S’attaquer à l’histoire de la Air Force 1, c’est s’attaquer à l’histoire de la paire de sneakers la plus déclinée de Nike. Cette année, nous célébrons le 40ème anniversaire d’une des paires de sneakers les plus populaires. On parle ici de l’un des modèles les plus vendus de l’histoire, l’une des paires les plus portées au monde, notamment dans son coloris emblématique, en version basse, totalement blanche. Créée en 1982 par Bruce Kilgore, elle a été commercialisée dans pas moins de 1 700 versions dont une bonne partie est l’œuvre d’acheteurs rapidement tombés amoureux du modèle original.

Genèse et Conception de la Air Force 1
Au début des années 1980, la marque américaine ne jouit que d’un statut de challenger sur le marché du basketball ; un marché sur lequel elle n’a jusqu’ici réussi à s’imposer qu’avec sa Blazer. Ne se contentant pas de ce rôle et soucieuse de combler son retard sur ses concurrents, à commencer par son éternel rival adidas, elle confie à Bruce Kilgore la création d’une chaussure qui lui permettra de se démarquer à tous les niveaux, et plus particulièrement celui de la performance. Et l’idée de base de la Air Force 1 viendra du succès de la Air Tailwind, la première paire de running dotée de la technologie Air, que Nike a lancé en 1978 au marathon d’Honolulu.
Bruce Kilgore va alors mélanger cette technologie avant-gardiste au design d’un modèle destiné à la randonnée de la marque au swoosh, la Nike Approach. On a tendance à l’oublier tant elle est devenue populaire dans la rue, mais c’est bien pour la pratique du basketball, avec le double objectif de remplacer une Blazer devenue obsolète et de concurrencer la Converse All Star, que la Air Force 1 a été conçue par Bruce Kilgore au début des années 80. Pour relever ce défi, le designer américain va en reprendre les forces tout en s’inspirant de la Nike Approach, une chaussure de randonnée sortie quelques années auparavant. Il paraîtrait qu’il a également puisé les secrets de la stabilité de la AF1 dans la structure de la cathédrale Notre-Dame de Paris.
La AF1 est effectivement la première chaussure de basketball de Nike dotée de la technologie d’amorti Air, un système composé d’unités d’air qui, en plus de mieux absorber les chocs, a l’avantage de ne pas se déformer au fil du temps (voir notre guide complet sur les technologies d’amorti). Contrairement à Tinker Hatfield, qui décidera en 1987 de rendre visible le coussin d’air de sa Air Max, Bruce Kilgore choisira pour sa part de le dissimuler, un choix logique compte tenu de la sobriété du design de la Air Force 1 dont on dit qu’il serait inspiré de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Avec sa tige en cuir souple montée sur une épaisse semelle abritant un coussin d’air placé au niveau du talon, celle-ci marqua avant tout les esprits par l’efficacité de son amorti et son excellente adhérence assurée par des points de pivot circulaires placés en dessous de sa semelle extérieure.
Celui-ci se caractérisait à l’origine par une tige en cuir souple montée sur une épaisse semelle munie de perforations à l’avant, au dessus des orteils. Entièrement blanche, elle n’avait pour seul artifice que sa couleur grise sur le Swoosh, son strap - pour les coupes mid et high uniquement - et le liseré situé sur la partie inférieure de sa semelle.
Lancement et Premières Années
Destinée à la pratique du basket-ball, et rien d’autre au moment de sa création, la paire n’existe qu’en version haute. Pour s’assurer de sa réussite dès son lancement, Nike la placera aux pieds des six basketteurs les plus en vue du moment dans une compagne de communication rondement menée baptisée tout simplement « Force ». Michael Cooper, Jamaal Wilkes, Bobby Jones, Mychal Thompson, Calvin Natt et Moses Malone se retrouvent à faire la promotion du nouveau modèle. Ces ambassadeurs de prestige, les plus pertinents qui soient pour vanter les mérites d’une chaussure de basketball, deviendront les acteurs d’une campagne de communication baptisée « Force » dans laquelle ils étaient vêtus d’une tenue de pilote d’avion avec évidemment une paire de Air Force 1 aux pieds. En jouant à fond la carte de l’aviation, la firme de l’Oregon atteindra brillamment son objectif.
