Tarbes Rugby Fédérale 1: Histoire d'une Relégation et d'un Derby Explosif

Le Tarbes Pyrénées Rugby (TPR), autrefois un club phare du rugby français, a connu une période tumultueuse marquée par des difficultés financières et une relégation en Fédérale 1. Cet article explore les événements récents qui ont conduit à cette situation, ainsi qu'un derby explosif contre Lannemezan qui a mis en lumière les tensions et les passions qui animent le rugby bigourdan.

La Relégation en Fédérale 1: Fin d'une Ère

Tarbes avait l'espoir que le Tribunal administratif de Versailles lui évite de descendre en Fédérale 1. Le Tribunal administratif de Versailles a mis fin à toute cette longue et pénible histoire : Tarbes est relégué en Fédérale 1 à l'issue de la saison.

Il a prôné le statu quo des sanctions infligées au club bigourdan en raison de ses soucis financiers. Le TPR a quasiment épuisé tous les recours pour tenter de sauver sa peau et doit donc se résoudre à quitter le monde professionnel. La relégation administrative a donc été confirmée par le Tribunal de Versailles tout comme le retrait de huit points au classement. S'alignant ainsi la décision prise fin janvier par la commission d'appel de la Fédération française de rugby (FFR), qui avait réduit au passage la sanction infligée par la DNACG au TPR (15 points retirés, rétrogradation administrative en Fédérale 1 et possibilité d'une relégation sportive en Fédérale 2).

Le TPR, champion de France de première division en 1920 et 1973, s'était dit victime d'un partenaire qui avait promis de verser d'importantes sommes pour justifier un déficit supérieur au million d'euros. Il aurait même fourni en appui de sa promesse des documents falsifiés. Le club avait d'ailleurs porté plainte pour escroquerie. Peine perdue.

Quand les footballeurs se font recadrer par leur entraineur

Un Derby Explosif: Tarbes - Lannemezan

Au-delà de toute considération comptable, cette rencontre sentait la poudre, car il s’agissait avant tout d’un derby des plus attendus en Bigorre… qui s’est beaucoup trop vite enflammé. Un triste retour des plus laids des derbys à l’ancienne, que l’on croyait ne plus voir qu’en vidéo d’archives.

Pourtant, tout paraissait réuni pour une belle fête avec des tribunes copieusement remplies, des festivités autour, en présence de l’Equipe TV qui avait prévu une retransmission en différé ce lundi soir (mais qui aurait changer son programme finalement, et ce serait une très bonne décision).

Quand ça sent la poudre, et qu’il y a des étincelles…… l’explosion !

Alors, rappel des faits : coup d’envoi de Lannemezan dans les 22m tarbais, réception de Lhusero plaqué sèchement par Baisagale, un peu haut certes, mais sans envie manifeste de détruire son adversaire. Mais le contexte tendu transforme un regrettable fait de jeu, en une générale d’un autre monde. Bagarre qui déborde même sur la piste d’athlétisme. Clou de ce déplorable spectacle, l’entraîneur local vient en rajouter une couche en se mêlant aux protagonistes, mais pas pour les séparer malheureusement. Effet papillon immédiat, son homologue visiteur est venu le rejoindre pour un mano à mano à ne pas mettre sous tous les yeux, surtout ceux des jeunes des écoles de rugby.

La tension à peine retombée, M. Rouquié prend ses responsabilités et sort les cartons rouges Pas une bonne publicité pour le rugby Après ces trois longues minutes de violence pure, à l’image des blessés, les sanctions tombent. Carton rouge pour Baisagale, pour le plaquage signalé par le juge de touche dès le départ. Cartons rouges pour Dumestre, arrière de Tarbes, et Cazorla, 8 de Lannemezan, pour la bagarre, histoire de payer pour tous les autres. Dumestre soignera une plaie à la tête, tandis que Pettigiani devra quitter le terrain pour une arcade ouverte. On pense reprendre le jeu quand le représentant fédéral, qui a tout vu, intervient auprès de M. l’arbitre pour sanctionner aussi les entraîneurs combattants : Yannick Vignette et Christophe Schneider sont logiquement sanctionnés d’un carton rouge. Sanction qui entraîne de fait, le retrait de deux joueurs ! Perez Galéone pour le Stado, et Martiello pour le CAL, en font les frais.

C’est donc à 13 contre 12 que le match… (re)commence. Et semble (re)partir sur des bases normales, avec certes, un engagement total, mais sans débordement. D’autres excès de testostérone allaient suivre pourtant. Sur le plan sportif, les gars du plateau défloreront le score par Sere Peyrigain sur pénalité, mais ce ne sera que feu de paille. Dans un contexte où les espaces sont forcément propices à du jeu au large, on a souvent assisté à des actions qui ressemblaient beaucoup à du Sevens, entre sautées et coup de pied de déplacement. A ce jeu, le Stado s’est montré plus entreprenant, et Huyard (spécialiste du 7) s’est offert trois réalisations de classe. 26-3 à la mi-temps, le CAL a tenté de limiter les dégâts, mais l’Ours Tarbais tenait sa proie, ne lui restait plus qu’a consolider son bonus offensif.

