ASSE : Remontée en Ligue 1, un club prêt à tout casser

Après une saison frustrante, l’ASSE semble mieux armée que jamais pour retrouver l’élite du football français. Cet aller-retour entre la Ligue 1 et la Ligue 2 est difficile à digérer pour le club et les supporters.

Pourtant, tout porte à croire que les Verts pourraient passer peu de temps dans l'antichambre de l'élite du football français. Au-delà du coup d’arrêt sportif, cette descente a agi comme un électrochoc. Loin de s’enliser, le club stéphanois pourrait rapidement mettre en œuvre des changements structurels majeurs.

Une direction plus affirmée, un projet sportif recalibré, des moyens financiers inédits à ce niveau : tous les voyants semblent passer au vert malgré le traumatisme de la relégation. Depuis la reprise du club par Kilmer Sports Ventures, un virage stratégique s’est enclenché. Après une phase d’observation prudente, les actionnaires veulent désormais passer à l’action.

L'échec du maintien cette saison a été vécu comme un échec cuisant. Les dirigeants sont vexés, mais surtout revanchards. Ils veulent redorer l’image de l’institution et faire de Sainté une place forte du football français. Ce nouvel état d’esprit, plus conquérant, pourrait tout à fait mener à une reprise en main plus perceptible.

Alors qu'il a largement été reproché aux dirigeants de ne pas être suffisamment présents à l'Etrat, ce pourrait-il qu'ils fréquentent davantage les bureaux du centre sportif ?

Un budget à la hauteur des ambitions

La première bonne nouvelle viendra inévitablement du gendarme financier du football français. La DNCG ne devrait imposer aucune restriction à l’AS Saint-Étienne pour la saison 2025-2026. Alors que Jean-Marc Mickeler annonce une posture intransigeante de la part de la DNCG, laissant craindre des relégations administratives en masse, l'ASSE sera à l'abri !

Contrairement à plusieurs concurrents, les Verts peuvent préparer leur mercato sereinement et sans pression extérieure. Cela permet à la direction de planifier des investissements ciblés pour renforcer un effectif qui se voudra très ambitieux.

Aujourd'hui, nous pouvons estimer que les Verts vont se doter d'un budget à la hauteur de leurs ambitions. Ivan Gazidis, après la rencontre perdue face à Toulouse, évoquait l'ambition de KSV et ne laissait aucun suspense quant aux moyens engagés la saison prochaine : "Nous devons prendre nos responsabilités, moi le premier. C'est une fin décevante. [...] Nous essayons de redresser un club sportivement et financièrement. On ne veut pas d'un club qui oscille entre la L1 et la L2. On construit quelque chose de plus grand. Nos objectifs sont les mêmes. Notre engagement est très fort. Nous sommes engagés financièrement, mais pas uniquement. Il y a déjà eu beaucoup de changements, mais nous comprenons plus de choses qu'il y a un an. On sait qu'il faut encore des changements et des investissements.

Le budget de l'ASSE pourrait ainsi osciller aux alentours de 30 millions d’euros, l’ASSE disposerait tout simplement du plus gros budget de la Ligue 2. Une force financière considérable dans un championnat souvent contraint à des économies.

Cela permettrait de conserver certains cadres, de recruter plus tôt et de cibler des profils recherchés, en concurrence directe avec des clubs de Ligue 1.

Un effectif remanié et rajeuni

Le chantier de la saison 2025-2026 repose aussi sur un rajeunissement de l’effectif et une recherche qualitative supérieure. Exit certains profils vieillissants, place à une nouvelle génération ambitieuse. Plusieurs jeunes issus du centre de formation sont attendus, encadrés par des cadres toujours présents.

Cette dynamique devrait injecter plus d’intensité, de fraîcheur et d’agressivité dans le jeu. L’objectif est clair : construire une équipe plus mobile, plus moderne, plus homogène pour dominer la Ligue 2 avec constance.

L’argument le plus déterminant réside sans doute dans le changement d’attitude du groupe Kilmer. Après une année d’analyse et de prise de repères dans un environnement nouveau, les Canadiens comptent accélérer la cadence. Ils veulent désormais structurer le club selon leur vision nord-américaine de la performance. Résultat : des moyens renforcés, une gouvernance clarifiée et un projet sportif plus lisible.

Une saison 2024-2025 riche en émotions

Troisième de Ligue 2 à la mi-saison, l’ASSE est proche de son unique objectif. L’ASSE a fini à la 3e place du podium, avec 30 points au compteur et la meilleure attaque de Ligue 2, avec 35 buts marqués en 17 journées. L’équipe de Saint-Etienne est donc dans le peloton de tête de la course pour la montée en Ligue 1 et reste dans son objectif de remontée.

