L'histoire du Saint-Jean-de-Luz Olympique Rugby

Le Saint-Jean-de-Luz Olympique (SJLO) est bien plus qu'un simple club de rugby; c'est une institution, un symbole de fierté pour la cité des Corsaires. Depuis ses humbles débuts jusqu'à ses moments de gloire, le SJLO a tissé une histoire riche en émotions, en exploits sportifs et en figures emblématiques. Cet article se propose de retracer cette histoire, en mettant en lumière les événements marquants, les joueurs légendaires et l'esprit qui anime ce club mythique.

Les Prémices du Rugby à Saint-Jean-de-Luz (1909-1927)

Bien avant la création officielle du Saint-Jean-de-Luz Olympique en 1927, le rugby avait déjà fait son apparition dans la commune luzienne. Des sections éphémères, telles que l'Ur-Yoko (1913/14) et l'Amicale Donibandarrak (1919/20), ont tenté de faire vivre ce sport, mais leur existence fut de courte durée.

En 1925, une nouvelle initiative voit le jour avec la création du "Donibane Espéranza" (Espoir de St Jean de Luz). Sous l'impulsion de jeunes Luziens tels que Messieurs Ansoborlo, Vernejoux, Roques et Donnart, et grâce au soutien financier d'un commerçant local, Mr Armand Larralde, ce nouveau club se lance dans l'aventure du rugby. Cependant, le manque de terrain oblige l'équipe à jouer ses matchs à Bayonne, Hardoy, Campan ou Hendaye, grâce à l'hospitalité de l'AB et de l'ASB. Les déplacements se font en camion, et les joueurs emportent leur propre casse-croûte.

Malgré ces difficultés, l'idée de créer un club digne de ce nom à Saint-Jean-de-Luz germe dans l'esprit de plusieurs passionnés. Après un appel lancé à tous les sportifs locaux, le Saint-Jean-de-Luz Olympique voit le jour en 1927.

La Naissance du SJLO et l'Ascension Fulgurante (1927-1939)

Avec les dirigeants de "Donibane Espéranza" et de nouvelles figures telles que Messieurs Michel Elissalt et Adam, Monsieur Diharce lance définitivement le SJLO dans la grande famille du rugby. L.Ellisalt, Cuvillier, Palli, Laborde, les frères Colombé, Heurty, Modas, E .Lafourcade, Domec rentrent au bercail et avec les Lesgourgues, Cussac, Ghestomme, les frères Capendéguy, Josié & Dottax (pour ne citer que les plus marquants) ils vont constituer une belle équipe qui va amorcer une ascension des plus brillantes.

Pour célébrer la création du SJLO, un match "vieux contre jeunes" est organisé. Malgré l'absence de terrain approprié, un champ de maïs à Layas est aménagé à la hâte pour accueillir la rencontre. Les tiges de maïs sont arrachées, et des tombereaux de coquilles d'huîtres utilisées comme engrais sont enlevés. Le terrain, bien que bosselé et rayé de sillons, est prêt à accueillir le premier match de l'histoire du SJLO.

Aussi, ce terrain fut à l’origine d’une polémique via la fureur de l’entraîneur de Lézignan (Luzien de naissance) qui accepta que son équipe face un match d’exhibition contre le SJdLO juste avant la finale du Championnat de France qu’il devait disputer en 1929. En effet, l’état du terrain occasionna quelques blessures musculaires (sans gravité) dans les rangs Lézignanais derrière lesquelles, le dit entraineur, se cacha pour expliquer la défaite de son équipe en finale contre Quillan….. En oubliant de préciser que les agapes et réceptions d’après match avaient, elles aussi, émoussées le dynamisme légendaire de son équipe !!!! Mais je m’égare….

Dès 1928, le SJLO débute en 4ème série du Comité Côte Basque, et chaque saison, il gravit un échelon. En 1929, les Luziens sont champions de Côte Basque de 4ème série, suivis du titre "régional" en 3ème série en 1930 et du titre de champion de Côte Basque en 2ème série en 1931. En 1932, le SJLO remporte le tournoi B de l'UFRA. Devant autant de bons résultats la municipalité décide l’aménagement du Stade Pavillon Bleu l’année suivante (1933).

