Lorsqu’il s’agit d’identifier un modèle de réussite dans la formation footballistique en Afrique, le nom de Génération Foot s’impose comme une référence incontournable. Fondée en 2000 à Dakar, cette académie sénégalaise a rapidement bâti une réputation internationale grâce à son approche rigoureuse de la formation et à ses partenariats intelligents avec des clubs européens, notamment le FC Metz en France.

Sadio Mané, un produit de l'académie Génération Foot, est l'un des joueurs africains les plus emblématiques.
Un Projet Structuré et une Vision Claire
Génération Foot ne se contente pas de repérer des talents : elle les forme, les accompagne et les prépare à la vie professionnelle, sur et en dehors du terrain. Son modèle repose sur plusieurs piliers solides :
- Une formation sportive de haut niveau, encadrée par des techniciens expérimentés.
- Un enseignement académique parallèle, garantissant un développement intellectuel des jeunes joueurs.
- Un encadrement psychologique et comportemental, essentiel pour forger des professionnels responsables.
- Des infrastructures modernes, conformes aux standards européens.
- Des partenariats durables, notamment avec le FC Metz, qui assure un pont direct vers l’Europe.
Des Talents Devenus Icônes Internationales
L’impact de Génération Foot se mesure à travers les trajectoires exceptionnelles de ses anciens pensionnaires. Parmi les figures les plus emblématiques :
- Sadio Mané 🇸🇳 : de Dakar à Liverpool, puis au Bayern Munich et à Al-Nassr, il est l’un des meilleurs joueurs africains de sa génération.
- Ismaïla Sarr 🇸🇳 : passé par Watford, il brille aujourd’hui sous les couleurs de l’Olympique de Marseille.
- Cheikh Sabaly 🇸🇳 : ailier rapide et technique, il s’impose à Metz grâce à ses qualités de percussion et sa lecture du jeu.
Une Relève Prometteuse
Promotion 2024
- Lamine Camara : milieu offensif créatif transféré à l’AS Monaco en 2024, élu meilleur jeune joueur africain par la CAF.
- Sadibou Sané : défenseur central né en 2004, pilier de la défense messine.
- Malick Mbaye : ailier explosif prêté à Amiens, auteur de 5 buts cette saison.
Promotion 2025
- Idrissa Gueye (2006) : jeune attaquant récompensé en février 2025 comme joueur du mois en Ligue 2.
- Alpha Touré (2006) : milieu défensif intelligent, précieux par sa vision de jeu.
- Ibou Sané (2005) : buteur instinctif, remarquable par ses déplacements et sa finition.
Aldo Gentina : Un Centre de Formation Précurseur
Et pourtant, de l'extérieur, rien ne distingue l'école Aldo Gentina des autres maisons du quartier résidentiel Point E. Créé en 1992 grâce à la volonté d'un pâtissier italien passionné de football, Aldo Gentina, et de quelques anciens joueurs sénégalais, le centre accueille vingt jeunes, intégrés à l'âge de 13 et 14 ans, pour les aider à réaliser leur rêve : devenir pro.
« Nous les formons pendant trois ans. Ils sont nourris, logés et équipés gratuitement », explique Abdoulaye Ndiaye, dit Atta, ex-international sénégalais devenu directeur technique du centre. Si l'engouement pour cette école est très fort depuis plusieurs années, cela s'explique par la qualité de la formation mais surtout par le soutien d'un grand club français et la destinée d'anciens stagiaires qui font aujourd'hui rêver tous les enfants du pays.
« L'AS Monaco nous a soutenus dès le début. Elle nous verse 115 000 ? par an. Et chaque année, les dirigeants monégasques viennent sélectionner les meilleurs de nos éléments pour les emmener en France. Pour nos jeunes, c'est une chance inespérée d'entrer dans le circuit pro français », se réjouit El Hadj Faye, directeur bénévole du centre.
Les Tony Sylva, Amdy Faye, Salif Diao et autre Souleymane Camara, qui jouent actuellement avec les Lions, sont désormais des exemples à suivre pour les jeunes d'Aldo Gentina. Des références sportives mais aussi financières. « Ce sont nos héros. Ils s'en sont sortis et nous voulons aussi être des pros du ballon rond. Le foot a toujours été notre passion. Et aujourd'hui, nous savons que cette passion peut être très lucrative », explique Ousmane Welle, un stagiaire de 17 ans.
