Statistiques Avancées au Hockey : Explication et Analyse

Comment les statistiques peuvent-elles aider à analyser la performance collective ? Grâce au plafond salarial et au repêchage universel, les 30 équipes (+ Vegas dans une moindre mesure) possèdent toutes des joueurs d’élite, des moyens et des moins bons.

Alors qu’est ce qui fait vraiment la différence en NHL ? D’une année à l’autre, la même équipe peut être dominante ou médiocre en utilisant les mêmes joueurs sur la glace. La raison logique mais trop souvent ignorée est tout simplement que les entraineurs ne donnent pas tous les mêmes chances de succès à leurs équipes. Il est possible de voir à l’œil nu qu’une équipe joue « bien ou mal » mais comment le vérifier ?

Le hockey est un sport collectif où l’objectif est d’inscrire plus de buts que l’adversaire. Un bon point de départ est donc de s’assurer de lancer au filet plus souvent que l’équipe en face.

La Possession du Palet : Indicateur Clé

La possession du palet est ainsi mesurée en hockey non pas en minutes ou secondes mais plutôt en pourcentage des tirs tentés. L’indicateur principal pour la possession est le « Corsi », qui comptabilise tous les tirs tentés ou accordés par une équipe (qu’ils soient marqués, arrêtés par le gardien, contrés et même non cadrés).

Pourquoi le Corsi ?

Pourquoi ne pas se contenter des tirs cadrés, utilisés depuis des décennies ? Car un tir est cadré dépendamment du talent du tireur, s’il est dévié, etc. Comme toutes les statistiques mentionnées dans notre série, le Corsi est principalement utilisé lorsque le jeu est à 5 contre 5, car il est évident que les supériorités numériques constituent des parenthèses dans le match où le jeu est à sens unique et qui ne reflètent pas la réalité de la confrontation entre les deux équipes.

Sur l’ensemble d’une saison, une très bonne équipe de possession aura un Corsi supérieur à 52-53%. Une équipe dominée sera, elle, en deçà de 48-47%. Si cela ne vous semble pas énorme comme écart, il faut prendre en compte le nombre très important de tentatives de tirs derrière ce chiffre.

San Jose était à 52% de possession l’an dernier et cela représentait au total 187 tentatives de plus que ses adversaires. Les Rangers étaient, au contraire, à 48,1% de possession, ayant accordé à leurs adversaires 260 tentatives de plus qu’eux.

On oublie souvent qu’au-delà de leur talent, les joueurs de hockey suivent surtout à la lettre le plan de match dessiné par les entraineurs. Nous avions expliqué dans le premier article à quel point les équipes gagnantes s’appuient sur la possession du palet : 78% des qualifiés en playoffs ces 10 dernières saisons étaient à plus de 50% de possession - ou « positives » - durant la saison régulière.

Derrière le résultat d’un grand nombre de tirs obtenus se cachent surtout des subtilités tactiques. Les analyses ont prouvé que sortir de sa zone défensive et rentrer en zone offensive avec le palet dans sa palette occasionne beaucoup plus de tentatives de tirs au final plutôt que de balancer par la bande et d’envoyer le palet au fond.

À l’inverse, sortir de sa zone par la balustrade équivaut la majorité du temps à rendre le palet à l’adversaire, adversaire qui risque donc de revenir aussi sec menacer. Il existe pour cela deux moyens. C’est conscient de ce fait que la NHL se tourne aujourd’hui vers des joueurs à plus petit gabarit mais mobiles et capables de conserver la rondelle tout en avançant.

Évaluation de la Qualité des Chances

Le premier consiste à ne regarder que les tentatives de tirs provenant de la zone dangereuse décrite ci-contre et d’où sont inscrits environ 70% des buts en NHL. Le problème objectif avec les chances de marquer est que chaque source utilise sa propre définition. Certaines se contentent de la position géographique du tir, d’autres éliminent par exemple les tirs contrés et les équipes NHL à l’interne ont la plupart du temps leur propre formule pour définir ce que constitue une chance de marquer.