La consécration pour la AF1 viendra un an plus tard, en 1983, quand Moses Malone remportera le titre NBA avec les Philadelphia Sixers. En 1983, Moses Malone, joueur star de son équipe, permet aux 76ers de remporter le titre NBA, un titre attendu dans la ville depuis plus de 15 ans. La paire séduit rapidement les joueurs de basket. Par son histoire, mais aussi par son design, et ses spécificités techniques. Certes, l’image semble humoristique dans ses débuts, mais reste fidèle à la philosophie prônée par Nike : la performance.
Aussi surprenant que cela puisse paraître, Nike décidera de la retirer du marché deux ans après sa première commercialisation, vraisemblablement dans le cadre d’une stratégie commerciale basée sur le renouvellement récurrent de ses produits. Habitué au renouvellement régulier de ses produits, et malgré ses débuts plus que prometteurs, Nike décidera d’arrêter la production de la Air Force 1 en 1984.
Renaissance et Adoption par la Culture Streetwear
La demande ne cessera pas pour autant. Au contraire ! Dans l’attente inespérée de nouvelles versions, les fans de basketball vont se mettre à customiser leurs vieilles paires pour aller arpenter les playgrounds, ces terrains majoritairement présents dans les quartiers populaires des grandes agglomérations de la côte est américaine. En 1984, les fans de basketball sont nombreux à se ruer vers les playgrounds, ces terrains situés dans les quartiers populaires des grandes métropoles américaines, pour tenter d’y reproduire les exploits de leurs idoles. A Philadelphie, notamment, où le titre remporté par Moses Malone et ses coéquipiers à l’issue de la saison 1982-83 raisonne encore dans toutes les têtes, il est inconcevable de jouer au basketball avec une autre paire que la Air Force 1.
Dans le même temps, les responsables de 3 boutiques spécialisées de Baltimore vont pousser Nike à relancer la Air Force 1. Paul Blinken, responsable de Cinderella Shoes, et Harold Rudo, gérant quant à lui de Charley Rudo Sports, vont en effet pousser Nike à relancer la Air Force 1. En 1986, après deux années de rupture, l’équipementier finira par céder à leur demande en imposant toutefois un stock de 1200 paires de chaque couleur, en l’occurrence blanc/bleu et blanc/marron. Au terme d’une longue période de négociation achevée en 1986, la firme de l’Oregon cédera à leur requête, à condition toutefois qu’ils commandent un minimum de 1200 paires des coloris blanc/bleu et blanc/marron. Les 3 revendeurs, baptisés « The three amigos », ne mettront que quelques semaines pour écouler l’intégralité de ces 1200 paires.
Sans surprise, ils l’écouleront en un temps record. Rejoints par Greg Vaughn, à la tête de The Downtown Locker Room, avec lequel ils formeront un trio de distributeurs surnommé « The Three Amigos », Paul Blinken et Harold Rudo reviendront rapidement vers l’équipementier pour réclamer cette fois un réapprovisionnement mensuel d’un coloris inédit pendant les six mois suivants. Les Air Force 1 vont alors commencer peu à peu à sortir des terrains de baskets, le lieu pour lequel elles ont été créées à la base. Dans les mois qui suivront, la basket deviendra un incontournable de la mode streetwear que quelques sneakerheads personnaliseront de manière artisanale pour se démarquer.