Toutefois, L’Équipe indique que l’ASSE n’est pas vraiment assurée de se qualifier directement pour la Ligue 1. Le quotidien sportif s’appuie sur les statistiques antérieures de la Ligue 2 pour soutenir son annonce. En effet, l’AS Saint-Etienne possède certes la meilleure attaque du championnat, mais elle a également la 4e mauvaise défense. Elle a concédé 25 buts, soit 1,4 but en moyenne par match disputé.

Vainqueur du barrage Ligue 1/Ligue 2 contre le FC Metz, Saint-Etienne est de retour dans l'élite du football français, deux ans après sa relégation. L'apothéose d'une saison très riches en émotions.

Deux ans presque jour pour jour après la chute en Ligue 2 - le dimanche 29 mai à 21h48 après une série de tirs au but perdues face à Auxerre, 1-1, 4-5) - les Verts touchent au but et retrouvent l’élite du football français grâce à leur victoire en barrage contre Metz.

Car l’ASSE, régulièrement équipe à réactions, a tout aussi méthodiquement trouvé le moyen de procurer des émotions à répétitions à ses supporters, avec au bout l’inespéré et l’inattendue montée, impensable le 3 février au soir quand les Verts pointent à la 11e place à 14 points d’Angers.

Car les Verts débutent par deux échecs qui font d’entrée tâche face à Grenoble (0-1) puis à Rodez (2-1) mais se reprennent vite pour enclencher une remontée, qui pour tous, dessine une saison en pente ascendante douce: du 19 août au 30 octobre, en 83 jours et 10 matches, l’ASSE pointe au 1/3 du championnat à la 2ème place.

Laurent Batlles trouve la formule mais en connaisseur du milieu ne s’enthousiasme pas à la sortie d’un ASSE/Angers (2-0), victorieux: "Je suis fier du groupe, c’est intéressant car cela montre un bon état d’esprit, explique-t-il après le match. Le classement est-il anecdotique? Oui et non. L’important, c’est d’y être vers la 30ème journée. Mais cela reste à ce jour, le meilleur match." Il n’oublie pas de rajouter: "Il faut que cela dure le plus longtemps possible…"

Sent-il que cette série a tout du chant du signe? Peut-être car ce match "de référence", celui presque de la révérence, car tout s’effrite et se délite avec un enchaînement de cinq matchs pour autant de défaites en cinq semaines chrono qui font jaser dans le Forez.

Arrivé sur le banc des Verts le 1er juillet 2022, l'ancien milieu de terrain n'aura pas survécu à cette série noire, et est convoqué mercredi à un entretien préalable à licenciement.

Une semaine plus tard, Olivier Dall’Oglio lui succède, prend ses marques, conduit le mercato de janvier avec l’arrivée d’Irvin Cardona, Nathanael Mbuku et Yvann Maçon et façonne la résilience stéphanoise, en transformant "l’humiliation" de la défaite du 4 février chez le promu Dunkerque (1-0) en levier de motivation.

Le groupe "se parle", évacue les non-dits, pointe du doigt les erreurs manifestes. Douze épisodes plus tard, fort de 10 succès pour deux défaites seulement, l’ASSE fond sur Angers qui s’effondre, notamment à la maison devant… l’ASSE (0-3), le 17 février.

Ainsi, au coup d’envoi de la J37, les Verts reçoivent Rodez dans une enceinte de nouveau pleine jusqu’aux cintres - cinquième guichets fermés de suite - et offrent un nouvel ascenseur émotionnel à leurs fans: incapables de battre Rodez (1-1), St Etienne redonne la main à Angers, vainqueur à Annecy (1-2) à la dernière minute sur un but d’un ancien de la maison, Loïs Diony…

Ultime émotion, le barrage. Une manche aller remportée de justesse, et les frissons du match retour. Et un retard à remonter, avec deux buts encaissés alors que Metz était à 10 contre 11. Avec une prolongation en prime pour couronner cette saison décidément si particulière.

Quand il pose ses valises à l’Etrat puis son regard sur son effectif, Olivier Dall’Oglio, ex-coach de Dijon (2016-2019) avant Brest (2019 - 21) et Montpellier (2021-22) dirige pour la première fois une équipe en difficulté en cours de saison. Celle de Saint-Etienne dévisse complètement à l’époque: elle vient de passer de la deuxième place fin octobre (après une série de 10 matchs sans défaites dont six clean sheet de suite) à la huitième place après cinq défaites de suite!

"ODO" reprend les Verts, à la huitième place à neuf points de la deuxième place... Mais il s’avance avec calme, méthode et confiance après un break de plus de 13 mois, depuis son licenciement de Montpellier, le 17 octobre 2022: "C'est un nouveau défi dans un club mythique. Il va falloir aller vite, mais je suis vraiment confiant. Je vais transmettre ma détermination à tout le groupe. Il va falloir être rigoureux, vigilant, avoir la concentration nécessaire. C'est sur ces aspects que je vais appuyer dans un premier temps."