L’idéal est ainsi de mixer quantité et qualité des chances en un seul indicateur. C’est le rôle que remplit le « Expected goal » ou « buts anticipés/espérés » en français.

Reprenant notre exemple entre Edmonton et Calgary, les Oilers auraient donc pu compter sur 4 buts à 5 contre 5 dans ce match, contre 1 seul pour les Flames. Les buts anticipés mettent surtout en évidence la qualité des systèmes de jeu.

Minnesota l’an dernier n’avait qu’un Corsi moyen de 50,4%, le 16e de la ligue, mais son système défensif exceptionnel cantonnait ses adversaires à des tentatives de tirs lointaines. La qualité des chances accordées à l’adversaire était ainsi très faible et le Wild était en plus assez chirurgical offensivement via ses contre-attaques.

De 16e pour la possession, Minnesota devenait ainsi 1er de la ligue pour son taux de buts anticipés à 55,9%. Possession et buts anticipés traduisent donc la capacité d’une équipe à dominer ou non son adversaire, à se créer le plus de chances dangereuses qui lui permettraient, techniquement, de connaître du succès.

La NHL est une ligue plus homogène qu’on ne l’imagine. Collectivement, les équipes ont une réussite aux tirs qui se tient dans un mouchoir de poche et la grande majorité des gardiens sont également très proches les uns des autres pour le taux d’arrêts.

Le PDO : Indicateur de Réussite

Au total, en 2016-17, plus de la moitié de la ligue, 17 équipes avaient un PDO entre 99 et 101. Six étaient plutôt chanceuses entre 101 et 102, Washington étant en surrégime à 102.9. Enfin, six étaient malchanceuses entre 98 et 99 (plus Colorado dans le trou à 97).

S’il est très rare qu’une réussite folle (souvent un gardien en état de grâce) tire une équipe médiocre en playoffs (Toronto en 2013, Colorado en 2014, Montréal en 2015 ou Florida en 2016), celle-ci constitue une élément indispensable pour définir les résultats d’une équipe.

La grande majorité des qualifiés en playoffs proposaient un jeu efficace, au-delà des 50% de buts anticipés ET étaient en réussite avec un indice PDO supérieur à 100. L’image finale de la saison 2016-17 est ainsi très claire. Chicago et les Rangers ont utilisé leur PDO pour se joindre aux séries. Malgré un Tuukka Rask au fond du trou et des tireurs en panne, le jeu des Bruins était simplement trop bon pour ne pas se se qualifier.

Depuis 10 ans, il est ainsi possible de tracer une ligne délimitant la recette minimum pour se qualifier en playoffs. Ces dernières années, la quantité des tirs tentés, le Corsi, demeure le meilleur indice pour prévoir le succès d’une équipe à long terme car il indique la volonté première de celle-ci de provoquer des chances sans en accorder trop.

Statistiques Clés et Leur Signification
Statistique Description Interprétation
Corsi Pourcentage des tirs tentés par une équipe par rapport aux tirs totaux (tentés et concédés). Mesure la possession du palet et la capacité à générer des tirs.
Expected Goals (xG) Nombre de buts qu'une équipe devrait marquer en fonction de la qualité des occasions créées. Évalue l'efficacité des systèmes de jeu et la qualité des chances.
PDO Somme du pourcentage d'arrêts d'un gardien et du pourcentage de tirs réussis d'une équipe. Indique la chance et la réussite globale d'une équipe.

Analyse Individuelle des Joueurs

Troisième et dernière partie de petit guide de l’utilisation des statistiques en hockey, consacrée à l’analyse individuelle des joueurs. Comment les stats peuvent-elles aider à différencier un joueur du collectif? Quels sont les indicateurs à regarder et comment les comprendre ?

Certains diront qu’un humain ne peut être défini par des chiffres, mais les statistiques historiques (points, mises en échec, temps de glace, etc.) ont été utilisées depuis des décennies pour différencier les champions de la masse, alors pourquoi pas pousser plus en avant ? Loin de vouloir clore le débat, les statistiques utilisées pour les joueurs se concentrent à définir leur efficacité sur la glace, ce qui constitue tout de même la base de leur métier. Avec l’analyse des joueurs, nous entrons dans la portion la plus ardue et la plus débattue de l’utilisation des statistiques avancées.

