L'histoire du rugby à Saint-Pée-sur-Nivelle : Terre de champions

Derrière un grand joueur, il y a toujours une belle et longue histoire. C’est en compagnie de BKT, expert des pneus agricoles et fournisseur officiel de la Coupe du monde de rugby France 2023, que Midi Olympique est parti sur les traces de Charles Ollivon pour le deuxième épisode de "Terres de rugby". Après Antoine Dupont, mis en lumière lors de l’épisode 1, c’est au tour de Charles Ollivon d’être passé au crible. Nous nous sommes rendus au cœur du Pays Basque, à Saint-Pée-sur-Nivelle, ville dans laquelle le Toulonnais a grandi et débuté le rugby… avec un certain Maxime Lucu, lui aussi international.

Saint-Pée-sur-Nivelle, petite cité de 7 000 âmes, est le berceau de ce sport qui claque sur tous les frontons de la région et bien au-delà. Pas de doute possible : bienvenue au Pays basque. Au beau milieu du rond-point qui dessert le centre du bourg, un gant de pelote monumental de 11 mètres, œuvre d’un artiste local réalisée en 2013, accueille le visiteur.

Quoi de mieux pour dénicher quelques anecdotes croustillantes que le stade de la ville, au plus près de la pelouse et des vestiaires qui ont vu grandir le désormais Grand Charles. L’histoire est belle et dure depuis plus de vingt-cinq ans. Celle de deux compères, Charles Ollivon et Maxime Lucu (tous nés en 1993), qui ont commencé le rugby ensemble dans ce petit village basque de Saint-Pée-sur-Nivelle. Roman qui a pris une tournure merveilleuse quand Maxime Lucu a rejoint voilà quelques années en sélection son pote de toujours, lequel était alors capitaine des Bleus.

Ce qui fit dire à Philippe Narzabal, un des éducateurs du duo à l’école de rugby de "Saint-Pée" : "Pour un club comme le nôtre, avoir deux joueurs en équipe de France, ça paraît inaccessible. Ce qu’ont fait Maxime et Charles donne beaucoup d’espérance pour les gamins. C’est une consécration."

Deux garçons, entre blessures ou remises en cause, aux trajectoires peu communes que Philippe Narzabal, l’ancien éducateur de Saint-Pée-sur-Nivelle, avait parfaitement résumées : "Charles, lorsqu’il entrait sur le terrain, il était clair qu’il emmenait son équipe. Maxime, c’était le même, en plus d’être un acharné du travail.

Charles Ollivon et Maxime Lucu : Enfants de Saint-Pée-sur-Nivelle

Charles Ollivon et Maxime Lucu, les deux enfants de Saint-Pée-sur-Nivelle, seront une nouvelle fois dans la lumière contre le Japon. Icon Sport/ Sandra Ruhaut

Plus de vingt-cinq ans après avoir débuté le rugby ensemble à Saint-Pée-sur-Nivelle, les deux basques vont retrouver une place de titulaire avec les Bleus samedi soir. Charles Ollivon et Maxime Lucu, les deux enfants de Saint-Pée-sur-Nivelle, seront une nouvelle fois dans la lumière contre le Japon. Deux amis d’enfance, presque deux frères se retrouvent aux commandes du XV de France, ce dimanche 20 novembre au stadium de Toulouse (14 heures). Deux hommes montés en grade en l’absence d’Antoine Dupont, suspendu. Le troisième ligne toulonnais Charles Ollivon (29 ans, 27 sélections) portera les galons de capitaine et le demi de mêlée bordelais Maxime Lucu (29 ans, 10 sélections) sera titulaire.

Les deux joueurs, alignés ce dimanche à Toulouse (14 heures) contre le Japon lors du troisième match de la tournée d’automne du XV de France, ont commencé à jouer au rugby dans la même commune du Pays basque. Le club de Saint-Pée-sur-Nivelle, petite cité du Pays basque, a formé les deux Bleus Maxime Lucu et Charles Ollivon, et tente de garder la tête haute après une passe difficile, témoignant de l’énergie et de la passion à l’œuvre dans le rugby amateur des campagnes du Sud-Ouest.

Parce que, si Fabien Galthié a décidé de les réintégrer dans le XV de départ français après la déconvenue face aux Springboks, ce n’est évidemment pas juste pour ajouter un chapitre supplémentaire au récit de leur fabuleux destin. Non, sur ce coup, le sélectionneur verse davantage dans le pragmatisme que dans le sentimentalisme. Il a observé son équipe s’écrouler dans le dernier quart d’heure au Stade de France et surtout perdre la bataille mentale et d’usure imposée par les doubles champions du monde. Le premier est un cadre de l’équipe nationale et du RCT depuis de longues années, le deuxième est le patron de l’UBB, où son absence a terriblement pesé en début de saison.

