Tatouages Controversés : Significations, Polémiques et Symboles

Les tatouages ont toujours été un moyen d'expression personnelle, mais certains d'entre eux suscitent des polémiques et des débats passionnés. Des symboles d'extrême droite aux hommages personnels, les tatouages peuvent avoir des significations profondes et variées.

La Croix Celtique : Un Symbole Détourné

Les rues du VIe arrondissement de Paris se sont teintes de noir et blanc, samedi, à l’occasion d’une manifestation de groupes d’extrême droite. Chemises noires, vestes noires, casquettes et masques, draps noirs couverts de slogans peints en blanc, et dans les rangs, de nombreux drapeaux noirs frappés d’une croix celtique blanche. Le symbole était de loin le plus présent, partagé par tous les groupuscules rassemblés. Qu’est-ce que la croix celtique ? Pourquoi ce symbole ancien est-il devenu un signe de ralliement néofasciste ? A quel message renvoie-t-il ? Faut-il interdire son utilisation ?

À l’origine, la croix celtique « est une croix chrétienne », rappelle Jean-Yves Camus, particulièrement répandue en Grande-Bretagne, en Irlande et en Bretagne au début de l’époque médiévale. Elle combine, dans cette représentation religieuse, la croix latine classique avec un cercle, symbolisant la Sainte Hostie, dont les branches de la croix dépassent.

Par la suite, comme la svastika indienne avant elle (devenue la croix gammée nazie), elle est « détournée après la Seconde Guerre mondiale par les mouvances néofascistes », explique le politologue. « Il fallait un signe qui rassemble », justifie-t-il, mais « tous les sigles collaborationnistes étaient bannis ». Comme symbole politique, elle perd là-bas de sa jambe inférieure pour devenir une croix régulière qui dépasse d’un cercle. Dans sa version la moins stylisée, elle ressemble à un viseur d’arme à feu.

En reprenant un symbole de l’Europe du nord médiévale, l’ultradroite s’est dotée d’un « symbole civilisationnel qui transcende les nationalités », énonce Jean-Yves Camus. Il souligne d’ailleurs que parmi les cris de ralliement de ces nationalistes attachés à la souveraineté de la France, figure le « Europe jeunesse révolution » du GUD (Groupe union défense), scandé samedi.

Dans l’idéologie de ce mouvement « néofasciste », il existe une identité européenne « dont l’une des composantes majeures est l’appartenance au christianisme », détaille le politologue. D’où le choix d’un symbole directement relié à la religion. Par ailleurs, il précise que si la croix celtique est répandue au sein de l’extrême droite, il existe des exceptions notables, comme l’Action française, qui utilise la fleur de lys de la royauté.

Pour Jean-Yves Camus, la sortie des drapeaux frappés de la croix celtique relève du « rituel » au sein de cette mouvance, lors de « commémorations connues » à date fixe. C’est le cas pour l’anniversaire de la mort de Sébastien Deyzieu, depuis le 9 mai 1994, mais aussi depuis 1980 avec l’hommage à Jeanne d’Arc.

Mais le politologue se dit « généralement méfiant devant les interdictions généralistes » : « On peut interdire un symbole, il en émergera un autre, c’est une course sans fin. Ces manifestations même interdites se tiendront », dit-il à 20 Minutes. En dehors d’une ambiance hostile envers les journalistes, il pointe d’ailleurs l’absence de débordements autour de ces commémorations annuelles.

« La seule chose nouvelle, c’est qu’ils étaient 650 cette année car des gens sont montés de toute la France. Ça donne un instantané de la mouvance sur le plan national » précieux pour les services de renseignements, qu’une interdiction pourrait perturber.

Croix Celtique

Tatouages de Footballeurs : Entre Hommage et Polémique

Ce mardi matin, les réseaux sociaux n'avaient que le nom de Raheem Sterling à la bouche. La raison ? Une photographie où l'on aperçoit son tatouage sur le mollet, représentant une mitraillette. Certains militants contre les armes à feu ont réclamé qu'il le fasse enlever au laser, et qu'il soit interdit de disputer la Coupe du monde s'il refusait de le faire.

Face à la polémique, le joueur a dû s'expliquer. Il s'agit en réalité d'un hommage à son père, mort par balle lorsque le joueur de Manchester City était âgé de deux ans. Il s'était alors promis de ne jamais toucher à une arme, se contentant de son pied droit pour tirer.

Lorsqu'il est question de tatouage, difficile de ne pas penser à la légende David Beckham. Le corps du « Spice Boy » en est recouvert, et l'un d'entre eux avait créé la polémique en 2012. Il s'agit de celui situé sur son avant-bras gauche, et qui représente sa femme Victoria en sous-vêtements. Jusqu'ici, rien de répréhensible.

