Toulon - Bègles 1991: Un Match de Rugby Entré dans la Légende pour sa Violence

Le 28 avril 1991, le match entre Toulon et Bègles en huitième de finale aller du Championnat de France est entré dans l'histoire, non pas pour son jeu, mais pour son incroyable violence. Vingt-cinq ans après, tout le monde en parle encore.

Ce match, c’est le fameux Toulon - Bègles en huitième de finale aller du championnat de France en 1991. Une véritable boucherie. Les jeux du cirque.

Le match Toulon - Bègles en 1991 reste mythique pour son incroyable tension entre les deux équipes. Insultes, public en fusion et évidemment des bagarres générales à n’en plus finir.

En ce 28 avril 2021, nous fêtons les 30 ans de l'une des bagarres les plus mythiques du rugby français entre Toulon et Bègles, à Mayol. Un pugilat entré dans la légende. Flashback.

Retour sur un match qui a marqué les esprits et continue de susciter des réactions passionnées.

Extraits Béziers Cabbg 1991

Un Contexte Explosif

Le contexte était le suivant : le RC Toulon était une très grosse écurie, un peu en souffrance. Quel que soit le résultat, ce match serait le dernier à Mayol de Daniel Herrero, l’entraîneur au bandeau et à la barbe de prophète. À l’inverse, le CA Bordeaux-Bègles Gironde montait en puissance en exerçant une fascination sur des médias qui multipliaient les sujets sur cette drôle d’équipe, son pack de jeunes provocateurs d’élite, sûrs d’eux et dominateurs.

Dans la semaine, Pierre Salviac avait averti ses pairs en conférence de rédaction : « On ne diffusera pas ce match, ils vont se foutre sur la gueule. »

Le matin du match, Var Matin avait titré un édito : « C’est la guerre. »

Yves Appriou, le coach avait laissé la motivation à Serge Simon, originaire de Nice, qui avait ferraillé contre les Varois dans son adolescence.

En fait, les deux clubs n’avaient pas de contentieux particulier, mais ils se croisaient dans l’ascenseur.

La veille du match, Jean-Claude Doulcet arrive à son hôtel : « Le patron m’a dit : « Vous, vous allez passer une bonne après-midi… » J’ai répondu pourquoi ? Il m’a sorti tous les journaux de la semaine, et ce n’était que des provocations et des contre-provocations. »

M. Doulcet était un arbitre expérimenté de 49 ans, avec une finale dans les jambes. Mais il n’était pas là par hasard : « Disons qu’à l’époque, les dirigeants avaient le pouvoir de demander certains arbitres pour certains matchs, manière de ne pas se retrouver…faisandés. Je veux dire, avec un gars qui panique et qui expulse quatre ou cinq types. »

Les acteurs du match

  • Toulon: Éric Champ, Daniel Herrero, Louvet, Loppy, Motteroz
  • Bègles: Vincent Moscato, Serge Simon, Philippe Gimbert, Bernard Laporte, Conchy

Une Ambiance Electrique

Bousculade dans les couloirs du Stade Mayol avant le coup d’envoi, les deux équipes qui se toisent, des “Moscato enculé” qui descendent des tribunes, et puis évidemment des gifles en pagaille.

Juste avant d’entrer sur la pelouse, l’emblématique capitaine toulonnais Éric Champ fait mine de se refaire les lacets au bout du tunnel tout en invitant Vincent Moscato et sa bande (Laporte, Simon, Gimbert, Berthozat, Conchy…) à aller goûter la sulfureuse ambiance qui les attend dans la fournaise de Mayol.

Dans le couloir, Éric Champ se baisse soudain pour lacer sa chaussure. Son but : laisser les Béglais entrer seuls pour se faire huer et prendre la pression négative. Simon et Laporte comprennent la manœuvre et refrènent leurs troupes.

S’en suit une minute de silence où les deux équipes se font face et qui ne fut pas du tout respectée par le public toulonnais, préférant scander des noms d’oiseaux aux Bèglais, à commencer par leur tête de Turc numéro 1, Vincent Moscato, le talonneur du CABBG.

M. Doulcet ordonne une minute de silence : « Spontanément les joueurs se font face à face à un mètre de distance. Et là, ils commencent à s’insulter. »

Les images montrent une série de regards incendiaires, Louvet avec un rictus sardonique ; Braendlin qui mâche un chewing-gum.

La tension est palpable sur la rade et les hostilités se poursuivent dès le coup de sifflet de l’arbitre.

L’ouvreur du RCT Christophe Deylaud préfère taper directement le coup d’envoi dans les tribunes pour débuter la rencontre par une mêlée au centre du terrain.

Comme prévu, Christophe Deylaud balance le ballon en touche sur le coup d’envoi. Le public exulte.

Bernard Laporte accepte le défi de Champ, il demande mêlée au centre, comme pour crever l’abcès tout de suite.

Les deux premières lignes se toisent en tanguant, tout le monde veut en découdre.

M. Doulcet est au milieu, son sens du devoir lui commande d’essayer d’éviter l’inéluctable.

Au comble de l’énervement, Simon le saisit par le short, sans doute pour l’écarter. L’arbitre se sent déculotté et siffle la première pénalité, sans aucune action, sans aucun contact entre Bordelais et Toulonnais. 3-0 pour Toulon.

Un premier bras de fer qui n’a finalement pas lieu car l’arbitre pénalise le CABBG juste avant l’entrée en mêlée, en raison d’un geste déplacé de Serge Simon.

Déroulement du Match et Bagarres Générales

Sur chaque regroupement, les coups pleuvent de part et d’autre durant toute la première mi-temps.

