Le football japonais à travers les animes : une passion populaire

Les animes de sport ont toujours été une valeur sûre pour les amateurs d’animation japonaise. Popularisés auprès du grand public avec des œuvres comme Olive & Tom (Captain Tsubasa), Eyeshield 21 ou encore Slam Dunk, les animes de sport ont été imaginés afin de répondre aux attentes d’un public majoritairement masculin. Cependant cette affirmation est de moins en moins vérifiée et un audimat féminin se démarque de plus en plus au sein de la communauté geek/otaku.

Vous pensez être un(e) expert(e) en ce qui concerne les animes de sport ? Vous avez déjà fait le tour des grands classiques et vous cherchez désespérément de quoi satisfaire vos besoins d’adrénaline et de moments épiques ?

Le Japon et le football, c’est une longue histoire. La discipline ne s’est professionnalisée que dans les années 1990 dans le pays du soleil levant, mais elle y est largement pratiquée depuis la fin du XIXᵉ siècle. En 1981, le phénomène explose véritablement quand le dessinateur Yōichi Takahashi livre les premières pages de Captain Tsubasa.

Captain Tsubasa (Olive et Tom) : le pionnier

L'impact d'Olive et Tom sur le monde du football

On ne le présente plus. Incontestablement, Captain Tsubasa est LA référence des mangas de sport ! Pré-publié initialement dans le Weekly Shōnen Jump au japon, c’est surtout la série animée Olive et Tom: Champions de Foot de 1983 qui propulsa ce manga vers les sommets.

Comment oublier les frappes de balle supersoniques de Mark Landers, les acrobaties des frères Derrick, ou les interminables traversées de terrain d’Olivier Hatton ? Toutes sont entrées au panthéon de la culture populaire de l’époque et on les revoit sur Internet avec émotion et plaisir.

À quoi tient le succès mondial de cet anime où tout était pourtant excessif et caricatural ? À l’idée simple et profonde que le jeu, avec ses règles, rend possible la liberté... jusqu’à faire croire au héros qu’il joue sa vie.

Comment oublier l’image de ce ballon de foot qui, en plein vol, s’aplatit pour former une sorte d’olive supersonique ? Ce ballon éblouissant, aux rayons qui balafrent l’écran de télé ? Sous la puissance des frappes de pré-ados japonais, il semblait traverser un continent entier avant d’éventrer le filet de but… Cette balle mythique, c’est bien celle d’Olive et Tom, l’adaptation télé du manga japonais Captain Tsubasa [littéralement, Capitaine Ailes].

Ou peut-être est-ce l’immémorial générique qui vous a marqué ? Cette voix pop qui chante, sur fond de synthétiseur des années 1980, qu’Olive et Tom seraient toujours ensemble, super entraînés et partis pour gagner ? Le générique du dessin animé Olive et Tom. Au malheur des groupies, c’en est pourtant fini pour cet anime si populaire : son dessinateur, Yōichi Takahashi, a récemment annoncé prendre sa retraite.

Au-delà de la tendresse nostalgique pour Olive et Tom, tentons de comprendre l’énigme du succès planétaire assez unique de ce dessin animé japonais. Il y a d’abord l’étonnante indigence de l’intrigue qui se réduit principalement à… des matchs de foot. S’y ajoute ensuite la platitude du script.

Malgré sa trame expédiée et ses dialogues qui tombent à plat, le manga prétend tout de même au récit épique. Et pour ce faire, tous les excès sont permis. À commencer par le terrain de foot, long de 24 kilomètres, selon des estimations de fans. Dans les arènes de ce stade provincial, les supporters se comptent par centaines de milliers.

Si rien n’est proportionné, reste que le foot y est dépeint comme une affaire très sérieuse, presque grave. Chaque passe, décisive, revêt des airs d’événement historique. Olive et Tom sont des héros en propre, sans contradiction ni faiblesse, dont les aventures sont dignes d’une épopée.

Par son registre excessif, ce dessin animé inaugure une poésie du sport. Plus le match est trash, et plus il est lyrique. Plus le sang coule, et plus, ironiquement, le football devient sentimental. La brutalité des actions renseigne sur l’exaltation de joueurs endiablés : Olive et Tom, c’est l’histoire d’amoureux du foot.

Si caricaturale soit-elle, la série a toujours été appréciée au premier degré. Au point même qu’elle a ressuscité le football japonais, qui n’acquit sa première ligue professionnelle qu’en 1993, dix ans après la première diffusion de la série. Olive et Tom frôle le kitsch, mais par mystère y échappe. Cet anime réalise l’exploit de caricaturer le sport sans le ridiculiser.

Ce que peut le jeu : liberté et métamorphose. Tout part du pouvoir magique des règles du jeu. Les règles peuvent nous libérer de notre condition ordinaire, pour nous transplanter dans un espace parallèle, où des possibilités nouvelles nous attendent.

C’est que le jeu, en déployant un monde virtuel, peut devenir le lieu d’une fiction romanesque qui n’a de limite que l’ambition de ses protagonistes. « Le jeu fait, dans une certaine mesure, “un monde à part” », écrit bien Duflo. Il crée, « avec la matière même de ce monde, un monde autonome ». En son sein, tous les rêves sont permis.