En 1934, les Luziens remportent le titre de champion de Côte Basque en "Promotion" et atteignent les demi-finales du Championnat de France, où ils s'inclinent face à l'Avenir Olympien Toulousain. Par contre fait grave sur ce match, le talonneur Toulousain fut prié par 3 fois d’aller calmer ses nerfs sur la touche par l’arbitre. Or à l’époque, 2 expulsions temporaires étaient tolérées. Mais la réclamation du SJdLO mis du temps a été jugée…. Tellement de temps qu’ils eurent match gagné alors que la finale avait déjà été disputée et comme l’AOT l’avait gagné 18 à 0 devant Millau, la Fédération resta sur ce résultat pour laisser le titre à l’AOT….

En 1935, SJdLO est demi-finaliste du Championnat de France Honneur. L’année suivante (1936) SJdLO est éliminé en 8ème de Finale de cette division. Mais en 1937, officiellement invaincu, il est éliminé au goal-average par St Girons en poule de 3 d’où sortait le candidat au barrage d’accession à l’Elite.

En 1938, après une saison remarquable, le SJLO domine le Stade Français en barrage à Poitiers, ce qui lui permet de monter en 1ère Division. Malheureusement, en demi-finale, les Basques s'inclinent face au PUC. En 1939, les Luziens figurent honorablement parmi les grands, mais la Seconde Guerre mondiale interrompt le Championnat de France.

L'Après-Guerre et l'Âge d'Or (1945-1981)

Après la Seconde Guerre mondiale, le SJLO est à nouveau classé en 1ère Division. Aussi, en 1952 & 1953, SJdLO côtoie les plus grands. En 1952, il gagne le BS 15 à 3. En 1953, les rencontres entre nos 2 clubs se soldent par une victoire des Noirs à Pique 8 à 0 et un match nul à SJDL 0 à 0.

Mais à la fin de cette année 1953, SJDL va redescendre dans l’anonymat des Divisions inférieures. En effet sa réputation de pépinière de joueurs de talent va alerter les agents recruteurs de l’époque qui vont littéralement piller ce club. Le résultat ne se fait pas attendre. Le club Luzien quitte l’élite pour la 2ème Division avant de descendre en 1958 en 3ème Division.

Pas pour longtemps puisqu’ en 1959, les Luziens disputent un ¼ de Finale de 3ème Division et remontent à l’étage au-dessus. L’année suivante (1960) c’est un autre ¼ de finale (de 2ème division cette fois) que les Basques disputent. Installé et stabilisé aux portes de l’élite, le SJdLO disputera une ½ finale de 2ème Division en 1965.

En 1968, le club luzien connaît la consécration suprême avec un titre de Champion de France de 2ème Division (vainqueur de Gaillac) et une montée dans l'"Elite" de l'époque.

S'ensuit une période de 13 saisons consécutives au plus haut niveau, considérée comme l'"Âge d'Or" du SJLO. Le club rencontre et fait chuter les plus grandes équipes de l'époque, et dispute six 16èmes de finale et un 8ème de finale de 1ère division.

Par ordre :

  • 1971 - 16ème de finale perdu contre Dijon 8 à 31
  • 1974 - 16ème de finale perdu contre Dax 15 à 3
  • 1975 - 16ème de finale perdu contre Pau 20 à 4

Composition de l'équipe pour les 16ème contre Pau à Mont de Marsan : Emparan, Bidegain, Billac, Gey, Domecm, Londaitz o) Martin, Bueno, Scaiffe, Miurua, Iraola, Segure, Azarete, Urgartemendia, Mocoroa (SJDL : 1 essai Bueno contre 4 essais & 2 transformations (MT : 4 à 0 pour Pau))

  • 1976 - 8ème de finale perdu contre Brive 24 à 7 (après avoir battu Bagnères en 16ème 12 à 6)

Composition de l'équipe pour les 16ème contre Bagnères à Biarritz : Mendiburu, Kaempf, Billac, Mugabure, Bilbao, m) Londaitz o) Martin, Ado, Douat, Beristain, Scaiffe, Segure, Azarete, Urgartemendia, Mocoroa (SJDL : 3 pénalités & 1 drop martin contre 1 essai transformé)