Le combat est viril, mais pas toujours correct et Mayol se transforme en une véritable arène romaine.

Les deux équipes sortent la boîte à gifles et s’en donnent à cœur joie avec cette grosse partie de manivelles.

La paix a gagné quelques minutes, mais la première échauffourée sera dantesque : coups de poing, coups de pied, un bon vieux combat de rue. Deylaud, Gimbert, Loppy, Moscato… les plus jeunes diraient : « Octogone. » La foule rugit : « Toulon ; Toulon. »

« C’était une ambiance de corrida, poursuit Larribe. J’ai cru qu’il y aurait un mort. Sur chaque regroupement, c’est une horde sauvage qui déboule et les faits d’armes se succèdent.

Double coup de tête en toute franchise sur les mauls (Motteroz sur Mougeot), idem pour Simon sur Louvet, mais sur un ruck, l’ailier David Jaubert surgit pour jouer les justiciers.

Ce match a ressemblé à une campagne militaire, rythmée par plusieurs batailles qui mériteraient chacune un petit chapitre.

En tribune de presse, on vit un homme se lever, Jean-Michel Martinetti, journaliste à Var Matin, auteur de l’édito belliqueux du matin. Ce héraut du RCT déclare haut et fort : « Franchement, ces types (les Béglais, N.D.L.R.), ils ne se sont pas échappés ; ils méritent notre respect. »

Pendant ce temps, la bataille se poursuit dans le couloir, crachat, crise de nerfs d’un remplaçant béglais.

« Ça parlait beaucoup sur le terrain, mais surtout entre les joueurs. C’étaient des provocations entre premières lignes ou au niveau des demis de mêlée. L’exemple le plus marquant reste le Toulon - Bègles en huitième aller où il y avait des bagarres dans tous les sens mais où on m’a foutu la paix, paradoxalement (rires), a raconté Doulcet dans L’Equipe à propos de l’évolution de l’état d’esprit des joueurs. Sinon, en général, les demis de mêlée étaient ceux qui me parlaient le plus. Je les ai toujours considérés comme les avocats des autres joueurs, ils étaient parfois de vrais speakers, certains contestaient très souvent. Moi, je faisais partie des arbitres classés un peu cons. Si on levait la voix ou si on me disait des mots grossiers, on partait à la douche avant les autres."

Conséquences et Souvenirs

Le match se termine, sans essai mais avec une pluie de pénalités : 18-9 pour Toulon.

Sur le plan sportif, Toulon s’était imposé (18-9), avant de perdre le match retour (6-22) en Gironde. Le CABBG s’était donc qualifié en quart de finale, lors duquel il avait battu Tarbes (19-8), avant de sortir Béziers en demi-finale (13-12) puis de triompher en finale face au Stade Toulousain (19-10) au Parc des Princes.

Au match retour, effectivement Bègles renversa la vapeur 22-6.

Bilan : sept avertissements distribués par l'arbitre, une victoire de Toulon sur ses terres (18 à 9) et un match qui figure dans le « top 5 » des plus belles bagarres du rugby français sur les sites de vidéo en ligne.

« Le french cancan de la godasse », écrira Jean Cormier.

« Aujourd'hui, tu files une tartine, tu te retrouves au chômage pendant un an », estime le Toulonnais. Qui ajoute : « le rugby n'est plus le même sport, et je ne regrette rien. Au match retour, le 5 mai 1991, Bègles bat Toulon 22 à 6, dans un stade de Musard plein à craquer, en jouant cette fois-ci au rugby.

Serge Simon poursuit : « Je me souviens du retour vers l’aéroport de Marseille. Dans le bus, mon voisin se lamentait de la défaite, 18-9. Je ne le comprenais pas, je n’avais pas fait attention au score. J’avais le sentiment d’avoir vécu un moment merveilleux. On avait résisté. Ce match, ce fut le socle de notre parcours jusqu’au bouclier. Cet affrontement nous a montré que ce après quoi on courait n’était pas une chimère. »

Aujourd'hui, ils en rigolent. « Vous pensez si je m'en souviens de ce match, j'ai jamais pris autant de coups ! », lance l'ancien troisième ligne toulonnais Éric Champ, hilare.

André Berthozat, l'ex-deuxième ligne qui jouait dans le camp d'en face, à Bègles, se dit lui avec du recul que, tout de même, ce match, « ce n'était pas vraiment du rugby ! »

« Pour ce match, on savait qu'on allait être bien accueillis, que ça allait être très dur. Surtout que, dans la semaine qui avait précédé, certains de chez nous, Bernard (Laporte, NDLR) je crois, avaient annoncé : on va gagner à Mayol. Ça avait énervé les Toulonnais ! Donc, on savait que ça allait tomber, mais on ne pensait pas que ce serait à ce point », raconte André Berthozat.

« Dans tous les matchs à cette époque, il y avait une période d'intimidation, pendant quelques minutes. Là, elle avait duré presque toute la partie. Je crois qu'on n'a joué réellement au rugby que pendant 30 minutes, pas plus ! Enfin, si on peut appeler ça du rugby… »

Éric Champ, lui, dit avoir pris « beaucoup de coups, sans en rendre aucun. En plus, les Béglais n'arrêtaient pas de me dire : tu ne joueras pas le match retour… »

Vincent Moscato quitte le terrain comme un gladiateur qui aurait sauvé sa peau : « J’ai vécu ce match comme un retour momentané des jeux du cirque de Rome. J’ai senti la plèbe heureuse, les gens en ont eu pour leur argent. Dans cet après-midi, il n’a manqué que les lions qu’on aurait lâchés dans l’arène.

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