Mais les chances de réussite sont encore minces. « Je me bats tous les jours pour être pris en France. Pourtant, je sais que, en quatre ans, personne n'a été choisi pour jouer à Monaco et que, en dix ans, seulement vingt jeunes sont devenus des pros en Europe », reconnaît Abdoulaye Biaye, 16 ans.
Autres Académies Influentes en Afrique
La formation locale est un enjeu clé pour le développement du football africain. Avec la population la plus jeune au monde et une passion immense pour le ballon rond, l’Afrique regorge de talents. Pourtant, chaque année, de nombreux jeunes passent sous les radars faute de détection structurée, tandis que d’autres manquent d’un encadrement adéquat pour exploiter pleinement leur potentiel.
Dans cette série, nous mettons en lumière les pépinières de talents les plus influentes du continent :
- EFBC (Cameroun) : Fondée en 1989, l'académie repose sur une philosophie exigeante : discipline, technique et intelligence de jeu.
- Académie de l'ASEC Mimosas (Côte d'Ivoire) : La quantité de joueurs formés à Sol Béni donne le tournis : les fratries Touré (Yaya et Kolo) et Kalou (Salomon et Bonaventure), Didier Zokora, Gervinho ou encore Aruna Dindane, pour ne citer qu'eux.
- Institut Diambars (Sénégal) : Inspirée des centres de formation européens, l'académie place autant d’importance à la scolarité qu'à progression sportive, offrant aux jeunes un cadre structuré pour réussir sur et en dehors du terrain.
- Kadji Sport Academy (Cameroun) : Considérée comme l'une des meilleures structures du continent, elle est devenue célèbre au cours des années 2000, pour avoir formé de nombreux beaucoup de joueurs de la “génération dorée” camerounaise.
Un Modèle à Succès
Devenue iconique en Afrique, l'académie basée à Dakar est précurseure d'un modèle à succès. En échange d’une dotation financière et en équipements à l’académie, le club français a une priorité de sélection sur les joueurs qui y sont formés.
Les dessous de cette réussite combinent formation technique de haut niveau et suivi éducatif, garantissant un développement complet des joueurs. Son équipe senior, qui évolue en Ligue 1 sénégalaise, est une vitrine pour les jeunes avant leur départ vers l’Europe.
Diambars : Plus Qu'un Centre de Formation
Diambars est reconnu pour offrir des matchs attrayants. « On a un style, on a une volonté de jouer. Diambars fait montre également d’une solidité dans son modèle économique, basé sur trois piliers fondamentaux : des indemnités de formation (à hauteur de 300 000 €) lorsqu’un Diambars passe professionnel, des infrastructures qui accueillent des colonies de vacances, des séminaires, des stages ou encore des événements de la Fifa et, enfin, du sponsoring de grandes entreprises comme Adidas ou EDF. « En terme d’image pour un pays, c’est très positif. »
Le football est un « levier intéressant » pour montrer que l’Afrique n’est pas vouée à être le parent pauvre de l’économie.
Il y a un potentiel. « On a la capacité de faire les choses par nous-mêmes. » Il y a des forces qui ne demandent qu’à se montrer.
Ce qui fonctionne à merveille : l’école affiche l’un des meilleurs taux de réussite au brevet et au baccalauréat dans le pays. Adjovi-Boco souligne deux exemples emblématiques pour illustrer l’ambition et la réussite de son projet.
| Académie | Année de fondation | Pays | Joueurs notables formés |
|---|---|---|---|
| Génération Foot | 2000 | Sénégal | Sadio Mané, Ismaïla Sarr |
| EFBC | 1989 | Cameroun | Samuel Eto’o, Rigobert Song |
| Académie ASEC Mimosas | 1994 | Côte d'Ivoire | Yaya Touré, Gervinho |
| Diambars | 2003 | Sénégal | Idrissa Gueye, Pape Souaré |
| Kadji Sport Academy | 1995 | Cameroun | Carlos Kameni, Stéphane Mbia |

L'institut Diambars combine formation sportive et éducation académique.
Une Influence Continentale Croissante
Avec ses succès répétés, Génération Foot dépasse aujourd’hui les frontières du Sénégal. Son modèle inspire d’autres centres de formation en Afrique de l’Ouest et attire l’attention des clubs européens en quête de talents bruts et bien formés.