"Dès le plus jeune âge, ils avaient de gros caractères, racontait, dans ces colonnes, Alexandre Ollivon, le frère de Charles. C’étaient des fous de la gagne ! Quand ils perdaient, on avait le droit à des pleurs. C’était un psychodrame, ils détestaient ça. Sur le terrain, ils avaient la hargne."

Même son de cloche chez Xavi Quijano, qui a partagé une saison de Cadets avec Lucu à l’Entente de la Nivelle : "Je n’ai pas joué avec Charles mais tout le monde me parlait de sa haine de la défaite. C’était connu ici (rire). Je me demande si ce n’était pas pire pour Maxime. C’était un compétiteur hors pair, un gagneur inimaginable. Il s’imposait une telle exigence. À l’entraînement, il était toujours le premier. Au moindre toucher, il fallait gagner. Même quand on faisait un jeu dans le bus et que la défaite était proche, c’était interdiction de perdre : il ne voulait rien lâcher et aller jusqu’au bout. Pareil sur le terrain. J’ai encore en mémoire un derby très mal engagé contre Cambo. L’entraîneur lui a dit : "Allez Maxime, accélère !" Dans les dernières minutes, il a joué une pénalité à la main dans les cinq mètres et fait un cadrage-débordement sur l’arrière pour marquer en coin. Puis, il fallait réussir la transformation pour gagner.

Comme son pote Ollivon, Lucu n’est pas du style à fuir ses responsabilités. Et il possède cette faculté à rassembler autour de lui. "Max est un leader né, reprend son ancien partenaire. Il était notre capitaine, personne d’autre ne pouvait l’être. Je me souviens d’un tournoi à Larressore. Je ne le connaissais pas trop encore et lui jouait à la pelote le matin. On me répétait : "Tu vas voir avec Maxime Lucu cet après-midi." On avait été bons, mais sans être transcendants. Il est arrivé pour les phases finales et il a mis tout le monde d’accord. C’était le patron, le mec vraiment au-dessus, mais avec une telle humilité. Il ne voulait pas mettre la lumière sur lui. Il n’était pas du genre à dire : "Je suis le meilleur de l’équipe." Au contraire, s’il pouvait faire briller les autres, il le faisait. Il venait toujours te glisser un mot sympa ou te mettre la main sur l’épaule pour t’aider à relever la tête. Tout le groupe le suivait, il nous dirigeait sur le terrain. Le paradoxe, c’est que, malgré ce côté très porté sur les autres, c’est lui qui sortait toujours du lot. à l’arrivée, il faisait tout : il était capitaine, il marquait les essais, il gérait le jeu au pied et il tapait les pénalités (rire)."

Lucu a grandi mais conserve cette vertu, celle d’assumer en toutes circonstances. Ce que le staff tricolore attend de lui samedi soir. Et c’est à ce titre qu’il écrira une nouvelle page du feuilleton commun avec Charles Ollivon.

Le Saint-Pée Union Club Rugby (SPUC)

Le triplé historique réalisé par le SPUC lors du dernier exercice relève encore plus de l’exploit quand on se penche sur les dernières saisons du club basque. Le Saint-Pée Union Club Rugby, champion de France de Régionale 2. Mikel Guérendiain, le président, nous aide à y voir plus clair: « Il faut avant tout être conscient du fait que, pendant quatre ans, les jeunes joueurs de l’équipe ont dû se contenter de trois victoires. Au total. Quand on est arrivés à la tête du club avec Clément Oscoïdi il y a deux ans, on a avant tout cherché ce qui pourrait faire basculer le club vers plus de positif. Les joueurs étaient demandeurs et souhaitaient changer les choses ».

La réponse, comme souvent, était évidente: « On a nommé deux coachs qui avaient eu les joueurs en cadets et juniors, David Gaillet et Christian Sanchez, et ça a commencé à prendre ». En effet, lors de la saison 2022/ 2023, l’équipe se qualifie pour le championnat de France et chute en seizièmes contre les Lot-et-Garonnais de Mézin. L’an passé, l’effectif se renforce, avec les Luziens Sanchez et Dabbadie ou encore l’arrière Maya (Ciboure, mais lui aussi ancien de Saint-Jean). Les résultats suivent: une seule défaite en saison régulière (à Arthez de Béarn), puis les titres de terroir (35 - 20 face à Ustaritz-Jatxou) et régional (62 à 5 contre le RC Angérien).

Vient ensuite le temps du championnat national. Après deux premiers tours maitrisés face aux Haut-Garonnais de Ramonville et Auterive se dresse un premier gros morceau: Tartas. L’écueil est passé (28 - 19). En quarts, les adversaires ne sont autres que les Gersois de Bassoues-Lupiac-Montesquiou, champions d’Occitanie. « On a là aussi fait un super match. On les empêche de marquer à la fin en se couchant sous le ballon. Finalement, ça se joue à pas-grand-chose ». Succès 22 - 17, avant de retrouver Saint-Jean d’Angély. Le score est moins large que lors de la première confrontation. Les Basques s’imposent toutefois largement (30 - 7). La dernière marche verra le SPUC affronter les Catalans de l’US Millas, vice-champions d’Occitanie.

