Longtemps, Morteza Mehrzadselakjani a vécu reclus, caché, comme prisonnier de son corps de géant de 2,46 m et de sa condition d'infirme, avec l'impression de n'être pour les autres qu'une bête de foire. Coupé du monde dans sa contrée de Tchalous, bordée au sud par les montagnes de l'Elbourz et au nord par la mer Caspienne, sans emploi ni perspective d'avenir, il avait trouvé refuge dans les livres, des romans de Victor Hugo aux écrits sur Napoléon Bonaparte.
Sa manière d'échapper au réel, sans doute, à la routine d'une vie « sans relief » jusqu'à ce jour de 2011, quand les producteurs de la célèbre émission Mah-e Asal lui ont proposé de raconter son histoire à des millions de téléspectateurs ; de leur décrire cette maladie, l'acromégalie (caractérisée par une production excessive d'hormones de croissance), qui l'a longtemps accablé, ces regards auxquels il ne s'habituera sans doute jamais et cet accident de vélo qui lui a volé ce qu'il lui restait d'innocence à l'adolescence.
« J'avais honte de sortir, nous confiait l'Iranien à son arrivée à Paris le week-end dernier, peur qu'on se moque de moi. »
« J'avais 13 ou 14 ans, rembobine Mehrzadselakjani, officiellement le deuxième homme le plus grand au monde derrière le Turc Sultan Kösen (2,51 m). Je ne me souviens plus exactement ce qu'il s'est passé, si je suis tombé dans la rivière ou si j'ai percuté quelque chose. Ce dont je me rappelle, c'est qu'après j'avais du mal à marcher, et que le médecin que je suis allé consulter s'est trompé sur mon cas. Il a fallu que j'attende trois ou quatre mois avant qu'un autre médecin ne pose le bon diagnostic (une fracture du pelvis qui a stoppé la croissance de sa jambe droite, environ 15 cm plus courte que la gauche aujourd'hui). J'ai été opéré deux fois dans la foulée, mais j'étais quelqu'un de très actif et je ne pouvais pas m'empêcher de bouger : je faisais du catch avec mon frère sur mon lit d'hôpital. (Rires.) »
Morteza allait devoir mettre de côté sa passion pour le foot, un crève-coeur pour lui, l'amoureux de Manchester United et du Real Madrid, mais un « miracle » l'attendait quelques années plus tard.
Ce jour de 2011, on y revient, l'animateur de Mah-e Asal appelle Hadi Rezaeigarkani, un ami proche, pour s'assurer qu'il sera devant son poste le soir venu. Sans lui en dire plus sinon que l'invité « devrait [l]'intéresser ».
« Monsieur Hadi », qui travaille dans la fabrication de vêtements de sport, est aussi et surtout le sélectionneur de l'équipe iranienne de volley assis, l'une des plus accomplies de l'histoire : sept médailles d'or paralympiques et deux d'argent en neuf participations aux Jeux et huit titres de championne du monde à ce jour.
« Quand j'ai vu Morteza, j'ai tout de suite pensé qu'il avait le potentiel pour nous être utile, se souvient-il, nous aider à nous améliorer et gagner des titres. »
Pendant l'émission, l'animateur fait promettre à son invité de sortir de son enfermement.
Cinq ans plus tard, sélectionné pour ses premiers Jeux Paralympiques à Rio, Mehrzadselakjani découvre à plus de 10 000 km de Tchalous l'Amérique du Sud.
Un atout indéniable : La taille
Certains des adversaires de l'Iran protestent, se remémore son entraîneur, parlent d'un avantage « inéquitable », mais la Fédération internationale tue dans l'oeuf la polémique : aussi grand soit-il, Mehrzadselakjani est à sa place au Brésil, handicapé comme les autres (il entre dans la catégorie VS2, celle des joueurs connaissant des pertes de force musculaire dans un ou les membres inférieurs).
Il n'empêche, la concurrence sera contrainte de s'adapter : avec ses longs bras, le géant iranien peut smasher la balle à 1,95 m du sol, soit 80 cm au-dessus du filet, et son arrivée ne fera qu'accélérer la course aux gabarits hors norme. Il y a moins de deux ans, c'est le troisième homme le plus grand au monde, Joelisson Fernandes da Silva, dit « Ninão », 2,37 m, qui a fait ses débuts avec le Brésil.
« Affronter un joueur comme Morteza t'oblige à redoubler d'attention : tu sais que s'il a un ballon, il risque de te passer au-dessus. Et quand tu es obnubilé par un adversaire, tu laisses des trous pour les autres, décrypte Dominique Duvivier, le sélectionneur de l'équipe de France.