Idrissa Gueye a décidé de traîner. Il ne veut pas quitter l'institut Diambars, comme si le temps s'était suspendu. Les années ont filé, sa vie a changé, mais son coeur est resté accroché à cette terre. Le milieu d'Everton rejoint des jeunes sur l'un des terrains attenants. Des dizaines de joueurs l'entourent comme on scrute une idole sortie de ses posters d'enfants. C'est ici que tout a commencé pour Gueye (28 ans), dans ce centre de formation et d'éducation créé le 24 mai 2003 par Saer Seck, Jimmy Adjovi-Boco, Bernard Lama et Patrick Vieira. C'est ici que le Sénégal a décidé de débuter son stage préparatoire à la Coupe du monde en Russie.
Il multiplie les photos, s'en va claquer une bise à la soeur de Saer Seck, le président, assise sur une chaise à l'ombre, la « maman » si importante. Le car des Lions s'impatiente, le klaxon retentit, cri strident dans une nuit en approche. Il pique un sprint, les chaussures à la main, la sensation d'avoir prolongé peut-être un peu de son adolescence...
Les gamins de Diambars suivent du regard ce véhicule qui s'éloigne, siglé équipe nationale. Un jour, peut-être, ils monteront dedans.
Dans la chaleur de Saly, à une soixantaine de kilomètres de Dakar, l'institut retrouve son calme des jours d'avant. L'effervescence s'est tue, la brise soulève les poussières dans l'allée centrale bordée d'arbres. Il n'y a plus le bruit des encouragements des centaines de supporters, rythmés par le son des djembés, ces noms scandés à tue-tête. Mais l'apparition des stars a percuté les têtes. « Gana Gueye, c'est notre fierté, souffle Djoum, né en 2000. On rêve tous de faire comme lui... »
Gueye, Pape Alioune Ndiaye, Kara Mbodj, sélectionnés en Russie (Saliou Ciss, blessé, a quitté ses partenaires avant le début de la compétition), sont passés entre les mains de Pape Boubacar Gadiaga, l'entraîneur, avant de voir leur avenir se dessiner en Europe.
La veille du regroupement, Ndiaye a amené sa femme visiter ces installations. Il a ouvert une porte et interrompu... un cours. « J'étais gêné, je me suis excusé... glisse-t-il. Mais je voulais tellement qu'elle voie d'où je suis sorti, ce qui m'a fait... » Les élèves ont, eux, évidemment apprécié l'intrusion du milieu de Stoke City (27 ans).
Dans les dortoirs, leurs photos côtoient celles de Messi ou de Ronaldo ; dans les discussions, ils apparaissent en modèles nés sur ces terres sèches et arides. Seck se souvient « de cet endroit où il n'y avait que des serpents ». Aujourd'hui, le centre est l'un des fleurons du pays « et on a formé des hommes, pas seulement des footballeurs », insiste-t-il. Certains ont passé des diplômes, poursuivent leur carrière, dans le foot ou ailleurs, douze sont même actuellement dans des universités américaines. Mais c'est l'Europe qui motive, qui attire. Quelles que soient les difficultés du voyage.
Arrivé à treize ans de Ziguinchor, à près de 400 kilomètres de voiture, Ousseynou Niang ne voit ainsi sa famille que l'été. « C'est difficile de ne pas être avec elle depuis trois ans mais quand je vois ces pros de l'équipe nationale qui s'entraînent ici, je veux être comme eux. » À seize ans, il écume déjà les catégories des moins de 20 ans du Sénégal, avec lesquels il a participé à la Coupe du monde en Corée du Sud en 2017. Un phénomène de précocité. Il ose, timide : « J'y crois... » Son regard brille. Il rigole avec ses copains, les chambre avant la rupture du jeûne en ce début de ramadan. « Entre nous, on parle tout le temps de ce qu'on veut faire plus tard, aller un jour au Real, à Barcelone, à Liverpool... » Et en Coupe du monde.
Gadiaga, l'entraîneur de toujours, rappelle : « Leur réussite est importante pour leurs parents, un joueur peut faire vivre dix familles. Mais notre bonheur, c'est qu'ils réussissent dans le foot ou ailleurs. » Seck aime l'attitude de Gueye avec ses « petits », comme la transmission d'un héritage. « Et j'espère que ça va susciter des vocations. On a quand même cinq joueurs en moins de 20 ans, neuf en moins de 17 ans... » Mais l'équipe première est tombée en Deuxième Division en mai...
