En rugby, la tradition veut que l'on se retrouve après le match avec les adversaires et les supporters pour boire un coup et refaire le match. C'est la fameuse 3e mi-temps, un moment particulier où tout peut arriver et d'où découlent parfois des histoires mémorables. Il est de fait difficile de donner une définition exacte de la 3e mi-temps. Cependant, voici quelques éléments qui peuvent vous aider à vous faire une idée:
- Porter un t-shirt est facultatif
- Tous les protagonistes ont une très bonne résistance à l’alcool
- Un verre n'est jamais vide
- Les rapports entre hommes changent
- C'est avant tout un moment convivial
- Match gagné…match perdu, même ambiance
- J’ai très rapidement mal à la tête
- L’arbitre a toujours le mauvais rôle
- Je raconte pour la 25e fois mon gros plaquage... que personne n'a vu
- Il y a souvent un invité surprise
- Jouer aux fléchettes peut devenir un sport dangereux
- On en vient parfois aux mains
- Tout le monde sait se tenir
- La bière ne se boit pas de manière conventionnelle
- On se fait plaisir sur la nourriture

La troisième mi-temps est un moment festif après le match, aussi important que la rencontre elle-même. Probablement la mi-temps la plus technique, ou en tout cas la plus longue.
Emilien Le Logeais, directeur associé chez Oresys, un cabinet de conseil en management, organisation et système d'information, a été rugbyman amateur pendant de nombreuses années. Il souligne volontiers que la troisième mi-temps a toujours été son moment préféré dans ce sport. L'occasion rêvée de lui demander s'il y a des analogies entre cette fameuse troisième mi-temps et les moments récréatifs de la vie de bureau.
Les Analogies en Entreprise
« Outre son caractère de convivialité, la troisième mi-temps rassemble l'ensemble des protagonistes du match qui vient de se dérouler, expose en préambule Emilien Le Logeais, les joueurs des deux équipes mais aussi les remplaçants, le staff, l'arbitre, les supporters. Une excellente occasion de tirer les enseignements du match en question, même si cela se fait avec plus ou moins de perspicacité. » Autrement dit, il ne s'agit pas seulement de lever de coude. À preuve, le directeur d'Oresys déroule trois types de troisième mi-temps susceptibles d'être accolés à l'entreprise.
La troisième mi-temps « corporate »
Il s'agit du concept qui s'impose le plus spontanément quand on veut trouver un équivalent de la troisième mi-temps au bureau. « On est dans le cadre d'une grand-messe annuelle, par exemple un voyage pour célébrer les 5, 10 ou 20 ans de l'entreprise, résume le directeur associé chez Oresys, ce peut être aussi une manifestation festive pour saluer les bons résultats obtenus par les équipes. » Sans oublier un bon contrat qu’on salue , une équipe qui s'étoffe ou l'intégration d'une nouvelle entité. « Quel que soit le motif, les managers disposent d’une bonne opportunité pour fédérer les collaborateurs. »