Il fixe sa priorité: "Remettre de la rigueur et de l’intensité dans les courses et le mental. J’ai parfois vu un manque d’attention." Et se dit optimiste pour la montée: "J’apporte ma nouveauté et peut être du liant… je veux aller chercher la marge de leurs efforts, ce petit plus, ce détail, pour plus de solidarité. C’est un travail, de la communication, je ne leur ferai pas de cadeaux car la vie à Saint-Etienne est exigeante."

L’unanimité autour de son nom lui apporte une légitimité qui lui permet de tancer régulièrement ses hommes, de les mettre devant leurs responsabilités. "Il sait les piquer sans les vexer, résume un proche du groupe. Sa "ficelle" de management lors de l’après match face à Dunkerque (voir plus haut), finalement gagnante dans une forme de "quitte ou double", lui a ouvert un boulevard dans la conduite de son groupe qui n’a pas voulu rester sur une saison "molle". Tout le monde a pris le taureau par les cornes. »

Olivier Dall’Oglio, le bienveillant n’oublie jamais la carte franchise, sans états d’âme, ni de service: ainsi, les joueurs "Batlles" (Dylan Chambost, Michael Nadé …) ne sont pas écartés tout comme ceux en difficulté (T. Monconduit …). Il bascule en mode "reset". Tout le monde repart d’une feuille blanche. Les mentalités évoluent: "Même quand on est en difficulté, on est présent", répète-t-il dans la dernière ligne droite. "Tout le monde travaille énormément, des attaquants, aux gardiens de but. Donc je pense que c'est notre qualité première."

ODO s’offre avec un jour de décalage - il a eu 60 ans le 16 mai - un joli cadeau d’anniversaire avec cette montée en laquelle il croit toujours, même la veille de ce match nanti d’un mince espoir. Il sait depuis quelques semaines qu’une force intime dans le groupe anime ses joueurs: "Quand ça ne va pas c'est là où on voit la vraie force de chacun, c'est là où chacun aussi se découvre. C'est de dire je peux faire plus: je pense que certains se sont découverts en se disant: "Oui j'ai d'autres ressources que ce que je pensais."

Une belle éclaircie économique

Dans cette ville qui vibre et vit au rythme de "son stade mythique", le parcours de l’ASSE réveille tout le monde. Réveille et égaie aussi tout le tissu économique qui tousse avec les déboires de l’emblème de la ville, Casino dont le fondateur en 1898 n’est autre qu’un certain… Geoffroy Guichard: "Dans cette ville qui souffre, le club a un rôle social important, explique le président de la CGPME Daniel Villareale. Les gens, cette saison sont heureux le lundi matin. Ils évoquent le but, la victoire, la bonne passe." La semaine se passe beaucoup mieux du coup!

Tout tourne autour du foot ici, rappelle le chef d’entreprise qui entend laisser le ballon rond là où il est: "On ne va pas multiplier par deux le chiffre d’affaires avec cette montée, mais l’ambiance plus festive donne du "peps" à tout le monde. Notre loge est remplie. On se fait connaitre plus rapidement.

Il amènera sa polyvalence et son efficacité en 18 matchs, il marque huit fois et offre trois passes décisives notamment dans cet enchaînement de la dernière ligne droite de février à mai, où les Verts marquent autant de points en 13 matchs (32) que lors des 23 premiers épisodes jusqu’au 3 février.

Quant au troisième homme, il résume à lui seul, les 24 derniers mois des Verts: de la douleur de la descente au devoir de la remontée. Seul joueur ayant connu la douloureuse saison de la descente en mai 2022, passé par deux prêts au PFC puis au Maccabi Tel Aviv revient en janvier, sur une intuition de Loic Perrin, le directeur sportif. Les évènements au proche orient du 7 octobre ayant gelé les compétitions, St Etienne casse son contrat de prêt et lui offre une seconde chance. Et donne peut-être un peu plus que les autres dans les matches de 2024. Il savoure: "Quand je me balade en ville, c’est plus agréable d’être félicité ou encouragé que de recevoir des petites piques", avoue-t-il dans un point presse début mai. "Je sens que je dois aux supporters de remonter. Je me le dois également à moi-même. Quand on a fait descendre le club, on devient les joueurs les plus détestés par la ville et par tout le monde. C’est normal, c’est humain. Ramener le club en Ligue 1 permettrait de remettre le club à sa place et de se racheter aux yeux de tout le monde."

