Depuis le départ de Jonathan Sexton, le poste d’ouvreur irlandais cristallise toutes les interrogations. Depuis le dernier match international de Jonathan Sexton en 2023, l’Irlande avance sans son métronome historique. Un changement d’ère délicat pour une nation qui, pendant plus d’une décennie, a bâti son identité autour d’un ouvreur stratège, capitaine et parfois entraîneur sur le terrain.

Entre Jack Crowley et Sam Prendergast, la succession peine à se stabiliser, alimentant débats et doutes à l’approche du Tournoi des Six Nations. Sam Prendergast débutera la rencontre face aux Bleus.
THE DROP DE JOHNNY SEXTON - LE FLASHBACK #28 - FRANCE IRLANDE 2018
Les Défis de la Succession
« Non, ce n’est pas simple de passer après lui », Celle de prendre la suite de Sexton.
« Johnny entraîne maintenant (il était l’adjoint d’Andy Farrell lors de la dernière tournée des Lions britanniques et irlandais), donc il a toujours une grande influence, reconnaît Ross Byrne, ancien demi d’ouverture irlandais (22 sélections). Il a une énorme expérience et une grande intelligence de jeu.
Paul O'Connell: Un Regard Éclairé sur l'Équipe de France et le Rugby Irlandais

Paul O'Connell fut l'un des plus grands et rugueux deuxième-ligne de l'histoire du rugby. L'un des adversaires préféré des Français qu'il porte les couleurs de son pays (108 fois au total) ou du Munster. Il fut même Lions Britannique à sept reprises. Le Munstermen est aujourd'hui entraîneur adjoint du Stade Français en phase d'apprentissage de la langue de son récent pays d'accueil. De passage devant la presse ce matin, il a livré un regard éclairé sur l'état de l'équipe de France : « Je me sens désolé pour l'équipe de France. J'ai joué dans des équipes qui ont perdu leur confiance en eux. Et quand vous perdez cette confiance, vous avez l'air d'être plus mauvais que vous ne l'êtes en réalité. Et quand vous jouez contre une équipe comme l'Angleterre qui est, au contraire, pleine de cette confiance, l'écart qui au départ ne semble pas si énorme, paraît finalement être immense. »
Il traçait aussi un parallèle avec un quinze du Trèfle. Celui-ci, malgré sa défaite à domicile contre l'Angleterre lors de la première journée du Six Nations (20-32), n'a pas toujours été aussi performant en pointant au deuxième rang du classement mondial : « Quand j'étais en sélection, je crois que je n'avais jamais battu la France avant de le faire pour la première fois en 2009 (30-21). En 2012, l'Irlande avait perdu 60-0 contre la Nouvelle-Zélande (à Hamilton, le 23 juin 2012) et depuis ce jour-là, elle a réussi à battre deux fois les All Blacks. Comme quoi les choses peuvent tourner rapidement. Mais je crois que l'équipe de France manque vraiment de confiance en elle. C'est un ingrédient très important dans la performance. »
Le spécialiste de la touche parisienne réfute aussi l'idée que les joueurs français seraient plus fainéants qu'ailleurs : « Je ne suis pas d'accord quand j'entends dire qu'ils ne travaillent pas assez. Ce sont exactement les mêmes que les joueurs irlandais ou anglais. » En revanche, il évoque la barrière de la langue et la nécessité de la faire tomber pour progresser : « Je pense que chez nous, grâce simplement à la langue, on accède plus facilement aux compétences venues de Nouvelle-Zélande ou d'Australie par exemple. En Irlande nous avons Joe Schmidt, un Néo-Zélandais. Avant lui, Michael Cheika était au Leinster (2005-2010). Nous avons eu Rassie Erasmus au Munster (2016-2017)... Donc je me répète, je crois que juste grâce à la langue, nous avons pu profiter de ces compétences venues de l'hémisphère sud et les joueurs irlandais ont pu progresser. »
Est-ce que selon lui, la FFR devrait s'ouvrir à la possibilité de retenir un sélectionneur venu d'un autre pays ? « Si la France s'ouvre à des entraîneurs étrangers, elle doit les aider à apprendre la langue, leur mettre la pression pour qu'il le fasse. Parce que le coaching, c'est avant tout nouer des liens et si vous ne pouvez pas comprendre l'autre et vous faire comprendre à votre tour, c'est impossible de construire une relation. C'est d'ailleurs un principe que je m'applique à moi-même ici à paris.
