L'Afrique du Sud, une Nation Championne du Monde de Rugby : Histoire et Triomphes

L'Afrique du Sud a marqué l'histoire du rugby en remportant la Coupe du Monde à quatre reprises. En 2023, les Springboks ont décroché leur quatrième titre mondial en battant les All Blacks en finale, devenant ainsi la nation la plus titrée de l’histoire. Retour sur un parcours exceptionnel, marqué par des moments emblématiques et une profonde signification sociopolitique.

Les Débuts du Rugby en Afrique du Sud

Le rugby a été introduit en Afrique du Sud par les Britanniques. Les premiers joueurs de rugby étaient des soldats de la Couronne britannique, présents pour imposer la pax britannica aux Zoulous et surtout aux Boers, installés depuis deux siècles. Un instituteur anglais, Canon George Oglivie, enseigne au Diocesan College du Cap, où il introduit le football, tel qu'il est enseigné au Collège de Winchester, c'est-à-dire le rugby-football. Un premier match oppose en 1862 des militaires à des civils du Cap, tous sont sujets de sa royale Majesté.

Le rugby se développe au détriment du football. Des clubs de quartier poussent dans les agglomérations, comme Johannesburg, Le Cap et Pretoria. Le premier club, le Hamilton Rugby and Football Club, naît au Cap en 1875, puis c'est la Western Province Rugby Union en 1883. Le Griqualand West suit en 1886, l'Eastern Province en 1888, et le Transvaal en 1889. Le South African Rugby Board naît en 1889.

Les jeunes Boers appréciant ce sport, et pour réunir un effectif suffisant, les clubs se composent de Britanniques et d'Afrikaners. Le rugby y gagne en popularité, il est même pratiqué par les prisonniers de guerre, qui peuvent ainsi se changer les idées. La légende veut que la guerre soit interrompue en 1902 pour un « match » Angleterre-Afrique du Sud.

Les Premières Tournées et la Naissance des Springboks

La première tournée des Lions britanniques en Afrique du Sud a lieu en 1891. Son déplacement est financé par Cecil Rhodes, le Premier ministre de la colonie du Cap et par Paul Kruger, le président de la république du Transvaal. Ce sont les premiers matchs représentatifs, disputés par les équipes sud-africaines qui apprennent encore le jeu. Un des événements marquants de la tournée est le fait que l'équipe britannique offre la Currie Cup au Griqualand West pour avoir fourni la meilleure opposition.

Les Sud-Africains font une tournée en Grande-Bretagne et en Irlande en 1906. Ils y gagnent un nom, les Springboks et ils marquent l'histoire. Ils perdent contre l'Écosse 6-0 et l'emportent 15-12 contre l'Irlande devenant ainsi les cinquièmes détenteurs Raeburn Shield et les premiers en dehors des Îles Britanniques. Mais surtout ils battent ensuite le pays de Galles 11-0 à Swansea, le pays de Galles en plein premier « Âge d'or ». Au cours de cette tournée, les Sud-Africains disputent 28 matchs, ils remportent 25 victoires, ne perdent que deux matchs et font un match nul.

Une Histoire Marquée par l'Apartheid

Jusqu’en 1994, les Springboks incarnaient un rugby réservé à l’élite blanche, verrouillé par le régime de l’apartheid. Pour des millions de Sud-Africains noirs, le rugby n’était pas un sport : c’était un rappel quotidien de leur exclusion, de leur absence du récit national. Longtemps mise à l'index en raison de la politique d'apartheid, l'équipe d'Afrique du Sud n'a pas attendu longtemps pour retrouver son rang dans la hiérarchie mondiale.

Même avant l'entrée en vigueur de l'apartheid en 1948, les équipes sportives en tournée en Afrique du Sud prennent la précaution de sélectionner seulement des joueurs blancs.

1995 : Un Tournant Historique

Et c’est en 1995, un an à peine après la fin officielle de l’apartheid, que l’Histoire prend un virage spectaculaire, presque irréel. L’Afrique du Sud accueille cette année-là sa première Coupe du monde de rugby. Les Springboks y participent pour la première fois, eux qui avaient été bannis des compétitions internationales pendant des décennies à cause de la politique ségrégationniste du pays.

Le rugby n’est alors pas populaire dans les townships (quartiers de zone urbaine, habités uniquement par les populations de couleur). Le ballon ovale est vu comme celui de “l’oppresseur”. Mais Mandela, stratège politique et humaniste visionnaire, va décider de s’approprier ce symbole, plutôt que de l’effacer. Il comprend que pour reconstruire une nation arc-en-ciel, il faut reconstruire un imaginaire collectif commun. Un homme noir, président d’un pays libéré, félicitant un homme blanc, capitaine d’une équipe autrefois symbole d’exclusion.

