La Nouvelle-Zélande, Vainqueur de la Première Coupe du Monde de Rugby en 1987

La Coupe du monde de rugby à XV est une compétition internationale masculine qui se déroule, tous les quatre ans, depuis 1987. Elle est ouverte à toutes les fédérations reconnues par World Rugby (anciennement IRB). La première édition s’est déroulée conjointement en Nouvelle-Zélande et en Australie en 1987. Seules seize équipes étaient invitées.

La tenue d'une Coupe du monde de rugby a longtemps semblé impensable, concernant un sport ancré dans la tradition issue de la Grande-Bretagne du xixe siècle et dont les dirigeants ont toujours fait du respect de la notion d'amateurisme une priorité. Néanmoins, les dirigeants de l'International Board, réunis à Paris le 22 mars 1985, ont décidé de la création de la Coupe du monde, sous l'impulsion de Nicholas Shehadie, président de la Fédération australienne, et d'Albert Ferrasse, président de la Fédération française, malgré les réserves des Anglais et des Gallois et la franche hostilité des Écossais et des Irlandais.

Le trophée récompensant le vainqueur de cette compétition est appelé William Webb Ellis Trophy, en hommage à l'étudiant qui aurait inventé le rugby en 1823.

Statue de William Webb Ellis à Rugby School

Les Préliminaires de la Compétition

Seize pays sont invités à disputer cette première édition de la Coupe du monde. L'Afrique du Sud n'en fait pas partie, en raison de sa politique d'apartheid qui l'exclut du concert des nations.

Le premier match de l'histoire de la Coupe du monde oppose, le 22 mai à l'Eden Park d'Auckland, dans la poule C, la Nouvelle-Zélande à l'Italie. L'ampleur du score (70 points à 6 en faveur des All Blacks) souligne déjà les limites de cette compétition, les différences de niveau se révélant par trop flagrantes. Lors de cette rencontre, l'ailier néo-zélandais John Kirwan éblouit les observateurs par son talent, en slalomant dans la défense italienne sur 80 mètres pour inscrire un magnifique essai. Les Fidji, malgré deux défaites face à la Nouvelle-Zélande (74-13) et à l'Italie (18-15), se qualifient également pour les quarts de finale.

Dans la poule A, l'Australie bat l'Angleterre (19-6) le 23 mai à Sydney et s'assure la première place. Les Anglais, vainqueurs des Japonais (60-7) et des Américains (34-6), se qualifient également.

Dans la poule B, le pays de Galles bat l'Irlande (13-6) le 25 mai à Wellington. Les deux équipes britanniques se qualifient, malgré une honnête résistance du Tonga et du Canada.

La France, qui vient de réussir le Grand Chelem dans le Tournoi des cinq nations sous le capitanat de Daniel Dubroca, est versée dans la poule D en compagnie de l'Écosse, de la Roumanie et du Zimbabwe. Le 23 mai à Christchurch, le premier match est capital : la France rencontre l'Écosse ; le perdant devra affronter les All Blacks en quarts de finale. Longtemps menés au score, les Tricolores doivent leur salut à Serge Blanco, un arrière de génie : alors que la marque est de 16 points à 14 en faveur des Écossais à cinq minutes de la fin du match, il surprend partenaires et adversaires en jouant rapidement à la main une pénalité et marque un essai entre les poteaux. Mais l'Écosse revient grâce à un essai de Matthew Duncan et le match se termine sur une égalité (20-20), Gavin Hastings manquant la transformation qui aurait donné la victoire à son équipe. En fait, ce match nul correspond à un succès pour les Tricolores, puisque, selon le règlement, la France, qui a inscrit un essai de plus que l'Écosse (trois contre deux), se verra classée en première position. Le XV de France dominera sans inquiétude la Roumanie (55-12) et le Zimbabwe (70-12).

Le Parcours Vers la Victoire des All Blacks

La première Coupe du Monde de rugby s'est déroulée en Nouvelle-Zélande en 1987 et les All Blacks l’ont emporté sur leur sol en battant la France en finale, 29-9.

L'organisation de la Coupe du monde avait exilé ce match à la périphérie de la ville de Concord-Oval et un stand carré aux vastes tribunes. Il ne possède pas la capacité ni la majesté du Criket-Ground. C’est donc sur un terrain de banlieue où se pressaient 30 000 spectateurs que le Quinze de France a signé, dans un après-midi de soleil, un des plus grands exploits de son histoire, rejoignant ceux de Lucien Mias à Johannesburg en 58 et celui de Jean-Pierre Rives a Auckland en 79.Celui d’hier fut imprévu, dur, terrible et seulement acquis à la dernière seconde du match.

