Nous avons tous en tête l'image du joueur de football qui s'écroule brutalement sur le terrain, en plein match, victime d'un arrêt cardiaque. La mort subite de l’adulte reste un fléau majeur. Son incidence est estimée à 1/1000 habitants par an ce qui représente environ 60 000 par an en France, mais les données épidémiologiques restent très imprécises. Au-delà même de l’aspect spectaculaire d’un décès chez un adulte jeune pratiquant un sport, combien pourraient être évités, quand l’on sait qu’il n’y a pratiquement pas en France de défibrillateur externe semi-automatique (D.E.A.), et que d’autre part, la formation aux premiers secours est encore très déficitaire dans notre pays.
Jeune ? Footballeur, rugbyman, basketteur, nageur… 2000 à 3000 sportifs de haut niveau feraient un arrêt cardiaque chaque année en France sur 50 000 arrêts au total. 500 en décèdent selon la Fédération Française de Cardiologie, parfois devant les caméras. Le 12 juin 2021, le joueur danois Christian Eriksen est victime d'un malaise cardiaque pendant l'Euro de football. Il s'effondre en plein match et est évacué en civière. Il se réveillera quelques heures plus tard à l'hôpital, sauvé. L'arrêt cardiaque peut arriver chez les hommes comme chez les femmes.
La "mort subite du sportif" désigne le décès brutal d'un sportif de haut niveau pendant sa pratique, souvent lors d'une compétition. On parle parfois de "crise cardiaque" du sportif mais "cela ne veut rien dire" précise d'emblée le Pr Mansourati. "C'est un terme employé par le public, souvent pour pour parler de l'infarctus mais, médicalement, c'est trop vague. Il peut s'agir d'un infarctus du myocarde, d'un malaise cardiaque ou d'une insuffisance cardiaque brutale. Il peut s'agir aussi de l'arrêt cardiaque (correspondant à l'arrêt de la circulation à partir du cœur, ndlr) que l'on peut observer chez le sportif de haut niveau qui s'écroule sur le terrain" poursuit le spécialiste.
La mort subite des sportifs est un sujet qui suscite à juste titre l’émotion mais qu’il convient d’aborder avec un esprit scientifique sur des bases factuelles en se libérant des aspects médiatiques spectaculaires. Quelle est réellement l’importance du phénomène ? Avant l’âge de 30-35 ans la mort subite des jeunes sportifs de compétition est heureusement un évènement très peu fréquent si on le rapporte à la masse des sportifs pratiquants. Elle a pu être évaluée dans une série italienne à environ 2/100 000 sportifs par an [1].
Que faire en cas d'arrêt cardiaque ?
Causes de la mort subite chez les sportifs
Quelles sont les causes de la mort subite du sportif ? Ses causes diffèrent néanmoins selon l'âge du sportif.

- Chez le sportif jeune, de moins de 35 ans, "l'arrêt cardiaque peut être lié à une ou des malformation(s) cardiaque(s) congénitale(s) ou à des maladies héréditaires pas nécessairement connues.
- Chez le sportif plus âgé, après 35 ans, les problèmes coronaires, comme l'infarctus du myocarde, sont la première cause d'arrêt cardiaque sur le terrain.
Il existe un pic de fréquence entre 45 et 75 ans. La maladie coronaire et les cardiomyopathies sont les causes les plus fréquentes dans la population âgée de plus de 35 ans. Le mécanisme de la mort subite est un trouble du rythme ventriculaire (fibrillation ventriculaire ou tachycardie ventriculaire) dans plus de 80%. L’incidence étant variable avant 35 ans chez le sportif, où le nombre de mort subite est plus fréquent chez les hommes que chez les femmes, l’estimation est toutefois difficile, les chiffres pouvant s’élever à plus de 1 000 morts par an, en activité sportive ou activité physique de loisir.
Les causes cardiaques de mort subite les plus fréquentes chez les sportifs jeunes sont les cardiomyopathies. Les cardiomyopathies hypertrophiques et les cardiomyopathies arythmogènes du ventricule droit ont une part variable selon les pays et les régions étudiés. Les autres cardiomyopathies sont plus rarement en cause mais peuvent l’être dans leurs formes débutantes encore peu symptomatiques. Les malformations coronaires sont ensuite les causes les plus fréquentes, principalement les anomalies de naissance de la coronaire gauche ou droite avec trajet inter aorticopulmonaire.
Il s’agit de mort brutale, instantanée, avec affaissement en plein effort par fibrillation ventriculaire. Quel que soit l’étiologie en cause, le mécanisme de la mort subite liée au sport est la plupart du temps une fibrillation ventriculaire qui peut être précédée par une tachycardie ventriculaire.
Facteurs de risque et compétition
Lors de la compétition il y a un effort intense sur quelques minutes et, surtout, le sportif est dans une situation de stress intense car il faut 'gagner'. Cet excès de stress entraîne la production de catécholamines dans le sang. Le joueur se retrouve alors dans une situation "catécholergique". Ces catécholamines peuvent être arythmogènes c'est-à-dire provoquer des arythmies. Si le patient a déjà une anomalie cardiaque, ça peut dégénérer en fibrillation ventriculaire car il pousse loin ses performances. Quand il y a une anomalie cardiaque génétique, il n'y a pas de symptômes avant-coureurs nécessairement, répond le Pr Mansourati. C'est à l'occasion d'un effort violent comme en compétition que cela peut entraîner des troubles du rythme ventriculaire. Vous voyez brutalement le joueur tomber dans le stade comme on a pu le voir lors de matchs de foot."
