Le Stade Sarlat Rugby, club fondé en 1903, est une institution dans le paysage sportif du Périgord Noir. Son histoire est riche en événements, en figures marquantes et en épopées sportives qui ont marqué les esprits. Retour sur le parcours de ce club attachant, de ses modestes débuts à ses ambitions les plus récentes.

L'équipe du CA Sarlat célébrant une victoire. Source: Sud Ouest
Les Années 1950-1970: L'Ascension du Club
Dans les années 1950, le club évoluait déjà en deuxième division. En 1970, il a accédé à la première division, marquant une étape importante de son histoire. « Pourtant, fait remarquer Guy Malgouyat, on était déjà en deuxième division dans les années 1950 et on est monté en première en 1970. Mais ce n’était pas le même rugby… »
L'Ère Dominique Einhorn: Ambitions et Turbulences
Plus récemment, le club a connu une période de changements majeurs avec l'arrivée de Dominique Einhorn à la présidence. Cet entrepreneur strasbourgeois, ayant fait fortune dans le domaine digital, avait de grandes ambitions pour le club. Il voulait en faire un club à la pointe de la communication et de l'image de marque, tout en visant une montée en ProD2 dans les cinq ans à venir.
Comme dans toute bonne société moderne, les premiers changements interviennent au niveau de la vitrine et de la communication : le logo des Bleu et Noir est modifié, l’appellation aussi (on parle désormais de « Sarlat Rugby »). Un site internet est remis au goût du jour, en plusieurs langues, accompagné d’une boutique en ligne.
« Dom » Einhorn est un président du club entreprenant et ambitieux, il vise ni plus ni moins qu’une montée en ProD2 dans les cinq ans à venir ! Actuellement en Fédérale 2, et avec la réforme à venir des compétitions par la FFR (création d’une Nationale 2), les Bleu et Noir n’ont donc pas le droit à l’erreur. Le recrutement était donc indispensable pour franchir les prochains paliers.
Le recrutement sarladais semble donc déjà bien avancé (mais pas encore terminé). Nul doute que le Sarlat Rugby sera sûrement un des cadors de la saison à venir en Fédérale 2, candidat au titre nationale et bien sûr à la montée, principal objectif.
Un Projet Ambitieux
Grâce à ses connaissances dans le numérique, domaine dans lequel il avait fait fortune outre-Atlantique, il voulait faire du CA Sarladais un club à la pointe de la communication et de l’image de marque. Avec un budget allant bien au-delà des standards de Fédérale 2 (de 300 000 euros, il passe à 1,5 million), il souhaitait aussi faire progresser le club sportivement, pour atteindre la Pro D2 à moyen terme.
Einhorn a appliqué sa stratégie d’entreprise à un club de rugby qu’il veut voir intégrer la ProD2 en six ans. En quoi, il serait plutôt le patron du club que son président, puisque de sponsor il est passé maître de l’ensemble en affichant son ambition qui a secoué la capitale de la truffe et du foie gras.
Sarlat, fondé en 1903, se voit donc immédiatement relooké et digitalisé. Sur la toile et sur le terrain. Les outils numériques suivent. Deux applications, un site multilingue, communication et marketing autour d’un objectif affiché se met en place : allier le savoir-faire d’un incubateur de start-up à la promotion d’une équipe de rugby où tout, ou presque, est à (re)faire. Cette mise en scène médiatique doit influer sur l’objectif sportif qui doit valider le modèle. Il s’en sert aussi « pour entretenir la flamme des joueurs ».
Pour valider ce travail marketing, reste à gagner les matchs et donc l’ovalie terrienne voit débouler dans ses prés une équipe composée de joueurs de toutes nationalités qui servent aussi les intérêts de la société mère. En vrac, elle compte des internationaux venus du Tonga, des Fidji, d’Afrique du Sud, mais aussi de Croatie, d’Allemagne, d’Argentine, d’Italie, de Géorgie et même… d’Agen voire encore de Saint-Yrieix, club qui se veut résolument formateur.
Une relation d’Einhorn qui travaillait chez CBS diffuse également les matchs in extenso et les résumés sur un canal télévisuel californien et, mieux, en profite pour faire de la pédagogie : expliquer les règles du rugby sachant qu’à peu près 88 % de la population états-unienne ignore tout de ce sport. « C’est ce qui m’intéresse, poursuit Einhorn. Le basket et le football américain sont des sports très politisés aujourd’hui et comme les Américains aiment les sports de contact, il suffit de leur apprendre les règles pour qu’ils apprécient. Nous fabriquons donc aussi des “tutos” dans ce but. L’intention est que toutes les informations sur le rugby passent par Sarlat. » Un bon moyen de « squeezer » la notoriété des clubs du Top 14. « Cette exposition nous permet de nous développer comme marque d’outsiders en nous conformant à la devise de l’entreprise, nous transformons les David en Goliath. »
Recrutement de Joueurs de Haut Niveau
Pour atteindre cet objectif, le club a recruté des joueurs de haut niveau, venant de différents horizons. L’équipe s’est armée également en conséquence pour l’exercice 2021-2022 à venir. Jugez plutôt…Tout d’abord, de nombreux cadres vont prolonger leur aventure en terre périgordine, ce qui était déjà un premier objectif.