Serge Blanco, à la conclusion de quatre mouvements de haut vol qui avaient balayé le terrain, plongea tout à fait en coin, juste sous nos yeux. Que sa course sembla longue I Dans un dernier effort, trois avants australiens revenaient en travers, ils espéraient pousser l’arrière en touche. Blanco, que Charvet avait lancé, avançait, déroulait sa mécanique de félin. Il restait deux mètres. Le stade entier hurlait, même les journalistes japonais avaient perdu leur réserve habituelle. Poings serrés, debout, bouche ouverte, ils accompagnaient l’arrière français.

À l’autre bout du stade, l’aiguille de la grande horloge qui marquait très exactement le temps réel du jeu était dans la zone rouge. C’était fini. Du bord de la touche, Didier Camberabero bottait et passait sa quatrième transformation de la journée. Aussitôt après, la sirène qui signalait la fin du match brama comme pour annoncer que le temps de l’usine était terminé. Sur le terrain les joueurs s’embrassèrent. Ringland, l’ailier irlandais se jeta dans les bras de Blanco. Aucun des 30 000 Australiens ne pouvait croire à la défaite de son équipe

30 points à 24 : 4 essais pour les Français, 4 transformations, 2 pénalités contre 2 essais, 2 transformations, 2 pénalités et 1 drop. Ce n’est certainement pas dans ces chiffres que l’on se rappellera de ce match. On se souviendra beaucoup plus de la vraie maîtrise d’une équipe qui donna un jeu royal mettant quinze joueurs à l’unisson dans un rare et unanime état de grâce. Les avants, les premiers, subirent la loi d’une rencontre attaquée à 100 à l’heure.

En trente minutes, l’Australie marqua neuf points. Un drop, deux pénalités de Linagh, l’ouvreur. Combien de Français, autrefois, aussi loin de leurs terres, se seraient éparpillés, auraient baissé les bras. Il aurait suffi à cet instant précis qu’un seul d’entre eux renonce pour que dans un grand enchaînement de château de cartes, le Quinze entier s’écroule et soit emporté par la tourmente australienne. Ce fut le premier sujet de notre admiration. Trois fois ramenés sous leurs poteaux, les Français serrèrent les dents, se remirent à l’ouvrage avec une obstination de montagnard. Sur le banc de la presse, nous nous regardions, véritablement dépités. C’était trop injuste.

On devinait que la lutte, sur le terrain, était favorable. Campbel, ce kangourou de seconde ligne, en avait fait les frais. Peu après, Papworth le suivait à l’infirmerie, personne pour autant n’avait gagné.

Sella s’infiltrait, côté fermé, plaçait un crochet intérieur qui laissait sur place trois défenseurs. Essai entre les poteaux. Pour la première fois, la France menait.

Les Français choisirent les deux meilleurs moments pour marquer à cinq minutes de la fin de la mi-temps, un vaste mouvement vint mourir à 2 mètres de la ligne de buts. Cuttler, le 4 australien, sauta le plus haut, Lorieux l’attendait au sol, lui arracha la balle et s’écroula en but. Étonnant, Lorieux. Il était bien oublié le pompier malheureux qui ne pourrait pas tenir une hache sans s’ouvrir le pied. Le match de l’ancien grenoblois fut celui d’un homme fort, plus fort que les cow-boys. Ici, plus effrayant dans les moments de bagarre, plus ardent dans les regroupements et chaque fois épaulé par un Rodriguez à la moustache sombre et à l’œil noir. Ces deux, véritablement, ont fait peur. Du bord de la touche, Camberabero, le dernier appelé et qui venait de rater deux pénalités dont on aurait eu bien besoin, passa la transformation. 9-6 à la mi-temps, on se dit que le vent avait tourné.

On en eut l’immédiate confirmation, à peine la rencontre recommença-t-elle. Touche. Charvet pressait, appelait un regroupement, à nouveau Lorieux y imposait ses biceps. Sella s’infiltrait, côté fermé, plaçait un crochet intérieur qui laissait sur place trois défenseurs. Essai entre les poteaux. Pour la première fois, la France menait.

Alors, le match s’emballa et atteignit un sommet de jeu auprès duquel notre victoire contre les Ail Blacks, l’automne dernier, à Nantes, fait figure de chétive. Il faut ici rendre hommage aux Australiens. Eux se sentirent brusquement menacés et comme défiés sur leurs terres. La réaction donna le spectacle de deux équipes très proches l’une de l’autre, quoique à la puissance mal partagée. Rodriguez, Lorieux, Champ et le front de mêlée accentuèrent leur pression. On savait que le vainqueur l’emporterait de peu. Campese, en marquant un essai, redonna l’avantage à son camp. Lynagh assura la transformation. 15-12. Il ne fallait pas les laisser s’échapper, pensait-on. On ferma les yeux pour ne pas voir de demi d’ouverture austral en, vingt-deux mètres en face des poteaux, tenter aussitôt après une pénalité. Une broutille pour un butteur de son calibre. La foule australienne poussa un « oh ! » de désappointement. La balle avait frappé un poteau. Elle était passée à côté. « Ce fut le tournant du match », dira, plus tard, Alan Jones, l’entraîneur wallaby. Quatre minutes plus tard, un petit côté, emmené par Chan/et-Blanco envoyait Lagisquet à l’essai. La France reprenait la tête. 18-15. Puis 21-15 (une pénalité de Camberabero sur un hors-jeu des trois-quarts australiens).

