Le paysage audiovisuel du football français a connu de nombreux bouleversements au fil des années, avec des diffuseurs emblématiques et des enjeux financiers considérables. Des débuts de Canal+ à l'ère de Mediapro et à l'arrivée d'Amazon, retour sur l'histoire des diffuseurs de la Ligue 1 et les défis qu'ils ont rencontrés.

Les Débuts de Canal+ et l'Ère du Monopole
L'histoire de Canal+ est étroitement liée à celle de la Ligue 1. Le 9 novembre 1984, cinq jours après sa création, Canal+ diffuse son premier match du Championnat de France de football en direct, Nantes-Monaco. Jusqu'à cette date, seuls les matches de l'équipe de France étaient diffusés à la télévision.
Pour cette première retransmission de D1, deux grands champions s'opposent, le FC Nantes et l’AS Monaco ayant remporté à eux deux cinq des dix championnats précédents. Canal+ a longtemps été le principal financeur de la ligue et des clubs français grâce au versement des droits télévisés, dont la chaîne a l'exclusivité jusqu'en 2001.
En 1991, Canal + décide donc de racheter le Paris Saint-Germain avec un objectif : créer un concurrent au club phocéen pour susciter l'intérêt et augmenter le nombre d'abonnés à la chaîne. Pari réussi. Très vite, la rivalité entre l'OM et le PSG grandit et la rencontre entre les deux clubs devient un événement sportif et médiatique attendu par tous les passionnés de foot.
L'arrivée de Canal + bouleverse les codes de la réalisation sportive. Auparavant, lors des quelques retransmissions limitées aux matches de l'Equipe de France, le contraste entre les différents plans était faible. Dès 1984, Canal+ diversifie les types de plans grâce à des innovations techniques et des caméras hi-tech.
En 1999, TPS obtient un partage des droits du Championnat de Ligue 1 avec Canal+ jusqu’en 2004. En 2002, Canal+ récupère l’intégralité des matchs pour la période 2004-2007, contre 480 millions d’euros par an. Le contrat est suspendu par le Conseil de la concurrence en janvier 2003, TPS dénonçant une prime d’exclusivité proposée par Canal.
Le 10 décembre 2004, la chaîne cryptée met 600 millions d’euros sur la table et récupère l’exclusivité des matchs de Ligue 1 de 2005 à 2008, avant d’absorber TPS.
En 2008, un nouvel arrivant, Orange, arrache une partie des droits et diffusera le match du samedi soir. Canal+ garde la part du lion et son rendez-vous rituel du dimanche soir. La Ligue obtient une somme annuelle de 668 millions d'euros (465 pour Canal + et 203 pour Orange), nouveau record.
L'Arrivée de beIN Sports et la Fin de l'Hégémonie de Canal+
Le Qatar, qui a fait du sport un élément de sa géopolitique, rachète une partie des droits du football français - après s'être offert le PSG en 2011. Baptisée beIN Sports, la chaîne sportive du groupe qatari Al-Jazira entre d'abord à petits pas sur la scène hexagonale.
Lors de l'appel d’offres pour 2012-2016, beIN prend les 3e et 4e meilleurs matches, ainsi que les droits internationaux de la L1 et ceux de la Ligue 2, tandis que Canal+ garde les deux meilleures affiches. Le 28 juin 2011, Al-Jazeera Sport obtient huit rencontres de Ligue 1 pour la période 2012-2016, contre 153 millions d’euros. La chaîne cryptée conserve les deux plus belles affiches, pour 427 millions d’euros.
En mars 2014, le partage entre Canal et beIN est entériné : les trois meilleures affiches sont réservées à Canal, contre 540 millions d’euros pour la LFP et le reste revient à la chaîne franco-qatarienne, qui appartient depuis janvier 2014 à BeIN Media Group, présidé par Nasser Al-Khelaïfi, moyennant 186,5 millions d’euros.
De plus en plus acculé, Canal+ perd son procès intenté contre beIN pour "concurrence déloyale" et perdra en 2015 les droits TV de la Premier League, chipés par un nouvel acteur surprise (Altice).
