Le volley-ball, et plus particulièrement le beach-volley, est bien plus qu'un simple sport à Rio de Janeiro. C'est un phénomène culturel, une passion partagée et une source de fierté nationale. Des plages de Copacabana aux terrains olympiques, le volley-ball a une histoire riche et captivante au Brésil.

Les origines et l'essor du beach-volley
Apparu en 1920 en Californie, le beach-volley s’est progressivement propagé en Europe et sur la côte orientale de l’Amérique latine, comme au Brésil. Rio est devenu l’épicentre de ce sport, comme elle l’est du football. De nouveaux joueurs commencent à trouver leur vocation de Fortaleza à João Pessoa en passant par Vitória. Dès la fin des années 1940, des tournois sont organisés.
En 1987, sous le regard du Christ rédempteur en haut du relief de Corcovado, des joueurs internationaux viennent s’échanger la balle lors du premier championnat du monde non officiel. L’année suivante, la Fédération nationale de volley-ball (FNVB) décide de créer ses propres championnats du monde. La première édition officielle s’est tenue à Los Angeles (États-Unis). Elle a été remportée haut la main par les paires constituées de Rogerio Ferreira et Guilherme Marques chez les hommes, et de Sandra Pires et Jackie Silva chez les femmes.
Dès son inscription aux jeux Olympiques d’Atlanta en 1996, après avoir été un sport de démonstration à Barcelone en 1992, le beach-volley explose en popularité. Ainsi, les volleyeurs de plage brésiliens se hissent parmi les meilleurs en remportant presque systématiquement les tournois. Depuis la première édition, le pays a remporté treize médailles olympiques et excelle dans les autres compétitions, aussi bien sur le plan national qu’international ; vingt-neuf fois le titre de champion d’Amérique du Sud, deux Coupes du monde, trois titres de champion du monde. De toutes les nations, le Brésil est le pays qui remporte le plus de médailles.

Depuis son introduction à Atlanta, il y a vingt ans - après avoir été sport de démonstration à Barcelone en 1992 -, le beach-volley est un rayon de soleil pour le Brésil, plutôt habitué à la grisaille olympique. En excluant l’édition en cours, où Felipe Almeida Wu a rapporté au pays hôte sa première récompense, avec l’argent au tir au pistolet, les représentants auriverde ont seulement récolté 108 médailles olympiques. Malgré sa jeune histoire olympique, le beach-volley est devenu le cinquième plus gros pourvoyeur de médailles brésiliennes, derrière le judo (19), la voile (15), l’athlétisme (14) et la natation (13). Et largement devant le football (7), sport roi qui, paradoxalement, n’a jusqu’à présent jamais rapporté un seul titre olympique à la patrie de Pelé et Neymar. Depuis 1996, un sixième des médailles du Brésil aux Jeux d’été (11 sur 69) l’ont été sur un terrain de vôlei de praia.
Les succès brésiliens aux Jeux Olympiques
- 1996 Atlanta: Or (Femmes)
- 2004 Athènes: Or (Hommes)
- 2016 Rio: Or (Hommes)
- Nombre total de médailles olympiques: 13
Copacabana, berceau du beach-volley brésilien
Le décor, réchauffé par un soleil généreux, est onirique. Des tribunes de la Beach Volleyball Arena de Rio, la plupart des spectateurs peuvent admirer l’immensité bleue de l’océan Atlantique. L’enceinte éphémère, une impressionnante structure métallique pouvant accueillir 12 000 personnes, a été dressée en plein milieu de la célèbre plage de Copacabana. Un lieu choisi comme une évidence.
Sur cette étendue de sable longue de plus de 4 kilomètres, les Cariocas viennent toute l’année disputer des parties de beach-volley, de foot-volley ou de frescobol, un jeu de raquettes typiquement brésilien. Pour la sportive, il n’y avait pas de meilleur endroit pour accueillir la compétition : « Quand on parle de beach-volley, tout le monde pense à Rio, à Copacabana. Si vous allez vous promener sur la plage, juste à côté, vous verrez beaucoup de gens qui le pratiquent avec passion. C’est un sport où il faut jouer en étant content. Il y a du soleil et du sable, les gens adorent ça. »