Pendant longtemps, les joueurs ont été jugés sur leur production offensive. Cependant, celle-ci dépend largement du temps de glace obtenu, de la présence en supériorité numérique, de la réussite momentanée du joueur et de ses coéquipiers, du rôle qui lui est attribué par l’entraineur et de la capacité du système de jeu collectif à maximiser l’attaque.

Par exemple, un joueur très offensif peut récolter beaucoup de points, mais si sa capacité à défendre est nulle, son équipe risque d’encaisser plus de buts qu’il n’en provoque au final. Même avec l’utilisation douteuse des mises en échec et des tirs contrés (voir ci-dessous), il semblait également que la partie défensive du jeu était laissée de côté faute de métriques disponibles.

gagner à coup sûr sur la NHL ( ANALYSE DE MATCH hockey sur glace )

Les meilleurs joueurs de la ligue sont ainsi capables de monopoliser la possession, limitant de facto les chances de l’adversaire tout en maximisant les opportunités pour son équipe. Pour des joueurs de 3e-4e trio dont il ne faut pas attendre qu’ils marquent 30 buts, assurer la possession du palet à leur équipe équivaut à bien remplir un rôle de soutien, une défense efficace et une capacité à terminer ses présences en zone offensive par exemple. En attendant que les gros canons finissent le travail.

Les Statistiques Traditionnelles et Leurs Limites

  • Plus minus +/- : Le bon vieux plus minus, encore trop utilisé comme unité de référence pour mesurer l’impact offensif/défensif d’un joueur. Si l’intention est bonne, la formule recèle bien trop de failles.
  • Mises en échec et tirs contrés : Ces deux stats sont également présentes depuis des lustres dans la ligue et utilisées pour vanter les mérites défensifs de certains joueurs. Le problème est que ces stats reflètent des situations où l’équipe du joueur n’a PAS la rondelle car elle court après.
  • Interceptions : Cette fois-ci, on tombe presque dans la supercherie grotesque. Les interceptions sont utilisées la plupart du temps pour prouver qu’un joueur est « à risque », sans y mettre aucune autre forme de contexte.

Comme pour les équipes, la possession du palet (indicateur « Corsi ») pour un joueur est calculée en pourcentage des tirs tentés (les buts, tirs arrêtés par le gardien, tirs contrés et non-cadrés) pendant qu’il est sur la glace. Comme à l’échelle des équipes, chaque joueur peut également être évalué sous l’angle des chances de marquer, qui utilisent le même principe que le Corsi mais uniquement pour les tirs tentés de la zone dangereuse allant des poteaux au haut des cercles de mise en jeu.

Toujours en 2016-17, Bergeron était sur la glace pour 49 buts anticipés en faveur de Boston et 30 contre. Et les buts anticipés, qui mélangent quantité et qualité des chances, s’appliquent aussi aux joueurs. Il est impératif de mettre en perspective taux de possession ou de buts anticipés d’un joueur avec les performances globales de son équipe. Concrètement, ces statistiques brutes dépendent parfois fortement des performances collectives.

Une des dynamiques positives en place au sein de la communauté des amateurs de stats est de promouvoir la capacité à créer ses propres métriques et d’expérimenter de nouvelles analyses, du moment qu’elles tiennent la route bien entendu. Nous avons ainsi cherché sur Hockey Archives à mesurer l’efficacité offensive ou défensive des joueurs.

Pour atténuer l’impact du système collectif, il est aussi recommandé d’utiliser une mesure relative, comparativement au reste de l’équipe. Le principe pour les attaquants est simple : si une équipe parvient à décocher 10 tirs avec le joueur X sur la glace, et que 5 de ces 10 tirs sont des chances de marquer, l’efficacité offensive sera de 50%. Cette métrique met en valeur les joueurs ayant la capacité à placer leurs coéquipiers dans des conditions parfaites ainsi que les joueurs misant sur la contre-attaque, qui par définition permettent de s’approcher du but adverse.