Et puis, en plus d'être un attaquant qui tape les balles très haut et fort, qui peut les piquer sur la ligne des deux mètres, il prend tellement d'espace avec son envergure qu'il couvre au moins un tiers du filet s'il en a envie. Ça devient ingérable de passer, vous êtes enfermé dans les mains du bloqueur. »
Parce qu'il y a quand même des inconvénients à être aussi grand (il manque de mobilité, se fatigue rapidement...) et que les Iraniens ont posé les bases de leur légende sans lui, « tout ne tourne pas autour de Morteza », insiste son sélectionneur.
Au-delà de l'argent investi depuis trente ans pour développer la discipline (une cinquantaine d'équipes réparties dans trois divisions en Iran), c'est d'ailleurs plutôt « leur vitesse de jeu qui fait la différence », selon l'international français Gildas Guiheneuf, « et les relations entre le passeur, leur point fort, et les attaquants, qui viennent toujours dans l'espace libre ».
« Le volley assis est un sport très populaire en Iran et ça n'a rien à voir avec moi », balaie même dans un élan d'humilité Mehrzadselakjani, qui oublie un peu vite qu'il a gagné trois titres de meilleur joueur du monde (2019, 2021, 2022). Et que son pays n'a connu que l'or depuis ses débuts en équipe nationale en mars 2016.

Morteza Mehrzadselakjani lors d'un match de volley-ball assis. Source : Les Échos
La domination iranienne et l'impact de Mehrzadselakjani
Si on est si dominants, c'est aussi lié à la nature même de ce sport, reprend le pointu. Je me souviens avoir un jour entendu Monsieur Hadi expliquer que nous, les Iraniens, étions toujours par terre. Même pour manger. On a des tables, mais on préfère être par terre. (Rires.) Je suis moi-même bien plus à l'aise étendu sur le sol que sur un canapé ou dans un lit. »
À bientôt 37 ans, Mehrzadselakjani est aussi désormais beaucoup mieux dans sa peau. Parce que le volley assis lui a permis « d'affirmer [s]a personnalité », dit-il.
Parce qu'il a donné un sens à sa vie, aujourd'hui rythmée par ses trois entraînements hebdomadaires et ses allers-retours à la salle de muscu (quand il n'est pas en stage avec sa sélection).
Mais surtout parce que les regards sur lui ont changé. Au moins en partie.
« Aujourd'hui, je lis aussi de la fierté dans les yeux des gens. Certains ignorent que je suis handicapé, dit l'Iranien, qui vit à Tchalous avec sa soeur et son frère. Avant de découvrir le volley assis, j'étais une personne ordinaire. On ne me connaissait que pour ma taille. Tout a changé pour moi depuis : financièrement, socialement aussi. On sait que je fais partie de l'équipe nationale, que j'ai participé aux Mondiaux, aux Jeux Paralympiques. Ça représente beaucoup pour moi et je ne remercierai jamais assez Monsieur Hadi. S'il n'avait pas cru en moi, je ne serais pas là aujourd'hui, et vous non plus. »
À Paris comme partout ailleurs, l'Iran ne se satisfera que de l'or, et Mehrzadselakjani se voit bien pousser ensuite jusqu'à Los Angeles, peut-être même plus loin. Avant de se reconvertir dans le management ou le coaching.
« Le volley assis a tellement changé ma vie que je ne l'imagine plus sans. Je me dois de lui rendre ce qu'il m'a apporté. »
Porté par les 2,46m de sa star Morteza Mehrzad, l'Iran a décroché un deuxième titre paralympique en volleyball assis en battant la Bosnie 3 sets à 1.
L'Iran de la star du volley-ball assis Morteza Mehrzad a remporté le tournoi des Jeux paralympiques pour la troisième fois d'affilée en dominant la Bosnie 3 sets à 1 vendredi soir.
Les deux nations se sont affrontées en finale lors de toutes les éditions des Jeux depuis Sydney 2000, à l'exception de ceux de Tokyo il y a trois ans.
Avec une taille de 2,46 mètres, Mehrzad est estimé le deuxième homme vivant le plus grand du monde et l'athlète le plus grand à avoir jamais participé aux Jeux paralympiques, selon l'IPC. Il a été diagnostiqué à un jeune âge d'une acromégalie, une maladie due à un excès d'hormone de croissance.
Il a une nouvelle fois joué un grand rôle dans la victoire de son équipe, qui n'a perdu que deux manches durant le tournoi, contre l'Egypte en demi-finale, et contre la Bosnie vendredi soir.
L'athlète, atteint d'acromégalie, a vu sa vie changer grâce au volley-ball assis.
A sa naissance en 1987, il est diagnostiqué d'une acromégalie ou gigantisme, une maladie due à un excès d'hormone de croissance.
Sa vie prend un tournant après une coïncidence : l'entraîneur de l'équipe de volley-ball assis iranienne le repère, alors qu'il a 24 ans, dans une émission de téléréalité sur des individus en difficulté.
