L'engouement pour le volley-ball au Japon : quand le sport rencontre le phénomène "idol"

Au Japon, le volley-ball transcende le simple cadre sportif pour devenir un véritable phénomène culturel, où les joueurs sont élevés au rang d'idols et suscitent une passion dévorante chez les fans.

TOP 20 Japan’s Creative Volleyball Tactics That Shocked the World !!!

Cet engouement, alimenté par une combinaison de facteurs historiques, culturels et médiatiques, transforme les matchs en spectacles vibrants et les athlètes en figures adulées.

Un match de volley-ball au Japon.

Des joueurs traités comme des boys bands

Markettés comme des boys bands, les joueurs de volley-ball au Japon provoquent une furie contagieuse. Dans un Ariake Coliseum plein à craquer près de la baie de Tokyo, Sonoko, munie d'un immense téléobjectif, admire le dos du n° 8 des Tokyo Great Bears, Masahiro Yanagida, l’étoile du club. Elle l’a déjà shootée des milliers de fois, alors cette colonne vertébrale, elle la connaît par cœur. Parmi les 10 000 spectateurs, majoritairement des femmes, une vingtaine de privilégiées profitent de sièges au bord du terrain.

Une affection méthodique qui rappelle celle que leurs fans portent aux idols, les stars de la J-pop. Mari, assise à côté de sa mère, est une inconditionnelle de Masahiro Yanagida, dont elle est membre du fan-club personnel : « Je l’ai découvert pendant la Coupe du monde 2015. J’ai adoré son magnifique service. Ce n’était pas que de la force, c’était aussi très fin. »

Face aux Osaka Blazers Sakai, les supportrices tokyoïtes agitent des cartons fuchsia, créant des vagues de love. Pliés en accordéon, les cartons sont ensuite frappés en rythme dans un bruit de crépitement XXL. La température monte encore quand l’écran géant affiche un à un les profils des joueurs posant comme des mannequins en tenue de ville. Pour un peu, on dirait des spots Uniqlo. Les supportrices s’époumonent à chaque nouvelle apparition. Surtout quand vient le tour du n° 8.

Une stratégie de communication axée sur le spectacle

Ce défilé, c’est un incontournable chez les Great Bears, le club de Tokyo qui participe à la V.League, la première division masculine de volley-ball. Sho Nose, le responsable de la communication, résume : « Sur le terrain, on essaie de jouer vite car notre taille moyenne est assez basse. Ça crée beaucoup de spectacle. Et, indépendamment du résultat, on essaie surtout de faire passer un bon moment aux spectateurs en développant une atmosphère excitante avec des DJ et des MC. »

Pour resserrer les liens en dehors du championnat, les Ours organisent aussi des événements « meet and greet » où, pendant quelques secondes, les fans peuvent saluer et échanger quelques petits mots avec les joueurs. Un classique du show-business japonais.

L'héritage des "Sorcières" et de "Jeanne et Serge"

En 1964, Tokyo accueille les Jeux olympiques. Inscrit au programme, le volley-ball est le premier sport d’équipe à proposer une épreuve féminine. Bonne idée du comité d’organisation, puisque, lors de ce premier tournoi, l’équipe du Japon, dont les joueuses sont surnommées « Les Sorcières », triomphe.

Un exploit qui allait faire germer dans la tête de la mangaka Chikako Urano l’idée d’un manga sur le volley féminin. Il sortira en 1968 sous le nom d’Atakku Nanbā Wan (dont l’anime sera traduit en français « Les Attaquantes »). Le premier à provoquer un phénomène et qui sera suivi d’Atakkā Yū! en 1984 qui arriva en France sous le nom de « Jeanne et Serge » avec une héroïne aux cheveux orange à la teinte introuvable dans le nuancier Pantone. La romance autour d’un ballon de volley suscita tant de vocations en France qu’elle engorgea les clubs jusqu’à les contraindre à jouer les physios pour ne pas laisser entrer tout le monde.

Jeanne et Serge, un manga qui a popularisé le volley-ball.

Le rôle de la télévision et des boys bands

Le lien entre volley et musique vient assez logiquement alors qu’il a été développé à dessein par la télévision japonaise : pendant des années, les matchs de volley diffusés sur Fuji TV étaient ainsi précédés de clips des Johnny’s, le nom d’une agence formant des boys bands très populaires dans l’archipel. Des chanteurs à l’eau de rose prônant l’amitié et les sentiments. Une façade qui cachait cependant les agressions sexuelles commises par le patron Johnny Kitagawa et qui n’ont été révélées qu’après sa mort. Mais quand l’affaire n’était pas encore sortie, l’image des volleyeurs s’entrelaçait à la perfection avec celle des chanteurs. Un mélange des genres profitable pour les sportifs, leur accolant une image glamour.