Composition de l'équipe pour les 8ème contre Brive à Bordeaux : Emparan, Kaempf, Billac, Mugabure, Bilbao, m) Londaitz o) Martin, Ado, Douat, Beristain, Scaiffe, Segure, Azarete, Urgartemendia, Mocoroa (SJDL : 1 essai Douat & 1 pénalité Martin contre 4 essais, 1 transformation & 1 pénalité)

  • 1978 - 16ème de finale perdu contre Nice 22 à 19

Composition de l'équipe pour les 16ème contre Nice à Toulouse : Elissagaray, Kaempf, Billac, Bilbao, Emparan, m) Denis o) Savigni, Ado, Douat, Luberriaga, Scaiffe, Luneau, Azarete, Zapiain, Urgartemendia, (SJDL : 4 essais (Emparan (2fois), Zapiain & Douat, 1 pénalité Savigni contre 3 essais, 2 tranformations & 2 pénalités)

  • 1979 - 16ème de finale perdu contre Bayonne 13 à 6

Ce match contre l’Aviron mis en ébullition toute la Côte Basque en cette année 1979. Joué à Biarritz, devant plus de 10 000 spectateurs, par un temps plutôt ensoleillé puis une petite pluie fine, les Luziens tiendront la dragée haute à l’AB. 3 à 3 à la mi-temps, puis 10 à 6 (pour l’AB) à la 73ème et enfin 13 à 6 pour Bayonne.

Voici l’équipe Luzienne de cette rencontre : Mujica, Emparan, Billac, Bilbao, Celaya, m) Rey o) Etcheveste, Luberriaga, Douat, Ado, Luneau, Scaife, Azarete, Zapiain, Urtizverea

  • 1980 - 16ème de finale perdu contre Lourdes 28 à 3

Composition de l'équipe pour les 16ème contre Lourdes à Oloron : Etcheveste, Celaya, Billac, Bilbao, Emparan, m) Denis o) Saubier, Luneau, Douat, Lurriaga, Reberg, Pardo, Urtizverea, Zapiain, Romero (SJDL : 1 pénalité Etcheveste contre 6 essais & 2 transformations)

Lors de cette saison, 1980, les Cadets du SJdLO sont finaliste du Championnat de France battu par La Voulte.

Les Années 1980 et le Titre de Champion de France de Groupe B (1981-1990)

Après une année 1981 difficile (3 défaites à domicile et aucune victoire à l’extérieur), SJDL « descend » au 2ème niveau de la première division le Groupe B. Au sujet, de ces années « Dorées », je voudrai juste faire une aparté pour rendre hommage à l’une des personnalités du rugby Local et qui, à l’époque, était considéré comme l’un des plus grands entraîneurs de France : Gérard Murillo.

Pour ceux qui ont eu la chance de le connaître, ce passionné de Rugby (pardon de RRRRRuGGby) respirait, vivait, dormait, mangeait pour ce noble sport. Avec son accent et ses roulements de « R », il avait toujours une anecdote sur un match ou un joueur.

Aussi, lors d’un stage d’éducateur, il me raconta que lors d’une réception du BS au Pavillon Bleu (dans les années 70), sachant que les Boucalais attendait un coup d’envoi « ordinaire » sur les avants (histoire de se dire « bonjour » dès le début du match), il avait préparé de le donner sur les ¾ … Ce qui se transforma par un essai d’entrée pour SJDL !!!!!!

Mais les années 80 vont voir SJDL rentrer dans le rand en se stabilisant en Groupe B, même si au passage il remporte en 1983 et 1984 le Titre de Champion de France de Nationale B2 et que les 2 années suivantes (1985 & 1986) il est finaliste de cette catégorie.

En 1987, le SJLO écrit l'une des plus belles pages de son histoire. Avec l'arrivée de joueurs tels que Aguerre, Odru et Heuer, l'équipe se renforce et domine sa poule.