«Ici la torcida (les supporters) est différente, dit Alison Cerutti. Elle nous pousse, nous fait sauter plus haut, jaillir plus vite.» Surnommé «le Mammouth», il est né et a grandi à 100 mètres de l'actuel stade de beach volley. À Copacabana, c'est comme si le spectacle avait commencé avant même que le match ne débute. Et les espoirs solides, autour du beach-volley plus que pour n’importe quelle autre discipline.
Les "Sorcières de l'Orient" : une légende du volley-ball
L'histoire du volley-ball ne se limite pas au Brésil. Il est incroyable qu’elles soient si peu connues aujourd’hui. Julien Faraut est allé à leur rencontre, soixante ans plus tard. Cette histoire nous conduit dans une usine textile au Sud d’Osaka. C’est là que les joueuses dormaient, travaillaient et s’entrainaient, je vous laisse imaginer leur rythme de vie (c’est encore pire que ce que vous pensez). Après avoir remporté tous les titres au Japon, cette équipe d’ouvrières a été choisie pour représenter le pays aux championnats du monde de volleyball en 1960 à Rio.
Elles vont jusqu’en finale. Quelques mois plus tard, le groupe part faire une tournée dans toute l’Europe. C’est le début d’une épopée spectaculaire. « Au début on était "le Typhon de l’orient", explique l’une des joueuses. En Bulgarie, en Roumanie, en Pologne et en Tchécoslovaquie, comme on a écrasé nos adversaires, on a dit qu’un typhon avait débarqué de l’Orient, mais qu’en URSS, le typhon s’épuiserait. C’est ce que disaient les médias. Et puis, en URSS, on a encore gagné. C’est à ce moment-là, à la 22ème victoire d’affilée, qu’on est devenues les sorcières de l’orient. » Le mot « sorcière » n’est pas bien vu du tout au Japon. Mais les joueuses ont compris qu’il était employé parce qu’elles accomplissaient des exploits qui semblaient impossibles. Alors va pour les sorcières ! En 1962, elles sont sacrées championnes du monde.
Et c’est à ce moment-là que le volleyball devient une discipline olympique. Les JO, qui plus est, sont organisés à Tokyo. La pression est immense. Et elles ont gagné. La séquence qui relate la finale donne la chair de poule. Sur la forme, ce film ne ressemble pas à un documentaire sportif. Il brise tous les codes. Il est truffé de trouvailles visuelles et d’effets de montage. Le travail sur la musique, aussi, est magnifique. Des images de dessins animés s’entremêlent aux prises de vue réelles, Jeanne et Serge ne sont jamais loin.
En voyant les Sorcières de l’Orient s’entrainer, on prend la mesure du niveau ahurissant d’exigence. L’entraineur de cette équipe, Daimatsu, fait peur, tant il pousse ses joueuses vers l’épuisement total. On les voit au bord de l’évanouissement, tandis qu’il continue à leur lancer frénétiquement des ballons, comme un automate, pour travailler leur réception. Était-il fanatique ou exigeant ? A quel prix va-t-on décrocher des médailles ? Cette équipe, comme souvent, raconte bien autre chose que du sport. Il y a là un concentré d’humanité. Il est question d’abnégation, de volonté, du pouvoir ahurissant du collectif. Mais aussi d’histoire avec un grand H. Car le Japon des années 60 est en pleine reconstruction. Cette équipe de jeunes ouvrières, victorieuses à Tokyo, deviennent le symbole du miracle japonais. Les Sorcières de l’Orient, au total, ont enchainé une série de 258 victoires. 258 matchs d’affilée sans défaite ! Le record est toujours invaincu à ce jour. Julien Faraut, en tentant de percer le mystère de leur réussite, propose un très beau geste de cinéma. Les sorcières de l’Orient : un documentaire à voir sur OCS.