En deuxième mi-temps, les Lannemezanais font le forcing pour sauver l’honneur mais sont punis sur chaque ballon lâché. Les faits marquants tournent toujours autour de l’agressivité mal placée. Meron et Gabarre sur une nouvelle excitation prennent un rouge de mieux. Paris 3eme ligne du CAL est plaqué haut, le juge de touche (le même que pour Baisagale) le signale, mais la sanction n’est pas la même, avec une simple pénalité. Heureusement en fait, car le match s’est donc terminé à 12 Tarbais contre 11 Lannemezanais. Le score ? 36-3. Presque anecdotique, triste à mourir, avec des conséquences financières et sportives non négligeables, et des stigmates qui vont avoir du mal à s’estomper. Pas une bonne pub pour le rugby en général en plus.

Réactions après le match

  • Albain Méron capitaine Stado: On a eu sur le terrain, ce à quoi on s’attendait. On savait que Lannemezan viendrait avec des dents longues. Après, ça n’a pas été du beau rugby pour les spectateurs. On s’est concentré sur la performance, avec six essais à zéro, c’est suffisamment représentatif.
  • Christophe Dulong, entraîneur CAL (quelque peu gêné): Un derby bien trop dans l’excès. Personne n’est content, ni dans les tribunes, ni sur le terrain. Tout le monde a sa part de responsabilité. 3 cartons sur une bagarre, c’est très, très sévère, on peut éviter ceux des entraîneurs et celui de l’ailier je pense.
  • Thomas Lhuséro, 9 du Stado: Match compliqué à cause des cartons forcément. Au début, on fait beaucoup de fautes, on fait leur jeu avec des mêlées et des ballons portés.
  • David Daste, 5 du CAL: C’est dommage, Tarbes fait une entame agressive mais comme on avait pu le faire à Lannemezan lors du match aller. Un mauvais plaquage d’entrée met le feu avec une sanction trop sévère selon moi, et qui met aussi le feu. Ça part en pugilat, donc il n’y a plus de match. C’est dommage pour le public qui n’a pas pu se régaler, sachant que ça nous pénalise aussi pour le prochain match.

Le TPR en Fédérale 1: Un Nouveau Départ

Illustration des difficultés des villes moyennes à conserver une équipe de rugby à haut niveau, le Tarbes Pyrénées Rugby joue désormais en Fédérale 1, la poule des clubs prétendants à un retour en Pro D2. La relégation en fédérale 1 est difficile à encaisser pour un club au passé glorieux. Un passé prestigieux et révolu, qui permet au TPR de conserver aujourd'hui de nombreux et fidéles soutiens, malgré ses difficultés financiéres.

Antoine Nunès, l'actuel président du TPR est plutôt confiant "Les partenaires nous suivent. Il y en a même qui ont rajouté un peu car ils y croient, ça fait plaisir".

Le soutien des supporters

Le club sait qu'il peut aussi compter sur ses supporters, sollicité la saison dernière pour renflouer les caisses. Et l'équipe a besoin de ce soutien, car en fédérale 1, les matches se disputent normalement le dimanche après-midi, un moment peu propice pour garnir les tribunes. A ces horaires bouleversés s'ajoute un budget en forte baisse, une équipe à construire et donc des difficultés sur le pré. Les joueurs le savent, la saison ne sera pas facile, "Nous on sait très bien que ça va être un gros combat tous les week end, on n'a jamais clamé que ce serait facile. On sait ce qui nous attend et on en a eu la preuve aujourd'hui." commentait Benjamin Collet après le revers du TPR face à Nevers (17-20), un prétendant à la montée, le week-end dernier.

Les Déboires Financiers du TPR

  • 23 octobre 2015: Le club connaît de graves difficultés financières avec un déficit de 1,6 million d'euros (pour un budget de 4,5 millions).
  • 24 novembre 2015: La Ligue nationale de rugby annonce les très lourdes sanctions prises par le Conseil supérieur de la DNACG (Direction nationale d'aide et de contrôle de gestion) à l'encontre du club. Le TPR se voit retirer 15 points pour la saison en cours (5 pour « forte dégradation de la situation financière » et 10 pour « présentation de documents falsifiés »).
  • 25 janvier 2016: En appel, la rétrogradation est confirmée. En revanche, le retrait de points est ramené de 15 à 8. Le club saisit alors le tribunal administratif de Versailles.

Le TPR sauve sa peau sportivement en ne finissant pas dans la zone de relégation malgré le retrait de points, mais descend en Fédérale 1.