Cette métrique met en valeur les défenseurs et les systèmes de jeu ainsi capables de garder l’adversaire loin du but et de faciliter le travail du gardien. Le principe est le même pour les défenseurs mais évidemment inversé. Si une équipe accorde 10 tirs avec le joueur Y sur la glace, et que 8 de ces tirs ne sont PAS des chances de marquer « dangereuses » (à proximité immédiate du but), l’efficacité défensive sera de 80%. Nous préférons également utiliser ici les mesures relatives pour atténuer les forces ou faiblesses collectives.

Comment Interpréter les Statistiques des Joueurs

Ce qui suit est donc principalement indicatif et introduit un vocabulaire que vous retrouverez dans les articles d’ici ou d’ailleurs. Voici la section objectivement la plus difficile pour les novices des statistiques, et c’est là où les journalistes se doivent d’apporter dans leurs articles le supplément d’information difficilement accessible au lecteur.

  • Utiliser des mesures par 60mn : Que ce soit pour les chiffres bruts de la possession (tirs tentés, concédés, buts anticipés, etc.) ou la production (buts, assists, points), le temps de jeu par match et le nombre de rencontres jouées influencent fortement les résultats. Utiliser les statistiques par 60 minutes met ainsi tout le monde sur un même pied d’égalité.
  • La position du joueur dans l’alignement : Cela n’est pas forcément expliqué par les stats, hormis des différences évidentes dans le temps de jeu au sein d’une équipe. Il est cependant facile de savoir qu’un joueur joue dans un top6 en attaque ou sur une 4e ligne, et qu’un défenseur est de top4 ou de 3e paire.
  • Qualité des coéquipiers et de l’opposition : Une des critiques principales des anti-stats est « oui, mais ils n’affrontent pas les mêmes joueurs ! ». La QoC (qualité de l’opposition - Competition en anglais) mesure le Corsi moyen de tous les adversaires affrontés sur la glace par un joueur. La QoT (qualité des coéquipiers - Teammates en anglais) est plus pertinent car la présence d’un bon/mauvais joueur sur son trio pendant 82 matchs influence logiquement bien plus la performance d’un joueur qu’une opposition dont la qualité va et vient.
  • Zone starts - départs en zone offensive/défensive : Un coach assigne régulièrement des missions différentes à ses joueurs, compte tenu de leurs talents et de leurs faiblesses personnelles.
  • La réussite - l’indicateur PDO : Nous avons déjà évoqué le PDO dans l’article à propos des équipes. Le PDO peut pareillement être utilisé pour un joueur en additionnant la réussite aux tirs de ses coéquipiers et le taux d’arrêts des gardiens lorsqu’il est sur la glace.

L’analyse des performances d’un joueur via les statistiques est bien plus complexe que pour les équipes. En plus des données de base, il faut y apporter beaucoup de contexte pour obtenir une vision claire.

Voici les statistiques à considérer :

  • La possession : Corsi (CF% sur les sites de stats, CF pour les tirs tentés, CA pour les tirs concédés). Préférez les valeurs relatives : RelCF%. Et les données par 60mn afin de mettre tous les joueurs sur un pied d’égalité.
  • Les buts anticipés : xGF% sur les sites de stats, xGF pour les buts anticipés en faveur, xGA pour les buts anticipés contre. Préférez les valeurs relatives : RelxGF%. Et les données par 60mn afin de mettre tous les joueurs sur un pied d’égalité.
  • La production : doit être regardée par tranches de 60mn.
  • Propose les chances de marquer (SCF pour Scoring Chances) mais n’inclut pas les buts anticipés.

Attention, nhl.com propose des statistiques comme le Corsi (rebaptisé SA pour shot attempts), mais les données compilées sont souvent curieusement « à l’ouest ». Les sites mentionnés ci-dessous corrigent régulièrement des erreurs flagrantes dans les données des feuilles de match NHL.

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