Les Femmes Arbitres en Ligue 1: Une Révolution en Marche

En France, lors des matchs de football, coups d’envoi, pénaltys et hors-jeux sont sifflés majoritairement par des hommes. Dans le vaste univers du football, la sous-représentation féminine ne s’étend pas seulement au corps arbitral, elle s’étend à tous les niveaux.

Parmi les 20 000 arbitres de la Fédération française de football (FFF), seulement 1 000 sont des femmes. Elles ne représentent que 5 % des arbitres dans l’Hexagone. Les chiffres du foot ne sont pas favorables aux femmes :

  • Elles sont 225 817 à avoir la licence sur 2,22 millions de licencié·es.
  • 181 009 footballeuses sur 1,87 millions de joueur·euses.
  • Et parmi les 258 604 dirigeant·es, elles ne sont que 36 000.

Pourtant, de grands noms ont percé dans l’histoire de l’arbitrage féminin.

Au début des années 90, le football féminin continue de se développer, à l’image de l’organisation de la première Coupe du Monde de football féminine en Chine en 1991. Dans le même temps, une politique de féminisation de la corporation arbitrale est menée par la Commission Centrale des Arbitres présidée par Michel Vautrot, suivant les recommandations de la FIFA.

Dès 1995, la Commission des Arbitres de la FIFA décide de créer une liste de centrales et d’assistantes internationales. La française Florence Guyot, première femme à être devenue arbitre de la Fédération en 1994 et officiant en Championnat de France Amateur sur des rencontres masculines, fait partie des vingt-cinq arbitres internationales nouvellement nommées en tant que centrales.

Mais à cette période, la CCA ne dispose pas d’arbitres assistantes au sein de la Fédération. Michel Vautrot, qui doit faire remonter une liste auprès de la FIFA, décide alors de sélectionner les deux arbitres féminines qui évoluent en Division d’Honneur (le plus haut niveau Ligue) pour les intégrer dans ce groupe tout juste mis en place.

Nelly Viennot et Corinne Lagrange intègrent ainsi le groupe des arbitres assistantes internationales, sans même avoir passé l’examen de la Fédération. Dès lors, la FIFA compte utiliser davantage de femmes pour diriger les rencontres internationales féminines. Corinne Lagrange est dans ce cadre sélectionnée, en 1995, pour officier lors de la Coupe du Monde féminine organisée en Suède.

En septembre 2001, la Commission des Arbitres de l’UEFA organise son premier séminaire européen pour les arbitres féminines, pour lequel elle convie quarante-six femmes à Nyon (Suisse). Dans un contexte de féminisation du football, mais aussi de l’arbitrage au plan international, la Direction Technique Nationale nouvellement créée franchit un nouveau cap en 2002, en créant le titre d’arbitre « fédérale féminine ».

Finalement, au début des années 2000, trois arbitres-assistantes (Nelly Viennot, Corinne Lagrange et Ghislaine Perron-Labbé) officient sur les rencontres de Ligue 1, donnant ainsi une certaine visibilité à l’arbitrage féminin. Nelly Viennot est même associée à l’arbitre international Éric Poulat et officie lors de nombreuses rencontres prestigieuses de Ligue des Champions.

En juin 2025, la Ligue des Pays de la Loire de football comptait 1 600 arbitres. 5 % seulement étaient des féminines. L’instance a pour projet de grossir ses rangs. Des référents dans chaque district sont en train d’être nommés, par exemple.

La Ligue des Pays de la Loire de football souhaite avoir plus d’arbitres féminins dans la région. À la fin de la saison 2024-2025, la Ligue des Pays de la Loire de football comptait 1 598 arbitres. 80 étaient des jeunes filles ou des femmes. Soit seulement 5 % de l’effectif.

Dans le contexte actuel, l’arbitrage féminin est ainsi devenu un vrai sujet. Facile à exprimer, plus délicat à mettre en place. En effet, rare sont les jeunes filles ou femmes à se lancer. Depuis la rentrée, on compte 53 nouveaux arbitres, a signalé le président de l’Union nationale des arbitres de football 44, Jérémie Bernard, en octobre. Un seul est une femme.

