L'histoire du rugby à Biarritz et la rivalité avec Bayonne

La rivalité entre Biarritz et Bayonne est un élément central de l'histoire du Pays Basque, et elle se manifeste particulièrement dans le monde du rugby.

D'ailleurs, d'où vient-elle, cette rivalité ? La question est comme le sparadrap du capitaine Haddock.

Pierre Laborde, professeur émérite à l’université Bordeaux Montaigne, a publié une histoire de Biarritz. Il se lance : « C’est au fond une rivalité d’image. Les deux villes ne se situent pas sur les mêmes strates. Bayonne est une ville ancienne, qui date de l’époque romaine. Grâce au commerce, elle est installée dans un rayonnement local et régional. Biarritz a une histoire bien plus courte. Mais, l’espace de quelques années au XIXe, elle a supplanté Bayonne pour jouir d’une renommée internationale qui ne l’a pas quittée. »

Un changement de standing. Bayonne est devenue la populaire, Biarritz la guindée.

« Tout ça, et comme souvent dans l’Histoire, c’est évidemment la faute d’une femme, Eugénie », plaisante Olivier Ribeton, conservateur du Musée basque et de l’histoire de Bayonne. Eugénie de Montijo, épouse de l’empereur Napoléon III. L’impératrice décide d’en faire sa villégiature après y avoir séjourné deux mois en 1854. Son époux, peu regardant et/ou très amoureux, lui construit une demeure somptueuse. L’actuel Hôtel du Palais. Cet épisode draine les têtes couronnées de toute l’Europe, et le modeste village de pêcheurs devient « la reine des plages et la plage des rois ».

Vue de Biarritz depuis la Grande Plage.

L’aristocratie européenne s’y presse. Biarritz s’émancipe définitivement de la tutelle bayonnaise. Officiellement, c’est au XVIIe siècle que la paroisse Saint-Martin (Biarritz), jusque-là hameau de Bayonne, a volé de ses propres ailes. Dans la pratique, Bayonne gardait l’ascendant. La subite entrée dans la lumière de la station balnéaire renverse le centre de gravité de la Côte basque. Agaçant.

Bayonne, en ce début de XIXe, est aux premières loges des remous qui agitent l’autre côté des Pyrénées. La première guerre carliste entre 1833 et 1846 (crise de succession en Espagne à la mort de Ferdinand VII) fait de Bayonne une base arrière du conflit.

« Rue Thiers, un côté de la rue était occupé par les carlistes (partisans du futur Carlos Quinto), de l’autre par les isabellistes (l’héritière désignée au trône d’Espagne). Toute l’Europe se mêle de cette affaire. Bayonne est au cœur de l’Histoire, raconte Olivier Ribeton. La ville est un véritable nid d’espions ! Cela n’arrête pas les affaires. Au contraire. Le commerce, le négoce et même la contrebande, voire les trois à la fois, prospèrent.

« La ville, elle stagne un peu. On construit le théâtre, la mairie et une place d’armes. Mais elle s’abîme. L’évêque se plaint d’une cathédrale en ruine, poursuit Olivier Ribeton. Il ne faut pas mésestimer le poids de l’armée. Bayonne est une ville de garnison avec pas moins de quatre casernes. Ce qui induit un peu de conservatisme, d’immobilisme. » Elle ne profitera pas du second Empire comme sa voisine.

Quelques avancées hors de ses remparts, avec notamment l’annexion du quartier Saint-Esprit.

L’histoire retiendra que Jules Labat, maire de Bayonne, fut probablement l’un des artisans de l’essor de Biarritz. C’est en effet lui qui prête sa résidence biarrote, la villa Gramont, à Napoléon III, qui y réside quarante-deux jours, pouvant ainsi surveiller l’avancée des travaux du palais.

« Biarritz deviendra la ville où l’on s’amuse. On y croise une faune cosmopolite, chatoyante, davantage tournée vers la modernité. Bayonne est plus timorée, corsetée. »

On ne peut pas, à proprement parler, évoquer un déclin. De fait, Bayonne tire profit de l’incroyable essor de sa « petite » voisine.

« Les Bayonnais sont des commerçants, et il faut bien approvisionner ce petit monde. Ils sont très intéressés par le développement de la ville. Quand l’Hôtel du Palais brûle, au début du XXe siècle, ils sont dans le tour de table. En réalité, il existe une réelle complémentarité entre les deux cités. Ils surnomment Biarritz « Bayonne-Plage », « raconte Pierre Laborde. Le surnom ne restera pas, sauf aujourd’hui dans une bodega des fêtes.

