C'est la fin provisoire d'un long feuilleton judiciaire. Plus de trois ans après les faits, la justice a tranché dans l'affaire des paris suspects autour du match entre Cesson et Montpellier, le 12 mai 2012. Retour sur cette affaire qui a secoué le monde du handball.

Les Faits et la Procédure Judiciaire
L'affaire des paris suspects a débuté avec un match entre Cesson et Montpellier, le 12 mai 2012. Des paris anormaux ont été engagés sur le score en faveur de Cesson à la mi-temps, ce qui devait rapporter environ 300.000 euros de gains, au détriment de la Française des Jeux (FDJ).
Depuis lundi s'est ouvert à Montpellier le procès en appel de ces paris suspects opérés en 2012 lors du match Cesson-Montpellier. Ce jeudi, ce sont les frères Karabatic (Nikola et Luka) qui étaient entendus, au lendemain de leur victoire, côté terrain, avec le PSG sur... Montpellier.
Au fil des pages le procureur met au jour une stratégie de défense commune qu’il met en parallèle avec la stratégie de paris le 12 mai 2012 et qu’il qualifie d’un mot : concertée. En somme, il suggère déjà aux juges que des prévenus qui adoptent tous la même défense ne peuvent qu’être liés par le même secret.
Autant de communication qui prouvent selon le parquet une organisation, avec un top départ vers 10h du matin pour parier plus de 100 000 euros en moins de deux heures.
Les Accusations et les Condamnations
Nikola Karabatic a été reconnu coupable d'escroquerie et condamné à 10.000 euros d'amendes par le tribunal de Montpellier où il était jugé pour escroquerie dans l'affaire des paris suspects liés au match présumé truqué de mai 2012 entre Cesson et Montpellier. Luka Karabatic, le frère de Nikola, a été condamné à une amende identique, tous comme les compagnes des deux joueurs, Jenny Priez et Géraldine Pillet.
Des amendes de 1 500 à 30 000 euros ont été prononcées contre les prévenus. Ainsi Mladen Bojinovic s'est vu infliger la somme la plus forte soit 30 000 euros alors que Luka Karabatic a été condamné à 15 000 euros d'amende, Primoz Prost, Samuel Honrubia, Issam Tej et Dragan Gagic à 10 000 euros et enfin Mickaël Robin à 5 000 euros.
En appel, l'avocat général avait requis 40 000 euros d'amende contre eux. Un seul des seize prévenus, le gardien montpelliérain de l’époque, Mickaël Robin, a été acquitté. Les autres peines prononcées mercredi par la cour d’appel de Montpellier s’échelonnent de 10 000 euros d’amende avec sursis à quatre mois de prison avec sursis et 40 000 euros d’amende.
La justice reproche aux deux frères leur implication dans des paris sur le résultat d’un match du championnat de première division en 2012.
Trois jours après la victoire de la France au championnat du monde de handball, les frères Karabatic ont été condamnés, mercredi 1er février, par la cour d’appel de Montpellier, à deux mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende pour complicité d’escroquerie dans l’affaire des paris truqués.
Voici un tableau récapitulatif des condamnations :
| Prévenu | Peine Initiale | Peine Requise en Appel | Peine Finale en Appel |
|---|---|---|---|
| Nikola Karabatic | 10 000 € d'amende | 40 000 € d'amende | 2 mois de prison avec sursis et 10 000 € d'amende |
| Luka Karabatic | 15 000 € d'amende | 40 000 € d'amende | 2 mois de prison avec sursis et 10 000 € d'amende |
| Mladen Bojinovic | 30 000 € d'amende | 40 000 € d'amende | 4 mois de prison avec sursis et 20 000 € d'amende |
| Nicolas Gillet | Non disponible | 40 000 € d'amende | 4 mois de prison avec sursis et 40 000 € d'amende |
| Géraldine Pillet | 10 000 € d'amende | 10 000 € d'amende avec sursis | 10 000 € d'amende |
| Jennifer Priez | 10 000 € d'amende | 10 000 € d'amende avec sursis | 10 000 € d'amende |
| Autres prévenus | 1 500 à 10 000 € d'amende | 10 000 à 20 000 € d'amende avec sursis | 10 000 € d'amende avec sursis à 4 mois de prison avec sursis et 40 000 € d'amende |
| Mickaël Robin | 5 000 € d'amende | Non disponible | Acquitté |
La Défense des Frères Karabatic
Nikola Karabatic continue d'expliquer qu'il n'est pour rien dans cette affaire. Répétant être "étranger à tous ces paris" et avoir été "très contrarié" d'apprendre que sa compagne (Géraldine Pillet) et son frère Luka avaient misé sur ce fameux match supposé truqué, le champion s'est longtemps défendu ce jeudi matin. "J'étais très énervé et contrarié, je ne parie pas sur mon sport ou sur le sport en général", a-t-il assuré.
Interrogé par la cour sur le fait qu'il ne s'était pas ensuite opposé aux retraits des gains des paris effectués par son frère et sa compagne, Nikola Karabatic se contente de répondre : "Je ne peux pas interdire à ma compagne et à mon frère de faire quoi que ce soit et de retirer les gains".
C'est selon Nikola Karabatic également sa compagne qui a téléchargé sur le portable du champion l'application "Parions sport" et l'a consultée à plusieurs reprises sans qu'il ne s'en aperçoive : "Sur nos téléphones il y a quatre pages d'application, je ne sais même pas lesquelles j'ai".
« Je suis étranger à tous ces paris », avait assuré Nikola Karabatic à la barre lors du procès en appel, niant également tout trucage du match. Sa compagne Géraldine Pillet, soutenait-il alors, avait parié sans lui en parler préalablement et utilisé son portable à son insu pour télécharger des applications liées à ces paris - autant d’affirmations que la jeune femme a confirmées.
Son frère Luka, également membre de l’équipe de France, a en revanche reconnu avoir parié avec sa compagne Jennifer Priez, évoquant la « bêtise d’un jeune joueur ».

Réactions et Conséquences
L'avocat général a requis lundi 40.000 euros d'amende contre les frères Karabatic dans le procès en appel sur des paris portant sur un match de hand présumé truqué, fustigeant « des sportifs professionnels (qui) ne sont pas mieux placés pour incarner des valeurs d'éthique et de probité ».
Les instances fédérales ont dit attendre la fin de l'instruction pour prendre d'éventuelles sanctions.
Après un peu plus de cinq ans de procédure judiciaire, les frères Karabatic ont décidé de ne pas se pourvoir en cassation dans l'affaire dite des paris truqués. Un choix qui, s'il clôt (en partie) le long feuilleton médiatico-judiciaire qui pollue le monde du handball depuis 2012, valide aussi la condamnation à 10 000 € d'amende et deux mois de prison avec sursis auxquels les anciens Montpelliérains ont été condamnés pour des faits d'escroquerie par manoeuvre frauduleuse.
Nikola Karabatic : Cela fait plus de cinq ans maintenant que cette histoire a commencé. On a fait ce qu'on voulait faire : nous présenter face à la justice, nous défendre et montrer que ce match, on ne l'avait ni joué, ni truqué.
Luka Karabatic : Il est temps de passer à autre chose ! Même si le pourvoi avait abouti, on risquait de repartir sur des années et des années de procès. C'est justement ce que l'on souhaite éviter.