Appel au Bunker : Comprendre le Fonctionnement de l'Arbitrage Vidéo au Rugby

Le rugby, sport de contact par excellence, est régi par des règles strictes. Lorsqu'un joueur commet un acte d'anti-jeu, l'arbitre doit sévir, ayant deux options à sa disposition : le carton jaune, synonyme d'expulsion temporaire, ou le carton rouge, synonyme d'expulsion définitive.

Lors de certaines situations de jeu, il arrive de voir l'arbitre de rugby croiser les mains, un geste qui peut conditionner l'issue du match grâce à l'arbitrage vidéo. Ce moment important de la partie peut conditionner l'issue du match. "Même si le rugby est un sport populaire, ses règles sont difficiles" admettait Isabelle Ithurburu (TF1) avant le lancement de la Coupe du monde de rugby 2023. Une seule solution : expliquer et vulgariser !

Expérimentée depuis quelques mois, la règle du "bunker" a été maintenue pour la Coupe du monde. Cette nouvelle possibilité laissée aux arbitres a déjà été utilisée à plusieurs reprises depuis le début de la compétition.

Mais de quoi s'agit-il ?

Le "Bunker" : Qu'est-ce que c'est ?

Il va falloir s'y habituer : la Coupe du Monde de Rugby a été "dotée du 'Bunker' (Foul Play Review Official)". Après plusieurs mois d'expérimentations qui ont visiblement convaincu l'instance, World Rugby a "approuvé la prolongation de cet essai sur l'ensemble des 48 matchs en France, en opérant depuis le Centre International de Diffusion situé à Paris", a annoncé l'instance en août dernier.

Communément appelé le "Bunker", le centre a fait siège sur le site de Roland-Garros dans le 16e arrondissement parisien. À l’intérieur de celui-ci, un "full play review officer" statue sur l'action litigieuse.

Le grand public a découvert cette nouvelle règle lors du Mondial des moins de 20 ans, au terme duquel les Bleuets ont (encore) été titrés, et lors du premier match de préparation du XV de France contre l'Écosse (25-21), le 5 août dernier. Depuis, elle a déjà été utilisée à plusieurs reprises lors de ce Mondial. L'ailier Né-Zélandais Will Jordan en a fait les frais après son geste dangereux contre la France, lors du match d'ouverture. Puis ce mécanisme a été actionné pour deux autres joueurs, Tom Curry et Santiago Carreras, à quelques minutes d'intervalle, lors d'Angleterre-Argentine. Et il a débouché sur une expulsion définitive du troisième ligne de u XV de la Rose.

Concrètement, comment fonctionne-t-il ?

Fonctionnement du "Bunker"

Si le juge de terrain croise les bras avec un carton jaune à la main à destination d'un joueur, celui-ci est temporairement expulsé, comme la règle le stipule. Or, ce geste particulier de l'arbitre signifie que la sanction n'est pas arrêtée. Elle est donc potentiellement amenée à évoluer en défaveur du joueur. Dès lors que l'arbitre effectue le mystérieux mouvement , cela signifie qu'il fait appel à l'aide d'un mystérieux centre, situé dans un lieu très connu du grand public.

Un délai de dix minutes pour ajuster, ou non, la sanction

Le principe est simple : après un avertissement (synonyme d'expulsion pour dix minutes en rugby) consécutif à un geste dangereux, l'arbitre peut laisser la main à d'autres juges spécialisés. "Si l'équipe d'arbitrage n'est pas en mesure de déterminer si un incident justifie un carton rouge, mais qu'il remplit au moins le critère du carton jaune, l'arbitre croise les bras, signalant ainsi la nécessité de son évaluation formelle", écrit World Rugby, qui précise que les phases de jeu éligibles sont "un choc à la tête et tout autre accident lié à une faute grave".