La troisième mi-temps « projet »
« Le mode projet est très courant en entreprise et se révèle assez proche d'un match de rugby au cours de ses différentes phases », reprend Emilien Le Logeais. Et d'expliciter son propos : l'échauffement peut s'assimiler au cadrage du projet, la première mi-temps à la définition des besoins et la seconde mi-temps à la mise en œuvre de la solution. Quant au coup de sifflet final qui sonne la fin de la réalisation du projet, il précède à son tour la troisième mi-temps vue comme le retour d'expérience de cette phase projet.
« Cette « troisième mi-temps » permet d'analyser, avec le concours des différents acteurs, ce qui s'est bien ou moins bien passé lors du projet, afin de s'améliorer collectivement pour les prochaines échéances. » Parmi les techniques d'animation, le cadre d’Oresys retient le 2AIS - ce que j'ai Aimé, ce que j'ai Appris, ce sur quoi je m'Interroge, ce que je Suggère - où chaque participant décrit son ressenti sur le projet et les pistes d'amélioration qu'il a repérées.
La troisième mi-temps « manager-managé »
« Dans la relation manager-managé, la troisième mi-temps débouche sur la production d'un document, l'organisation d'une réunion ou d'un atelier, rapporte Emilien Le Logeais, pour le manager, l'objectif est d'apporter au managé un « debriefing de progrès » comme le ferait un entraîneur de rugby auprès de ses joueurs. »
Cette troisième mi-temps c’est l’espace où fusent les santés, les verres vides et pleins, les rires et les coups de grande fatigue. Je ne parle pas des promesses du mariage, des tapes dans les mains des ados, je parle d’amitiés sans bornes, sans les limites d’un terrain, sans failles. Ces troisièmes mi-temps sont un creuset pour demain où se rencontrent des hommes et des femmes qui ne se seraient jamais rencontrés autrement. Mais pour donner et se donner, il faut faire confiance à l’autre plus qu’à soi-même et c’est à table que se construit ce partage. C’est aussi d’ailleurs le moment où se perd dans les cingles de la tradition l’idée même de l’adversaire, du concurrent, de « l’ennemi ».
Autrefois, beaucoup plus rare aujourd’hui au plus haut niveau, la fête d’après-match reste pourtant marquante dans la construction d’un groupe. Un moment sacralisé, pérennisé et même valorisé. Mais qui n’a plus grand-chose à voir avec un passé toujours mis en avant.
L'évolution vient aussi de celle de la société, et notamment notre rapport à l’image. Il faut avoir conscience de l’impact de la médiatisation et de la portée des photos postées, surtout si elles sont prises en soirée. Pour retrouver une bonne vieille troisième mi-temps à l’ancienne, c’est au niveau amateur qu’il faut aller jouer. Là où rien n’a vraiment changé. Là où les acteurs parlent un peu plus librement de leur rapport à la boisson.
Aujourd’hui, la troisième mi-temps est nommée réceptif d’après-match, en étant presque devenue contractuelle pour les joueurs. Institué, ce passage en zone VIP oblige les joueurs à côtoyer partenaires et supporters avantagés. Dur de se mettre torchon-chiffon-carpette avec eux, même après la plus belle des victoires.
La véritable troisième mi-temps n’est plus vraiment naturelle dans le monde pro. Elle doit être encouragée.
Il est parfois plus simple de se dire les choses avec deux grammes et entre quatre yeux. Pour un entraîneur, il est important de se voir dans un cadre spécial, de pouvoir échanger dans ces moments d’extases, où les discussions sont plus détendues. D’autant que le comportement se transpose aisément, du comptoir jusqu’à la pelouse.
C’est un sport où la solidarité est importante sur terrain, surtout pour les avants. On retrouve cette solidarité dans le geste de boire, l’expression de la masculinité, le savoir boire, et la capacité à encaisser. Enquiller rapidement une pinte afin d’éviter que la mèche coincée dans ses fesses ne vienne brûler ses poils aurait donc un but quasiment sociologique pour son équipe. Voire managérial pour les entraîneurs.
Au-delà de favoriser les échanges, les rares grosses teufs doivent forger l’identité d’un groupe. Pas forcément prévues à l’avance, les réussites à l’extérieur font remonter de sacrés souvenirs. Quand on fait bien les choses, il faut aussi savoir bien le célébrer pour avoir envie de le refaire. La bringue comme carotte afin qu’un exploit en appelle un autre.
Pas directement régulée par les entraîneurs, la bringue l’est souvent par les cadres du groupe eux-mêmes. Avec au-dessus de chaque rugbyman, la chappe des fameuses valeurs du rugby dont il ne faut pas sortir. Confiance et responsabilisation sont ainsi mises en avant lorsqu’on évoque ce sujet, plus facilement d’ailleurs, avec les jeunes retraités que les joueurs en activité.
Dans les milieux étudiants, elle est stigmatisée. Au rugby, à l’inverse, elle est presque encouragée. La valorisation sociale positive dont jouit cette sous-culture à d’autres égards, en raison des valeurs qu’elle revendique, de ses origines bourgeoises et de son ancrage dans une tradition séculaire, semble contrebalancer ses excès.
La culture du secret semble être parfaitement intégrée par les membres de la famille rugbystique qui recherchent un isolement destiné à les rendre imperméables à toute tentative de “resocialisation”. Autrement dit, restons entre nous pour ne pas que la société nous juge. Parce que le grand public, absent dans ces instants, “ne pourrait pas comprendre”, entend-on souvent dans le milieu.
Les cas de troisième mi-temps dont on entend aujourd’hui parler sont souvent liés à des débordements… Alors, pour boire heureux, buvons cachés.
L'esprit rugby décrit tout ce qui constitue les valeurs du rugby (voir ci-après). Avoir l'esprit rugby consiste a faire preuve de respect, de solidarité, de détermination et de convivialité.
Chacun a sa version des valeurs du rugby qui parlent de solidarité, de respect et de fraternité, sur et hors du terrain.
En rugby, la tradition veut que l'on se retrouve après le match avec les adversaires, les supporters pour boire un coup, refaire le match, c'est la fameuse 3e mi-temps. Un moment particulier où tout peut arriver et d'où découlent parfois des histoires mémorables.

Voici un tableau reprenant quelques termes et expressions populaires utilisés pendant la troisième mi-temps :
| Terme | Signification |
|---|---|
| Pizza | Lancer en touche manqué |
| Lancer un parpaing | Passe lourde et imprécise |
| Se prendre un bouchon | Encaisser un gros plaquage |
| Prendre la foudre | Se prendre un gros plaquage, ou boire le verre de trop |
| Boîte à gifles | Bagarre |