Tandis qu’à Bayonne, la bourgeoisie proteste contre l’installation des Forges au Boucau, « la reine des plages » vit ses Années folles. Elle érige quelques emblèmes du style Art déco (casino municipal, musée de la Mer). Winston Churchill croise Charles Chaplin sur le promenoir de la Grande Plage…

Plus près de nous, dans les années 1950, elle sera le berceau du surf en Europe. Il n’empêche : « Tout au long du XXe siècle, Bayonne ne perd pas son leadership. Les sociétés savantes, les musées, les scènes sont toutes à Bayonne. Mais il est vrai que cela brille un peu moins », relève Olivier Ribeton.

Aujourd’hui encore elle est la ville phare de la côte en abritant 60 % des emplois, une sous-préfecture, une scène nationale, un musée des Beaux-Arts… « Ce sont deux histoires très riches et très différentes. Celle de Bayonne est évidemment plus ancienne, glisse le maire de Bayonne. Nous ne sommes pas des étrangers, mais des frères. On se brocarde, mais il n’y a pas de mépris. On aime à se sentir différents, mais on se ressemble. »

Alors, faute de champ à labourer, on cultive le chauvinisme avec une belle ardeur. Ainsi, pendant les années 1970, de nombreux nouveau-nés de parents biarrots ont été déclarés « dans la voiture » pour que ne figure pas « né à Bayonne » sur leurs papiers d’identité. L’informatisation des états civils a sonné le glas de ce contournement de la règle.

Et puis, aujourd’hui, la maternité est installée à Bayonne. « Cette rivalité a presque disparu dans les jeunes générations, note le maire de Biarritz. Ils dînent à Bayonne, viennent boire un verre à Biarritz… Les choses changent. » C’est ainsi, et les limites cadastrales, à l’heure des intercommunalités, ont un parfum suranné. Heureusement, il reste le rugby. Un terrain de jeu idéal pour se mesurer, se comparer, se moquer.

L'Aviron Bayonnais et le Biarritz Olympique

L’Aviron Bayonnais possède une légère antériorité (1904) sur le Biarritz Olympique (1913). Les Biarrots affichent un palmarès légèrement supérieur : cinq Boucliers de Brennus, contre trois à Bayonne. Leurs derbys sont considérés à l’égal d’une finale de Coupe du monde. C’est ainsi.

En plus d’un siècle, ils ont nourri une chronique d’histoires pas toujours jolies comme autant de petit bois dans le brasier de la rivalité folklorique. Le dernier fait d’armes est à mettre au crédit des Bayonnais : en 2006, en volant la lettre « y » sur le fronton d’Aguilera, ils laissent apparaître un narquois « Biarritz Olympique Pas basque ».

Un procès en basquitude qui fait sourire les historiens, mais aussi les Biarrots, reconnaissants envers les Bayonnais de s’habiller aux couleurs du BO (rouge et blanc) pour leur fête annuelle… Du Pagnol avec l’accent du Sud-Ouest.

Biarritz Olympique Aviron Bayonnais 1986 Résumé Rugby Derby Basque

Le XV de légende du Biarritz Olympique

Le XV de légende du Biarritz Olympique, que vous êtes plus de 23 000 à avoir composé en ligne, en atteste (23 023 précisément, sur deux semaines). S’il fait la part belle aux « Galactiques », titrés en 2002, 2005 et 2006, il offre aussi une place à des finalistes malheureux de 1992. Notamment deux joueurs de devoir, Beñat Daguerre et Jean-Marc Irigaray.

« Pour moi, c’est ça l’âme du BO. Des besogneux, à l’opposé de l’image de bourgeois qu’on a toujours voulu nous coller », salue David Arrieta, qui fut aussi de l’épilogue toulonnais.

XV de légende du Biarritz Olympique
Poste Joueur Description
Arrière Serge Blanco Rarement un joueur, puis un dirigeant, n’aura autant personnifié un club.
Ailier droit Philippe Bidabé « Bidouille », la fougue incarnée, a participé aux trois épopées victorieuses des années 2000.
Centre Beñat Daguerre Un vaillant de première : « Si je devais faire une équipe, je le mettrais en premier, les autres autour.
Centre Damien Traille L’archétype du premier centre 5/8e, puissant et doté d’un canon à la place du pied droit.
Ailier gauche Peyo Hontas « Un Biarrot pur jus, né à Biarritz et enfant du club, où il a d’abord été élevé à l’athlétisme ».
Demi d’ouverture Julien Peyrelongue « Pesquit », le Landais de Peyrehorade, s’est imposé assez facilement en dix.
Demi de mêlée Dimitri Yachvili L’homme qui pouvait faire basculer un match à lui seul n’a pas eu à forcer son talent lors de cette consultation.
Numéro huit Imanol Harinordoquy L’aérien troisième ligne centre a survolé le vote.
Troisième ligne aile Jean-Marc Irigaray « Un plaqueur insatiable ».
Troisième ligne aile Serge Betsen La légende des légendes.
Deuxième ligne Francis Haget Le Béarnais, passé par Agen, a débarqué au BO en 1976. C’est le plus ancien de ce XV.
Deuxième ligne Jérôme Thion Cet ex-nageur puis basketteur de haut niveau a fini par mettre ses aptitudes hors normes à la disposition du rugby.
Pilier droit Pascal Ondarts « Notre père à tous », dixit David Arrieta. L’autre visage du BO, avec Serge Blanco.
Talonneur Jean-Michel Gonzalez Formé à Cambo-les Bains, comme Philippe Bidabé, Jean-Michel Gonzalez, surnommé « Gonzo », a d’abord opté pour l’Aviron.
Pilier gauche Sotele Pueloto Un physique à vous passer l’envie de chambrer sur le terrain, des charges dévastatrices.