Le problème, c'est que ce tatouage était visible sur une photographie de la campagne « Active Kids », lancée par la chaîne de supermarchés Sainsbury's pour promouvoir l'activité physique des enfants, avec l'ancien Madrilène en égérie. Du coup, de nombreux bambins ont pu découvrir un croquis de la « Spice Girl » en petite tenue.

En plus de se distinguer par ses talents de buteur sur les pelouses de Serie A, Mauro Icardi a fait le buzz en Italie lorsqu'il a volé la copine de son pote Maxi Lopez, la sulfureuse Wanda Nara, alors que les deux joueurs évoluaient ensemble sous les couleurs de la Sampdoria. Si le geste n'est pas très classe, la suite l'est encore moins.

Très vite, le nouveau couple a commencé à étaler sa vie sur les réseaux sociaux, et donc les trois enfants issus de l'union entre Nara et Lopez. Cela n'a pas plu au désormais retraité, mais l'attaquant de l'Inter Milan ne s'est pas gêné pour... se faire tatouer le visage des trois enfants sur son bras gauche. On appelle ça « remuer le couteau dans la plaie ».

Encore une déclaration d'amour par le tatouage qui tourne mal. En 2015, quelques semaines après la publication d'une vidéo où l'on voyait Diego Maradona en train de frapper sa compagne Rocio Oliva, « El Pibe de Oro » a voulu se rattraper auprès de sa chère et tendre.

Pour cela, il eu la bonne idée de se faire graver sur la poitrine le petit surnom qu'il donne à sa copine dans l'intimité du couple. Sucre d'orge ? Mon coeur ? Raté ! L'ancien Napolitain n'a que faire de ces noms mielleux et préfère le mot «Perra », dont la traduction en français est « chienne ». Mignon.

Rassurez-vous, le gardien Arthur Boruc n'arbore plus cet horrible tatouage aujourd'hui. Il l'a fait enlever au laser. Mais lorsqu'il l'a révélé au grand public en 2009, la polémique était au rendez-vous. Et pour cause ! À l'époque, le Polonais évolue sous les couleurs du Celtic Glasgow.

Pour le old firm, le derby face aux Glasgow Rangers, l'ancien gardien de la Fiorentina s'est fait tatouer un singe, montrant son derrière, sur le nombril. Ce n'est pas visible au premier coup d'oeil, mais il a pris la peine d'inscrire le mot « Rangers » sur les fesses du primate. Et il ne s'est pas fait prier pour le montrer aux fans des Gers après la victoire 2-1 de son équipe.

C'est bien connu, Mario Balotelli ne manque jamais une occasion de se faire remarquer. Par son talent sur le terrain, et par ses frasques en dehors. En 2012, « Balo » a réussi à faire d'une pierre deux coups. Sous les couleurs de Manchester City, l'international italien a inscrit un joli but face à Wigan et a décidé de le célébrer quelques jours plus tard par un tatouage.

Plutôt qu'un dessin, il a préféré une phrase : « Je suis le châtiment de Dieu. Si vous n'aviez pas commis de péchés, Dieu n'aurait jamais libéré sur vous une punition comme moi ». Ce ne sont pas les mots de l'ancien Citizen, mais de Gengis Khan, fondateur de l'empire mongol, qui s'est auto-proclamé maître du monde au XIIIe siècle. L'occasion d'en apprendre plus sur les inspirations du fantasque attaquant.

En 2013, il est arrivé à Jay Bothroyd la même chose qu'à Raheem Sterling, la signification du tatouage n'est cependant pas la même. Vous ne le remarquerez peut-être pas de suite, mais l'ancien attaquant des Queen Park Rangers s'était fait tatouer le mot «Love», «Amour» en français, avec une police on ne peut plus spéciale.

Un pistolet pour le «L», une grenade pour le «O», un couteau pour le «V» et une mitraillette pour le «E». Très vite, les supporters l'ont accusé de promouvoir la violence, mais celui qui évolue désormais au Japon s'est justifié : «Cela signifie qu'il faut se battre pour l'amour. C'est ce qui est écrit, au cas où certains ne pourraient pas le voir. C'est avant tout de l'art».

Raheem Sterling et son tatouage controversé

Tatouages et Extrême Droite dans la Culture Metal

Les sympathisants néonazis sont-ils de plus en plus présents dans les festivals de metal ? Le débat a agité une partie de la communauté metalleuse ces derniers mois, en particulier lors du Hellfest 2023 où des photos ont tourné sur les réseaux sociaux. On y voit des festivaliers arborant des tatouages représentant des valknut, runes, soleil noir, fleur de lys ou croix celtiques.

