Malaise dans l'arbitrage du handball : Causes et gestion des difficultés

L'arbitrage dans le monde du handball, et plus particulièrement en France, traverse une période délicate, marquée par divers problèmes allant des soucis de santé des arbitres aux difficultés financières et aux conflits de gouvernance.

Un arbitre de handball pendant un match.

Problèmes de santé des arbitres

L’état de santé d’un arbitre danois de hand, Jesper Madsen, inquiète, après avoir été victime de deux malaises en un mois seulement. À l’âge de 39 ans, cet arbitre de hand reconnu dans son sport vient d’être victime d’un second malaise en l’espace de deux semaines seulement.

Le 20 février déjà, l’homme était au sifflet du match de Ligue des champions entre le Veszprem HC (Hongrie) et le Sporting Portugal et s’est écroulé en plein match. Après ce premier malaise, son binôme en tant qu’arbitre, Mads Hansen, se voulait rassurant : « J’étais en contact avec lui pendant la pause, quand le médecin et le personnel de Veszprém étaient autour de lui et ont fait beaucoup d’examens différents.

Cette explication écarte les craintes d’un problème de santé grave. Madsen va bien et poursuit sa récupération. Il est encore trop tôt pour savoir s’il reprendra l’arbitrage à haut niveau, mais le soulagement est palpable dans le milieu du handball, très marqué par cette scène.

Difficultés financières et retards de paiement

Entre retards de paiement, difficultés budgétaires et absence de représentation à l’Euro masculin 2026, l’arbitrage français traverse une période délicate. À ce manque de visibilité sur la scène européenne, notamment lors du prochain Euro masculin en janvier prochain pour lequel aucun binôme français n'a été sélectionné, s’ajoute un problème bien plus concret : celui des retards de paiement.

« Il est vrai que, ces derniers temps, on observe des retards dans le paiement des indemnités en Starligue. Avant, c’était réglé sous quinze jours, maintenant ça peut aller jusqu’à plus d’un mois. » Ces retards toucheraient principalement « les matchs de la ligue professionnelle masculine, la Starligue ». En ce qui concerne les championnats amateurs et la première division féminine, ce sont les clubs qui doivent régler les arbitres, et là aussi, les délais s’allongent.

L'ex-président de la CNA alerte : « Je pense qu’on est plus justes budgétairement. » Malgré tout, il salue le professionnalisme des officiels et des acteurs du monde l'arbitrage qui subissent ces désagréments : « Les arbitres sont de bons soldats. Ils savent qu’ils seront payés un jour ou l’autre, donc ils ne se plaignent pas. »

« Il n’y a pas que la FFHB qui met du temps à régler les arbitres.

Des arbitres de handball.

Absence de représentation internationale

L'ancien arbitre international est également revenu sur l'annonce surprise il y a 15 jours avec la non sélection d'un binôme français pour l'Euro masculin « Quand j’étais sur le championnat du monde U19M en Égypte, j’ai rencontré Per Morten Sødal, référent de l’arbitrage à l’IHF. Il m’avait dit qu’au départ, sur le Mondial féminin, ils allaient mettre le binôme Yann Carmaux et Julien Mursch, et qu’on devait retrouver les frères Gasmi sur l’Euro masculin.

Une décision difficile à comprendre selon lui : « J’ai du mal à m’expliquer pourquoi le binôme Gasmi-Gasmi n’est pas sur le championnat d’Europe masculin, parce que pour moi, ils font partie des vingt meilleures paires européennes, sans aucun doute. La semaine dernière encore, ils ont arbitré Barcelone-Szeged en ligue des champions; si on leur confie un tel match, c’est qu’on leur fait confiance. »

Mais au-delà des cas individuels, il estime que cette absence est très préjudiciable pour la Fédération et pour l’arbitrage français. « Ne pas être représenté sur un championnat d’Europe, la plus grande compétition, c’est quand même très gênant.

Ce fut un coup de tonnerre quand la Fédération européenne (EHF), le 8 octobre, a dévoilé la liste des arbitres retenus pour le prochain Euro masculin (15 janvier - 1er février au Danemark, en Norvège et en Suède) : zéro binôme français ! Une première depuis 2004 dans la compétition internationale la plus relevée, et un camouflet pour le hand tricolore, même si les frères Gasmi ont été retenus pour le Mondial féminin (26 novembre - 14 décembre en Allemagne et aux Pays-Bas).