- l’ex-international tongien Hemani Paea : centre passé par Oyonnax et le LOU (champion de ProD2 en 2016), avant des aventures à Mâcon (avec un titre Jean-Prat en poche), Villefranche-sur-Saône ou encore Lormont (Fédérale 2) l’an passé ;
- le talonneur argentin Luciano Bencivega, qui fait le court trajet depuis Trélissac (rétrogradé de fédérale 1 en Fédérale 3) ;
- Elias Haase, polyvalent talonneur/3ème-ligne aile, né en Argentine et international… allemand, provenant du SC Francfort 1880, en Bundesliga, première division allemande ;
- Nicolas Gal, 3ème-ligne qui revient sur ses terres de Dordogne, qui jouait à Marmande (Fédérale 1) la saison passée ;
- Lucas Cousin, centre passé par Trélissac en 2017-2018, avant de jouer à Chambéry puis cette saison à Marcq-en-Baroeul (Fédérale 1) ;
- le jeune demi de mêlée sud-africain Matt Doyle, qui lui aussi vient du nord, puisqu’il jouait à Amiens (Fédérale 3) ;
- Filip Perica (centre/ailier), international croate qui a fait une partie de sa jeune carrière outre-Manche, lui qui jouait sous les couleurs de Plymouth Albion RFC jusqu’ici (troisième division anglaise) ;
- Matthew Doyle, demi de mêlée de 21 ans, qui a remporté la prestigieuse Currie Cup sud-africaine des moins de 19 ans.
Sans oublier Manuel Padrón, préparateur physique argentin qui était en place avec l’équipe U18 d’Argentine lors des derniers Jeux Olympiques de la Jeunesse.
Le club, qui avait une partie SAS, est placé sous la gestion d’un administrateur judiciaire provisoire, au même titre que les autres sociétés dirigées par Einhorn. Pour les joueurs, c’est un double coup de massue puisque la plupart d’entre eux ont un double emploi, au club et dans les sociétés annexes de l’entrepreneur alsacien.
Contre vents et marées, les Sarladais avaient tout de même fini la saison 2022 honorablement. Mais le manager et une grande majorité des joueurs s’en sont allés à l’été 2022, lassés de ce contexte lourd.
Les Supporters: Un Soutien Indéfectible
Malgré les difficultés, le club a toujours pu compter sur le soutien de ses fidèles supporters. Aujourd’hui, le club attire du public. La tribune du Goumondie était pleine à craquer pour le match contre Millau. Grâce à cette victoire, le CAS décroche la montée en Fédérale 1. Tout le Périgord noir était à Goumondie ce dimanche après-midi pour soutenir le CAS. Les rugbymen sarladais ont déroché une belle victoire (39-13) contre les Aveyronnais de Millau, en 8e de finale retour du championnat de Fédérale 2.
« Je suis venu pour jouer au rugby à Sarlat à 22 ans, témoigne Michel Chabanel. Depuis, je dis que je suis cassiste avant d’être français… » Et les trois amis sont unanimes : « Au début, on n’était pas trop pour les joueurs qui venaient d’ailleurs. Ce qui nous déplaisait, c’est qu’on ne connaissait pas les gens. Mais il faut reconnaître que quand on gagne, on s’y fait vite, et on a vu cette année une très belle équipe ! »
Michel Chabanel est même touché par ceux qu’il suit tous les dimanches et qui s’arrêtent pour lui dire bonjour quand ils le reconnaissent. « Ce sont des jeunes formidables, dit-il. Et avec tous les problèmes qu’ils ont eus, je n’en reviens pas qu’ils aient décidé de finir la saison sans être payés. »
Pour en revenir au jeu : « Ça a été plus que parfait. Inimaginable !, s’exclame Michel Chabanel. Finir les matches de poules sans perdre une seule fois, ça n’existe pas ! Le match perdu n’était qu’une mi-temps. Pour moi, il ne compte pas. Et moi qui suis chauvin, je suis réaliste : jamais on n’avait vu ça, et on ne le reverra pas ! »
Pour Michel Rousseau, qui a suivi toute l’affaire judiciaire en parallèle des matches, « la presse a fait beaucoup de mal. Ça aurait pu déstabiliser le club mais ça a eu l’effet inverse ». Quant à Dominique Einhorn, « ce n’est pas un rugbyman, mais un financier. C’est un gars très sympa. Il n’y connaît rien, mais il s’est pris d’affection pour le coin, et peut-être qu’il nous a pris pour une blanchisserie. En attendant, on a vu une année de rugby exceptionnelle ».