Voici une liste des remplaçants possibles : 16. Sallaberry, 17. Darrieussecq, 18. Sanoko, 19. Celaya, 20. Mimiague, 21. Arrieta, 22. Brusque ou Bernat-Salles ou Lagisquet, 23. Avril.

Le stade Aguilera

Tribune Serge Blanco du stade Aguilera.

Et pourtant, ce site a beaucoup évolué depuis ce 13 avril 1906 où Pierre Forçans, alors maire de Biarritz, devient acquéreur pour la Ville de cette propriété de sept hectares. Son coût d'achat ? 200 000 francs.

Lorsque la Ville en fait l'acquisition, le domaine d'Aguilera, du nom de ce couple espagnol qui en était propriétaire jusqu'en 1887, était déjà un lieu où l'on pratiquait les sports.

En effet, le British Club le louait pour y développer des activités sportives typiquement britanniques comme le lawn-tennis, les sports équestres, ou le football-rugby. Ainsi, dès 1906, Pierre Forçans a dans l'idée d'en faire le théâtre des sports pratiqués à Biarritz.

« Aguilera ne s'est pas fait en un jour » écrivent Jean-Louis Bérho et José Urquidi (1). De fait, le site a constamment évolué tout au long du XXe siècle, et encore cette dernière décennie. En 1922, la Grande Tribune est construite. Elle prendra plus tard le nom de Tribune Haget, avant d'être démolie en 2005 et que soit construite à sa place la tribune Serge Kampf.

En face, la tribune Coubertin est entièrement faite de bois. Il faudra attendre 1963 pour qu'elle soit rasée et reconstruite en béton. Elle sera encore agrandie et réaménagée au début des années 2000 et prendra le nom de Serge Blanco.

Mais Aguilera, ce n'est pas que le rugby. Et ça n'a même pas toujours été l'apanage du sport. En effet, pendant la Grande Guerre, la villa « rose » avait servi d'hôpital. Par ailleurs, l'ensemble du domaine s'était couvert de baraquements pour accueillir les réfugiés. Ils ne seront démontés qu'en 1921, l'année même ou commence la construction d'un fronton extérieur de 80 mètres de long sur 20 mètres de large sur l'actuelle piste d'athlétisme.

La tribune du concours hippique est construite en 1928. Un an plus tard, la villa « rose » devient un restaurant. C'est aussi en 1928 que les premiers courts de tennis sont construits à la place de l'aire du Tir aux pigeons.

Mais il faudra attendre 1975 pour que les structures rondes des courts de tennis couverts apparaissent, tandis que l'Euskal Jaï est inauguré en 1977. Et en 1993, un trinquet et un mur à gauche complètent les équipements dédiés à la pelote basque.

Bien avant Serge Blanco ou Serge Kampf, quelques personnes avait marqué l'histoire d'Aguilera. Soit parce que leur nom a été donné à telle ou telle tribune, soit parce que leur action a été déterminante dans le développement de ce site.

Haget et Forçans ont déjà été cités. Mais quoique mal connu du public, Léon Larribeau a aussi son importance. Car s'il existe un parc des sports d'Aguilera, il n'existe pas de stade d'Aguilera mais un stade Léon-Larribeau. Ce joueur fut le premier international du BO. Il est mort à Verdun en 1916. Son nom a été donné au stade le 14 novembre 1954 ; il n'a jamais été débaptisé depuis.

À partir de 1931, le baron et la baronne de Forest qui seront élevés en 1935 au rang de comte et comtesse de Bendern jouent un rôle essentiel dans les années 30. En effet, ce couple britannique séjourne de longs mois à Biarritz chaque année. Ils veulent du rugby spectacle et en donnent les moyens au club. Pour Jean-Louis Bérho, « ce sont les Capgemini de l'époque. Mais plus que de l'argent, ils ont apporté un style de vie, une éducation à l'anglaise au club ».

Ainsi, cela fait plus de 100 ans que le site d'Aguilera se construit, se développe, se transforme.

Les Hommages aux Joueurs Morts pour la France

Pour honorer la mémoire de ces joueurs du BO morts pour la France, une cérémonie aura lieu demain, à 9 h 30 au monument aux morts du stade Aguilera.

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