21Aucun arbitre français n'a été retenu pour l'Euro masculin, cela faisait 21 ans que cela n'était pas arrivé.

« Relativisons cette absence sur une seule compétition, nuance Philippe Bana, le président de la Fédération (FFHB). Nos arbitres restent solides. » On constate cependant depuis quelques années un creux générationnel après les départs en retraite de plusieurs paires emblématiques, notamment les jumelles Charlotte et Julie Bonaventura en 2024.

Même si des discussions ont eu lieu récemment entre les instances, le chantier est aujourd'hui complètement à l'arrêt.

Critiques sur le niveau de l'arbitrage et mesures prises

Face aux critiques croissantes sur le niveau de l’arbitrage dans les championnats nationaux, l’ancien président de la CNA nuance : « Je trouve que c’est exagéré. Je regarde souvent des rencontres un peu partout, et je n’ai pas du tout la même approche que certains spectateurs ».

Cependant, il reconnaît que la France peine à briller sur la scène internationale : « On n’a pas d’arbitres actuellement qui atteignent les derniers carrés des compétitions jeunes. Même pas les quarts de finale, et ça, c’est un vrai signal.

Pour tenter d’y remédier, la Fédération a mis en place des accompagnements spécifiques : « L’année dernière, on a fait un effort particulier sur le secteur élite et les internationaux. Ils avaient à disposition l'ancien président de la CCA, François Garcia, et l'ancien arbitre espagnol, Ramón Gallego, deux pointures mondiales reconnues de tous.

Mais les résultats ne suivent pas encore. « J’ai l’impression qu’on fait un blocage à l’international. Je vais peut-être être trop sévère, mais mentalement, je les trouve tendres.

Violences envers les arbitres

Une fois de plus ces dernières semaines, l'arbitrage fait l'actualité dans le hand et c'est rarement bon signe. Un arbitre a été blessé lors de ce match.

La finale de Nationale 1 de handball entre l’US Saintes et Montpellier, a été définitivement stoppée samedi à Créteil après seulement 90 secondes de jeu à cause d’un jet de projectile sur un arbitre.Une honte.

La Fédération française de handball a indiqué dans un communiqué que le match avait été interrompu «après 1 min 37 secondes de jeu» à la suite d’«actes de violences» commis par un «groupe de personnes envers le corps arbitral et les bancs de touche».«L’arbitre a reçu un projectile au mollet provenant des gradins», a appris l’AFP de source policière, conduisant les officiels à arrêter la rencontre.

«Le palais des sports Robert Oubron a été évacué» et «des policiers locaux ont été diligentés sur le parking du complexe sportif pour apaiser les tensions générées par des supporters mécontents.»La Fédération française de handball a indiqué que l'arbitre blessé avait «reçu des soins sur place qui n’ont pas nécessité d’hospitalisation».

Une enquête a été ouverte pour faire la lumière sur ces incidents extrêmement rares dans le handball. Le week-end dernier a été marqué par l'altercation entre le président de Montpellier Julien Deljarry et les arbitres du match de Starligue entre le MHB et Nantes (31-31), Karim et Raouf Gasmi.

Tentatives de professionnalisation et climat social

Un début de professionnalisation de l'arbitrage avait été programmé à partir de la saison 2023-2024 en Liqui Moly Starligue (D1 masculine), mais il a été abandonné pour raisons économiques. « Cela aurait pu être un débouché pour nos arbitres qui font face à une précarité de l'emploi », regrette Olivier Buy, ancien président de la Commission nationale d'arbitrage.

Contrairement aux joueurs ou entraîneurs, les arbitres français n'ont pas de syndicat, car ils ne sont pas professionnels. Mais le climat est tel que deux groupements viennent de voir le jour. Tout comme la grande majorité de leurs collègues, qui refusent de s'exprimer à visage découvert.

« Il y a un vrai mal-être, un sentiment d'injustice, de conflits d'intérêts, et une peur énorme : si vous ne plaisez pas aux bonnes personnes, vous ne montez pas », témoigne l'un d'entre eux.