À bout de souffle en 2018 pour négocier 2020-2024, Canal+ n'obtient aucun lot, une première depuis 1984, avant de racheter dans un second temps deux matches par journée, lot acquis initialement par beIN.
En 2014, la période 2016-2020 est adjugée pour 726,5 millions d'euros (sans compter les 22 millions pour la L2).
Le Fiasco Mediapro et le Retour de Canal+

Le foot français avait sabré le champagne en 2018 avec le milliard d’euros annuel acquis pour la retransmission de la Ligue 1 et de la Ligue 2. Mais le diffuseur défaillant Mediapro s’est retiré en décembre, plongeant le football français dans l’incertitude, jusqu’à ce jeudi, avec l’accord entre la Ligue de football professionnel (LFP) et Canal + pour diffuser les championnats jusqu’à la fin de la saison.
Le 29 mai 2018, pour la première fois de son histoire, Canal+ n’a droit à aucune part du gâteau. C’est le groupe espagnol Mediapro qui remporte l’appel d’offres pour la période 2020-2024 et obtient de diffuser 8 matchs, dont celui du dimanche soir, moyennant 780 millions d’euros par an. BeIN doit se contenter de deux rencontres, pour 332 millions d’euros.
En août 2020, Mediapro lance la chaîne Téléfoot, mais la crise du Covid-19 perturbe ses plans et le met en difficulté financière. Le 7 octobre, le patron de Mediapro explique vouloir rediscuter le contrat de cette saison, affectée par le Covid-19. La Ligue refuse le délai de paiement.
Le 11 décembre, la Ligue scelle un accord de retrait avec le groupe espagnol qui n’a pas effectué le troisième versement de la saison attendu, et obtient 100 millions d’euros de dédommagement en échange de l’assurance de ne pas poursuivre le diffuseur.
La LFP et la chaine cryptée ont trouvé un accord, après des semaines de tergiversations à la suite de la rupture de contrat avec Mediapro. Dans un entretien au « Figaro », Maxime Saada, président du directoire de la Canal+, annonce le 12 janvier 2021 que la chaîne cryptée va restituer à la LFP son lot de matches, souhaitant voir l’intégralité des rencontres remis en vente via un nouvel appel d’offres. Pour lui, « la Ligue 1 a perdu beaucoup de valeur » avec la crise du Covid-19.
Le 19 janvier, un appel d’offres est lancé par la LFP pour attribuer les lots laissés vacants pour la Ligue 1 et la Ligue 2. Un appel d’offres contesté quelques jours plus tard par Canal+.
Le 4 février : accord LFP-Canal. Canal + et la Ligue de football professionnel (LFP) trouvent finalement un accord pour que la chaîne cryptée récupère les droits TV vacants de la Ligue 1 et de la Ligue 2 jusqu’à la fin de la saison, annoncé la LFP ce jeudi, actant la fin d’une crise de plusieurs mois.
L'ancien diffuseur de la Ligue 1, DAZN, a honoré la dernière traite de 70 millions d'euros qu'il devait à la LFP. Il lui restera à régler les 85 millions d'indemnités prévus pour avoir mis un terme prématuré à son contrat.
Après s'être entendu avec la Ligue de football professionnel (LFP) pour mettre un terme prématuré à son contrat (8 matches sur 9 par journée), DAZN devait encore s'acquitter de la dernière traite prévue dans son échéancier de payement. Selon nos informations, la plate-forme britannique a bien payé, ce lundi, les 70 millions d'euros qu'elle devait au football professionnel français.
Dans le document signé devant la justice, il était prévu que si aucun accord n'était trouvé pour que DAZN soit l'opérateur et producteur d'une future chaîne du football français, la plate-forme s'engageait à verser 85 millions d'euros d'indemnités pour avoir pu sortir prématurément de son contrat de diffusion (elle devait verser 350 millions d'euros la saison prochaine).