Tournoi des Six Nations 2025: Préparatifs et Nouveaux Visages
Le Sélectionneur: Simon Easterby
C'est le petit nouveau de la bande des Six, qui se renouvelle rarement : Simon Easterby va diriger l'Irlande pour la première fois dans ce Tournoi. Rassurez-vous, Andy Farrell n'a pas été remercié après avoir remporté les deux dernières éditions, il est en dispo, accaparé par les Lions britanniques et Irlandais. Easterby a la lourde charge d'assurer l'intérim et, au moins, il connaît bien l'environnement : l'ancien flanker, 49 ans, est dans le staff du quinze du Trèfle depuis 2014, attiré là par Joe Schmidt. Apprécié de tous, il s'est aussi formé au rôle de numéro 1 avec l'équipe A d'Irlande ces deux dernières années. Et il espère perpétuer le goût de la gagne de son équipe.
Le Capitaine: Caelan Doris
Emmenée par Peter O'Mahony (35 ans) lors du dernier Tournoi, l'Irlande s'est choisi un nouveau visage qui incarne l'avenir : Caelan Doris. À 26 ans, le numéro 8 est un incontournable, un des meilleurs au monde à son poste. « Il est comme une éponge, qui a appris de tous les leaders avec lesquels il a eu le plaisir de jouer dans sa carrière internationale », a justifié Andy Farrell quand il l'a lancé dans ce rôle à l'automne dernier. Lors du Tournoi 2024, il était déjà capitaine d'une équipe d'Irlande remodelée en Italie.
Le Joueur à Suivre: Sam Prendergast

À 21 ans, Sam Prendergast devrait entamer son premier Tournoi dans la peau d'un titulaire, à un poste crucial dans le rugby irlandais, qui cherche toujours l'héritier de Johnny Sexton. Jack Crowley (25 ans) n'avait pas déçu lors du Tournoi 2024 mais il faut croire que le quinze du Trèfle veut tester autre chose. Le Leinster a d'ailleurs fait de Prendergast son dix n° 1 cette saison et il y a montré autant de fulgurances que de fébrilité. Son apprentissage en sélection a débuté à l'automne dernier, avec deux titularisations. Il devrait s'accélérer lors de ce Six Nations.
L'Importance de l'IRFU et du Rugby Scolaire en Irlande
Avec moins de 1.4% de la population inscrite à la Fédération Irlandaise de Rugby (IRFU), contre 7.4% pour la GAA, l’association des sports gaéliques, le rugby n’est pas le sport le plus populaire de l’île. Cela vous surprend peut-être, car le XV du Trèfle comme on l’appelle, fait partie des nations majeures du rugby international. La fédération de rugby en Irlande s’appelle l’Irish Rugby Football Union. L’IRFU a été créée à la fin du XIXème siècle. A cette époque, l’Irlande était encore un seul et même pays. Lors de la partition de l’île en deux pays au début du XXème siècle, la République d’Irlande et l’Irlande du Nord, il a été décidé de conserver une seule et même organisation rugbystique. C’est pour cela qu’aujourd’hui encore, l’IRFU est la seule organisation officielle de rugby sur l’île d’Irlande, et que ses adhérents et clubs peuvent être aussi bien de République d’Irlande, que d’Irlande du Nord. L’IRFU compte à ce jour 209 clubs et 95 000 licenciés pour une population totale sur l’île de 6.8 millions d’habitants.
Les jeunes de moins de 18 ans jouent principalement au sein de leurs écoles et des championnats provinciaux sont organisés. En Irlande, on appelle ça Schools’ rugby. Le rôle que jouent les écoles pour le rugby en Irlande est important car c’est souvent par ce chemin qu’arrivent les joueurs au niveau professionnel.
| Organisation | Pourcentage de la population inscrite |
|---|---|
| Irish Rugby Football Union (IRFU) | 1.4% |
| GAA (sports gaéliques) | 7.4% |
Hymne et Identité: Un Débat Toujours Actuel
Cependant, dans les années 90, l’Irlande du Nord était encore en guerre civile, et les tensions étaient palpables. Les joueurs Nord-irlandais (principalement protestants) ne se reconnaissant pas dans l’hymne de la République d’Irlande, ils ne la chantaient donc pas. Pour la Coupe du Monde de Rugby en Afrique du Sud en 1995, la fédération irlandaise a donc décidé de commissionner une chanson qui serait utilisée comme hymne national, spécialement pour l’équipe du XV de trèfle, qui réunit des Irlandais d’Irlande du Nord comme de la République d’Irlande. Cependant, cet « hymne » des supporters fait polémique. En effet, il est à l’origine celui des supporters de l’équipe de Munster. Et la rivalité notemment entre les équipes de Leinster et de Munster est telle, que les supporters de Leinster ont souvent bien du mal à le chanter pour leur équipe nationale ! Faudrait-il alors un jour, faire à nouveau appel à Phil Coulter, pour avoir un chant des supporters qui satisfasse tout le monde ?