NYC Borought Pack, 2011On l’apercevra dans la foulée aux pieds de stars du hip-hop issues des quartiers populaires de New-York (cf. « NYC Borought Pack » de 2011) et de Washington à Baltimore en passant par Philadelphie, sa terre d’origine. Dans les années 1990, les stars du hip-hop, mouvement musical lui aussi en plein boom, se l’arracheront. Séduits non pas par la qualité de son amorti mais par son style, des rappeurs tels que Jay-Z, Kanye West ou encore Damon Dash en deviendront littéralement fan. Parmi ces stars, on recense entre autres Jay-Z, Kanye West - passé depuis chez adidas - ou encore les rappeurs Nelly, qui lui a dédié son tube « Air Force Ones », et TI, qui a affirmé dans un documentaire réalisé par le cinéaste Thibaut de Longeville qu’il ne porterait pour rien au monde un autre modèle.
Jusqu’en 1991, le programme Shoe of the month perdurera, avant un retour plus global du modèle. Mais attention, nous restons là à l’échelle Américaine. Entre temps, le modèle s’est décliné, avec une version basse, apparue furtivement en 1983, mais bien popularisée après la ressortie du modèle. En 1994, c’est la version Mid qui est créée, à mi-chemin entre la basse et la haute, elle permet un confort plus souple, plus adapté aux besoins du quotidien.
Au début du millénaire, le Hip-Hop explose sur la scène internationale, et de très nombreux artistes vénèrent la Air Force 1. Nike produit des modèles dédiés à des artistes, ou à des labels comme Roc-A-Fella, et sont portées par Jay-Z, 50 Cent ou Nelly, qui leur dédiera un titre. Il existe aussi une légende autour de Dr Dre, qui ne porterait chaque paire de Air Force qu’une seule fois pour être sur qu’elle conserve sa couleur blanche immaculée. Coté sportif, si Rasheed Wallace continue à porter le modèle en NBA jusqu’à l’issue de la saison 2012-2013, le modèle a été dépassé par des paires plus légères, plus souples, et plus performantes.
L'Air Force 1 à Londres
Si l’histoire de la Air Force 1 s’est principalement écrite aux Etats-Unis, la silhouette de Bruce Kilgore puise une partie de ses racines de l’autre côté de l’Atlantique, en Angleterre. A Londres, plus précisément, la silhouette de Bruce Kilgore s’est imposée dans la rue à la fin des années 90 avec l’essor de la culture underground. Loin des playgrounds de Philadelphie, la AF1 a conquis le cœur des fans de streetwear londoniens qui en ont fait un symbole de la culture underground. Au rythme du grime et des différents courants musicaux urbains naissants, les londoniens adopteront massivement la Air Force 1, et plus particulièrement ses déclinaisons blanches et noires monochromes, qu’ils prirent l’habitude de lacer d’une manière bien à eux (en croix du bas vers le haut, ndlr). Plus que pour son style inimitable et son confort inégalé, ceux-ci ont adopté la chaussure de Nike à la fin des années 90 car elle leur permettait de revendiquer leur appartenance à cette fameuse culture née dans la rue.
Pour célébrer le développement de la Air Force 1 à Londres, Nike lui offrira sa première version signature en 2003 à travers deux déclinaisons inspirées du célèbre carnaval de Notting Hill. Puis, au début des années 2000, la capitale anglaise deviendra un repère pour les fans britanniques du modèle et de ses premières éditions limitées commercialisées chez JD Sports. Baptisé tout simplement « Carnival », celui-ci fut immédiatement lancé dans deux déclinaisons très colorées. La même année, le rappeur Dizzee Rascal, natif du district de Bow et considéré comme l’instigateur du grime, lui dédiera son titre « Fix up, Look sharp ».
Peut-être sa forme… Ou sa couleur. Noire, de préférence, comme le précise l’équipementier dans cet article publié le 17 novembre 2017. Après s’être érigé comme le principal distributeur d’Angleterre des modèles monochromes blancs et noirs, JD Sports, « le roi britannique de la sneaker », se verra proposer par Nike les premières éditions limitées destinées au pays de Sa Majesté.
