Les footballeurs français auraient-ils un petit faible pour le championnat luxembourgeois ? Cet hiver, ils sont six Tricolores à avoir rejoint la BGL Ligue, le championnat de première division du Grand-Duché.
Cela peut paraître peu, mais les Tricolores représentent 26% des nouvelles recrues, soit autant que les joueurs luxembourgeois. Et cet exode n’est pas nouveau. Lors de la saison 2023-2024, c’est le Luxembourg qui avait accueilli le plus de joueurs français : 132, d’après l'observatoire du football CIES. Un chiffre en augmentation de 54% sur les cinq dernières années.
Cette saison, 15 des 16 clubs engagés dans le championnat luxembourgeois dénombrent au moins cinq Français (pour certains binationaux) dans leur effectif. La Jeunesse Esch et le FC Mondercange se montrent même très gourmands avec 14 Tricolores dans leur rang.
Le résultat d’une attirance mutuelle entre des clubs qui saluent "la formation à la française" et des footballeurs conquis par les arguments du pays aux 672 000 habitants, pris en tenaille entre la France, la Belgique et l'Allemagne.
Alors si les profils des joueurs sont divers, du jeune en manque de temps de jeu à l’issue de sa formation à l’amateur désireux d’évoluer à plus haut niveau, les motivations restent communes. A commencer par la volonté de gagner en visibilité, en intégrant ce qui reste la première division d’un championnat européen, malgré son 48e rang au classement UEFA.
Et si les droits TV sont inexistants, la ligue a mis au point un deal avantageux avec la chaîne Apart TV. "Tous les matchs sont retransmis en direct puis disponibles en replay gratuitement. A l’époque, celui qui a connu la N2 - l'équivalent d'une 4e division - avec Andrézieux (Loire), espère trouver dans ce championnat "une seconde chance d’aller raccrocher le haut niveau".
La BGL Ligue étant considérée par les observateurs comme équivalente à la Ligue 2 pour les meilleurs clubs et à la N3 pour les équipes de fin de tableau. En plus d’être visible, le championnat luxembourgeois permet de soigner ses statistiques, de plus en plus observées par les recruteurs.
"Le championnat est très ouvert dans la façon de jouer, il y a souvent des offensifs qui se retrouvent à 20-25 buts par saison. Pour eux, c'est beaucoup plus facile de trouver un club qu'après une saison à quatre buts en National", estime Romain Ruffier, le gardien tricolore de l’Union Luxembourg.
A 24 ans, Rayan Philippe en est un parfait exemple. Formé à Dijon, le Français a réalisé l'exploit, à l’été 2023, d'être le joueur le plus décisif d’Europe (32 buts, 26 passes décisives en 30 matchs avec son équipe d’Hesperange), devant Erling Haaland ! Une performance qui lui a permis de rejoindre l’Eintracht Braunschweig, en deuxième division allemande, dans la foulée.
Pour se faire repérer à l’étranger, les joueurs évoluant au Luxembourg peuvent aussi compter sur la coupe d’Europe. Chaque année, le leader du championnat obtient un ticket pour les tours préliminaires de Ligue des champions, tandis que les deux suivants sont engagés dans les tours de qualifications de la Ligue Europa conférence. L’assurance d’un coup de projecteur plus large.

Stade de Luxembourg
"A chaque campagne européenne, j’ai des coéquipiers qui se font repérer par des clubs que l’on affronte", confie Romain Ruffier, dix matchs sur la scène européenne au compteur.
Si beaucoup de joueurs espèrent ainsi être seulement de passage au Luxembourg, l’environnement qu’offre le pays d’une superficie de 2 2 595 km² est l’un de ses meilleurs arguments quand il s’agit de convaincre les footballeurs français d’y poser leurs valises. Francophone, le Grand-duché "offre un cadre de vie agréable" à proximité de l’Hexagone "ce qui permet à beaucoup de joueurs d’habiter en France, du côté de Thionville ou Metz", souligne Frédéric Maurice, agent de joueurs Fifa.