Ils réussissent la mission en attendant de connaître leur avenir

Actionnaire depuis 2004 dans un duo détonant et improbable avec le très parisien Bernard Caiazzo, le chef d’entreprise stéphanois pur sucre ramène le club là où il l’a trouvé. Avec un bilan honorable car l’histoire retiendra que sous sa présidence active à la tête du directoire, il dépoussière le musée des Verts qu’il a tenu à créer. Avec Christophe Galtier, qu’il a imposé contre son acolyte en décembre 2009 qui souhaite placer Luis Fernandez pour succéder à Alain Perrin, il ramène un Trophée, la Coupe de la Ligue en 2013, 32 ans après le dernier des dix titres de champion de France… Au moment de la vente annoncée du club, il réussit sa sortie.

Eux aussi ont réussi à ramener le navire ASSE sur le quai Ligue 1: Jean François Soucasse, président execuitif depuis juillet 2021 n’aura donc pas été que l’homme de la descente. Loic Perrin dont les débuts ont fait jaser dans le recrutement partiellement raté à l’été 22 mais aussi 23, montre qu’il a su apprendre pour redresser la barre en janvier 24. Avec le "troisième homme" à la tête de la reconstruction, Samuel Rustem, ils peuvent donc avancer une belle réussite.

L’homme d’affaires Ivan Gazidis, appelé à mener le club devra rapidement trancher mais a assuré qu’il ne voulait pas, pour le moment, procéder à une révolution de palais…

La paix avec les supporters?

Jamais un club de deuxième division française n’avait joué à cinq reprises devant plus de 35.000 personnes" tonne un communiqué de presse à la veille de la réception de Rodez, le vendredi 10 mai qui se fera devant 35.701 spectateurs. Au total, les Verts auront été supportés par près de 480 000 personnes à Geoffroy-Guichard cette saison, affichant la meilleure affluence moyenne de la division (plus de 25.000 personnes).

Au final, il y a aura (seulement) six huis clos partiels en août, octobre, janvier puis le dernier face à Annecy à la fin février qui touchent principalement les kops au sud et au nord: "Cela fait plaisir, cette année, j’ai pu aller à tous les matchs", se réjouit Joss Randall, un abonné historique dans une autre partie du stade qui a pu apprécier les 6 matches à guichets fermés, le 5 novembre pour les 90 ans "officiels" du club face à Bastia (35.337 personnes) avant cet enchaînement historique du 9 mars au 10 mai ( 36 277 spectateurs face à Auxerre, 37.337 spectateurs face à Concarneau le samedi 6 avril, 35.317 spectateurs face à Bordeaux le samedi 20 avril, 35 445 face à Caen, le samedi 27 avril et les 35.701 face à Rodez la semaine dernière.

Les bons résultats, la montée et surtout, la vente du club devrait définitivement éteindre la fronde, qui connut son paroxysme le 29 mai 2022 à 21h48 à la suite du barrage perdu face à Auxerre dans le barrage Ligue 1-Ligue 2 avec ce KO à Geoffroy-Guichard qui hante encore des têtes. Les Verts avaient du partir avec trois points de pénalité et disputer leur quatre premiers matchs à la maison à huis clos.

A la lutte pour la montée en Ligue 1, l’AS Saint-Etienne conserve son étiquette de grand favori. Parmi ses concurrents, Montpellier considère que la première place est déjà promise au club stéphanois.

Les contre-performances de l’AS Saint-Etienne n’ont pas changé grand-chose dans l’esprit de ses concurrents. Présenté comme le Paris Saint-Germain de la Ligue 2, le pensionnaire de Geoffroy-Guichard a laissé pas mal de points en route, notamment lors de la lourde défaite à Annecy (4-0) le 25 octobre. Mais le reste du championnat considère toujours les Verts comme les grandissimes favoris.

Le président de Montpellier Laurent Nicollin a en effet attribué le fauteuil de leader aux Stéphanois qui occupent actuellement la deuxième place.

Montpellier dans le rouge

Le tout sachant que Montpellier, contrairement aux Verts, risque de transférer certains de ses meilleurs joueurs en janvier. « Il faudra malheureusement qu'on vende, car on n'a pas vendu ce qu'on devait cet été. On sera dans l'obligation de vendre. On ne fera pas n'importe quoi. On recrutera s'il y a des départs. Mais financièrement, nous sommes dans l'obligation de vendre pour un certain montant. Le mercato de janvier est un peu un mercato de merde, car il chamboule un peu tout. On devra arriver à ne pas s'affaiblir, mais se renforcer. On ne veut pas affaiblir l'équipe.

Une ASSE qui pourrait, aussi, être repêchée en cas de rétrogradation du Havre AC, qui doit être vendu pour conserver sa place dans l'élite.

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