Ces symboles aux origines diverses, souvent issus de la mythologie scandinave, repris comme signes de ralliement par l’extrême droite et les mouvements néonazis. Certains festivaliers y ont vu une « présence décomplexée de nazis » et se sont logiquement indignés, dans un contexte rendu sensible par la programmation critiquée de certains artistes accusés de racisme.

Selon Gérôme Guibert, sociologue en cultures populaires, l’analyse des symboles arborés par des artistes ou fans de la scène metal ne permet pas le premier degré. « Un symbole n’a presque jamais une signification absolue. Il faut tenir compte de sa relativité en fonction du contexte. Au fondement du metal il y a un intérêt pour l’heroïc fantasy et ses symboles antiques, médiévaux. La vague metal d’Europe du Nord dans les années 1990 a apporté son esthétique viking avec ses symboles nordiques. Et puis, bien sûr, il y a l’esthétique totalitaire et guerrière. Elle fait partie intégrante de la culture metal, de la même manière que l’esthétique antichrétien. C’est un imaginaire violent revendiqué pour supporter la dureté de la vie quotidienne. »

Corentin Charbonnier, docteur en anthropologie, abonde. « On a plein de groupes de metal qui affichent des symboles issus des cultures nordiques. Et une partie de ces symboles-là ont, effectivement, été appropriés par l’Allemagne nazie puis par des mouvements fascistes. Porter un symbole de Thor ou d’Odin ne fait pas forcément de la personne qui le porte un néonazi. Je ne peux pas dire que ça n’existe pas, mais c’est très compliqué d’analyser les looks. »

Ce qui a changé ces dernières années, c’est la « visibilité médiatique » du metal et de certains de ses festivals. « Le Hellfest, c’est devenu énorme. Et il accueille plein de nouveaux spectateurs, des gens qui veulent voir ce que c’est mais qui ne connaissent pas réellement les codes. Ils vont voir ces symboles, vont mal interpréter leur signification et vont trouver ça grave, ce qui est bien normal quelque part. »

« C’est une musique qui a toujours eu la volonté de choquer, qui a toujours été marginalisée. C’est en train de changer avec le succès du Hellfest, ce qui crée des incompréhensions », estime Corentin Charbonnier.

« Que soit chez les artistes ou chez les festivaliers, il n’y a pas cette culture d’apologie du IIIe Reich. On n’est pas à l’abri d’avoir quelques personnes de ce milieu-là qui tentent d’assumer quelque chose, mais ce serait ultra-minoritaire. Ce que disent nos enquêtes c’est que le public de gauche est majoritaire. Moins de 3 % du public se disait plutôt d’extrême droite en 2019, un tiers sans opinion politique, 10 % à droite. »

« Statistiquement, on peut trouver de tout sur un rassemblement aussi gros que le Hellfest, complète Gérôme Guibert. Et ce n’est pas parce qu’il y a un ou deux mecs qui font un truc que ce tous les festivaliers font pareil. Ce qu’on sait, c’est qu’il y a moins de metalleux qui se déclarent du RN que dans le reste de la société. »

« J’ai du mal à croire qu’on soit envahi du jour au lendemain par des groupuscules d'extrême droite, en tout cas ce n’est pas ce qu’on observe, insiste Corentin Charbonnier. Si on en parle beaucoup c’est aussi parce qu’on a une cristallisation de la société avec un phénomène de dénonciation via les réseaux sociaux. Les metalleux sont très connectés.

Festivaliers au Hellfest

Tableau Récapitulatif des Tatouages et Polémiques

Personne ou Groupe Tatouage Polémique Explication/Justification
Raheem Sterling Mitraillette Promotion de la violence Hommage à son père décédé par balle
David Beckham Victoria en sous-vêtements Visible dans une campagne pour enfants Aucune
Mauro Icardi Visages des enfants de Maxi Lopez Manque de respect envers Maxi Lopez Aucune
Diego Maradona "Perra" (chienne) Terme dégradant envers sa compagne Surnom affectueux
Arthur Boruc Singe montrant son derrière avec "Rangers" Provocation envers les fans des Glasgow Rangers Aucune
Mario Balotelli "Je suis le châtiment de Dieu" Phrase arrogante et provocatrice Citation de Gengis Khan
Jay Bothroyd "Love" avec des armes Promotion de la violence "Se battre pour l'amour"
Festivaliers du Hellfest Symboles nordiques/néonazis Association avec l'extrême droite Interprétation variable selon le contexte

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