L'épopée historique du SU Agen en Coupe de France : le match de légende contre le PSG

Pour les 100 ans du SU Agen, replongeons-nous dans les moments forts vécus par le club. La section football du SU Agenais fut créée en 1922. La cohabitation avec les rugbymen se passe fort mal, et dès 1923, les footballeurs quittent le SU Agen pour rejoindre le Véloce-Club Agenais. Il faut ensuite attendre 1959 pour revoir une section football au SU Agen. Afin d'éviter les conflits avec les rugbymen, les footballeurs possèdent leur propre stade : le stade Genevois.

Ce stade est équipé de projecteurs pour les matchs en nocturne en 1968. En 1963, le président Carré avait recruté l'ex-pro René Sergent comme entraîneur-joueur. Sous son impulsion, le club accède en promotion d'honneur. La formation de jeunes joueurs, assurée notamment par Pierre Fernandez, permet au club de briller dans les catégories de jeunes. Ce dernier est nommé entraîneur de l'équipe fanion par le président Faure en 1969. Les Agenais enlèvent leur premier titre de DH en 1975.

La promotion dans les championnats nationaux (D3 en 1975) se limite à une seule saison, mais le club parvient à rebondir dans la foulée en enlevant un deuxième titre de champion régional (1977). En Coupe de France, les Agenais disputent les 16es de finale de l'édition 2009-2010. Le parcours s'achève par une défaite 3-0 à Beauvais. Bis repetita la saison suivante avec un 16e de finale programmé à domicile face au PSG.

La date du 23 janvier 2011 restera à jamais gravée dans la mémoire de Kévin Smolarczyk, l’un des acteurs de ce 16e de finale historique face au PSG. Arrivé rue de Lille au début de la saison 2007 - 2008, Kévin Smolarczyk a d’abord évolué en région parisienne, où il est né. Il intègre ensuite le centre de formation de Lens puis rejoint le FC Sens. Sur les bords de la Garonne, il évolue au sein d’une équipe taillée pour le CFA 2 (aujourd’hui National 3) par Williams Vimbouly.

Les Agenais repartent en 2010 - 2011 avec la ferme intention de faire une grosse saison. Leur nouvelle aventure commence par deux victoires en terre béarnaise, à Pardies (0-3) et Orthez (1-2). Le 5e tour leur offre comme plat de résistance, l’Aviron Bayonnais (National). Après avoir fait le métier chez le FC Estuaire Haute-Gironde (2-1), les Suavistes reçoivent le voisin marmandais qui met un genou à terre grâce à l’inévitable Gaillac (2-1). La qualification pour les 32e passe par un succès à Agde (CFA). Les hommes du président Pellicier héritent de Poitiers (CFA 2). Deux buts de Daublain et Vandersnick les propulsent en 16e.

Le tirage au sort leur donne comme adversaire le Paris Saint-Germain. Dans un stade Armandie qui a fait le plein, les Suavistes vont offrir une belle résistance à une équipe parisienne entraînée par Antoine Kombouaré. "On est spectateurs pendant le premier quart d’heure mais on parvient à égaliser par Daffé. À la pause, on est euphoriques, ce qui nous est préjudiciable car on encaisse deux buts au retour des vestiaires. Quand on revient au score par Vandersnick (69e), on se dit que tout est possible.

Le SUA a donc plus que tenu son Paris en haleine et en suspens. Bien aidé par une foule sentimentale, un peu-beaucoup médusé par ces drôles de Blancs au panache assez incroyable. En payant de sa poche un costume à chaque homme de sa troupe (joueurs et staff compris), l'entraîneur réunionnais voulait que ses garçons enfilent leur habit de lumière. Ils ne l'ont pas déçu.

Après une entame timorée (0-1, 13e), les Agenais vont faire honneur à leurs couleurs et à leur sport - les soixante-dix minutes restantes. Quand bien même leur « trou d'air » à la reprise dixit Vimbouly, leur a été fatal : deux buts en trois minutes (1-2, 47e ; puis 1-3, 50e). Entre-deux, Agen avait égalisé le plus logiquement du monde. Dans son temps fort, comme une équipe de l'élite. Après une barre de Gaillac (34), Daffé fait craquer Edel et exploser un Armandie qui ne sait plus à quel ballon se vouer (1-1, 41e).

En fait, si : le temple du rugby a troqué l'ovale pour le rond. D'ailleurs, en seconde, le milieu suaviste fait mieux tourner que son homologue francilien ! On est obligé de se pincer… Le coaching de Vimbouly fait merveille, et les «remplaçants» des étincelles. Illustration : Melka à la récupération, El Hassnaoui au service, Vandersnick à la conclusion (2-3, 69e). Un but d'école.