Au coup de soufflet final, les supporters ont laissé exploser leur joie. "C'est formidable. Ils pleuraient en déplacement parce qu'ils n'avaient jamais dormi tous seuls ! Et là ils se retrouvent en Fédérale 1, je peux mourir demain", sourit Polo, très ému.
"C'est historique ! Deux montées en deux ans, c'est exceptionnel. On visait le maintien en début de saison, maintenant ce n'est que du bonheur et on va essayer d'aller le plus loin possible", explose le talonneur Sylvain.
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Les Barbarians à Sarlat: Un Événement Historique
Sarlat a également été le théâtre d'un événement historique pour le rugby français: la naissance de l'équipe des Barbarians. En 1979, Jacques Fouroux et Jean-Pierre Rives ont eu l'idée de créer cette équipe de légende, qui a disputé son premier match sur la pelouse du Stade Madrazès. L'événement a été célébré à nouveau en 2019 pour le 40e anniversaire de l'équipe, avec la présence de nombreux joueurs historiques.

Les Barbarians lors de la célébration du 40e anniversaire à Sarlat. Source: France 3
C'est ici, en Périgord que naît l'équipe des légendes du rugby français. Une idée qui a trotté dans la tête de Jacques Fouroux et de Jean-Pierre Rives. Le 10 août 1979, "les Barbarians" à la française jouent leur premier match sur la pelouse du Stade Madrazès.
Pour ce 40e anniversaire, seront présents à Sarlat, 11 des 15 joueurs historiques des Barbarians : Jean-Pierre Rives, Jean-Pierre Bastiat, Dominique Harize, Gérard Cholley, Jean-Michel Aguirre, François Sangalli, Alain Paco, Jean-François Imbernon, Jean-Claude Skrela, Rolland Bretranne, Jean-Luc Joinel, Jean-Pierre Romeu.Seront également présents pour cet anniversaire, Robert Alibert, Richard Astre et Jean-Luc Joinel. Jo Maso, le coach du Racing 92 et sarladais Laurent Travers et Francis Delteral.
La fête pour les 40 ans des Barbarians est organisé par le CASPN et par la ville de Sarlat. Tout se déroule au Chateau de Sirey pour une viste souvenir avant une reception dans la salle du conseil municipal de la Mairie de Sarlat. En fin de journée, un diner est organisé sous chapiteau au stade Christian Goumondie à Madrazès.
Défis et Perspectives d'Avenir
Concernant la suite, il paraîtrait que Dominique Einhorn, qui a suivi depuis les tribunes le match contre Courbevoie dimanche 15 mai, garde son optimisme. C’est là où Guy et les deux Michel ne sont plus d’accord. « J’ai confiance, ça va s’arranger », se persuade l’un. « Moi non », rétorque l’autre. « Pour l’avenir du club, il faudrait qu’on reste en Fédérale 1 pendant au moins une saison. Mais on va se retrouver en Fédérale 2, et ce sera déjà bien. C’est une histoire d’argent ! Même si on est champions de France, ils vont nous rétrograder… »
Le club a connu de nombreux soubresauts lors de la saison 2021-2022. Dominique Einhorn est alors président du CAS. Il voit grand. Trop, avec des joueurs de plus haut niveau recrutés un peu partout. L’équipe marche sur tout le monde en phase de poule de Fédérale 2 quand l’Alsacien de naissance est mis en examen. Plus défrayées, les recrues quittent le navire.
Aujourd’hui, Einhorn est parti et le club évolue en Fédérale 3, division dans laquelle les dirigeants ont préféré descendre par faute de moyens humains et financiers.
Et si la FFR acceptait l’accession sportive du club en Fédérale 1, François Bourgeois, qui œuvre désormais pour la survie du club, avait préféré la refuser « au vu du contexte » : « C’était plus raisonnable. Pour ce qui est de l’enquête, elle a peu avancé depuis un an et la mise en examen de Dom Einhorn.
L’animation que constitue désormais d’avoir un ogre dans la poule a ses côtés positifs. « C’est une équipe effrayante et excitante à la fois, pour le public et les joueurs. » Thierry Tible défend néanmoins une forme de « lucidité » dans son club quand il décrit l’envie qui peut naître à l’intersaison de recruter des meilleurs joueurs mais financièrement inaccessibles. « Des modèles économiques se confrontent et ils sont révélateurs de la réalité du rugby de terroir, d’une poule où l’on s’arrache des joueurs entre clubs voisins. Je trouve la démarche du président de Sarlat très respectable, je n’ai rien contre les gens qui poursuivent leurs rêves, mais nous sommes dans l’ambivalence du rugby actuel.
Malgré la défaite (10-23), Saint-Yrieix a marqué un essai et comme l’avaient promis le président et son capitaine sénégalais Mouhamed Samba, « on a tout fait pour vous embêter ».