Staff vidéo, suivi médical…Les clubs luxembourgeois n’ont rien à envier à leurs homologues européens en termes "d'encadrement et d'infrastructures", selon l'agent, cofondateur de l'agence GCTM foot management, spécialisée dans le marché luxembourgeois et belge.
"Sur ce point, les clubs ont énormément progressé. Aujourd'hui, certains ont des structures qui sont plus intéressantes que des clubs que j'ai déjà faits en Nationale ou en Ligue 2", reconnaît même Romain Ruffier, qui évolue au Luxembourg depuis 2013.
Pour convaincre, les clubs luxembourgeois savent aussi se montrer relativement attractifs sur le plan financier. D’après Valentin Steinmetz, les salaires oscillent entre une centaine d’euros pour les jeunes encore étudiants, à 6000-7 000 euros pour les mieux lotis, avec une moyenne autour des 2 000 euros. Un montant similaire à ceux pratiqués en National 2.
En revanche, les clubs peuvent se montrer généreux en prime. "Dans mon club, c’est assez intéressant, ils récompensent souvent des séries de victoires. Au moment de signer le contrat, il n’est pas rare également que les clubs proposent plus qu’un salaire.
"Ils peuvent vous dire, on vous donne 2 000euros, plus un travail pour vous et un travail pour votre compagne", révèle Romain Ruffier. Diplômé en droit, le gardien de but a ainsi exercé comme agent immobilier puis clerc de notaire au gré de ses changements de club.
De retour au Racing Luxembourg après un passage à Differdange, l'un des cadors du championnat, le Français a cette fois négocié pour être directeur sportif, tout en restant joueur. "Le Luxembourg est un pays qui t’aide beaucoup avec les contacts.
Comme lui, près de 20% des joueurs évoluant en BGL Ligue travaillent en parallèle du football. Si tous sont considérés comme joueurs professionnels aux yeux de la Fifa, dans les faits, les contrats que distribue la première division luxembourgeoise les tiennent éloignés du monde professionnel.
D’après Marc Diederich, juriste à la fédération luxembourgeoise de football (FLF), 70% des joueurs auraient un contrat dit de louage d’ouvrage. Spécificité luxembourgeoise, ce type de contrat équivaut à être indépendant, les joueurs ne cotisant pas directement pour la sécurité sociale et les impôts.
"Il y a des discussions avec différents ministères pour mieux encadrer ces contrats. Les autres footballeurs bénéficient d’un contrat de travail. Mais là encore, tout n’est pas parfait.
"Les contrats ne sont pas totalement adaptés au métier de footballeur. Par exemple, dans les contrats de travail, on a le droit à 25 jours de congés, c’est la loi au Luxembourg.
Si le Luxembourg est connu comme le pays des banques, ses clubs de foot ne sont pas exempts de problèmes financiers. Le 1er décembre, les joueurs du Swift Hesperange, 4e du championnat, ont fait grève lors de leur rencontre face à Mondorf à cause d’impayés.
La BGL Ligue ne garantit pas un destin à la Rayan Phillippe à tous les Français qui viennent y tenter leur chance. Lors de la saison 2023-2024, Yanis Lhéry, en prêt de l'AS Saint-Etienne, n'avait pas convaincu le Progrès Niederkorn. Le joueur de 20 ans avait quitté le Grand-duché après un an et seulement 148 minutes de jeu en championnat.
"Certains joueurs se sont perdus ici parce qu'ils ont pensé que ça allait être facile, mais ça ne l'est pas. De son côté, la Fédération luxembourgeoise a mis en place des quotas pour soutenir la formation locale. Depuis juillet 2023, les clubs doivent inscrire sur leur feuille de match au moins cinq joueurs ayant débuté leur carrière au Luxembourg.
Parmi les titulaires, il doit y avoir également a minima deux joueurs formés au Grand-Duché. Pour les Français, se faire une place n'est donc pas assuré. Mais cela ne semble pas les décourager.
Quel CHAMPIONNAT est le plus FACILE à GAGNER ? (analyse)
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