Pour la première fois dimanche, le trio d'arbitres d’un match de la Ligue 1 de football sera composé de femmes. Au centre du terrain lors de la rencontre Troyes-Monaco : l’internationale Stéphanie Frappart. Elle sera épaulée par Élodie Coppola et Manuela Nicolosi. Ce trio se connaît bien, toutes les trois officieront lors de la Coupe du Monde féminine 2023. Selon les chiffres de la FFF, les femmes arbitres ne sont qu’un millier, soit environ 4 % du nombre d’arbitres licenciées.

Première femme à diriger une rencontre lors d'un mondial, Stéphanie Frappart est devenue un exemple pour les futures arbitres féminines, notamment dans le monde amateur. Mais certains clichés ont la vie dure sur et au bord des terrains.

Pionnières de l'Arbitrage Féminin

Pourtant, de grands noms ont percé dans l’histoire de l’arbitrage féminin. Nelly Viennot fait partie des pionnières. Elle est la première femme à arbitrer un match de D1, le PSG-Martigues au Parc des Princes, en 1996. La même année, elle est la seule arbitre de France sélectionnée pour les Jeux olympiques (JO) d’été à Atlanta. Elle participe ensuite aux épreuves de sélection des arbitres pour la Coupe du monde de football de 2006, du jamais vu pour une femme.

Quant à Sabine Bonnin, elle est la première à avoir dirigé un match professionnel de Ligue 2, Angers-Tours le 24 octobre 2008, et siège, depuis 2017, à la Haute Autorité du Football. Le 24 octobre 2008, Sabine Bonnin devient la première féminine à diriger un match professionnel, à l’occasion d’un Angers-Tours, en Ligue 2. Elle remplace le central blessé.

Enfin, Stéphanie Frappart, classée parmi « les 30 qui font le foot français » selon L’Équipe, est la première femme de l’histoire à arbitrer un match de Coupe du monde masculine, Costa-Rica-Allemagne, le 1er décembre 2022 au Qatar. Stéphanie Frappart est la première femme à avoir arbitré un match de Ligue des champions. Pour la cinquième année de suite, Stéphanie Frappart a été élue meilleure arbitre féminine du monde par la Fédération internationale de l'histoire du football et des statistiques (FIHFS).

Récompenses de Stéphanie Frappart
Récompense Année
Meilleure arbitre féminine du monde (FIHFS) Plusieurs années consécutives (dont la 5ème fois en 2024)

Première femme à avoir officié dans une phase finale de Coupe du monde masculine, Stéphanie Frappart a été élue ce jeudi meilleure arbitre féminine du monde pour la cinquième année de suite par la Fédération internationale de l'histoire du football et des statistiques (FIHFS). Seul l'Italien Pierluigi Collina, meilleur arbitre mondial de 1998 à 2003, a fait mieux avec 6 FIHFS Awards d'affilée.

Au classement, la Française devance de peu l'Américaine Tori Penso, qui avait arbitré la finale de la Coupe du monde féminine le 20 août dernier.

Pionnière dans son domaine, Stéphanie Frappart a été la première femme à arbitrer en Ligue 1 (Amiens-Strasbourg, le 28 avril 2019) et en Ligue des champions (Juventus-Dynamo Kiev, le 2 décembre 2020) par exemple. La Française ouvre la voie à ses collègues féminines. Le 23 décembre dernier, Rebecca Welch est devenue la première femme à arbitrer en Premier League.

Chez les hommes, deux Français se placent dans le top 10, Clément Turpin (3e) et François Letexier (6e). Le classement est dominé par l'arbitre de la dernière finale de Coupe du Monde, le Polonais Szymon Marciniak.

Si Nelly Viennot a été arbitre assistante pendant dix ans dans l'élite jusqu'en 2007, jamais une femme n'avait été désignée comme arbitre centrale d'un match de première division en France. Cette expérience en L1, dans un match qui oppose le 17e au 10e du championnat de France, entre dans le cadre de sa "préparation" pour le Mondial 2019 (7 juin-7 juillet) , où elle est l'une des 27 arbitres nommées par la Fifa.

"La Fifa a invité les Fédérations possédant une arbitre retenue pour ce Mondial féminin, à les préparer dans les meilleures conditions en vue de cette compétition de haut niveau.

