La question de la santé mentale est une préoccupation majeure dans le monde du rugby, tant en France qu'à l'international. Pour certains joueurs, ce mal-être est insurmontable et les pousse à commettre l'irréparable.
En janvier 2022, le demi d'ouverture de Rouen, Jordan Michallet, s'est suicidé à l'âge de 29 ans, provoquant une forte vague d'émotion. Son épouse, Noélie Michallet, a avoué ne toujours pas comprendre la raison qui l'avait poussé à mettre fin à ses jours, même si pour elle, le rugby est "un peu la cause de son décès".
Depuis la disparition de son mari, Noélie Michallet s’est battue pour faire reconnaître cet acte “en accident du travail”. Le jugement rendu, la CPAM devra verser une indemnité à celle-ci. En mars 2022, malgré le traumatisme, et le décès de son mari Jordan Michallet, elle a tenu à s’exprimer. "C’était toujours lui qui portait l’équipe vers le haut".
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Les Causes du Mal-Être chez les Joueurs de Rugby
Plusieurs facteurs peuvent expliquer les épisodes dépressifs chez les joueurs de rugby :
- La pression du résultat : Les attentes de performance peuvent être extrêmement stressantes.
- Les coups durs : Blessures, fins de contrat, et fins de carrière sont des moments difficiles à gérer.
- La construction de l'identité : Les jeunes joueurs sont souvent construits pour être physiquement forts, mais peuvent manquer de maturité émotionnelle.
- Le tabou des émotions : Dans ce milieu, il est souvent mal vu de montrer ses émotions ou sa sensibilité, perçues comme des faiblesses.
« Les joueurs de rugby ne s'autorisent pas toujours à partager leurs doutes et leurs angoisses, alors même que la pression du sport de haut niveau s'intensifie », a résumé lundi le président de la commission médicale de la LNR Max Lafargue, lors de la présentation de ce programme de prévention, partie intégrante du plan stratégique 2023-27 de la LNR. Ce tabou peut « conduire à des pratiques addictives et des souffrances psychologiques », a regretté le Dr Lafargue.
Plusieurs joueurs ont témoigné de leurs problèmes de santé mentale. En février 2022, le talonneur de Toulon, Christopher Tolofua, a confié avoir « développé une forme de dépression » après une rupture des ligaments croisés. Quelques mois plus tard, le pilier droit du Stade français, Paul Alo-Emile, évoquait une « lourde dépression » qui l'a tenu éloigné des terrains pendant six mois.
D'autres joueurs, comme Pascal Papé ou Mathieu Bastareaud, ont réussi à briser le silence autour de leurs problèmes psychologiques. L'international français Grégory Aldritt y voit une évolution « très importante » dans l'accompagnement des joueurs. « Je n'y ai pas été confronté directement (aux problèmes psychologiques) mais on sait que c'est présent.

Les Commotions Cérébrales et leurs Séquelles
De nombreux anciens joueurs témoignent des dommages neurologiques qu'ils subissent depuis la fin de leur carrière, souvent liés aux commotions cérébrales répétées. Dépression, anxiété, perte de mémoire, crises de névralgie et d'angoisse sont autant de symptômes qui peuvent rendre leur quotidien très difficile.
Sarah Chlagou, ancienne joueuse de rugby, a subi deux commotions cérébrales coup sur coup, déclenchant une « descente aux enfers ». Elle raconte avoir été confrontée à l'incompréhension des médecins et neurologues, qui niaient ses douleurs et ses pertes de sensibilité. Finalement, elle a été diagnostiquée avec un syndrome post-commotionnel (SPC).
Alix Popham, ancien international gallois, souffre de démence précoce et d'encéphalopathie traumatique chronique, une maladie neurodégénérative déclenchée par les commotions et les petits chocs à la tête subis quotidiennement à l'entraînement.
Le Plan de Prévention de la LNR
Face à ces constats, la LNR a mis en place un plan de prévention pour faciliter « la détection et l'évaluation des risques », « mieux identifier et orienter les personnes en difficulté » et « mettre en place des dispositifs de prévention ».
Ce plan comprend six mesures, dont une ligne téléphonique permettant aux médecins des clubs d'interagir rapidement avec un psychologue référent. Début 2024, un protocole harmonisé sera mis en place pour permettre aux médecins des clubs de réaliser des bilans psychologiques, et des actions de prévention seront déployées auprès des joueurs et des staffs.
« L'idée est d'être en capacité d'offrir un espace d'expression où les joueurs pourront verbaliser cette angoisse, ce mal-être », a complété Sylvain Blanchard, directeur médical du Racing 92 et membre de la commission santé de la LNR. Jusqu'à maintenant, « on n'était pas en capacité de capter les choses, ou en tout cas de manière très hétérogène d'un club à l'autre », a-t-il déploré.
Les Mesures Clés du Plan de la LNR
| Mesure | Description |
|---|---|
| Ligne téléphonique | Permettre aux médecins des clubs de contacter rapidement un psychologue référent. |
| Protocole harmonisé | Mise en place de bilans psychologiques par les médecins des clubs. |
| Actions de prévention | Déploiement d'actions de sensibilisation auprès des joueurs et des staffs. |
Le Rôle des Associations et des Organismes
De plus en plus de structures et d'organismes s'organisent pour prendre en compte la santé mentale des sportifs. Provale, le syndicat des joueurs de rugby, accompagne les joueurs souffrant de problèmes psychologiques. Depuis son arrivée à Provale en 2019, Giudicelli a accompagné plus d'une centaine de joueurs souffrant de problèmes psychologiques avant de collaborer avec la LNR à l'élaboration du plan: « Pour moi, ce n'était pas possible qu'un joueur puisse connaitre ce que j'avais connu », a-t-il expliqué.
En mai 2025, le Comité Paralympique et Sportif Français (CPSF) a organisé un grand forum sur la santé mentale des sportifs.
Dans le rugueux monde du rugby, parler de faiblesse mentale est souvent perçu comme un tabou. Cependant, sous la houlette de l’association NéoHéros et de la Ligue Nationale de Rugby (LNR), les mentalités évoluent.
L’ancien rugbyman Raphaël Poulain, l’un des fondateurs de NéoHéros, est désormais un fervent défenseur de cette cause, ayant lui-même connu les tourments liés à la gloire et à sa chute. Avec son équipe, il visite actuellement les clubs professionnels de Top 14 et de Pro D2, afin de partager son expérience et encourager un dialogue ouvert sur des sujets sensibles.
Conclusion
Il est essentiel de briser le silence autour des problèmes de santé mentale dans le rugby et de mettre en place des mesures de prévention efficaces. La LNR, les associations, et les joueurs eux-mêmes ont un rôle crucial à jouer pour améliorer le bien-être des rugbymen et prévenir les drames.