Si cette métamorphose est si magistrale, c’est que les règles d’un jeu « produisent un espace d’indétermination », continue l’auteur. L’issue d’un match n’est jamais dictée d’avance. Pour cause : l’aléatoire inhérent au sport et l’imprévisible variabilité du talent des joueurs. Le terrain devient le lieu d’une conquête éternelle, où tout restera toujours à prouver.

La série est devenue un outil de communication puissant pour le Japon : « Des camions de l’armée japonaise envoyés en mission d’assistance et reconstruction en 2004 en Irak étaient décorés par des illustrations de Captain Tsubasa, transformé alors en ambassadeur du Japon pacifiste », signale Karyn Nishi-Poupée.

Blue Lock : la nouvelle vague

Cette prison bleue, c'est le nom d'un manga phénomène, le plus vendu au Japon en 2023 avec 40 millions d'exemplaires (2 millions en France depuis le début de la série qui compte actuellement 20 tomes aux éditions Pika). On a suivi sa trace jusque sur l'archipel.

Depuis cette base, le scénariste établit une intrigue imparable. Les joueurs japonais sont réputés pour leur vaillance, mais il leur manque un aspect déterminant : être plus tueurs devant le but. Le manga voit donc trois cents jeunes pousses participer à un programme de détection très particulier.

Avec son mélange de foot, de suspense, de coups tordus et de spectacle, Blue Lock a conquis un large public. Mais, comme le succès est imprévisible, il a également surfé sur la vague des bonnes performances de l'équipe nationale et l'intérêt grandissant du Japon pour ce sport.

Blue Lock est devenu si populaire que les aventures des attaquants en herbe ont aussi été développées en film (Blue Lock : épisode Nagi, en salles en France depuis le 3 juillet), en comédie musicale, en magasins éphémères... Ce qui en fait les champions du monde de la déclinaison.

Même si les séquences sont peu réalistes - oui, Blue Lock regorge de ballons déformés -, Kaneshiro passe du temps à faire des recherches au Japon mais aussi ailleurs. Il a été marqué par le centre d'entraînement du Borussia Dortmund et sa "Footbonaut", sorte de cage où des machines envoient des ballons à contrôler puis à renvoyer dans des cases lumineuses.

« Regarder Mbappé, par exemple, c'est génial car tout ce qu'il fait est beau. Giroud est spectaculaire et reste très élégant malgré sa musculature », explique Muneyuki Kaneshiro, créateur de « Blue Lock ». Le meilleur buteur de l'histoire des Bleus a ainsi inspiré deux personnages : Adam Blake et Rensuke Kunigami. Le nouveau joueur du Real, lui, est le modèle de Julian Loki.

Afin d’enfin trouver la perle rare, l’attaquant ultime qui permettrait à l’équipe du Japon de décrocher la Coupe du Monde, 300 joueurs sont emprisonnés dans un tournoi sans pitié pour obtenir cette place. Cette fois-ci, le football n’est plus qu’un prétexte pour justifier des affrontements intenses qui laissent de côté toutes les valeurs de ce sport, à commencer par l’esprit collectif.

Autres animes de football notables

En dehors de Captain Tsubasa et Blue Lock, d'autres animes ont marqué l'histoire du football japonais :

  • Ganbare! Kickers (But pour Rudy) : Une série romantique mettant en scène une équipe de jeunes joueurs maladroits.
  • Moero! Top Strikers (L’École des champions) : Une coproduction franco-japonaise se déroulant en Europe avec un casting international.
  • Area no kishi : Une série-fleuve suivant le parcours de deux frères, l'un joueur et l'autre entraîneur.
  • Inazuma Eleven : Une série pour enfants mettant en scène des footballeurs d'élite dotés de super-pouvoirs.
  • Days : Un manga primé qui a connu une adaptation animée par le studio Mappa.
  • Sayonara Watashi no Cramer (Farewell, my Dear Cramer en France) : Le premier manga à succès à mettre en scène le football féminin.
  • Ao Ashi : Un anime qui dévoile les rouages du football et les stratégies d'équipe.

Tableau récapitulatif des animes de football populaires

Anime Année de sortie Description
Captain Tsubasa (Olive et Tom) 1983 L'histoire d'un jeune garçon qui rêve de devenir champion du monde de football.
Blue Lock 2018 Une compétition éliminatoire où 300 joueurs s'affrontent pour devenir le prochain attaquant de l'équipe du Japon.
Ganbare! Kickers (But pour Rudy) 1985 Une série romantique mettant en scène une équipe de jeunes joueurs maladroits.
Moero! Top Strikers (L’École des champions) 1991 Une coproduction franco-japonaise se déroulant en Europe avec un casting international.
Area no kishi 2000s Une série-fleuve suivant le parcours de deux frères, l'un joueur et l'autre entraîneur.
Inazuma Eleven 2008 Une série pour enfants mettant en scène des footballeurs d'élite dotés de super-pouvoirs.
Days 2016 Un manga primé qui a connu une adaptation animée par le studio Mappa.
Sayonara Watashi no Cramer (Farewell, my Dear Cramer en France) 2009 Le premier manga à succès à mettre en scène le football féminin.
Ao Ashi 2015 Un anime qui dévoile les rouages du football et les stratégies d'équipe.

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