Nul besoin d'être un grand sociologue pour savoir que le football occupe une place importante dans nos sociétés. Depuis un peu plus d'une décennie, les travaux se multiplient sur ce sujet, des thèses de doctorat et des colloques lui sont consacrés, un séminaire "Football et sciences sociales" a lieu à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm. Un champ de recherche s'est constitué autour du football, à juste titre, car il s'agit d'un véritable "fait social total".
Le football fait l’objet d’un étonnant paradoxe sociologique : en dépit d’une place sociale et culturelle centrale, il reste très mal connu, méprisé par les intellectuels et saturé de prénotions. Qu’ils le célèbrent ou le condamnent, les commentaires à son égard partagent en effet une même approche moralisatrice et individualisante de ce sport, qui fait écran à la compréhension de ses logiques structurelles. Et pourtant, les recherches sur ce thème n’ont cessé de se multiplier au cours des dernières décennies, empruntant différentes perspectives.
Quelque 20 000 publications scientifiques ont analysé les pratiques des adeptes du ballon rond sous toutes leurs coutures : psychologie, physiologie, physique, économie, statistiques… Les deux plus grandes bases de données d’articles scientifiques, Scopus (propriété d’Elsevier) et Web of Science (propriété de Clarivate Analytics), recensent ainsi respectivement 20 120 et 18 870 documents avec le terme « soccer » (le nom du football aux Etats-Unis) dans leur titre ou résumé. Le plus vieil article remonte à 1932 dans Scopus, avec une étude sur l’évaluation du foot à l’école, et à 1962 dans Web of Science, sur un sujet toujours à la mode, la prédiction des résultats.
Un Champ de Recherche en Expansion
Ce nombre total de publications est en croissance, avec des « pics » en 2006 (Mondial allemand) et 2014 (Mondial brésilien). Au palmarès des pays publiant le plus, on retrouve les vedettes habituelles, Etats-Unis, Angleterre ou Allemagne, mais des pays plus « footeux » se glissent dans le palmarès. Espagne, Brésil et Italie sont dans le top 10. L’article le plus cité, au sujet des blessures des ligaments du genou chez 205 athlètes féminines, dont des footballeuses, a été publié en 2005.

Diversité des Approches
Réunissant une équipe de spécialistes de diverses sciences humaines et sociales (économie, ethnologie, géographie, histoire, littérature, sociologie), la revue Football(s) envisage le football, entendu sous ses différentes variantes, à travers des dossiers thématiques en croisant ces diverses approches. La revue est diffusée au format numérique ouvert sur la plateforme PREO.
- Le quatrième numéro de la revue est consacré aux liens entre football, mer et ports. Le trafic maritime a en effet été un vecteur de la globalisation du football et les grands ports ont accueilli les premiers grands clubs.
- Le troisième numéro de la revue est consacré au rugby français à son histoire, son organisation et son jeu.
- Le deuxième numéro de la revue est consacré au pays qui a créé le football association, l’Angleterre.
Transformations et Enjeux du Football Professionnel
Après un premier chapitre sociohistorique qui cherche à éclairer le mystère de l'exceptionnelle diffusion mondiale de ce sport collectif, ce livre centré sur l'étude de la pratique du football entend présenter les travaux sur les transformations de ce monde professionnel, s'efforçant d'adopter un regard qui ne se réduise pas, comme trop souvent, à la dénonciation du "foot-business".
Jusqu’aux années 1980, les clubs étaient gérés par des associations à but non lucratif. Une série de lois a permis d’en faire des sociétés anonymes sportives professionnelles, dotées des mêmes prérogatives que d’autres structures commerciales. Des investisseurs se sont engouffrés dans la brèche et les budgets ont explosé : un million d’euros de recettes pour la première division française en 1970, un milliard en 2011 ! Cette augmentation est notamment liée à celle, tout aussi considérable, des droits de diffusion télévisés durant cette période.