2014, une année charnière

Dans l’engouement pour les manchettes, les smashs et les belles gueules, 2014 est assurément une année décisive. Journaliste pour le Sports Nippon Shimbun, Hiroshi Yanagida replace : « En 2013, l’équipe nationale japonaise avait échoué à se qualifier pour le Championnat du monde masculin. L’année d’après, ils ont tout changé en rajeunissant l’effectif. »

Le plan est simple : le sport universitaire étant adoré au Japon, quatre étudiants sont promus en sélection, les Next 4, un blase de groupe. « Bons et beaux, ils ont immédiatement marqué les jeunes japonaises et on en a vu de plus en plus dans les tribunes », se souvient le reporter. Parallèlement, le manga de volley-ball Haikyū!! lancé en 2012 décolle. D’ailleurs, Production I.G, qui produit l’anime, est l’un des sponsors actuels des Tokyo Great Bears. La machine s’autoalimente en permanence. Et les résultats suivent. L’équipe nippone s’est classée 3e en 2023 lors de la Ligue mondiale, une compétition qui rassemble les meilleures sélections.

Elle compte notamment sur trois stars : Ran Takahashi, Yuki Ishikawa et Yuji Nishida. Avec 1,86 m, ce dernier est considéré comme petit. Mais sa détente verticale est digne de Shōyō dans Haikyū!!. En plus, le garçon s’est marié avec la réceptionneuse-attaquante de l’équipe japonaise Sarina Koga. Les fans en transe.

Un robot bloqueur de balle pour améliorer l'entraînement

L'Université de Tsukuba, ville du centre du Japon, a développé un robot bloqueur de balle après la médaille de bronze de l'équipe féminine de volley aux Jeux Olympiques de Londres en 2012, leur première médaille olympique depuis 1984. L'objectif était de les entraîner encore plus intensément pour les préparer aux futures compétitions, maintenant qu'elles avaient démontré à nouveau leur potentiel.

Comme l'explique un article de What's Up Japan, bien que le robot ait été conçu par une équipe d'ingénieurs de l'Université de Tsukuba, menée par Hiroo Iwata, l'idée originelle de la machine ne vient pas d'eux. C'est Masayoshi Manabe, ancien joueur de volley et coach de l'équipe féminine au moment de leur victoire aux Jeux Olympiques de 2012, qui tombe un jour sur un robot gardien de but en regardant une émission populaire à la télévision locale. Intrigué, il se demande s'il peut adapter l'idée à un filet de volleyball.

Et voilà le résultat : un engin de neuf mètres de large, avec trois paires de bras pouvant coulisser très rapidement sur toute la largeur du filet et étendre leurs bras jusqu'à 3,2 mètres de haut. Contrôlé par une tablette, le robot possède une base de données contenant une infinité de situations de jeu réelles, et adapte ses mouvements en fonction. Une infinité de scénarios de contre est donc possible.

Un robot bloqueur de balles développé par l'Université de Tsukuba.

JO de Paris 2024 : Team Japan sera l'une des plus encouragées

Alors que les Jeux en France se profilent, Mari avoue n’avoir toujours pas pris sa décision pour en être ou pas. Qu’importe, Team Japan sera assurément l’une des plus encouragées aux JO. Comme elle, on croise d’autres supportrices dans l’immense queue qui conduit aux toilettes pour femmes. Compulsant son téléphone, Misato montre sa messagerie Line, la plus populaire au Japon. Elle n’échange pas avec n’importe qui, mais avec le compte de Yanagida. Il est partout !

De retour dans les tribunes pour voir les Ours s’imposer, Mari sourit, mais n’est pas dupe : « On se rend compte que les volleyeurs sont désormais traités comme des idols. Les clubs et les joueurs ont compris que c’était une bonne façon d’attirer les gens. Mais le problème, c’est peut-être que les clubs et la ligue présentent maintenant les joueurs de façon trop personnelle. C’est presque comme si l’équipe n’existait plus. » La jeune femme appartient, elle, a une équipe solide : les otakus du volley.

tags: #volley #ball #japon