Évolution et Adaptations Modernes
Pas moins de 30 années se sont écoulées depuis sa première commercialisation mais la Air Force 1 n’a pas pris une seule ride. Toujours aussi prisée, la sneaker s’est écoulée à quelques 20 millions d’exemplaires dans le monde répartis à travers environ 2 000 versions différentes. En 2012, afin de célébrer son 30e anniversaire comme il se doit, l’équipementier l’a fait évoluer en la dotant de sa technologie Lunarlon. Pour ses 30 ans, la Air Force One s’est parée d’une toute nouvelle semelle Lunarlon. Associée au système d’amorti Air-Sole, cette technologie offre un meilleur amorti et procure une sensation de légèreté renforcée. On la retrouve dans l’ensemble des références de la gamme « Lunar Force 1 » ainsi que dans les Duckboots, leur version montante.
Encore plus confortable et légère, la AF1, renommée pour l’occasion Lunar Force 1, fera immédiatement l’unanimité. A tel point qu’une version baptisée Lunar Force 1 Duckboot sera dévoilée peu de temps après. Equipée d’une tige imperméable et d’un col rembourré, ce modèle hivernal a été spécialement adapté par Nike pour offrir une meilleure protection contre la pluie et le froid.
La Air Force 1 est devenu un vrai modèle lifestyle, et Nike le sait bien. Les couleurs, les matières et les formes s’enchainent, tout comme les collaborations avec les plus grandes marques. Aujourd’hui, Nike n’a plus besoin d’investir des sommes colossales pour entretenir le mythe de la Air Force 1. Il lui suffit de proposer de nouveaux coloris et de nouvelles versions inédites pour consolider sa place dans la hiérarchie des sneakers classiques. En tant qu’habitué des enseignes spécialisées, vous avez d’ailleurs sûrement remarqué qu’elle occupe toujours une place de choix dans leurs rayons et sur Internet où les paires les plus rares s’arrachent à prix d’or.
Agrémentée des technologies les plus récentes de l’équipementier, la AF1 se veut aussi plus confortable que jamais. Nous parlions plus haut du système Lunarlon. C’est encore plus le cas des déclinaisons équipées d’une tige en Flyknit.
La Air Force One occupe toujours une place importante dans le catalogue de Nike et chez tous les revendeurs auprès desquels il est désormais possible de se procurer une grande diversité de modèles. Ceux-ci étant à présent très nombreux, il peut être parfois difficile de faire la distinction entre les différentes versions proposées. Si c’est le cas pour vous, nous vous invitons à jeter un petit coup d’œil à cette petite infographie réalisée par Nike en 2016.
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Le "Deubré" et Autres Anecdotes
Pour terminer, voici quelques histoires autour du mythe de la Air Force. Si vous en avez une paire, ou plusieurs, vous avez surement remarqué ce petit morceau métallique sur le bas de vos lacets. Cet ustensile, purement décoratif, est appelé un « Deubré ». Il est apparu sur la paire en 1994, imaginé par le designer Damon Clegg, et son nom s’inspire du mot « doobrie », que l’on pourrait traduire par « truc » dans le dialecte de Glasgow parlé par le designer.
D’après les rares chiffres donnés par Nike, depuis 1982, entre les versions hautes, mid, low, les dérivées comme les Fontanka, ou les Shadow, il existe plus de 2000 versions de la Air Force 1, sans compter toutes celles qu’il est possible de créer via le programme Nike Id. En 40 ans d’existence, ça représente environ 50 coloris par an.
| Année | Événement |
|---|---|
| 1982 | Création de la Air Force 1 par Bruce Kilgore |
| 1983 | Moses Malone remporte le titre NBA avec les 76ers |
| 1984 | Nike arrête temporairement la production de la Air Force 1 |
| 1986 | Relance de la Air Force 1 grâce à des boutiques de Baltimore |
| Années 1990 | Adoption par la culture hip-hop |
| 2003 | Première version signature pour Londres (carnaval de Notting Hill) |
| 2012 | Introduction de la technologie Lunarlon |
La Air Force One est l’un des modèle les plus vendu en ce qui concerne la customisation. La Air Force 1 est devenu un vrai modèle lifestyle, et Nike le sait bien. Les couleurs, les matières et les formes s’enchainent, tout comme les collaborations avec les plus grandes marques.