Or, les équipes sont loin d’être également loties en la matière : celles qui accumulent le plus de succès sont davantage diffusées, touchent plus d’argent et entrent dans un cercle vertueux, tandis que les autres se retrouvent rapidement bloquées si elles n’ont pas bénéficié d’entrée de jeu de bons résultats. Cette évolution aurait cependant eu moins d’impact si le marché des joueurs ne s’était pas libéralisé et globalisé dans le même temps. Jusqu’à la fin des années 1990, une équipe européenne pouvait recruter quatre extra-Européens au maximum. Cette limite a sauté, encourageant l’essor d’un marché mondial débridé.
Déterritorialisation et Individualisme
Ces évolutions n’ont pas entamé la ferveur populaire, mais les choses ont totalement changé de nature. L’identification à un club était autrefois perçue comme le signe d’un mode spécifique d’existence, qu’étaient supposés incarner le jeu et le style d’une équipe. Aujourd’hui, les présidents et actionnaires n’ont plus aucun lien avec l’histoire locale. Des investisseurs du monde entier misent sur de grosses équipes et y intègrent des joueurs venus d’un peu partout. Cette déterritorialisation s’illustre jusque dans les noms des stades : Matmut Atlantique a remplacé le Chaban-Delmas à Bordeaux, Orange Vélodrome au Vélodrome de Marseille, etc.
Le foot illustre une grande tendance contemporaine : la montée de l’individualisme. On célèbre davantage les prouesses des joueurs que celles de leurs équipes. La libéralisation des clubs et du marché des joueurs ont profondément modifié la donne : pour rester au niveau dans la compétition mondiale, les clubs doivent recruter des stars internationales.

Gentrification et Élitisation des Tribunes
L’affluence moyenne aux matchs a doublé en France : 10 000 spectateurs en moyenne en 1980, contre plus de 20 000 en 2017. L’effet coupe du monde 1998 et l’Euro 2016 ont entraîné une modernisation et une amélioration du confort des stades, et plus généralement une légitimation de l’intérêt pour le football dans les classes supérieures. Jadis populaire, ce sport s’est ainsi gentrifié lui aussi : les enceintes sportives tendent à s’équiper de magasins, d’installations pour les enfants ou encore à proposer aux plus aisés d’y fêter leur mariage.
Certains stades restent populaires, comme à Marseille, mais ce phénomène d’« élitisation des tribunes » - selon l’expression de Roger Besson - est avéré. Cette métamorphose s’accompagne d’un changement d’ambiance : aux chants et aux chorégraphies des supporters se substitue progressivement une atmosphère plus feutrée et bon enfant, orchestrée par de la musique enregistrée et un animateur à la voix chaleureuse. Dans le même temps, une politique de lutte contre les supporters les plus démonstratifs, les « ultras » notamment, a été mise en œuvre à partir des années 1990.
Football Ordinaire et Féminin
Le livre explore ensuite le monde du football ordinaire (le football "de rue", l'apprentissage dans les clubs amateurs, etc.) pour finir par se pencher sur un nouveau champ de recherche : le football féminin.
Football et Mondialisation
La question des rapports entre football et mondialisation est à l’inverse peu investie. En France, Pascal Boniface s’y est cependant essayé, avançant ainsi que « le football ne gouverne certes pas le monde. Mais il est néanmoins un élément important du rayonnement et du prestige des États » (1998 : 27). À travers la comparaison des Coupes du monde 1998 et 2006 organisées respectivement en France et en Allemagne, Albrecht Sonntag (2008) entend lui montrer que le football est un « révélateur, non seulement des enjeux identitaires liés à la transition entre modernité et postmodernité, mais plus généralement des sentiments et des besoins collectifs, des relations et des perceptions entre les nations, des incertitudes et des interrogations qui sont propres à notre époque » (Ibid : 9-10).
De leur côté, Richard Giulianotti et Roland Robertson (2009) tentent de traiter ensemble les dimensions financières et culturelles du football mondialisé. Plus que de mondialisation, mieux vaut cependant parler de « glocalisation » pour désigner sa phase actuelle, car celle-ci est en fait animée par une tension entre les tendances simultanées à l’uniformisation et à la différenciation culturelles, et qui traversent au premier chef le ballon rond, comme le manifeste la coïncidence d’expressions de « cosmopolitisme banal » et de « nationalisme d’exception » jusque dans l’enceinte d’un même stade.