Défis et Préjugés

Malgré leurs compétences, les femmes ne sont pas souvent sollicitées pour arbitrer des matchs de football. En effet, il est intéressant de consulter la page internet de la FFF qui répertorie les arbitres ayant officié en finale de Coupe de France de 1918 à 2022. Sur les 103 finales disputées (une finale n’a pas été jouée en 1992), seul un nom féminin apparaît : celui de Stéphanie Frappart en 2022.

D’une manière générale, les femmes officient le plus souvent dans les plus basses divisions du football masculin, se retrouvent en position d’arbitres assistantes ou sont affectées à l’arbitrage des matchs féminins, réputés moins prestigieux. Elles ne sont que trois (contre 86 hommes) à œuvrer dans les championnats professionnels masculins de hautes divisions : Stéphanie Frappart, arbitre centrale en Ligue 1 ainsi que Manuela Nicolisi et Camille Soriano, arbitres assistantes en Ligue 2.

« C’est difficile de traiter une femme d’enculée. Mais on a droit à ‟Va faire la vaisselle !” ou à ‟Va jouer à la poupée !” », confie Sabine Bonnin au journaliste Bruno Lesprit (Le Monde, 12/12/2008). Le 22 novembre 2008, lors de la rencontre Quimper-Saint-Malo, qu’elle arbitre, elle doit composer avec les réactions des joueurs, mais aussi avec celles du public, qui lui lance des « Connasse ! », « Retourne dans ta cuisine ! » ou « T’es dépassée ma pauvre ! ».

Parfois, les agressions sont non seulement verbales, mais aussi physiques. Mélissa Plaza, ex-joueuse professionnelle internationale, remarque dans #MeFoot (2019) que les footballeuses, et les femmes d’une manière générale, « ont trop souvent l’impression de s’incruster dans un monde qui ne veut pas d’elles ».

Le seul arbitre français retenu pour arbitrer l’Euro 2024 en Allemagne et les JO de Paris 2024 est François Letexier, laissant Stéphanie Frappart hors-jeu pour ces grands rendez-vous sportifs.

« L’autorité d'une fille, ce n’est pas toujours acceptée. Ça commence avant le match, j'entends : 'C’est une fille qui nous arbitre, ça va être pénible.' D’autres vont se rappeler que le dernier match arbitré par une fille, cela s’est bien passé. C’est en train d’évoluer. Je reçois parfois de réflexions, des gens autour qui regardent et qui disent que la place de la femme ce n’est pas sur un terrain, mais dans la cuisine. C’est chez-soi, ce n’est pas sur un terrain de foot. Même la semaine dernière, je l’ai entendu ! Quand j’entends ça, je me mets dans ma bulle, je me mets encore deux fois plus à fond. Mon père m’appelle à la mi-temps, me disant ce qu’il faut que je change, il m’encourage. Parfois, il crie au bord du terrain, car je ne suis pas assez proche des actions. Il m’encourage aussi."

"Le fait d’être une fille avec 22 garçons autour de nous, ça met un stress. Il y a aussi certaines mentalités, du genre, ‘une fille avec le foot c’est compliqué'. On entend ça parfois dans les vestiaires, 'ne vous inquiétez pas, l’arbitre, c’est une fille'. lls sous-entendent que je ne vais pas prendre les bonnes décisions, je ne vais pas m’affirmer, que je ne vais pas prendre des initiatives, mettre des cartons, je vais laisser jouer sans prendre de décisions qui peuvent avoir une influence sur le cours du match.

Cette femme arbitrera pour la première fois un match de Ligue 1 ce dimanche

Généralement, ça se passe plutôt bien. J’ai eu des réflexions sur le dernier match l’année dernière, comme : ‘comment ça se fait que vous êtes arbitre chez les garçons alors que vous êtes une fille’, pendant les matchs, j’ai aussi entendu ‘retourne dans ta cuisine, retourne chez ta mère !’ Mais c'était une exception. Quand j’entends ça, je me dis que je vais être "stricte", je vais faire un bon match et essayer de prendre les bonnes décisions. J’essaie de rester dans ma bulle, quand les joueurs discutent, critiquent mes décisions, j’essaie d’avoir confiance en moi et de me dire que j’ai mes raisons. On essaie de se remettre en question après le match. On se pose un millier de questions. Quand on voit Stéphanie Frappart et d’autres arbitres féminines au plus haut niveau, ça montre que des portes sont ouvertes, qu’il y a des possibilités d'évoluer au plus haut niveau, même masculin, tout en étant une arbitre féminine. C’est de l’optimisme."