D’un regroupement où les avants australiens avaient été, une fois de plus broyés, jaillit le plus bel essai de cette Coupe du monde.

Il restait un quart d’heure. En un quart d’heure l’Australie refit son retard, passa devant et perdit, au terme d’une course-poursuite qui laissa le stade sans voix, les joueurs sur les rotules et Alan Jones extrêmement dubitatif. À un mètre de la ligne de but française, après un immense coup de pied de Lynagh, Codey ramassa un ballon qui sortait en tanguant d’un regroupement et marqua. 24.21. On crut vraiment que la dernière chance française s’était envolée. L’arbitre, M. Anderson, siffla alors un hors-jeu de la troisième ligne adverse. Nous étions revenus dans les vingt-deux mètres adverses. Camberabero, à gauche des buts, prit son élan. La balle passa entre les poteaux. 24 partout. Il restait deux minutes à jouer. L’ombre noyait le terrain du Concord Oval. Les petits supporters australiens, qui s’apprêtaient à envahir la pelouse, s’assirent à nouveau. Un silence étrange tomba sur le stade.

D’un regroupement où les avants australiens avaient été, une fois de plus broyés, jaillit le plus bel essai de cette Coupe du monde, avec quatre relais, un coup de pied de recentrage, une reprise de balle de Pascal Ondarts, comme un pelotari à main nue ramasse une balle sur le point de mourir, une charge de Rodriguez, Serge Blanco et sa foulée noire qui plongeait sur le drapeau de touche. La France venait de vaincre le signe austral.

Les All Blacks sortiront grands gagnants de la compétition, face à l'Equipe de France, sur le score de 29 à 9.

Finale de la Coupe du monde de rugby de 1987 - Nouvelle-Zélande v France - Points forts étendus

Les Défis et l'Avenir du Rugby Mondial

Des voix se sont élevées dans le monde du rugby pour élargir la Coupe du monde. La Roumanie, grâce à deux victoires et un nul face à la France, a prouvé qu’elle avait sa place dans la compétition internationale, tout comme les Fidji qui, au cours des années 1950 a terrassé à deux reprises l’Australie. Mais, figé dans la tradition, le Board reste sourd à ces revendications et prolonge une Coupe du monde à huit équipes. L’Afrique du Sud est également l’objet de nombreuses critiques dues à sa politique d’apartheid.

Cette troisième édition fut un succès populaire mais il est clair que la compétition doit désormais évoluer : le tirage au sort pour déterminer les matchs doit-il perdurer ? L’élargissement à d’autres nations doit-il s’effectuer ? Si oui, combien ?

Depuis le début du xxe siècle (1910 plus précisément), le calendrier du rugby est rythmé par un événement annuel incontournable pour les cinq équipes majeures de l'hémisphère Nord (Angleterre, Écosse, Irlande, pays de Galles, France) : le Tournoi des cinq nations. Les confrontations entre ces cinq équipes de l'hémisphère Nord et les pays de l'hémisphère Sud (Afrique du Sud, Nouvelle-Zélande et Australie) se produisent à l'occasion de tournées épisodiques. Quelques pays (Roumanie, Italie, Japon...), le plus souvent sur l'initiative de la France, connaissent parfois l'honneur de se voir invités à disputer un match.

Palmarès des 9 Premières Éditions

Seules quatre nations figurent au palmarès de la Coupe du Monde. La Nouvelle-Zélande a remporté trois fois le trophée en 1987, 2011 et 2015, tout comme l'Afrique du Sud en 1995, 2007 et 2019. L'Australie a gagné deux fois en 1991 et 1999 et l'Angleterre est sortie victorieuse de la compétition en 2003, seul pays de l'hémisphère Nord à s'emparer du trophée planétaire. La France a été présente trois fois en Finale (1987, 1999, 2011).

Édition Vainqueur Finaliste
1987 Nouvelle-Zélande France
1991 Australie Angleterre
1995 Afrique du Sud Nouvelle-Zélande
1999 Australie France
2003 Angleterre Australie
2007 Afrique du Sud Angleterre
2011 Nouvelle-Zélande France
2015 Nouvelle-Zélande Australie
2019 Afrique du Sud Angleterre

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