacement des structures du cerveau comme prendre un tampon brutal par exemple.

Symptômes d'une Commotion Cérébrale

  • Maux de tête persistants
  • Perte de mémoire
  • Difficultés à se concentrer
  • Altération du jugement
  • Troubles de l’humeur et du comportement

Que Faire en Cas de Choc à la Tête ?

Tout sportif présentant une suspicion de commotion cérébrale doit ÊTRE IMMÉDIATEMENT RETIRÉ DU JEU et soumis de toute urgence à un examen médical. Il ne doit ni être laissé seul, ni conduire de véhicule. Il est important de comprendre qu’au moindre minuscule doute il faut sortir votre joueur et l’emmener consulter son médecin traitant rapidement ou se rendre aux urgences pour réaliser une imagerie cérébrale.

Reprise du Football Après une Commotion Cérébrale

Les joueurs qui bénéficient d’un repos complet dans les jours qui suivent leur commotion se remettront de leur blessure en deux à trois semaines. Par contre, ceux qui font un retour trop rapide pourront ressentir des symptômes jusqu’à trois mois après avoir subi leur choc. La période de repos consiste à réduire au maximum toutes ses activités intellectuelles, sociales et physiques.

Aucun joueur ne devrait reprendre le jeu avant que le médecin ne l’y autorise. Chaque étape doit durer au moins une journée. Si le joueur présente des symptômes de commotion (mal de tête ou maux de ventre) pendant l’activité, il devrait interrompre immédiatement l’activité et se reposer pendant 24 à 48 heures. Il devrait consulter un médecin avant de reprendre le plan graduel de retour au jeu.

Le Débat sur l'Interdiction du Jeu de Tête

Depuis quelques années, les études se multiplient et le débat est lancé : faut-il ou non interdire le jeu de tête (au moins à l'entrainement) ? Interrogé par LCI, le neurologue Jean-François Chermann a fait des commotions chez les sportifs sa spécialité. "Il faut voir le problème de deux facons, les commotions et les sub-commotions. Ici, ce sont les sub-commotions qui nous intéressent. Une sub-commotion, c'est quoi ? C'est un coup sur la tête sans avoir une altération des fonctions cérébrales. Quelqu'un qui tape de la tête à répétition dans un ballon, est-ce que ça peut dommageable pour le cerveau ?", nous explique-t-il.

"On s'est rendu compte qu'il y avait des anomalies, notamment ceux qui jouent derrière (les défenseurs, ndlr), par rapport au nombre de têtes réalisées. Il y a peut-être un seuil de tête à ne pas dépasser, pas plus de 1200 têtes par an." En 2011, une étude menée sur 32 volontaires avaient montré que des dégâts étaient constatés à partir de 1000 têtes par an, soit un peu moins de 3 par jour (2,7). Néanmoins, "on n'a pas assez de recul pour savoir quelle est l'incidence réelle de tout ça", a commenté le docteur Chermann.

Prévention chez les Enfants

En ce qui concerne la prévention chez les enfants, le docteur Chermann juge qu'il faut "ne pas être alarmiste". "Il ne faut pas les empêcher de pratiquer le foot, le rugby ou d'autres sports. La pratique sportive a plus de bienfaits que de méfaits sur le corps." Toutefois, pour éviter tout dommage sur le cerveau chez les plus jeunes, "il faut utiliser un ballon en mousse ou mieux encore faire attention de ne pas faire de tête à l'entraînement".

Une idée déjà appliquée aux Etats-Unis, où la Fédération américaine (US Soccer) a décidé d'interdire dès 2015 aux enfants de moins de 10 ans de faire des têtes à l'entraînement et en match.

Comparaison des Risques et des Mesures Préventives
Aspect Description
Risques Altérations de la structure sanguine du cerveau, maladies neurodégénératives (Alzheimer, Parkinson), commotions cérébrales
Mesures Préventives Limitation des têtes à l'entraînement pour les jeunes, utilisation de ballons en mousse, éducation à la technique de la tête, protocoles de gestion des commotions
Recommandations de l'UEFA Limiter l'utilisation de la tête chez les moins de 11 ans, enseigner une bonne technique de tête, utiliser des ballons moins gonflés

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