Saison 2018-2019: Saint-Jean-de-Luz Vainqueur de Tarbes

Le jeu dynamique, tourné vers l'offensive, des verts et rouge a eu raison de la puissance des anciens pensionnaires de Pro D2, relégués il y a deux ans, et qui figurent parmis les favoris de la poule 2 de Fédérale 1. Après s'être imposé nettement à Tyrosse lors de la première journée, les Luziens, pour cette première sortie dans leur stade du Pavillon Bleu, mettent les points sur leur "i" : _"__On annonce aux autres équipes que cela va être dur,_ qu'elles ne vont pas venir nous faire c... Peut-être que certains le feront, mais il va falloir qu'ils se gagnent le match" prévient Eric Balhadère.

Anglet sur la sirèneSaint-Jean occupe la 1re place du classement ex-aequo avec Bagnères-de-Bigorre et Anglet. L'AORC a également remporté un deuxième succès samedi 8 septembre. Une victoire étriquée mais pleine de caractère face à Valence d'Agen (29-26).Là encore les Angloys ont du avoir recours à leur buteur, l'inusable Sébastien Fauqué (41 ans) pour arracher la victoire à la dernière seconde. Un succès important pour la confiance. Comme pour le SJLO, c'est l'envie de jouer, d'attaquer qui a payé et pallié une mêlée en souffrance.

Quelques Joueurs Emblématiques du Club

  • Jean-Pierre Garuet: Joueur de rugby à XV ayant représenté l’équipe de France et le Stadoceste tarbais, évoluant au poste de trois-quarts aile.
  • Thierry Janeczek: Joueur de rugby à XV ayant joué pour l’équipe de France et le Stadoceste tarbais, évoluant au poste de troisième ligne aile.
  • Alain Maleig: Ancien joueur de rugby à XV, célèbre pour son poste de troisième ligne centre.

Les plus jeunes supporters du coin biberonnés à la Pro D2 puis à la Fédérale 1 ont sans doute du mal à le percevoir, mais oui, il y a eu un grand club à Tarbes. Véritable institution du rugby hexagonal, le Stado n’est certes pas le plus titré des Bigourdans - Lourdes étant passé par là - mais peut se targuer d’avoir été cinq fois en finale du championnat de France et conquis deux Brennus.

1920: Tarbes Décroche la Timbale Contre le Racing

En ce printemps 1920, la finale de l’ancêtre du Top 14 mit donc aux prises le champion d’Armagnac-Bigorre à son homologue de Paris, le Racing. Le tout arbitré par un illustre personnage, Octave Léry, qui deviendra quelques mois plus tard le premier président de la fédération française de rugby. Si les Franciliens ouvrirent assez rapidement le score par un essai de Thierry non transformé par Crabos, Tarbes parvenait à revenir au score juste avant la pause grâce à Cayrefourcq. Tarbes prit l’avantage au retour des vestiaires par un essai de Galiay convertie par Boubée. Le score, le sort du match en fut scellée : Tarbes 8 - Racing 3.

Souvenirs de Marcel Clément

Demi de mêlée du Stado de l’époque, Marcel Clément a évoqué ses souvenirs dans un fascicule intitulé Stadoceste Tarbais, siècle d’histoire... 1901 - 2001, document ayant servi de référence pour l’évocation de cette finale dans cet article :

"Le départ de Tarbes eut lieu le samedi 24 avril 1920 à 8 h 30. Voyage dans un wagon de 3e classe aux banquettes de bois. Il fallait alors sept heures pour rallier Bordeaux. À la gare Saint-Jean, quelques amis nous attendaient pour nous conduire en camionnette, une partie au Grand Hôtel de Bordeaux, une autre au Normandie Hôtel, tout proche. Durant le voyage, Cassayet se trouvait fatigué et très nerveux. Jouerait-il ? Dès l’arrivée à l’hôtel, il se coucha et fut énergiquement soigné, son coéquipier Rouch jouant l’infirmier de service. Avec une amélioration due à un "cachet miracle", l’espoir revenait au sein de l’équipe [...]

Le dimanche, le Stadoceste était invité à 10 heures à la mairie de Bordeaux. Puis l’équipe rejoignit un restaurant situé près du terrain. La baronne de Rothschild était notre invitée et présidait. Elle remplaçait son époux, député des Hautes-Pyrénées, retenu par d’autres obligations [...]

Dernières recommandations, visages blêmes, gorges serrées, il était temps de pénétrer sur le terrain. Annoncés au porte-voix un par un, Parisiens d’abord, Tarbais ensuite, firent leur entrée sur le terrain sous de longues ovations. De puissants chants montagnards nous rappelèrent nos devoirs. Il fallait se battre et vaincre. Les quinze blancs ne faillirent pas. Une véritable équipe de club, ardente et homogène, triompha d’un XV parisien constellé d’étoiles internationales.

Le soir, repas officiel pris en commun. Sortie nocturne des deux équipes. La troisième mi-temps fut certes un peu agitée, mais on s’amusa entre copains. À cette occasion, une prime de sortie (la seule de l’année) nous fut allouée.

tags: #tarbes #rugby #federale #1