Le cas échéant, "le joueur quitte le terrain pendant 10 minutes, conformément aux règles en vigueur relatives à la délivrance d’un carton. L'officiel chargé de l’examen du jeu déloyal a alors jusqu'à huit minutes pour analyser l'incident en utilisant toutes les images produites par le diffuseur hôte indépendant et la technologie, y compris la technologie du zoom et de l'écran partagé Hawk-Eye, afin de statuer sur l'issue de l'incident", détaille la Fédération internationale.

L'arbitre maintient le carton jaune ou inflige un carton rouge

Passé ce délai, l'officiel spécialisé communique ses conclusions à l'arbitre principal et à ses assistants. Dès lors, deux possibilités existent : "l'arbitre maintient le carton jaune et permet au joueur de revenir sur le terrain ou inflige un carton rouge, ce qui signifie que le joueur reste hors du terrain et ne peut pas être remplacé". L'arbitre avertit les capitaines des deux formations de l'issue de ce délibéré.

Point positif pour les spectateurs, "toutes les décisions seront communiquées sur l'écran géant des stades et par le biais d’infographies lors de la diffusion", assurent les dirigeants du rugby mondial.

Par exemple, le corps arbitral a considéré, lors de France-Nouvelle-Zélande, que l'avertissement constituait une sanction suffisante pour le placage en l'air de Will Jordan. En revanche, la charge tête contre tête a été rédhibitoire pour Tom Curry, ce qui n'a pas empêché les sujets de sa Majesté de l'emporter contre les Pumas en infériorité numérique (27-10).

Lors de la rencontre entre l'Angleterre et l'Argentine le 9 septembre, Tom Curry en avait fait l'amère expérience. Le troisième ligne avait écopé d'un avertissement temporaire avant de finalement voir l'arbitre central, transformer la sentence en une exclusion définitive, après consultation du fameux bunker.

Il s'agit avec cette règle de fluidifier le jeu en évitant de recourir trop longuement à l'assistance vidéo. La première décision de l'arbitre peut être confirmée ou alourdie après un nouveau visionnage des images, sans que cela ne créé pour autant de longs temps morts. "L'objectif est d'accélérer le jeu tout en contribuant à la précision de la prise de décision", confirme Stuart Berry, consultant à l'arbitrage vidéo, dans une vidéo.

Arbitrage : Les fautes expliquées en vidéo

Le "bunker" vise "à assister les officiels de match dans leur prise de décision, à favoriser la circulation du ballon et à améliorer l'expérience des supporteurs", souligne encore World Rugby. En d'autres termes, il s'agit de décharger les officiels d'une certaine forme de pression dans des moments clés tout en maintenant, le plus possible, la dynamique des matchs.

Les autres dispositifs d'assistance vidéo

Hormis le dispositif du "Bunker" expliqué précédemment, l'arbitre peut solliciter un autre membre du corps arbitral, nommée TMO (Television Match Official). Celui-ci est installé dans le stade, près des cars-régie. Il analyse des situations litigieuses lors des essais et peut interpeller l'arbitre sur un "jeu déloyal" (fautes dangereuses notamment).

Les critiques et les débats autour du "Bunker"

Revers de la médaille, certains observateurs craignent que cet ajustement au règlement n'affecte le rôle de l'arbitre. L'ancien officiel français Joël Jutge prédisait, en avril dernier, "la fin des cartons rouges distribués par les arbitres centraux", craignant que, tout en leur faisant "peser moins de pression", cette mesure entraînait une "déresponsabilisation".

"C'est juste humain, personne ne va prendre le risque de se tromper. Sauf qu'à l'heure où la priorité de World Rugby est de faire passer la sécurité du joueur avant tout [...], je ne suis pas sûr que ce soit un bon message", développait-il auprès de Midi Olympique. "Les arbitres resteront les principaux décideurs pendant les matchs", réfute pourtant l'organisme international en charge des règles.

Le constat est assez évident sur la compétition. Il est certain que les arbitres ne prennent plus le risque d'une erreur de décision quant à la couleur du carton. Ils sécurisent leur décision en faisant appel au bunker qui possède les meilleures technologies et conditions pour s'assurer la décision la plus juste.

tags: #appel #au #bunker #rugby