La LFP avait jusqu'au 20 juin pour trancher entre ces deux options et a choisi la première, c'est-à-dire de ne pas confier à DAZN la fabrication de sa chaîne. Et donc de toucher les 85 millions d'euros prévus dans cette hypothèse. En dépit de ce choix, DAZN a bien respecté l'échéancier prévu et a réglé les 70 millions d'euros encore dus.
L'Ère des Plateformes de Streaming : Amazon et Ligue 1 +

Moins d’un an après son retrait, Amazon pourrait bien faire son retour sur le marché des droits TV. Alors que la LFP avance sur son projet de chaîne, la plateforme américaine est prête à participer au projet !
Si le football français n’intéresse pas les diffuseurs, les acteurs se bousculent pour participer à la fabrication et la distribution de la prochaine chaîne de la Ligue ! Après DAZN et Canal+, c’est au tour d’Amazon de faire part de son intérêt.
En trois saisons, nous avons développé une base d’abonnés très importante pour notre « Pass Ligue 1 », largement au-dessus du million. Et nous avons réalisé un excellent travail de production autour des matches. Prime Video était présent sur tous les stades, toujours au plus près des terrains, avec un important dispositif« , détaille Alex Green.
Nouvelle saison, nouvelles attentes, nouveau diffuseur. Après le fiasco des droits télés de l’an dernier, une nouvelle chaîne de diffusion du championnat de France a été créée : Ligue 1 +.
C’est l’ambition de Ligue 1 + de mettre fin au streaming illégal. L’an dernier, la diffusion du championnat de France avait été un véritable fiasco. DAZN (ancien diffuseur de la Ligue 1) avait récolté seulement 500 000 abonnés avant de lancer un partenariat avec McDonald’s, (un abonnement offert contre un menu Golden) et Auchan (une roue en ligne avec la possibilité de gagner le pass fin de saison). Des offres qui attirent de nouveau les fans et qui sont mises en avant par les joueurs et les clubs.
Il a existé différents tarifs en France autour de la L1 et je pense que tout le monde en a tiré les leçons. Nous avons fait du bon travail sur le prix de lancement de notre « Pass Ligue 1 ». Cela a fonctionné mais sans pour autant nous permettre de pérenniser ce modèle économique. En tout cas, nous étions très attentifs au consommateur français, au supporter de foot et je suis sûr que la Ligue et ses différents partenaires adopteront cette approche maintenant.
Il existe différentes offres pour Ligue 1 + :
- 9,99 € par mois pendant 3 mois, puis 14,99 €.
- 12,99 € par mois pendant 1 an.
Une nouvelle fois le même prix que pour l’offre originale Ligue 1 + (avec engagement sur 12 mois). Un partenariat avec une grande chaîne de distribution.
Diffuseur historique du football français, Canal + a fait de ce sport, et plus particulièrement de la Ligue 1, un de ses trois axes de développement. Après l'arrêt du contrat entre Mediapro et la Ligue de football professionnel, le groupe audiovisuel de Vincent Bolloré est revenu au centre du jeu en récupérant les droits du championnat pour la fin de la saison.
Mis de côté, raillé pour son manque d'investissement dans le dernier appel d'offres il y a près de trois ans au profit de Mediapro, Canal+ a attendu son heure dans l'ombre. Après le retrait fracassant du groupe sino-espagnol qui a même refusé de payer une grande partie de la saison 2020-21 en raison notamment de la covid-19 et demandant une réduction sur ce qui avait établi comme prix, la Ligue 1 a cru au cataclysme après avoir pensé réaliser un hold-up parfait en 2018 en vendant ses droits pour plus d'1 milliard d'euros par saison.
Mais le groupe de Vincent Bolloré, après avoir fait mijoter le football français, a décidé de sortir une nouvelle fois le chéquier. D'abord en déboursant 3 millions d'euros pour avoir PSG/OM ce dimanche. Puis en mettant sur la table une somme qui n'a pas encore été dévoilée pour récupérer l'ensemble des droits de la Ligue 1 et de la Ligue 2 jusqu' à la fin de saison. Le football tricolore peut souffler.