Quelques temps après le décès de Dolores O’Riordan, la chanteuse des Cranberries, la célèbre chanson Zombie du groupe a commencé a être jouée à la fin des matchs de l’équipe de Munster, dont le stade résident se situe dans la ville de Limerick, d’où sont issus les Cranberries. Durant les saisons 2022/2023, cet air était également joué lorsque l’équipe nationale jouait à domicile, à Dublin. Lors de la coupe du monde 2023 en France, cette chanson était systématiquement jouée dans les stades puis reprise par les supporters lors de victoires irlandaises. Il semblerait donc qu’un nouvel hymne des supporters irlandais venu du Munster se soit mis en place.
Figures Emblématiques du Rugby Irlandais
Tom Crean est le premier joueur qui a marqué l’histoire du rugby irlandais international et dont on se souvient encore aujourd’hui. Il a fait partie de la première équipe irlandaise à remporter le Home Nations en 1894. Il avait la particularité à cette époque d’être le seul catholique de l’équipe nationale. Originaire de Dublin, il jouait en tant qu’avant pour l’équipe nationale. A ne pas confondre avec son homonyme contemporain, qui lui, était un célèbre explorateur et navigateur originaire du Kerry!
- Willy John McBride: Un géant du rugby irlandais dans les années 60-70, Willy John McBride jouait en 2ème ligne et a été séléctionné 63 fois pour l’équipe du XV du Trèfle.
- Ronan O’Gara: Joueur du Munster, tout comme son complice Peter Strimmer (demi de mêlée international), les chiffres sont éloquents : 13 ans de carrière professionnelle, 130 séléctions en équipe nationale, et 1083 points marqués majoritairement au pied.
- Brian O’Driscoll: Brian O’Driscoll, ou BOD comme on l’appelle affectueusement en Irlande, a été le principal capitaine de l’équipe de rugby Irlandaise pendant 10 ans jusqu’en 2012, il évoluait le plus souvent avec le numéro 13 dans le dos.
- Jonathan Sexton: Demi d’ouverture successeur de Ronan O’Gara, Jonathan Sexton a joué pour sa première sélection en équipe d’Irlande de rugby en 2009. Son jeu au pied d’une précision incroyable a rapidement effacé les doutes que pouvaient avoir les supporters de son prédécesseur. Joueur de Leinster depuis ses débuts en tant que professionnel, il a cependant passé 2 saisons dans le club français du Racing 92. Malgré son âge (né en 1985), il a joué la coupe du monde de 2023 en France, compétition durant laquelle il joua son dernier match professionnel. Il fut le capitaine de l’équipe d’Irlande lors de la victoire du Tournoi des 6 Nations 2023 et de son Grand Chelem à Dublin, match durant lequel il devint le détenteur du nombre de points marqués pendant ce tournoi… dépassant un certain Ronan O’Gara, jusqu’alors détenteur du record.
Changements dans la Composition de l'Équipe pour le Match Contre l'Angleterre
Andy Farrell a décidé de changer d'ouvreur avant le déplacement de l'Irlande à Twickenham, samedi (15h10). Titulaire en ouverture du Tournoi contre la France (14-36), puis lors de la courte victoire sur l'Italie à Dublin (20-13), Sam Prendergast ne sera pas du déplacement dans la banlieue londonienne. Le XV du Trèfle a en effet préféré relancer Jack Crowley, remplaçant au stade de France comme à l'Aviva. Le jeune dix du Leinster avait paru en difficulté face aux Bleus comme face aux Italiens.
Crowley va retrouver Jamison Gibson-Park à la charnière, alors que le demi de mêlée avait dû se contenter du banc contre l'Italie. Farrell modifie donc son duo de meneurs, et ce ne seront pas les seuls changements contre l'Angleterre. La troisième-ligne bouge encore puisque le capitaine Caelan Doris, titulaire à Dublin, sera cette fois entouré de Josh van der Flier et de Tadhg Beirne. En première ligne, Tadhg Furlong, remplaçant le week-end dernier, sera titulaire cette fois.
La compo de l'Irlande: Osborne - Baloucoune, Ringrose, McCloskey, Lowe - (o) Crowley, (m) Gibson-Park - van der Flier, Doris (cap.), Beirne - McCarthy, Ryan - Furlong, Sheehan, Loughman. Remplaçants : Kelleher, O'Toole, Bealham, Conan, Timoney, Casey, Frawley, O'Brien.
La compo de l'Angleterre: Steward - Freeman, Lawrence, Dingwall, Arundell - (o) Ford, (m) Mitchell - T.Curry, Pollock, Earl - Chessum, Itoje (cap.) - Heyes, Cowan-Dickie, Genge.