Mais en face, le maître ne s'en laissera pas compter. Ou conter, plutôt. La lecture du Petit Poucet à ses ouailles par Williams Vimbouly transformé en Charles Perrault, lors de la causerie matinale, n'aura pas suffi.

Le match perdu 3 à 2 se joue exceptionnellement à Armandie dans un stade comble. S'en suit des années très difficiles où le club perd beaucoup de joueurs et finit par se caler en R3. L'année 2017-2018 est catastrophique puisque le club descend en District. Début 2018, le transfert de Aymeric Laporte formé au club de Bilbao à Manchester City permet de sauver le club de la faillite. Après plusieurs démêlés judiciaires, le club retrouve progressivement sa sérénité à compter de juillet 2018.

L'équipe fanion remonte en R3 et remporte la coupe du Lot-et-Garonne. Un nouveau Conseil d'administration est en place depuis le 21 décembre 2018 avec à sa tête Johan Jourdan, Jean-Pierre Pontens et Sandrine Pequignot. Le club compte aujourd'hui 550 licenciés et 30 équipes. Son équipe fanion devrait se maintenir en R3 avant de viser plus haut. L'équipe réserve ambitionne de monter en 1ère division district. De son côté, la filière féminine est en pleine expansion et les Séniors à 11 candidatent pour monter en R2.

« Je suis heureux pour le football. Je suis heureux pour le club. Je suis heureux pour les joueurs. Je suis heureux pour les dirigeants actuels. Je suis aussi heureux pour les anciens dont certains sont décédés. Ce que l'on a vu aujourd'hui est le fruit du travail de nombreuses générations. Oui, ça fait du bien au football en général, et au football agenais en particulier. Des femmes et des hommes heureux, il y en avait un stade entier, hier soir, à Armandie . Fiers de partager cet amour du ballon rond, fiers d'être Agenais et d'avoir ainsi pu communier. Ne faire qu'un.

Mais s'il était un homme qui était particulièrement heureux et fier, il s'agissait bien de Serge Lafon. Assis en tribune d'honneur avec d'autres anciens footeux comme lui, il a pu apprécier jusqu'à la dernière seconde, c'est-à-dire le tour d'honneur amplement mérité des bleu et blanc. « Ce match, c'est un moment comme on rêve d'en vivre ! », savourait-il.

Serge Lafon est un monument dans le football agenais. Dans les années 70, il a marqué l'histoire du club au poste de gardien. Il a même disputé à trois reprises des 64e de finale de la Coupe de France. Mais, il ne s'est pas arrêté en si bon chemin. Il a pris la tête du club. Et c'est sous sa présidence que le SUA, au début des années 2000, est parvenu à monter six fois consécutivement, passant de la Promotion Honneur au CFA 2, s'offrant le luxe suprême de ne pas perdre un match lors de la saison de Division d'Honneur. L'entraîneur s'appelait alors Pierre Fernandez.

« Aujourd'hui, je me suis régalé. Et j'ai vibré jusqu'au bout. A la pause, le score d'1 partout était idéal. D'autant plus que les Agenais ont égalisé juste avant le repos. Un moment parfait pour mettre le doute dans l'esprit de l'adversaire et se relancer. »

« Il est vraiment dommage qu'il y ait eu ces dix minutes d'absence à la reprise. Les Parisiens en ont profité pour inscrire deux buts. A trois buts à un, le match n'était plus du tout pareil. Mais malgré cela, j'y croyais encore. Je savais que les Agenais pouvaient inscrire un 2e but. Et après que tout serait possible ! »

« Ce que j'ai vu ce soir est extraordinaire. Certes sur le terrain, car les gars ont été impressionnants. Mais ce que j'ai vu dans les tribunes… Oui, ce que j'ai vu à Armandie est simplement historique. Voir le stade Armandie vibrer comme cela pour du football, non franchement, je ne l'avais jamais vécu . Le public a fait corps avec son équipe. C'est beau ! »

Quelques secondes plus tard, Serge Lafon pensait avenir et évoquait la suite de la saison. «Que le SUA soit éliminé de la Coupe de France dans de telles conditions, c'est très bien. Il n'y a aucun regret à nourrir. Maintenant, le club va pouvoir se consacrer entièrement au championnat et retrouver une place plus digne de son niveau. A peine le temps de finir la phrase, sa crinière blanche s'engouffrait sous les tribunes d'Armandie.