Le jeune groupe senpertar a su rester soudé et faire face tout au long de la saison.« On savait Millas solide, expérimenté. Mais quand j’ai vu les premiers plaquages, bien bas aux chevilles, je me suis dit que ça allait passer ». Et comment! Proposant un jeu ouvert, fait de mouvement et d’alternance avec un Ximun Lucu de gala, Saint-Pée s’impose 27-15 et s’adjuge le titre de Régionale 2. Un titre fêté comme il se doit : « On a fait la fête au village, avec le tracteur décoré dans les rues. On est allés à la mairie. Puis les fêtes de Saint-Pée commençaient dans la foulée. Onze jours de fête en continu ».

En s’imposant en finale du championnat de France de Promotion Honneur face aux Landais de Gabarret sur la pelouse de Tartas, les rugbymen senpertars ont déclenché les réjouissances au village, cinq jours avant leur lancement officiel . Au terme d’un match débridé et plaisant, où les temps morts n’ont pas eu droit de citer contrairement aux fautes de main, les vert et blanc ont soulevé leur deuxième bouclier de la saison après celui du comité Côte basque-Landes , décroché deux mois plus tôt face à Sault-de-Navailles (30-13). Avec les titres de 1984 et 1992 en Première Série, c’est la troisième fois que le club des bords de Nivelle inscrit son nom au palmarès national.

« Générosité, solidarité, insouciance ». Ce n’est pas une partie de Pyramide mais les trois mots avancés par Olivier Saint-Pierre pour expliquer le sacre de son équipe. On peut aussi y ajouter un zeste de talent , symbolisé par le troisième ligne centre et capitaine Alex Ollivon, encore un cran au-dessus hier, à l’image de ce « deux contre un » parfaitement négocié pour offrir l’essai du break à Bixente Arhancet (17-30, 55e). Mais aussi par l’ailier-buteur Paskal Borthaire, qui a ouvert le GAS à lui tout seul en dégainant en rafales des quatre coins du terrain (26 points, 9/11).

Le club de Saint-Pée-sur-Nivelle, petite cité du Pays basque, a formé les deux Bleus Maxime Lucu et Charles Ollivon, et tente de garder la tête haute après une passe difficile, témoignant de l’énergie et de la passion à l’œuvre dans le rugby amateur des campagnes du Sud-Ouest.

Palmarès récent du SPUC Rugby

Année Compétition Résultat
2022/2023 Championnat de France Seizièmes de finale
Dernière saison Championnat de France Régionale 2 Champion
Dernière saison Terroir Champion
Dernière saison Régional Champion

Comprendre le rugby en 5 minutes !

Mi-juillet 2023, entraîneurs et présidents du Spuc rugby avaient dit toute leur confiance et toutes leurs ambitions pour la saison à venir. Toute leur humilité, aussi, devant l’aventure qui se profilait. Les mêmes sont toujours aux mêmes manettes, signe d’une stabilité qu’on avait un peu oublié sur les bords de la Nivelle ces derniers temps. Dix mois et trois boucliers plus tard, le Spuc rugby est de retour.

Saint-Pée, c’est aussi le retour au club de Ximun Lucu qui n’est pas pour rien dans cette renaissance. « C’est le style de personne qui fait grandir plus vite les jeunes. Il a resigné dans son club d’origine pour cela.

Après avoir triomphé en finale du Terroir, puis d’Aquitaine, Saint-Pée-sur-Nivelle décroche le bouclier de champion de France de Régionale 2. Les Senpertar ont dominé la finale contre Millas (27-15) qui se disputait ce dimanche sur la pelouse du stade des Capucins à Cazères (Haute-Garonne).

Cette bande de gamins guidé par de vieux briscards - à l'image d'un Ximun Lucu qui évoluait à l'ouverture - a pris les commandes très tôt dans cette rencontre, avec un essai en coin de Jean Echeveste avant le premier quart d'heure (11-3, 13ᵉ). L'ailier qui va récidiver juste avant la pause, avec un essai à nouveau transformé par Gabi Lacroix (18-3, 39ᵉ), de quoi offrir au Spuc un matelas confortable, face à une équipe qui disputait sa troisième finale du championnat de France de rang.

Durant la seconde période, le Spuc a su gérer cette avance. Malgré un essai de Pech pour les Catalans au retour des vestiaires (18-11, 44e), St-Pée parvient à répondre, profitant de l'indiscipline de son adversaire (27-15, 65e). Malgré un dernier baroud d'honneur de Millas, qui a tenté de jouer les pénalités à la main dans le dernier quart-d'heure, les joueurs de David Gaillet et Christian Sanchez vont tenir bon pour aller poser les mains sur un bouclier national. Dix ans après le dernier.

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