Sur le plan économique, c’est prioritairement l’expansion du « néo-libéralisme » qui est à relever. Ses implications sur les structures du football sont particulièrement lourdes - argent des retransmissions, dénaturation du jeu en Amérique du Sud, turbulences financières et endettement des clubs d’élite en Europe de l’Ouest. Ces derniers s’apparentent ainsi de plus en plus à ces firmes transnationales qui maintiennent des liens forts, économiques et symboliques avec leur « foyer » national, tout en se transnationalisant dans leur recrutement, leur actionnariat et leur marketing, comme l’illustre la métamorphose du club anglais de Manchester United.
La Professionnalisation du Football Français
En tant qu’activité sportive professionnalisée, le football de haut niveau est un moyen d’existence pour ceux qui en font temporairement un métier. Pratique fondée sur la logique compétitive, l’augmentation des chances de consécrations, quantifiables en titres délivrés par les fédérations depuis les années 1920, repose sur la rationalisation de la circulation et de la concentration du capital économique et footbalistique au sein des clubs. Cette « marchandisation » du football d’élite conduit à l’autonomisation de son économie et à la professionnalisation de ses agents.
S’agissant d’étudier ces processus en France, notre analyse montre que la régulation du marché des joueurs s’est réalisée dans l’intérêt et sous l’autorité des dirigeants de la Fédération française de football. L’instance fédérale va ainsi faire du football une entreprise sociale, éducative et morale en admettant plus ou moins explicitement qu’il s’agit d’une activité professionnelle, compétitive et commerciale. Malgré tout, elle demeure exposée aux risques récurrents de se voir imposer de l’extérieur les règles d’organisation et de fonctionnement de l’espace du haut niveau et d’être dépossédée du « fonds de commerce » autant que de la reconnaissance sociale que les dirigeants fédéraux dégagent de leur emprise.
Au nom de l’intérêt général, l’imposition et le maintien de ce professionnalisme euphémisé, cautionné par l’État à la fin des années 1960, n’ont pu s’opérer qu’au prix de stratégies visant à reproduire la croyance dans la légitimité du contrôle de la Fédération sur l’économie du football professionnel. Quel que soit son stade de développement, la dénégation des conditions socio-économiques, juridiques, voire compétitives nécessaires à l’autorégulation du marché sera le principal mode de domination de la Fédération sur l’élite.
Cette structuration du professionnalisme permet alors d’expliquer en quoi l’exode de plus en plus massif des footballeurs français à l’étranger n’est pas seulement lié au simple appât du gain, mais relève du désajustement entre leurs compétences acquises dans les centres de formation et l’état du champ du football en France inapte à valoriser le capital footbalistique qu’il produit.
Préparation Physique et Performance
Le Football est un jeu en mouvement : généralement, les joueurs de football couvrent 8 à 12 km lors d’un match d’environ 90 minutes avec une fréquence cardiaque maintenue à 80-90 % des valeurs maximales. En plus de l’endurance spécifique nécessaire pour faire face aux exigences physiologiques du match, les joueurs de football doivent relever un autre défi : sprinter plus souvent et plus vite selon des contraintes spatiotemporelles pour être performant !
Dans ce contexte, l’Association des Préparateurs physiques du Football Professionnel représentée par son Président Sébastien Lopez-Guia, préparateur physique professionnel FFF, reconnue pour regrouper la majorité des spécialistes football du circuit professionnel et amateur français s’est associée à l’Université de Montpellier (Laurent Mortel et Stéphane Perrey) pour créer une formation unique : le Diplôme Universitaire d’Optimisation de la Performance en Football.