- Le rôle de la compétition : il est démontré que, chez les sujets porteurs de ces cardiopathies, le risque d’accident cardio-vasculaire est transitoirement accru par la pratique sportive intense [1].
Prévention de la mort subite
La meilleure des préventions de mort subite chez le sportif passe par l’apprentissage des gestes qui sauvent. Les morts subites chez les sportifs ne doivent être en aucun cas un alibi pour interdire la pratique du sport ou d’activités physiques et sportives chez l’ensemble de la population française. La prévention passe d’abord par le dépistage mais qui reste imparfait. Chez un sujet atteint de pathologie cardiovasculaire à risque de mort subite, l’aptitude à la compétition et aux sports de haut niveau énergétique doit être adaptée selon les recommandations.
Le bilan cardio vasculaire réalisé chez son médecin est-il suffisant pour dépister et éviter la mort subite : non, mais le médecin peut orienter son sportif vers un cardiologue s’il suspecte des facteurs de vulnérabilité comme par exemple un essoufflement anormal, une HTA ou encore un trouble du rythme cardiaque lors de l’auscultation.

Par ailleurs la HAS (Haute autorité de santé) a établi des recommandations très bien documentées réservant les bilans les plus sophistiqués aux sportifs pratiquant à une forte intensité.
Rôle de l’examen E.C.G. La réalisation d’un ECG chez les personnes présentant un risque établi ou une suspicion de vulnérabilité cardiaque peut être contributif . En effet, un E.C.G. anormal conditionne la mise en place d’un bilan approfondi. Il faudra retenir particulièrement et dépister avec beaucoup d’attention les Wolff Parkison White (W.P.W.). Les tachycardies ventriculaires, avec arythmie, sont à surveiller.
Voici les 10 « règles d’Or » du Club des Cardiologues du Sport:
- Je signale à mon médecin toute douleur dans la poitrine ou essoufflement anormal survenant à l’effort
- Je signale à mon médecin toute palpitation cardiaque survenant à l’effort ou juste après l’effort
- Je signale à mon médecin tout malaise survenant à l’effort ou juste après l’effort
- Je respecte toujours un échauffement et une récupération de 10 min lors de mes activités sportives
- Je bois trois à quatre gorgées d’eau toutes les trente min d’exercice à l’entraînement comme en compétition
- Je ne fume jamais une heure avant ni deux heures après une pratique sportive
- Je ne consomme jamais de substance dopante et j’évite l’automédication en général
- Je ne fais pas de sport intense si j’ai de la fièvre, ni dans les huit jours qui suivent un épisode grippal (fièvre + courbatures)
- Je pratique un bilan médical avant de reprendre une activité sportive intense si j’ai plus de 35 ans pour les hommes et 45 ans pour les femmes
- Quels que soient mon âge, mes niveaux d’entraînement et de performance
Les sportifs de haut niveau (arrêté ministériel du 11 février 2004) : examen semestriel par médecin du sport, ECG annuel, échocardiographie à l’entrée dans le haut niveau (répétée si sportif de moins de 15 ans) épreuve d’effort maximale au minimum tous les quatre ans. La Société Française de Cardiologie reconnaît l’utilité de la pratique d’un ECG 12 dérivations de dépistage chez tous les sujets sportifs de compétition entre 12 et 35 ans pour améliorer la mise en évidence des pathologies cardiaques potentiellement à risque.
Pour les sportifs asymptomatiques, hommes au delà de 35 ans et les femmes au delà de 45 ans : la pratique d’un ECG d’effort systématique est recommandée surtout s’il existe des facteurs de risque d’athérome. Les limites de cet examen sont son incapacité à mettre en évidence des lésions de petite taille n’entraînant pas d’ischémie et donc le risque de sous estimer l’existence de plaques vulnérables de petit volume.
Que faire en cas de détresse vitale sur le stade ?
Ne jamais oublier que si nous sommes deux ou plusieurs, appeler les secours reste un geste urgent. Il faut basculer la tête de la victime vers l’arrière, en maintenant son menton vers le haut avec une main, et ouvrir la bouche avec le pouce et de l’autre main, on appuie sur le front. A ce moment là on place sa bouche sur celle de la victime, tout en lui pinçant le nez, et il faut souffler progressivement jusqu’à ce que sa poitrine se soulève et se remplisse.
Il faut à ce moment là se mettre à genou au niveau de son thorax. On place une main sur la moitié inférieure du sternum, et on recouvre celle-ci avec l’autre main, les doigts légèrement décollés de la poitrine. La fréquence de compression/décompression doit être de 100/minutes. Le risque évident à ce niveau est la fracture de côte. Il existe des appareils totalement automatiques dont le fonctionnement simplifié permet de réduire la mortalité de cet accident cardiaque. Une formation simple accessible au monde sportif permet l’utilisation de ce type d’appareil dans l’attente de l’arrivée des secours.
Des défibrillateurs externes automatiques (DEA) devraient être installés dans les lieux publics ou les lieux de pratique sportive. Il faut tout de suite masser et utiliser le défibrillateur, répond le Pr Mansourati. Les terrains de sport doivent être équipés de défibrillateurs disponibles immédiatement et pas sous clé.