Les arrivées :

  • d’Aguerre (demi d’ouverture et buteur Basque qui après avoir joué au BO était parti jouer à Montferrand),
  • d’Odru (centre du RCF (que j’ai eu lors de ma scolarité comme prof. D’EPS))
  • d’Heuer (2ème ligne de l’hémisphère Sud (il n’y en avait pas beaucoup à l’époque….))

vont renforcer un collectif qui dispose déjà de quelques talents :

  • Un bon 5 de devant (dont Ibarlucia (un véritable pilier Basque avec les qualités que cela suppose)),
  • Juanicotena (un 3ème ligne explosif, dévoreur d’espace et chasseur (ou découpeur) de ¾),
  • Lecuona (un véritable poisson pilote, un chef de meute (qui était a l’époque demandé par le BO et l’AB). Bref un excellent demi de mêlée qui en 1992 joua la finale du Championnat de France de 1ère Division avec le BO ((perdue 14 à 19 face à Toulon)),
  • d’excellents ¾ dont Chapeltéguy, Iridoy, Daguerre et le toujours « jeune » Bilbao.

Après avoir éliminé Mazamet, Montchanin et Montélimar, le SJLO rencontre Bergerac en finale et remporte le titre de Champion de France de Groupe B 16 à 10, devant près de 8 000 spectateurs.

Voici l’équipe Luzienne de cette rencontre : Daguerre, Bilbao, Odru, Chapeltéguy, Iridoy, m) Lecuona o) Aguerre, Ithurria, Azarete, Juanicotena, Heuer, Sahastune, Ibarlucia, Snow, Lafitte

La foule devant le balcon de la Mairie, fétant le titre de Champion de France....

Malheureusement pour le SJdLO, le Championnat a (hélas) changé de Formule. Quand par le passé, les demis finalistes montent en Groupe A….. Là, les cartes, d’une année sur l’autre, sont redistribuées ….

Aussi, un club qui a été dans le Groupe A une saison, peut très bien la saison suivante jouer en Groupe B et descendre en 2ème division dans la fouler (c’est ce qui se produisit pour le BTS : en 1989 Groupe A, en 1990 Groupe B et descente en 1991 en 2ème division)....

De Nos Jours

Aujourd'hui, le SJLO continue de faire vibrer le cœur des supporters luziens. En effet, le club, qui devrait se maintenir en Nationale 2, après avoir remporté le derby contre Anglet voit ses deux entraineurs et cinq de ses joueurs raccrocher les crampons. C'est aussi la fin pour le duo d'entraîneurs composé de David Irazoqui et Adrien Techer, deux anciens de Saint-Jean-de-Luz, qui ont décidé de ne pas poursuivre leur aventure avec le SJLO.

Figures Emblématiques

L'histoire du SJLO est jalonnée de figures emblématiques qui ont marqué le club de leur empreinte. Parmi eux, on peut citer :

  • Gérard Murillo: Entraîneur passionné et tacticien hors pair, il a marqué l'histoire du SJLO et du rugby basque.
  • Édouard et André Juanicotena: Frères légendaires, ils ont écrit les plus belles pages du club dans les années 1960.
  • Francis Juanicotena: Fils d'André, il a remporté le titre de champion de France de groupe B en 1987.
  • Adrien Juanicotena: Petit-fils d'Édouard, il perpétue la tradition familiale en portant les couleurs du SJLO.

L'Exposition "95 Ans d'Histoire"

Pour célébrer ses 95 ans d'existence, le Saint-Jean-de-Luz Olympique a organisé une exposition rétrospective à la Grillerie du port de Saint-Jean-de-Luz. Quatre-vingt-quinze ans d’histoire sont ainsi passés en revue. En réalité, l’exposition est partie de plus loin : de 1909, afin de saluer l’amicale Donibandarrak, la toute première équipe de rugby luzienne.

Cette exposition rassemble également des tuniques (anciennes, récentes), des articles de presse (notamment de « Sud Ouest »), des affiches et un ensemble de licences, classées dans des sacs agencés par ordre alphabétique. Il est d’ailleurs possible de repartir avec sa carte de l’époque, estampillée FFR.

En plus de rendre hommage aux anciens internationaux comme Gérard Murillo ou Jean Sébédio, il a tenu à mettre en valeur les étrangers ayant servi le club. Parmi les 12 nationalités recensées, on dénombre une vingtaine d’Espagnols, mais aussi des Sud-Africains, des Argentins ou des Anglais.

« Gardons étincelantes nos belles couleurs ! »

Palmarès du Saint-Jean-de-Luz Olympique Rugby
Compétition Titre Année
Championnat de France de 2ème Division Champion 1968
Championnat de France de Groupe B Champion 1987
Championnat de France de Nationale B2 Champion 1983, 1984

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