Avec l’aide des sciences du mouvement humain, il devient possible d’identifier les signatures motrices dans le Football. Être capable de produire à la fois de la force rapidement et des puissances musculaires élevées sont considérées comme étant parmi les caractéristiques de performance physique les plus importantes, en particulier dans les activités qui reposent sur des répétions de sauts, de changement de direction et/ou de vitesse.
Les statistiques nous indiquent que les joueurs parcourent une distance moyenne de sprint (≥ 24 km·h-1) de 250 mètres en moyenne par match, avec des joueurs atteignant des vitesses maximales de l’ordre de 32 km·h-1. Les joueurs de football sont également tenus de faire environ 60 séquences de sprint par match tout en effectuant plusieurs changements de direction et plusieurs actions de saut.
Entraînement Fonctionnel
L’un des domaines en préparation physique moderne qui connaît un renouveau est l’entraînement dit fonctionnel. Ce dernier vise à intégrer les besoins et les contraintes de la situation sportive dans l’environnement d’entraînement afin d’améliorer l’efficacité de l’entraînement. Dit autrement, l’entraînement fonctionnel pour développer la force « explosive » et la puissance doit être vu comme un entraînement dans lequel les exercices et les mouvements proposés sont intégrés, multidirectionnels et enrichis de façon propice.
En pratique, l’entraînement fonctionnel implique un panel de mouvements à base d’exercices en chaîne cinétique (ensemble de muscles mis en jeu), de mouvements balistiques tels que le lancer de ballons lestés ou encore d’activités d’équilibre dynamique faisant appel à des qualités de proprioception et de gainage. Retenons que le principe est de faire travailler les chaînes musculaires dans leur globalité en ciblant les grands systèmes physiologiques et neuromusculaires.
Au contraire des entraînements de musculation plus traditionnels, dits analytiques, qui se concentrent sur un ou plusieurs muscles en les isolant, le travail fonctionnel prend en compte toute la chaîne musculaire et les articulations. Les membres supérieur et inférieur travaillent conjointement et non de façon isolée. Le travail fonctionnel peut s’effectuer sous forme d’ateliers (type circuit training), au poids du corps (exercices sans matériel) ou avec divers accessoires (bandes élastiques, supports instables, poids, sangles, etc.) et machines spécialisées.
Une performance réussie exige des aptitudes physiologiques et cognitives dépendantes ou liées les unes aux autres. Obtenir des adaptations neuromusculaires spécifiques aux formes de mouvement du footballeur exige le contrôle de deux types d’effort : l’effort physique et l’effort mental.
Un élément important dans le principe de spécificité de l’entraînement est l’intention subordonnée à l’action musculaire et la nature de l’effort. Un stimulus d’entraînement clé est la nature de la commande motrice et les modèles d’activation des unités motrices qui en résultent associés aux mouvements à grande vitesse.
La nature de l’effort mental influence directement la qualité et la quantité du mouvement et, par conséquent, toutes les adaptations physiologiques et in fine la performance finale. Cela pourrait conduire à des schémas de coordination et de contraction musculaires plus efficaces parce que l’on ne se contente pas d’entraîner les muscles, mais on a l’intention de s’entraîner au mouvement !
L’approche de la méthode d’entraînement fonctionnelle décrite est conçue pour améliorer la spécificité des adaptations physiologiques sous jacentes aux types de mouvements à produire, et non pour améliorer les capacités perceptives et cognitives. L’entraînement fonctionnel n’est pas exclusif. D’autres méthodes de développement de la force sont nécessaires pour atteindre d’autres objectifs en termes d’adaptations musculaires, comme l’augmentation de la taille du muscle, qui sont des éléments constitutifs de la performance fonctionnelle.
| Aspect | Description |
|---|---|
| Nombre de publications scientifiques | Plus de 20,000 |
| Pays publiant le plus | États-Unis, Angleterre, Allemagne, Espagne, Brésil, Italie |
| Affluence moyenne aux matchs en France (1980) | 10,000 spectateurs |
| Affluence moyenne aux matchs en France (2017) | Plus de 20,000 spectateurs |
Le plus Grand Exploit de l'Histoire du Football Moderne.
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