"lls sous-entendent que je ne vais pas prendre les bonnes décisions"Amandine a 22 ans, elle arbitre depuis la saison dernière dans le district de Drôme-Ardéche. Elle est étudiante et travaille en ce moment dans un hopital psychiatrique à Valence. Amandine Bouchard, invitée lors la rencontre de D1 Arkema, Olympique Lyonnais - FC Fleury 91, le dimanche 30 octobre 2022.

"C’est surtout l’entourage du terrain qui parle"Ema, 16 ans, licenciée dans le club du GOAL FC (Rhône), a commencé le football à cinq ans, et arbitre depuis la saison dernière. "Le foot, c’est toute ma vie, ma passion. Je voulais connaître mieux mon sport en devenant arbitre.

Un match sans nous ne peut pas avoir lieu. Quand j’arrive à un match, ça fait tout drôle. Il y a 22 joueurs, tous des garçons, les coachs, à part quelques supportrices, je suis toute seule. À mon premier match, j’ai eu très peur. Cela s’est tellement bien passé que j’ai continué. Les réflexions, il faut les mettre de côté : des grossièretés, des insultes. Une fille qui prend de mauvaises décisions est toujours plus contestée qu’un homme. J’ai entendu ‘ta place est à la cuisine’. Il faut les mettre de côté sinon on se fait manger. C'est surtout l’entourage autour terrain qui parle. Sur quelques matchs, j’ai entendu les garçons parler entre eux dans les vestiaires dire qu’ils allaient me ‘manger’, me faire douter, que j’allais perdre mes moyens. Ils pensent qu'ils ont une supériorité. Mais je n’ai pas eu de gros problèmes. On est aussi très protégée par le district. Les joueurs peuvent recevoir de très grosses sanctions."

En septembre 2017, l'Allemande Bibiana Steinhaus est devenue la première femme arbitre dans un grand championnat professionnel, à l'occasion du match entre l'Hertha Berlin et le Werder Brême.

"Il y a pas mal d'arbitres féminines, c’est une habitude pour les joueurs"Mathilde aura 18 ans à la fin du mois de mars. Elle vit à Tarare (Rhône) et a arbitré son premier match il y a trois ans.

"J’ai commencé le foot après la Coupe du monde féminine 2019. Mais j’ai voulu un jour passer de l’autre côté, pour manager le match. Au début, c’est difficile, d'avoir les yeux de partout, repérer les hors-jeu, les fautes, surveiller son placement. J’arbitre une vingtaine de matchs par an. J’aime bien avoir des responsabilités, appliquer les lois du jeu. Avec le recul et l’expérience, ce n’est pas spécialement compliqué ni impressionnant d’arbitrer des garçons. Il ne faut pas se dégonfler sinon on perd toute crédibilité. Et au final, ce n’est qu’à notre désavantage. Je n’ai pas reçu de commentaire par rapport au fait que j’étais une fille, sur ou en dehors du terrain. Maintenant, il y a pas mal d'arbitres féminines, c’est une habitude pour les joueurs. Ça ne sert à rien de rentrer dans le jeu des supporters qui provoquent, car cela envenime la situation. J’ignore les réactions. Ils sont contents les supporters quand on leur accorde de l’importance. Mon père m’accompagne depuis que j’ai commencé, il est toujours là, à me soutenir sur le terrain, me conseiller. Ça me permet de me mettre en confiance. Sur le chemin du retour, on fait un débrief. J’ai vu quelques matchs avec Stéphanie Frappart, elle s’est affirmée dans un monde assez masculin. C’est incroyable. C’est vraiment un exemple. Plus tard, j'aimerais travailler dans l’événementiel et continuer l’arbitrage amateur."

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