Aujourd'hui, dimanche 23 janvier 2011, 89 ans après sa création, le SUA Football propose une parenthèse unique à sa ville, à son département, et s'il s'y prend à merveille, à la France entière. Pendant un instant, la terre d'Agen sera ronde. Joyeux anniversaire !

Cette prise de pouvoir, forcément temporaire en ces lieux, aurait pu intervenir il y a un an jour pour jour, si ces mêmes Agenais, décidément têtus, avaient disputé contre un autre adversaire que Beauvais le premier 16e de finale de leur histoire. Mais le tirage avait réservé sa chance pour cet anniversaire, pour lequel la grande et jolie salle d'Armandie a été préparée avec soin. Et dans les règles. Car l'invité, même s'il s'est fait prier pour venir passer un week-end à la campagne, se nomme Paris Saint-Germain. Une équipe qui impressionne autant qu'elle fait rêver.

Alors jour de gloire ou jour de raclée ? « C'est du 50/50 », dit l'entraîneur Williams Vimbouly. « Mais non, je le connais le coach, il bluffe, le reprend Basila Mokili-Yenga. On a 1 % de chance de passer, il faut être lucide. »

Cette semaine, les Agenais se cachaient derrière l'humour et la décontraction pour éviter de prendre la pression. Voire carrément le mensonge quand ils annoncent leur entraînement d'hier à 17 heures… « Finalement, on l'a fait à 10 heures. On ne voulait pas de journalistes pour être tranquilles. Désolé. Vraiment », s'excuse l'adjoint Mickaël Tomas. On est déjà un peu plus loin de la scène de mardi où les joueurs, avant l'entraînement, dansaient sur une musique sénégalaise devant leur club-house ou quand Vimbouly interrogeait Mokili-Yenga pour savoir si son attaquant est sous le coup d'une suspension : « Non ? »

Puisque les pros et le talent sont en face, on voit davantage Nenê, Erding, Hoarau ou Giuly entamer un strip-tease même si Agen ne sera jamais pour eux la scène idéale. « Il ne faut pas se mentir. Pour des garçons qui ont joué au FC Barcelone (NDLR, Ludovic Giuly), c'est dur d'être à fond face à une CFA 2 », explique l'ancien pro Franck Rizzetto, dernier tombeur du PSG en Coupe (avec Rodez en 2009). Son défenseur Arnaud Lescure avait alors muselé Hoarau en pointe et vite dissipé, avant le rendez-vous, « la peur de passer pour des cons ». Il conseille : « Hoarau, soit tu le prends dans les airs en l'empêchant de sauter, soit tu pars du principe qu'il va dévier la balle, donc tu cherches à couper les extérieurs. »

En laissant sur le banc sa tour de contrôle Clément Desitter (1,93m), le staff agenais semble faire le deuil du combat aérien. « De toute façon, comment être sûr qu'Antoine Kombouaré va l'aligner ? » demande Vimbouly. Il n'a donc rien changé, « hors de question de subir, sinon on est morts », en présentant une défense à cinq au sein de laquelle les deux latéraux Pascouau et Daublain enchaînent les allers-retours, où Charenton se trouve toujours au bon endroit, et où Daffé gagne ses duels. Mais ça, c'est l'habituel. Rien à voir avec l'extraordinaire qui attend à chaque instant ces amateurs, qui jouent devant une centaine de personnes le samedi en championnat.

Avec ce match, télévisé et disputé devant 12 000 personnes, ils ont donc mis les pieds dans un autre monde. Où là aussi, un détail peut tout changer.

Le onze de départ agenais lors du match contre le PSG en Coupe de France 2011. Source: Onze Mondial.

Composition des équipes

Voici la composition des équipes lors de ce match mémorable :

SU Agen:

  • ...
  • ...

Paris Saint-Germain:

  • Apoula Edel
  • Jallet
  • Zoumana Camara
  • Mamodou Sakho
  • Tiéné
  • Makelele (cap.)
  • J. Clément
  • Luyindula
  • Bodmer (Erding, 86e)
  • Nenê
  • Hoarau (J.-E. Mendès, 71e)

Résumé du Match

Le match s'est déroulé avec une intensité palpable, chaque équipe donnant le meilleur d'elle-même. Voici un tableau récapitulatif des moments clés :

Minute Événement Équipe
13' But PSG
41' Égalisation SU Agen (Daffé)
47' But PSG
50' But PSG
69' Réduction du score SU Agen (Vandersnick)

Malgré une performance héroïque, le SU Agen s'est incliné 3-2 face au Paris Saint-Germain. Ce match reste un moment inoubliable dans l'histoire du club et dans le cœur de ses supporters.

Grands moments du sport français en 2011

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