Après avoir intégré un centre de formation, il fait ses débuts avec l'équipe nationale d'Iran en mars 2016, quelques mois avant les Jeux paralympiques de Rio, retrace le site Olympics.com.
"Jouer au volley-ball assis m'a beaucoup aidé", se réjouit-il. "J'ai transformé mes limites en opportunités", ajoute-t-il.
Ses débuts aux JO de Rio 2016 ont été "difficiles" et "intéressants", retrace Morteza Mehrzad.
Depuis, il s'est fait un nom au volley assis et a su mettre à profit un physique hors norme. Assis et bras levés, il culmine à près d'1m95, alors que le filet de volley-ball assis est à 1m15.
Il est considéré comme le meilleur joueur du monde et a décroché des médailles d'or aux Jeux paralympiques d'été de 2016 puis de 2020 et a reçu le Ballon d'or du meilleur joueur du monde en 2019, 2021 et 2022.
Mehrzad affirme que rejoindre l'équipe nationale de volleyball assis l'a aidé à surmonter certaines crises personnelles, notamment la mort de sa mère en 2019.
L'Iran participe aux Jeux paralympiques de volleyball assis depuis 1988 à Séoul et a fini champion dans sept des neuf compétitions.
Les médias locaux ont salué Mehrzad comme "arme mortelle" de l'Iran et un "gentil géant".
Morteza Mehrzad, deuxième homme vivant le plus grand du monde, a longtemps mené une vie recluse avant de devenir champion de volleyball assis.
Les règles du volley assis
Le volley assis est une variante handisport du volley-ball. Tous les handicaps sont éligibles à la pratique de ce sport, mais on y retrouve majoritairement des joueur(se)s amputés de membres inférieurs. Les joueurs ont principalement des limitations d’amplitude articulaire au niveau de la cheville ou des pertes de force musculaire dans un ou les membres inférieurs.
Le volley assis se joue à deux équipes de six joueurs. Les matchs se déroulent en 3 sets gagnants (5 sets maximum). Quasiment toutes les balles sont jouées avec les mains hautes, du fait de la hauteur du filet à hauteur de buste. Il est possible de contrer le service.
L’objectif premier est d’accélérer le jeu pour ne pas laisser le temps au contre adverse de s’organiser pour venir contrer l’attaquant qui recevra la passe. Malgré tout, il sera très rare pour un attaquant de ne pas avoir de contre en face de lui.
Avoir un grand buste et de grands bras est un avantage quand on est assis. Ce sport requiert également souplesse et cardio.
Née, selon les sources, en 1943 ou en 1956, cette pratique a d’abord été une activité de rééducation pour les soldats amputés. C’est le Comité des sports néerlandais qui a organisé la première manifestation le 5 mai 1956 à Amsterdam devant 25 000 spectateurs. L’entrée du volley assis aux Jeux paralympiques intervient quelques années plus tard, en 1980 pour les hommes.
L'Iran a tout simplement remporté 7 médailles d'or et 2 médailles d'argent paralympiques en neuf participations, de quoi faire de la République islamique le grandissime favori pour Paris 2024.
Depuis 1988, l'Iran a raflé sept des neuf compétitions paralympiques.
L'équipe intensifie son entraînement avant le tournoi, où elle affrontera des rivaux d'Ukraine, du Brésil et d'Allemagne.
« Notre principal rival est la Bosnie... même si nous ne devons pas sous-estimer le Brésil, l'Allemagne et l'Egypte », indique Mehrzad.
« Le moral de l’équipe est très bon », a déclaré Mehrzad.
« Les gars sont très bons et préparés », faisant référence à ses coéquipiers.
Reversée dans la poule B avec l'Ukraine, l'Allemagne et le Brésil, son équipe s'attend surtout à être embêtée par la Bosnie, son principal rival.
Pour gagner, il faudra nécessairement contenir la puissance et la précision de Morteza Mehrzad.
Jeux Paralympiques 2012 volley ball assis Great Britain vs Russia

L'équipe iranienne de volley-ball assis célébrant une victoire. Source : Paris Match
Tableau des médailles paralympiques de l'Iran en volley-ball assis
| Jeux Paralympiques | Médailles d'Or | Médailles d'Argent | Médailles de Bronze |
|---|---|---|---|
| Séoul 1988 | Oui | Non | Non |
| Barcelone 1992 | Oui | Non | Non |
| Atlanta 1996 | Oui | Non | Non |
| Sydney 2000 | Oui | Non | Non |
| Athènes 2004 | Non | Non | Non |
| Pékin 2008 | Oui | Non | Non |
| Londres 2012 | Non | Non | Non |
| Rio 2016 | Oui | Non | Non |
| Tokyo 2020 | Oui | Non | Non |