Ce n'est pas le cas de Génération Foot (GF), l'un des clubs phares du Championnat, partenaire du FC Metz, créé par Mady Touré en 2000, et autre pourvoyeur de Lions.
Il faut remonter vers Dakar, puis emprunter, pendant cinq kilomètres, une piste parfois défoncée par les camions venus récupérer le sable des futurs immeubles de la capitale. Au milieu de nulle part se dressent les installations de GF, des terrains ciselés, des locaux en phase d'achèvement. Le car vous accueille sur le parking avec les portraits géants de ses stars sur les côtés, Sadio Mané, Ismaïla Sarr, Diafra Sakho et Kalidou Koulibaly, un proche d'Olivier Perrin, le directeur de GF, depuis ses années messines. Le Napolitain a même aidé, avec des anciens de Génération, 25 000 mômes des quartiers pauvres de Dakar à assister à une rencontre de Ligue des champions africaine.
Comme Mané, le héros, venu récemment une journée entière, chargé de cadeaux pour les femmes de ménage, ainsi que les cuisinières qui l'ont tellement régalé.
L'une des résidences porte maintenant son nom. Devant ce pavillon de deux étages, sous un soleil de plomb, Yankuba Jarju a posé ses chevilles douloureuses dans un saut rempli de glaçons. En ce début de week-end, le centre s'est vidé. Restent ceux qui n'ont aucune famille dans la région. Découvert dans un tournoi, Jarju (21 ans) n'a pas hésité à rejoindre GF « J'ai laissé tout le monde derrière moi. Au début, c'était très dur, je n'ai personne, je ne parlais pas la langue, explique-t-il en anglais. Alors ,le week-end, je reste ici, je joue à la PlayStation, je regarde la télé. » Il se glisse sous sa moustiquaire dans son lit superposé, un matelas est posé contre un mur. Logement spartiate pour un jeune de France, un bonheur inimaginable, il y a si peu, pour lui. « Ça fait trois ans que je suis là, j'attends l'étape suivante. J'ai tellement de frères et soeurs. Je veux les aider. À la maison, ils n'ont rien. Moi, je ne mangeais pas tous les jours donc, être ici, c'est comme un rêve. Je dois bosser pour y arriver. » Sa rencontre avec Sadio Mané l'a marqué. Il l'a regardé, l'a écouté. « On l'aime tellement, il nous a beaucoup parlé, c'est ma star... » Pau vient tout juste de le repérer et le Gambien va débuter l'ascension de son Himalaya par le National.
Génération Foot ne cesse de grandir, des salles de classe se finissent, la pelouse du stade principal est l'une des plus belles dans un site magnifique, perdu. Au loin, une haie de filaos (arbres tropicaux) cache la mer, à l'ouest, une dizaine de minutes de piste suffisent à atteindre le lac Rose.
« Comme on ne fonctionne que sur la vente des joueurs, rappelle Olivier Perrin, on doit donc réussir sportivement pour se développer comme ça. » Dans le modèle économique, le village de Deni Biram Ndao, à la lisière du complexe, est une priorité. Mady Touré, qui emploie une quarantaine de locaux, a construit un point santé, retapé les mosquées, amené des pompes d'eau et créé actuellement une centrale d'achat. Le football comme vecteur de développement sportif et social.
« Quand je suis arrivé, ici, on me disait que j'étais fou, raconte Touré, présent en Russie comme Saer Seck. Il n'y avait rien que le désert, pas d'eau, pas d'électricité. Je suis parti avec une table et deux ballons. Et voilà où on en est aujourd'hui. La Coupe du monde met aussi en valeur notre travail. Et les gars ne nous oublient pas. Sadio Mané m'a invité à la finale de la Ligue des champions (2). L'objectif, ce serait d'avoir onze joueurs formés chez nous dans l'équipe nationale. » Il sourit, sait l'idée irréaliste. Les souvenirs remontent au moment d'évoquer le Sénégal des Diafra Sakho, Sadio Mané et Ismaïla Sarr, ses enfants. Ils gagnaient 80 € ou moins par mois avant de partir à Metz. Les voilà chez les Lions de la Teranga à la Coupe du monde...