Un accord à l'amiable a été trouvé entre Gisèle Pelicot et Paris Match, a appris franceinfoTV de l'un des avocats de la plaignante ce mardi. La victime du procès des viols de Mazan avait assigné le magazine pour atteinte à la vie privée et au droit à l'image.
C'est le résultat d'un accord à l'amiable entre Gisèle Pelicot et Paris Match. Gisèle Pelicot avait assigné en justice le magazine pour atteinte à la vie privée.
Le magazine avait publié des photos de Gisèle Pelicot prises sans son accord. Elles avaient été publiées en une du magazine le 17 avril.
L'affaire sera examinée le 11 juin à 13h30, ont précisé Mes Antoine Camus et Stéphane Babonneau dans un communiqué.
Dans son édition du 17 avril, l'hebdomadaire avait publié sept photographies de Mme Pelicot sur lesquelles on la voyait accompagnée d'un homme présenté comme son nouveau compagnon, déambuler dans les rues de la localité où elle réside désormais, selon Paris Match.
Selon ses avocats, l'hebdomadaire avait été destinataire d'une mise en demeure avant publication. "Il est encore une fois question ici de consentement et de libre arbitre: deux principes fondamentaux que Paris-Match a cru pouvoir ignorer en privant unilatéralement Gisèle Pelicot de la maîtrise de ce qu'elle déciderait de partager ou non sur sa vie privée", ont déclaré Antoine Camus et Stéphane Babonneau.
Pour ces sept photos volées, Paris Match devra verser 40.000 euros à deux associations de défense des femmes victimes de violence.
A la demande de la septuagénaire et en guise d'indemnisation, le journal "devra verser 40 000 euros à deux associations", précise son avocat Stéphane Babonneau.
Gisèle Pelicot ne demandait pas de "réparation à titre personnel", précisent ses avocats, mais cet accord va permettre "d'aider à la protection d'autres victimes".
Les deux structures choisies accompagnent des victimes de violences faites aux femmes.
Deux associations recevront 20.000 euros. Paris Match va verser 20.000 euros à l'association Isofaculté de Mazan.
La moitié - 20.000 euros - ira à l'association Isofaculté de Mazan. Cette association propose à des femmes victimes de violence un accompagnement par la médiation du cheval.
20.00 euros seront aussi versés à Womensafe & Children, une autre association de défense des femmes victimes de violence.
Gisèle Pelicot arrive au tribunal judiciaire d'Avignon, le 19 décembre 2024, avant le verdict.

Isofaculté : Un accompagnement par la médiation du cheval
Isofaculté avait organisé la marche blanche en soutien à Gisele Pelicot au moment du procès des viols de Mazan.
L'association Isofaculté annonce qu'elle pourra accompagner à Mazan davantage de femmes victimes de violences.
Chloé Rodriguez, la directrice d'Isofaculté à Mazan explique qu'il y a une morale à ce que Paris Match verse l'argent de l'accord sur les photos volées à l'association Isofaculté : "C'est pour nous vraiment une chance que Madame Pelicot puisse nous donner cet argent via Paris Match.
On accompagne depuis trois ans maintenant des femmes victimes de violences par la médiation du cheval. Ces 20.000 euros serviront bien sûr à accompagner davantage de femmes l'année prochaine sur des séances individuelles avec les chevaux.
En octobre 2024, nous avions organisé la marche blanche à Mazan en honneur de Gisèle Pelicot. Elle était venue rencontrer les femmes que nous accompagnions et la rencontre avait été intense.
Il y a quelque chose de moral, car prendre des photos à l'insu de quelqu’un, c'est aussi une violence. Que Paris Match verse de l'argent pour accompagner des femmes victimes de violences, je pense que c'est un geste cohérent".
La directrice d'Isofaculté a calculé que l'association de Mazan va "quasiment pouvoir doubler le nombre de femmes qu'on accompagne grâce aux dons de mMdame Pelicot. Ça permet d'aider une soixantaine de femmes.
Généralement, les femmes sont accompagnées sur huit mois, donc ça pourra aussi permettre d'augmenter le temps d'accompagnement, de proposer des parcours individualisés, de doubler parfois les séances et d’adapter le projet aux spécificités de chaque femme".
L'impact de Gisèle Pelicot
Devenue une icône féministe à la suite du procès des viols de Mazan, Gisèle Pelicot réclame au magazine 30.000 euros de dommages et intérêts ainsi que la publication de la condamnation à sa Une, selon l'assignation consultée par l'AFP.
La septuagénaire, qui pendant une décennie avait subi des dizaines de viols par son ex-mari qui l'avait préalablement sédatée, et d'au moins une cinquantaine d'inconnus recrutés par celui-ci sur internet, avait fait face pendant quatre mois à ses agresseurs devant la cour criminelle de Vaucluse entre septembre et décembre.
Elle était devenue une icône féministe notamment après avoir permis un procès public en refusant un huis clos, afin que la "honte change de camp", selon ses mots, et ne pèse plus sur les épaules des victimes de viols.
Gisèle Pelicot a d'ailleurs été désignée parmi les "100 personnes les plus influentes de 2025" par le magazine américain Time mi-avril.
"Aujourd'hui elle se reconstruit et se concentre sur son livre pour garder le contrôle de son histoire", avait expliqué Me Antoine Camus, démentant "tout contrat" pour une adaptation cinématographique avec la plateforme américaine HBO, comme l'avance Paris Match.
Gisèle Pelicot refuse le huis clos que lui propose alors le président de la cour criminelle. « Je veux que toutes les femmes victimes de viol se disent “Mme Pelicot l’a fait, on peut le faire”. Je ne veux plus qu’elles aient honte. La honte, ce n’est pas à nous de l’avoir, c’est à eux », explique la septuagénaire lors de l’ouverture du procès.
Impressionné par sa détermination et par son courage, le « Financial Times » l’a nommée parmi les 25 femmes les plus influentes de l’année 2024. Le magazine « Time » l’a, quant à lui, sélectionnée parmi les femmes de l’année 2025. « Une femme ordinaire qui, face à une tragédie person- nelle, a agi de manière extraordinaire », a écrit le journal américain.
Touchée par « sa dignité » et « son courage », Camilla, reine consort du Royaume-Uni, lui envoie une lettre. Dans un pays où 94 % des affaires de viol sont classées sans suite, elle a bouleversé les règles et pourrait bien être à l’origine de changements sociétaux et juridiques.
Mme Pelicot a reçu la Légion d'honneur en 2025, suite au courage, à la grâce et à la dignité incroyables avec lesquels elle a renoncé à son droit à l'anonymat lors du plus grand procès pour viol en France. Le courage de Mme Pelicot à s'exprimer au nom de toutes les victimes lui a valu l'admiration mondiale, et plus tôt ce mois-ci, elle a publié un livre de mémoires.

Voici une brève récapitulation des bénéficiaires de l'accord :
| Association | Somme versée | Objectif |
|---|---|---|
| Isofaculté | 20 000 € | Accompagner les femmes victimes de violences par la médiation du cheval. |
| Womensafe & Children | 20 000 € | Défendre les femmes victimes de violence. |