Les Springboks enlèvent en effet le titre de champion du monde à domicile en 1995 contre les All Blacks pour leur première participation à la Coupe du monde de rugby. Cette victoire ne résout pas tout, elle ne gomme pas les inégalités ni les blessures. Mais elle marque le point de bascule où le rugby devient la fierté de tout un peuple, où ce sport autrefois catégorisé est, aujourd’hui, le symbole d’une nation unie.

Il faudra du temps pour que les joueurs noirs soient réellement intégrés, pour que les quotas cessent d’être vus comme une obligation politique. Et il faudra attendre 2007 pour revoir un Springbok noir, Bryan Habana, incarner à son tour la victoire. Mais 1995 reste le début du récit. C’est là que le ballon ovale arrête d’être un mur, et devient un pont.

Nelson Mandela et l'équipe des Springboks en 1995

Les Triomphes de 2007, 2019 et 2023

Après le triomphe de 1995, l'Afrique du Sud a de nouveau remporté la Coupe du Monde en 2007 et en 2019. En 2007, les Springboks ont battu l'Angleterre en finale. En 2019, au terme d'un combat incroyable d'intensité, les joueurs du capitaine Siya Kolisi ont remporté le trophée Webb Ellis pour la troisième fois de leur histoire, venant à bout d’une Angleterre passée à côté de sa rencontre (12-32). Et pour la première fois, après n’y être pas arrivés durant les parties gagnées en 1995 et en 2007, les Springboks sont parvenus à inscrire un essai en finale d’un Mondial. En l’occurrence, ils en ont même marqué deux.

En 2023, l'Afrique du Sud a remporté la Coupe du monde pour la quatrième fois de son histoire. En finale au Stade de France, les Springboks ont battu la Nouvelle-Zélande 12-11. Ainsi, les tenants du titre ont gagné un 3e match de suite avec un petit point d'écart, comme contre la France en quarts de finale et l'Angleterre en demi. Cette finale a été d'une énorme intensité, mais avec peu de jeu. Pollard a inscrit la totalité des points de son équipe en passant quatre pénalités.

Sous les yeux de Roger Federer, dont la maman est sud-africaine, les Springboks ont ainsi gagné leur 4e finale après 1995, 2007 et 2019.

Le tableau ci-dessous récapitule les victoires de l'Afrique du Sud en Coupe du Monde de Rugby :

Année Adversaire en Finale Score Lieu
1995 Nouvelle-Zélande 15-12 Johannesburg, Afrique du Sud
2007 Angleterre 15-6 Saint-Denis, France
2019 Angleterre 32-12 Yokohama, Japon
2023 Nouvelle-Zélande 12-11 Saint-Denis, France

Un combat épique, une issue cruelle 😢 | Résumé France – Afrique du Sud I Coupe du Monde 2023

Le Rugby Sud-Africain Aujourd'hui

Alors aujourd’hui, le rugby en Afrique du Sud est plus qu’un sport, c’est un terrain commun où chaque victoire, chaque titre, chaque essai marqué est une prolongation de cette promesse. Justement, nous Européens, nous Français. Comment, à notre échelle, pouvons-nous expliquer une telle réussite ? C’est là que le contraste devient frappant.

Depuis leur intégration dans les compétitions européennes, les franchises sud-africaines ont pris un nouveau tournant. Que ce soient les Stormers, les Bulls, les Sharks ou encore les Lions… Toutes ces franchises ne jouent plus dans le Super Rugby de l’hémisphère sud, mais dans l’United Rugby Championship (URC), aux côtés de provinces galloises, irlandaises, italiennes et écossaises.

Physique ? Ils le sont. Rugueux ? Évidemment. Mais derrière cette brutalité, se cache une précision quasi-chirurgicale, bâtie sur la maîtrise des fondamentaux et la rigueur du détail. Une conquête royale et une défense infranchissable s’ajoutent à un arsenal létal. Mais ce qui retient le plus l’attention, surtout en ce moment, c’est que ces mecs savent innover. Pas avec des passes après contact ou des coups de génie dans les 22 mètres, ils en sont capables certes, mais leur créativité est ailleurs : dans les marges, dans la ruse, dans l’ambiguïté du règlement.

Tout juste sacrée championne du monde des moins de 20 ans, l’Afrique du Sud règne plus que jamais sur le rugby mondial masculin. Après avoir triomphé sur la scène du rugby à 7 en mai dernier, et décroché un quatrième titre mondial à XV en 2023, les Springboks imposent une domination impressionnante.

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