Selon nos informations, d'autres arbitres ont créé une association loi 1901, qui espère être reconnue comme interlocuteur par la FFHB. Ces collectifs dénoncent également les retards de paiement des indemnités, qui accréditent les critiques sur les difficultés financières de la Fédération. Philippe Bana assure que « tous les arbitres officiant en élite ont été régularisés à date ».

Contestation du système de promotion-relégation

Le malaise est devenu patent à la fin du mois d'août à Strasbourg lors du rassemblement annuel d'avant-saison, particulièrement houleux. Principale pomme de discorde : le mécanisme de la Commission nationale d'arbitrage (CNA) qui régit la promotion des meilleures paires et la relégation des moins performantes entre les différents niveaux d'arbitrage.

Et surtout l'intervention du service juridique de la Fédération qui avait « recommandé » de suspendre les deux descentes, une arbitre ayant contesté son déclassement.

Interrogé par L'Équipe, Philippe Bana explique par écrit que « les relégations étaient décidées par un ''conseil de promotion'' de la CNA qui n'était régi par aucun texte, sans recours possible. Quand on sait que ce sont les mêmes qui désignent les arbitres, les accompagnent, les évaluent et les classent, on est dans un mélange des genres non admissible. »

De fait, plusieurs recours d'arbitres relégués sont actuellement étudiés par le CNOSF. La Fédération n'a cependant gelé que les relégations d'arbitres d'élite. Les autres ont été validées, tout comme les promotions ; ce qui apparaît comme une rupture d'équité aux yeux de certains.

Crise de gouvernance

Cet épisode a achevé de précipiter la CNA dans la crise. Olivier Buy, son président (élu par les autres arbitres), a annoncé sa mise en retrait dans un courrier incendiaire, dénonçant l'ingérence des cadres techniques sportifs (salariés du ministère) et un climat malsain, marqué par des propos déplacés d'un salarié à l'encontre d'un membre de la CNA.

S'appuyant sur une mission d'évaluation qui a conclu à « un blocage et une incompatibilité avec le projet politique fédéral », le bureau directeur de la FFHB a décidé de le révoquer et Buy a dès lors posé sa démission.

« Cela fait plus de 40 ans que je suis dans l'arbitrage et j'ai l'impression d'avoir été trahi, se désole l'ancien grand arbitre international auprès de L'Équipe. Je suis très inquiet sur l'avenir de l'arbitrage. Les cadres techniques n'ont pas la légitimité ni les compétences pour gérer le haut niveau. »

Aux yeux de Philippe Bana, « il n'y a pas de crise, juste un changement de staff comme dans n'importe quel club quand le staff a échoué ». Une « réorganisation complète » doit être annoncée le 31 octobre. Dans l'intervalle, les arbitres sont gérés par le bureau directeur, qui est à nouveau accusé de concentrer de plus en plus le pouvoir.

Réponse de la Fédération Française de Handball

Sous le feu des critiques depuis plusieurs jours, la Fédération française de handball a tenu à rétablir sa version des faits. Ces dernières années, la FFHB a connu une croissance rapide, son budget passant de 25 millions d’euros en 2021 à 46 millions en 2025. Une progression que l’instance explique par l’essor du handball français et l’élargissement de ses missions.

Concernant les déficits exceptionnels de 2021 et 2024, la FFHB assume une « politique volontariste » approuvée par ses instances autour de trois priorités : un soutien renforcé aux clubs pendant la crise COVID, un plan ambitieux de promotion autour des JO de Paris 2024, et un renforcement des aides aux territoires via des subventions aux ligues et comités.

Malgré ces investissements, la Fédération insiste sur le maintien de ses fondamentaux : trésorerie positive, fonds propres stables, partenariats confirmés et vitalité du mouvement handball avec 600 000 licenciés et 2 300 clubs. Même si ces arguments attestent d’une gestion globalement saine, ils paraissent encore insuffisants pour répondre pleinement aux critiques récentes.

AspectDescription
Santé des arbitresMalaises de Jesper Madsen
FinancesRetards de paiement des indemnités
Représentation internationaleAbsence à l'Euro masculin
ViolencesIncidents lors de matchs
GouvernanceCrise à la Commission Nationale d'Arbitrage (CNA)

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